‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 229 sur 394 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Que les clercs sont choisis particulièrement d'entre les peuples, pour rendre à Dieu les devoirs de la religion.

Les clercs se doivent considérer comme religieux de Notre-Seigneur (441), parce qu'ils sont dans un état où l'on fait profession particulière de son culte, et où l'on est dans un engagement de lui rendre publiquement les devoirs les plus essentiels de la religion (442). C'est pourquoi on fait chau-

(438) Sic decet clericos in sortem Domini vocalos vilain moresque componere, ut habiiu, gestu, incessu, serraone, aliisque omnibus rébus niliil nisi moderaium ac religiooe plénum prœ se ferant. {Cvnc. TriU., sess. 22, c. 1, De reform.)

(439) Crédite milii et pulata repullulant, et effugaia redeunl, et sopila deiiuo excitantur. Paru m est ergo seniel puiasse, s;epe pulandum est ; imo, si lieri possit, sein lier, quia Seinper quod pulari oporleal, si non dissimules, invenis. (S. Bern., serin. 58 in Caul )

(440) Nùllus magno Deo et sacrilicio et Pontilice dignus est, nisi qui prius semeiipsiini vivenlein hosliain et sanetain exbibueril. ^S. Cuegor. Naz., orat. 1.)

(441) Clericorum status vocatur religiosus status. {Synod. Castellau. et llurtun., an. 1626.)

(442) Viri reliçiosi ii .licunlur, qui cullui Dei suiu a.ldicti. (lia l)D..in Act. apost., n 5.)

(445) Ad religionis exercilationes vos vocatos aguoscile. (Concil. Mediul., p. ni , Ut. Monilionet.)

Viri religiosi et veri Dei ministri vocanlur clenci. (In synod. Alalrin., 1583 , eonst. 151.)

(444) Religiosus habilus. (Coiic. Aleld., an. 845, cap. 35; l'oniif. tiom., in orûhiM. cleric.)

ger d'habit à ceux qui s'y engagent, et on Tes revêt de la soutane et du surplis, pour leur faire connaître parla sainteté île cet habit que la profession extérieure qu'ils font est une profession d'une continuelle religion envers Dieu (443).

C'est pour cela que l'Eglise, parlant de ce saint vêtement dont elle couvre les clercs, et l'opposant à la servitude et à l'ignominie de l'habit séculier qu'ils abandonnent, le nomme par excellence : Babitum sacrœ religionis. « l'habit de la sainte religion (444). »

Or, pour bien concevoir ce que c'est que la religion de cet état, et sur quoi originairement elle est fondée, il faut savoir qu'Adam était dans le paradis terrestre un véritable religieux; car il devait y être appliqué sans cesse aux devoirs de la religion (445) ; il devait y rendre à Dieu des louanges et des actions de grâces continuelles; et il était chargé de lui offrir, au nom de toutes les créatures, toutes les reconnaissances et tous les hommages qui lui sont dus.

Tous les hommes se trouvent parleur premier état, et par les premiers desseins de Dieu sur eux, dans cette même obligation (446). Car comme il n'y en a pas un que Dieu n'ait mis dans le monde, ainsi que dans un temple où il prétend être honoré, il n'y en a pas un aussi qui ne doive être religieux de Dieu, e'està-direqui ne doive s'appliquer aux exercices de la religion, et qui ne soitobligéde lui rendre les souverains devoirs que mérite une si adorable et si auguste Majesté (447).

Mais le péché ayant fait déchoir Adam de son premier état, et ayant rendu l'homme apostat de Dieu et idolâtre de soi-même (448) ; en sorte qu'au lieu de s'appliquer au culte et au respect de sa Majesté, comme la religion l'oblige, il ne pense plus qu'à son propre plaisir, il ne recherche plus que ses propres intérêts, il ne fait plus rien que pour soi, se proposant soi-même pour fin en toutes ses œuvres (449). Notre-Seigneur a voulu venir lui-même réparer ce désordre, et

Religiosus amictus. (S. Ambr., De dujn'u. succrdol.)

(445) Créant in laudem et nomen et gloriam suam. (Dent, xxvi, 18.)

Adam, domipus et rex omnium creaturarum conditus est purus a Deo in ininistcriuin ejus. (S. M.v- CAn., boni, ll.i

(440) Dei templum lorus est niundus. (S. Cypr., De idol. vanii.)

(447) Hac ronditione gignimur, ut generanti Deo justa et débita obsequia praebeamiis ; buuc soluni noverinius, hune sequamur. Hoc vinculo obstricli Deo religati suinus : unde ipsa religio nomen accipit. El ad id dicimus nomen religionis a vinculo pielalis esse deductiini, quod hommes sibi Deus religaverit, et pietate conslrinxerit, quia nos servire ei ut Domino, obsequi ut parenli necisse est. (Lactant., lib. iv Divin, lml.. c. 28.)

(148) Inilium super biœ Iwminis , aposialare a Deo; quoniam ub eo qui [ecil Muni recesbil cor ejus (Eccii. x.)

(449) Aposiasia nulla major est, quani aversio creaiur;e a crealore. (Rabais.)

Deserto Deo incipit (Adam) amare quod suum est. (S. Arc, lib. Il De Gen. cuntr. Manich., c. 10.)

ŒEVRES COMPLETES DE M. OLIEK.

rétablir sur la terre le culte et la religion de son Père (450).

C'est pourquoi il a paru dans le monde comme un nouveau religieux, qui ne se contente pas d'être appliqué à Dieu son Père, en son particulier, et de l'honorer par toutes ses paroles, par toutes ses pensées, et par touces ses œuvres (451), mais qui veut encore multiplier sa religion et la répandre dans le cœur de tous les hommes (452).

Et c'est ce qu'il opère effectivement en nous par le baptême, où, donnant la mort en notre cœur au vieil homme qui tournait tout à soi, il y renouvelle les premières inclinations que Dieu avait données à l'homme en le créant, qui étaient de pente, de mouvement, de retour et de religion perpétuelle vers son adorable Majesté (453).

C'est pour cela qu'il nous y veut revêtir particulièrement de son esprit, qui, élevant le notre au-dessus de toute la vanité du siècle et de tout l'amusement des créatures, le tient présent à Dieu et l'applique autant à ses louanges et à son amour, que nous demeurons fidèles à son divin mouvement (454). De sorte que notre cœur devient le temple du Saint-Esprit où les louanges de Dieu sont toujours annoncées ; de même qu'avant le baptême il était un enfer où le malin esprit blasphémait et maudissait le nom adorable de Dieu (455).

Ainsi Jésus-Christ, en nous donnant son Saint-Esprit parle baptême (456), nous donne le premier esprit de religion envers Dieu, que nous avions reçu en notre première création. Mais il nous le redonne avec cet avantage, que nous avons en notre cœur la religion même de Jésus-Christ et non plus la religion d'Adam ; nous avons en nous son même esprit, qui nous fait continuer son culte et sa religion envers Dieu, *t qui nous applique à son amour et à ses louanges, en la même manière qu'il s'y appliquait luimême durant sa vie (457).

C'est ce qu'il fait encore quand il rient en nous par la sainte communion; car il apporte eu notre âme toute sa religion, et celle des bienheureux, dont chaque Chrétien est ren-

du participant en ce mystère. Et c'est pourquoi l'on doit être très-fidèle à s'unir continuellement à lui, pour entrer en part avec lui de tous ses sentiments religieux envers Dieu (458), lesquels il souhaite ardemment de répandre dans tous les cœurs, pour multiplier et accroître ainsi autant qu'il peut la religion de son Père (459).

Tous les fidèles par le baptême sont faits participants de cet esprit de Jésus-Christ, et tous aussi sont obligés de s'occuper intérieurement aux exercices de la religion.

C'est pourquoi ils doivent tous dans leur cœur se tenir en respect et en révérence devant Dieu (460), et lui rendre continuellement quelques devoirs religieux, comme sont ceux de mortification ou de pénitence, d'adoration, d'action de grâce, d'amour ou de louange, etc. Personne n'est exempt de ces hommages, et tous les Chrétiens sont obligés de s'occuper en ces saints exercices, travaillant sans cesse à s'immoler comme de saintes victimes et à se consommer pour sa gloire, puisqu'ils l'ont tous profession de la religion chrétienne, et qu'ils doivent tous être fidèles au Saint-Esprit, qui leur est donné pour ce dessein par Jésus-Christ dans le baptême.

Mais comme dans la religion chrétienne il y a deux sortes d'exercices : les uns, qui comprennent les hommages intérieurs et les devoirs communs ; les autres, qui regardent le culte spécial et les fonctions extérieures et publiques, surtout le souverain devoir que l'on doit rendre à Dieu, qui est le sacrifice ; les ecclésiastiques sont ceux qui font publiquement ces fonctions extérieures, et qui sont établis de Dieu pour lui rendre ces devoirs publics de la part et au nom de tuus les fidèles. C'est pourquoi ils se doivent considérer comme étant religieux de la religion même de Jésus-Christ, qui veut vivre encore en eux, pour continuer de rendre ses devoirs à Dieu son Père, qui veut se sacrifier par eux à sa gloire, et qui les oblige pour cela d'être saints d'une sainteté consommée, et de mener une vie parfaite et tout à fait religieuse (461).

(■450) Venit Chrislus ut cœlestis goneiaiio répare! quod naiiviias terrena peidideiat. (S. Maxim., boni. 5 in Nativil. Dont.)

(451) Holocautomata pro peceato twtuis'i, tune di.ii : Ecce tenio, ut (aciam, Lieu*, colunlalem tuam. {Hebr. x, 7.)

(452) Attende quid in advcnlii suo feceril Douiinus, et ii il) il in eo reperies, msi palerni honoris et salulis auiuiaium zelum. (li. Laurent. Justin., De compl. Christ, perfect.)

(155) Vetustaie discedente redditur nubis novilas per bapiismum. (S. Ace, De symb., lib. iv, c. '.).)

(.454) Vesiis Chrislianorum spiiitus, qui ainirit eos, in nuininc Paliis, et Filii, et Spiiitus santli. (S. Macar., boni. 0.)

Templum Dei ipsa baptismal] sanetiliealione u.'iusquisque elficitur. (Gcil. laris., De sacr. bapt., t. 5.)

'455) Libiclinum volulabruin commutatur in Dei Lcmplum, diversoriumque vïtiorum, sacrarium in< ipit esse virtutum. (S. Aunr... lu Luc. xn.)

^ i -' > G } liispiravit Deus m faciem ejus spiracutum

vitœ. (Gcn. il, 7.)

(457) Spiiitus viva virtus et divina natura per sutllalionem ad homineni missa; et a Cbristo rui mis per sulllationeni est restituta. Consentira eiiim oporlel cuin ea novilate quse fuit ab inilio, présentent renovalionem. (S. Basil., lib. v contra Eun.)

Queni Adamus amiserat baliium , illi Christus reslituit. (Sever. Gabal., oral. 5 De opijic. muudi, inler Oper. Clirys., t. VU.)

(458) Hoc enim senliie debent in seipsis quod et in Cbristo Jesu. [Philip, n, 5, et SS. Patres, passini.)

(459) Novos mores sequantur in Cbristo. (S. Pacian., De baplhmo.)

(460) Haec est religio cœlestis non qnœ constat ex rébus corruplis, sed quai virlutibus auimi. Hic verus est cultus, in quo meus culcnlis seipsam Deo victimam sistit. ( Lactant., lib. vi Divin, lnstil., cap. 2.)

(101) Generali eultui divino, qui non est nisi ivligiosa ac sancta vila , vacare potest communiais iioiuiiium et solliciludineni gererc suoruio exU-iio-

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TRAITE DES SAI>TS ORDRES. — PART. I. DE LA CLERICATURE

C'est pour cela qu'il les fait consacrer et préparer par mille saintes inventions, afin de les sanctifier au point où ils doivent être, pour mériter que son divin Esprit fasse dignement cette très-sainte et incomparable fonction dans l'Eglise.

Tant de saints ordres et d'onctions, tant de bénédictions et de consécrations, ne servent qu'à purifier ces saints vases et ces instruments sacrés destinés à son culte, et à les préparer pour lui rendre les hommages de la religion, et surtout ce souverain devoir du sacrifice, qui surpasse infiniment tout l'état de mortification et de pénitence, d'amour et de louange, qui se peut trouver parmi les ordres religieux (462).

Le sacrifice est le sommaire de la religion; c'en est le précis et la dernière perfection (463), et le prêtre, qui est le seul desiiné pour l'offrir publiquement dan s l'Eglise (464),' est celui qui est le parfait religieux, et qui contient en soi le sommaire de toute la perfection religieuse (465).

L'entrée de cet état est la tonsure (466); car c'est alors que le ^Chrétien, prenant la soutane et le surplis, commence à faire sa profession publique dans le clergé, et à se mettre dans un extérieur de révérence et de respect pour servir Dieu en public, en se revêtant d'un habit qui ressent son adorable majesté.

Cet habit n'a rien de léger: il porte avec soi la modestie (467), et il convie même ceux qui nous abordent au respect et à ,1a révérence de Dieu, de même que cet habit, dont parle Tertullien, qui obligeait à la retenue et à la modestie ceux qui le regardaient (468).

Les magistrats portent des robes longues et des soutanes, pour obliger les peuples à les respecter, ayant sur eux une marque do la majesté divine qu'ils représentent en leurs

conditions. Les rois, ornés de leur couronne et de leur manteau royal, attirent tout le monde au respect et à la révérence, et le prêtre, qui porte sa couronne et son habit sacerdotal, oblige à ce même respect les fidèles, qui par la lumière de la foi connaissent sa dignité (469).

Cet habit lui est donné pour exprimer qu'il n'est pas seulement religieux comme tous les Chrétiens, mais qu'il l'est d'une manière qui lui est singulière, faisant une profession toute spéciale de, toute la religion de Jésus-Christ, soit de celle qui se pratique sur la terre, soit de celle que l'on exerce dans le ciel; car la soutane dont il est revêtu marque la religion de la terre qu'il professé^ et qui consiste à être humilié, à porter sa cioix, à se sacrifier incessamment a Dieu avec Jésus-Christ par une mortification continuelle. Car c'est là le grand fondement que l'Eglise met de toute la religion chrétienne : et le surplis figure la religion du ciel, qui est une religion parfaite, une religion consommée, une religion qui consiste dans des respects, dans des aiuours, dans des louanges, dans des actions degrAces perpétuelles; une religion, en un mot, qui doit faire toute la vie et toute l'occupation des prêtres (470).

Comme cet habit nous marque nos plus essentielles obligations, il nous doit être si cher, et nous devons en être si amoureux, que nous ne le quittions jamais (471). Jamais nous ne le devons mettre qu'avec témoignage de tendresse , comme faisait le grand fiorgia, qui baisait le sien tous les matins en se levant, nous souvenant que c'est l'habit de la religion de Jésus-Christ (472), qui nous a été donné avec le bonheur d'être faits ses domestiques.

C'est cet habit, qui n'est point inventé par la suggestion, ni par le conseil d'un

rum seu Lemporalium. Cullui aillent speciali , qui Deo in leniplo suo visibili invisibiliter impendilur, qui assiduilatem diei et noctis requirit, intendere non potuit, nec potest communilas boniinuin. Quare necesse est ipsum cullum ministres babere cletermiuaios et proprios, etc. Necesse est tu praHer comniunis necessitatis gratiam, quam cm» omnibus electis communem liabere debent, sanctiliealione congruenti sive olliciis consecrentur, etc. Sieui. ergo boinines et communitatis cultures necessaiiam liabent communem gratiam sanclilatis : sic in eu quod iiiinislii spéciales ipsius divini culliis specialis, necessariam babent specialem gratiam sanctilatis, qua huie cullui et minislerio specialiter dedicentur el appropi ientur. Quare de'dicandi et cousecrandi sunt dedicalione et consecraiione seu sauetilicatione speciali et suis ofiiciis appropria ta. (Guillel. Paris., De sac. ord., cap. 1.)

(162) Si tenipluni et vasa propler Dei cullum samtilieanda sunt , etc. Qaanlo fui lins ipsi ministri, etc. Iiicumparabililer enim plus peilinet ad ministios ministei ii sanctilas, quam in lenipluin el vasa ipsius. (lbid.)

(465) lu léger acius religionis est. (Synod. Bur- <%., ann. 1592.) ^(464) Religionis magislri. (Conc. Melodun., an. 1589, De sacr. ord.)

(465) Pênes illos est religionis suniina. (Hun- . uisi'. pap.. epist 2S.)

(4G6) Cum lonso capillo Deo dedicanlur, tanquani ailiius ad ordinis saciameiiluin illis aperilur. (Calechism. conc. Trid.)

(467) Saera veslis. (Balsau., In can. 62 aposl.)

(468) Clericalis stoke momenlum laie est, ut de ejus occuisu vitia suffundantur, mores improbi erubescaut. (Synod. Leonens., an. 1629 , cap. 6, De cleric. vir. et honest.)

(469) Utilis in boc peculiaris amictus ralio est, quod ea qualis sit unusquisque indicat ; et vit;e qua; ex Deo est, piol'essioneni veluti teslilîcalur. lit igilur peculiaris quidam in vestiiu est ornalus nnlilis, abus senatoiis, itemque aliorum alius,uude ut pluiiinuin de dignilaie iUorum cujusque eapilur conjectura. Sic, etc. iS. Basil., Hey. [us., reg. 22.)

(470) Piioris veslis detractio , et allerius imluctio, significat traduclionem a média sancta vita ad peifeciiorem : quemadinoduni in divina regeneralione vestis inutatio signilical tiaduelionein a vita puigant" ad conlemplalionis sapienliaequestudiuin. (S. DiONTSi, De eccl. hier., c. 6.)

(471) Habitus descenliain vilai animique clericalis intenritateni Ostendit. (Synod. Concordiens., an. 1587.)

(472) Habitus sancti noininis. (Salv., lib. iv ad Eccl. caili.; Conc. Lateran. v, sess. 9; Conc. Trid., sess. Il, De reform., cap. Ii )

homme, mais par l'ordre universel de l'Eglise. C'est cet habit qui nous distingue des autres hommes, et qui fait connaître que nous sommes de la maison de Dieu et de son héritage; que nous sommes en ses mains, et qu'il nous regarde comme la portion la plus chère de son peuple. Sacrilège et malédiction à celui qui touchera l'oint de Dieu (473}.,

Cet habit est l'habit de la religion, non d'un homme, mais de Jésus-Christ, laquelle nous avons reçue : Non ab homine nequeper hominem, sed per Dominum Jesum Christum,

La sainte religion que- le prêtre professe est une religion qui n'a point été apportée fiar un simple homme, ou par un saint particulier, mais par le Fils de Dieu. Car c'est lui-môme en personne qui l'a fondée (kl'*), et qui, pour la rendre encore plus vénérable, a voulu attacher a chaque ordre un caractère particulier, afin que le prêtre s'y trouvant lié, non-seulement par ses promesses, mais par sept caractères différents qui l'y consacrent, il voie quelle est la grande perfection, et l'inviolable fidélité que demande de lui une profession si suinte et si religieuse

Ions les Chrétiens par le baptême font profession de la vie et de la religion de Jésus-Christ; car ils y font une profession publique et solennelle de mourir à eux-mêmes, de renoncer au diable, au monde et au péché; d'embrasser la croix de Jésus-Christ, d'aimer la pauvreté, la souffrance et le mépris (476), en un mot de vivre selon toute la religion chrétienne, et selon l'esprit de l'Evangile : ainsi ils sont tous intérieurement religieux (kll).

Or, c'est la perfection de cette même religion que l'on professe publiquement dans 1 état ecclésiastique (478), et à laquelle on s'engage d'une manière spéciale; car on y proteste que l'on veut renoncer à toutes les occupations mondaines, que l'on ne veut avoir que du ménris pour tous les divertissements du siècle, que l'on abandonne ses

plaisirs, que l'on condamne ses vanités, que l'on quitte de cœur toutes ses possessions et tous ses héritages; enfin, que l'on ne délire plus d'autres biens ni d'autres richesses que Dieu même, au service duquel on se consacre uniquement dans son Egli.se. Voilà quelle est la religion de cet état, et. ce qui fait que ceux qui l'embrassent sont de véritables religieux (479).

C'est pourquoi comme les religieux qui pèchent publiquement contre la religion particulière qu'ils ont embrassée, et contre la parole qu'ils ont donnée publiquement à l'Eglise en faisant leurs vœux solennels, sont appelés apostats; et comme les Chrétiens pèchent aussi par apostasie, lorsqu'ils violent la parole qu'ils ont donnée à Dieu dans le baptême, parce que, non-seulement ils manquent aux promesses solennelles qu'ils lui ont faites, mais encore parce qu'ils pèchent contre la religion chrétienne qu'ils y ont professée (480) et contre le sacrement, qui est ce qui scelle nos promesses, et ce qui nous donne aussi l'esprit de la sainte religion de Jésus-Christ; ainsi les prêtres et les ministres sacrés se doivent regarder comme des apostats, lorsque, sans avoir égard à tant de liens et d'engagements divins qu'ils ont cdntractés dans les saints ordres, ils s'abandonnent à une vie toute séculière, et profanent avec insolence la sainteté de cet état religieux, dont ils ont fait une si authentique et si solennelle profession (481).

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