NTUODIJCTION A LA VIE CHRETIENNE. - CHAI'. VI
toutes mes actions, animé des dispositions d'une vraie péniteme : et que jamais je ne ine sépare de la vue de mes péchés, que je ne puis avoir qu'en la lumière de votre sagesse, qui, comme un miroir très-parfait et sans tache, fait voir aux pécheurs les taches de leurs âmes.
Faites aussi, mon Seigneur et mon Dieu, qu'étant rempli de confusion pour l'énormité de mes offenses, je ne paraisse jamais. devant la majesté de votre Père, soit à ses saints autels, soit en l'oraison, en la chaire, ou au confessionnal , soit dans les autres saints exercices, qu'avec honte de ma laideur et de ma déformité.
Faites encore que je ne paraisse qu'avec confusion parmi les saints prêtres, et parmi les Chrétiens mes maîtres, me répulant indigne de converser parmi eux, et me tenant en esprit à leurs pieds, ou même séparé d'eux.
Que de même en soit-il pour toujours à mon égard, et que je demeure continuellement confus et anéanti en moi-même, n'osant penser à moi qu'avec horreur et tremblement; me regardant comme étant moins qu'un ver de terre, et plus vil que la balayure du monde; me réputant indigne du boire, du manger et de tous les autres soutiens et secours delà vie, et indigne de la vie même, prenant ainsi à regret tout ce qui sera nécessaire pour me la conserver.
Mon Seigneur adorable, par les larmes que vous avez jetées sur Jérusalem, c'està-dire sur tous les péchés de l'Eglise; et par celles que vous avez versées sur le Calvaire, par la sainte contrition que vous avez eue continuellement pour mes péchés, sur lesquels vous avez pleuré, comme sur le Lazare, avec frémissement, en témoignage de l'émotion que leur extrémité causait en votre esprit; je vous demande la grâce que je les pleure tous les jours de ma vie, et que je vive dans l'amertume et dans la douleur de les avoir commis.
Que je vive en horreur de tout moi-même, et de tous les sentiments pécheurs qui s'élèvent en moi, contredisant et crucifiant toutes mes inclinations naturelles, tous mes sens intérieurs et extérieurs, et toutes les passions déréglées de mon âme.
Enfin , mon Dieu, par ce haut cri que la puissance et la ferveur de votre esprit pénitent vous a fait jeter en la croix pour abandonner votre âme à la. vengeance de votre Père, et à cet horrible jugement que vous deviez porter de sa part sur vous-même, je vous demande de pouvoir vivre comme vous, abandonné à la rigueur du jugement et de la justice de votre Père sur mes (léchés. J'accepte dès à présent tout l'état crucifiant qu'il vous plaira d'ordonner sur moi dans la vie présente.
Premièrement, en l'union et en l'honneur
de votre pauvreté, nud, è'. abandon des créatures en l'arbre de la croix ; je m'abandonne à toute la pauvreté où je pourrai jamais être réduit, soit par quelque ordre exprès de la Providence divine et de sa sainte justice , soit par le délaissement, l'abandon ou la persécution des créatures.
Secondement, en l'honneur et en l'union de vos mépris , injures et confusions souffertes sur le divin Calvaire, je m'abandonne à toutes les cra1 '• inies, dérisions, hontes et ignominies qu. ue pourront jamais arriver pour mes péchéston
TroisièmementJ'j-i m'abandonne de même pour les souffrances, maladies, infirmités, agonies , et enfin pour !a mort même, le dernier supplice du péché, en l'honneur et en l'union des douleurs qui vous ont mérité ce beau nom d'homme de souffrances (98).
Et en l'honneur et union de votre genre de mort et de supplice très-ignominieux, j'accepte les tourments , les gibets et les roues, les fouets, les fers et les tortures, et tel genre de mort qu'il vous plaira de me faire endurer pour lapunition dejmes péchés.
Enfin, en l'honneur t en l'union de vos délaissements intéripn et de vos peines d'esprit, je m'abandoi: à votre Père, pour porter toutes celles dont sa sainteté et sa justice me voudront honorer; gémissant à présent pour le mauvais usage que j'ai fait ao'rr^is de ses saintes visites. Ohlsi j'étais mair ' (ht admis à les offrir en satisfaction de mi irimes, que je me tiendrais heureux de vo&s les présenter pour l'amour et pour la gloire de votre Père 1
Et pour ce qui est de la vieille créature qui vit en moi, que je connais être toute en péché, et que je sais avoir été attachée à la croix (99) avec Jésus-Christ notre chef, sous son extérieur de péché : je promets à Dieu en votre vue, ô mon Jésus, de tenir tous ses membres crucifiés et garrottés en la croix, ne leur laissant aucune liberté d'opérer en leur malice, et travaillant au contraire, pour anéantir leurs opérations lorsqu'elles se présenteront, afin que l'esprit seul les vivifie et les remplisse pour opérer par eux en sainteté.
Nos membres ne sont plus à Adam, mais à Jésus-Christ, qui est venu les consacrer et les sanctifier par la présence de son esprit, pour les mouvoir et les diriger à la gloire de Dieu. Nous sommes transférés de la mort û la vie, dit saintJean.iVous ne sommes plus à nous, dit saint Paul ; car nous avons été rachetés d'un sang précieux , afin que ceux qui vivent ne vivent plus à eux, mais à celui qui est mort et qui est ressuscité pour eux (100).
VI* Section.— Des fruits et effets de la vraie , pénitence.
Les premières opérations que le Saint-
(98) Yirum dolorum. (Isa. lui, 5.)
(99) Velus homo nohler simul crucifix-us est. (liom. vi, 6.)
^ 100) Transluli tumus de morte nd vilam. (Joan.
OEUVRES COUPL. PE M. Olier.
Ili, 14.) Son es.is vatti. Empli enim estit prelio magno.(l Cor. vi, 19 cl 20.) LU et qui vivunt, jam non sibi vivant, sed ei qui pro ipsis mortuus es* et resurrexit. (II Cor. v, 15.)
Esprit produit en nous, ensuite des vertus théologales, sont celles de religion envers Dieu, et de pénitence en vers nous-mêmes. Car, après nous avoir fait connaître et aimer Dieu par la foi, par l'espérance et par la charité, son premier effet e.si de nous appliquer aux devoirs de respect et de soumission envers sa divine majesté, ce qui s'appelle religion ; et aux sentiments d'horreur, d'aversion, de condamnation et de destruction du péché, de notre chair et de nous-mêmes, ce qui s'appelle pénitence.
La première opération de l'Esprit envers nous, quand il y habite en plénitude, qu'il est roi de notre âme, qu'il l'a séparée d'ellemême et de ses intérêts, qu'il l'a tirée à son parti, qu'il l'a convertie et rendue une simple chose avec lui, est de l'établir en son zèle, en sa haine et en son horreur contre la chair, et contre elle-même en tant que forme et amie de la chair. Si bien que le Saint-Esprit est le père de la pénitence; et autant que l'âme est en lui, autant elle est en pénitence ; car elle entre autant en zèle contre elle-même, qu'elle est passée en l'a nature de l'esprit.
Alors on voit un Dieu vainqueur en nous, mais vraiment vainqueur de l'amour-propre et de nous mêmes, qui met l'âme dans la véritable extase, la tirant hors d'elle-même par sa divine vertu pour la faire entrer en lui et en ses intérêts, et se l'approprier tellement, que passant en Dieu, elle oublie ce qu'elle est, et ce qu'elle voudrait , si elle était encore à elle-même. De sorte que l'âme, s'oubliant totalement en tous ses intérêts, abandonnant tous ses premiers sentiments, se perdant en l'amour de son Dieu et passant «u lui contre elle-même, devient une même chose et un même esprit avec lui (101).
L'âme, ainsi appropriée à Dieu, devient épouse de Dieu, et séparée entièrement de sa première alliance avec la chair. Elle était auparavant une même chose avec la chair qu'elle vivifiait; elle en aimait les intérêts; elle en suivait les sentiments et les désirs ; niais maintenant, séparée d'elle entièrement, elle est en son intime amour tendante à Dieu ; elle entre dans les intérêts de Dieu, dans ses inclinations, dans ses sentiments et dans sa vie ; et elle n'est plus que haine, qu'opposition et qu'aversion contre la chair.
L'âme, amie de la chair, convoite avec elle contre l'esprit (102); ainsi elle est opfosée à Dieu, et porte tous ses désirs vers les créatures, et vers tout ce qui fait la satisfaction et la consolation de la chair; ce qui est une chose pitoyable. Car de vouloir obliger l'esprit à entrer en notre parti , c'est un signe qu'il est très-faible en nous, et que la chair l'a vaincu, puisqu'elle le fait entrer en compassion de sa délicatesse. C'est pour lors un Dieu emmaillotté; c'est un
en en
au
Dieu enfant et infirme; c'est un Dieu faiblesse, et pour lors on voit la chair son triomphe, et en sa domination.
Cela sans doute est plus injurieux Saint-Esprit que s'il n'était pas en nous. Car s'il en était absent, il ne souffrirait pas cet affront. Son ennemi à la vérité triompherait, mais ce serait sans combat et sans défense; la chair triompherait d'elle seule au défaut de résistance.
Mais avoir un Dieu présent, et triompher de lui ; le fouler aux pieds, et ne lui permettre pas qu'il surmonte son esclave ; au contraire , lui tenir le pied sur la gorge ; c'est une chose effroyable, et c'est ce que saint Paul appelle contrister le Saint-Esprit; faire un étrange affront à l'esprit de la grâce (103).
L'âme, au contraire, amie et épouse de Dieu, cherche les intérêts de Dieu et ne désire que de se perdre entièrement en lui. De sorte qu'entrant en la nature de la Divinité, elle devient ennemie et vengeresse d'elle-même, par la participation de ce l'eu divin, qui fait en elle les mêmes effets que celui de la fournaise de Babylone, qui dévorait les bourreaux qui lui donnaient la vie. La flamme se jetait sur eux, et ils n'avaient point de plus cruels ennemis que ces mêmes flammes qu'ils avaient allumées.
L'âme qui est en Dieu, est en rebut et en condamnation continuelle de la chair. Elle sort de Dieu comme un tison ardent; et comme le tison, étant passé dans la nature du feu, brûle ce que le même l'eu brûlerait, de même l'âme passée en Dieu, qui est un feu consumant, dévorant et détruisant le péché, devient ardente, zélée et enflammée contre la chair et contre le péché qui habite en elle.
Ainsi, selon la mesure de la haine de soimême, du rebut de la chair et de l'horreur du péché, on doit juger combien l'esprit de Dieu est établi et puissant dans une âme. Car il est vrai qu'il est autant maître en nous, que la chair lui est soumise; et que l'âme est autant passée dans la nature de Dieu, qu'elle a de haine contre ellemême.
Heureuse l'extase qui met l'âme en cet état permanent de sortie d'elle même ; qui la met en oubli et en perte de tout son intérêt et de tout ce qu'elle est ; qui la tient dans une telle mort à elle-même, dans un tel transport et dans une telle consommation en Dieu, qu'elle se ruine et se détruit sans le ressentir, ou si elle le ressent, qui ne laisse pas de s'anéantir entièrement 1
Heureuse l'âme qui , animée de la vie et du zèle de Dieu , n'a plus rien d'elle-même, ni pensée , ni estime , ni volonté , ni inclination , ni mouvement , et qui est toujours en Dieu sans en sortir.
Que cette extase e>-t différente de ces ex-
(101) Qui adhœrel Domino, unus spirilus est. (/ Cor. vi, 17.)
(102| Caro coticupiscil ndvcrsus spirilutn, spirilus advenus tarnem : ha-c enim sibi iniicem adversan-
tur. (Gâtai, v, 17.)
(105) Contristarc spirilum sanclum Dei. (Evites. iv, 30.) Spiriltti yratiœ coniumeliam fecerit. itiebr. x, 20.)