CHAPITRE V
De la consommation intérieure des prêtres et des moyens pour y parvenir.
Le prêtre doit être animé de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a été déclaré prêtre et pontife selon l'ordre de Melchisédech, peur récompense de s'être fait hostie immolée à L croix, et consommée en sa résurrection dans la gloire de Dieu son Père. C'est cette qualité qu'il reçut avec éclat au jour de son ascension , où'son Père, après l'avoir fait asseoir à sa droite, et après s'être conjoui avec lui tde ses travaux et de ses victoires, le déclara dans le ciel roi de toute la créature, et lui dit avec serment et protestation solennelle qu'il était prêlre selon l'ordre de Melchisédech, pour toute l'éternité (1238.) \
Cette récompense lui fut donnée à cause de ce zèle admirable et de cette incomparable religion, qui fit que, non content de s'être immolé sur le Calvaire, et y avoir perdu la vie (1239), voyant qu'il lui restait encore quelque chose de l'être infirme qu'il avait reçu de sa mère, il voulut le consommer entièrement au jour de sa sainte résurrection (12i0).'
C'est de la sorte qu'il porte sa religion au plus haut point où elle pouvait aller, qui est de ne sacrifier pas seulement une portion de lui-même, mais de s'offrir d'une manière si entière et si parfaite, qu'il ne restât plus
dotes ministri Domini, et dicent : Parce, Domine, purce populo luo. (Joël, u , 17.)
Saceidolibus praecepit, qui sunt ministri Domini, ut ploient, et dicant cum Apostolo (II Cor. xi, 29) : Qùis in/irmatur, el ego non infirmor, etc. Docetque quoinodo deprecari debeant Dominum : Parce, Domine, parce populo luo. (S. Hicu., hic.)
(1258) Hebr. v. Ponlilex faclus esse dieitur, ideo periiuet, quod in coipore suo l'alri seipsuin obiulit pro bumano génère. Ipse saeerdos, ipse boslia semetipsum obiulii pro omni creatura pontificatus olDcio lungens. Tum spirilali qiiodam modo el cum ingeiili gloiia in cœlis aseendens cum eoilem illo coipore ad dexleram Pauis assedit, Ponlilex Cactus in sempiternum qui semel penetravit cœlos. (S. Epii'han., libres. C'J, § 59.)
Juruvil Dominus el non pœuitcbit eum : Tu es saeerdos in œternum secundum ordinem Melchisédech. (l'sal. cix, 4.)
(1239) Cluisius rex el saeerdos. Rex pugiiavit pro nobis : saeerdos obtulit se pro nobis... Ciueilixus diabolum oecidil , el inde rex nosler. Unde saeerdos? quia se pro nobis obtulit. (S. Aug., In psal. cxi. ix.)
(1240) Consummalus factus est omnibus oblemperanlibûs sibi causa salmis a-.crnx appellatus a
rien de lui qui ne fût consommé dans la gloire de sou Père, et comme anéanti dans ce feu dévorant dont il est dit ( Dent. îv, 24 ; Levit. ix, 24) : Deus tuus ignii consument est. Deus devoravit holocaustum (1241).
C'était alors une religion parfaite que celle de Jésus-Christ, qui s'anéantissait tout soimême en son Père, et retournait ainsi entièrement en Dieu, comme la religion le demande (1242). Car ce n'est pas assez de mourir à soi et de se détruire pour faire un sacrifice parfait, il faut que la victime retourne»en Dieu; ce n'est pas assez de séparer la créature de soi, il faut la réunir à son propre principe (1243), en sorte que Dieu n'est point pleinement satisfait ni content, et même ses desseins pour la religion ne sont point entièrement accomplis, jusqu'à ce qu'il ail repris en lui sa créature, et qu'il l'ait fait retourner dans son sein, pour y reprendre la place d'où elle était sortie (1244).
Cela s'est fait en Noire-Seigneur au jour de sa résurrection, où , non content d'être mort, et de s'être privé de la vie pour l'amour de son Père, il a voulu se consommer totalement en Dieu, et retourner en lui, il a voulu entièrement périr à son premier état, et cesser d'être à cette première vie et à celte première génération, qui l'assujettissait aux infirmités de la chair, et qui lui faisait porter la ressemblance du péché (1245).
Et c'est là la très-sainte disposition qui doit être dans les prêtres, et ce que demande l'état du sacerdoce. Il faut qu'ils soient dans une consommation parfaite en Dieu : leur grand désir doit être de n'avoir plus rien de la chair ni de leur première vie (1246), et non contents de leur mortification continuelle,
à laquelle ils doivent "s'être exercés depuis longtemps, et qu'ils doivent continuer toute leur vie, il faut qu'ils portent bien plus loin leurs prétentions, car ils ne doivent point être satisfaits, qu'ils ne se voient perdus, abîmés et consommés entièrement avec Jésus-Christ en Dieu, en sorte qu'étant totalement morts à l'esprit humain et à l'état de la chair, n'ayant plus rien en eux qui leur fasse peine, ne trouvant plus rien à mortifier dans le fond de leur cœur, et n'y voyant plus rien qui ne soit dans le calme, ils puissent vivre d'une vie toute divine, d'une vie toute ressuscitée, d'une vie transformée en Jésus-Christ glorieux, toujours élevé audessus de toutes les créatures, et appliqué uniquement à Dieu (1247).
Comme le prêtre doit être intérieurement consommé en Jésus-Christ, il faut que son cœur soit rempli continuellement des hommages de sa religion, qu'il soit dans un état perpétuel d'adoration, d'amour et de révérence; qu'il soit une hostie toute de louange pour Dieu, que son sacrifice, en un mot, soit un parfait holocauste (1248).
Le prêtre doit être si pénétré du feu divin, et tellement consommé en Dieu pour être au point de perfection où le sacerdoce l'appelle, qu'il n'ait plus rien- de ses premières faiblesses, qu'il ne reste rien dans son cœur de ses affections déréglées, que tout en lui se trouve divinisé (1249).
Le sacerdoce d'Aaron n'allait qu'à immoler la victime, et laissait à Dieu à la consommer; mais le sacerdoce de la loi nouvelle, et L'obligation des prêtres du Nouveau Testament va plus avant (1250). Car, comme ils communient à Jésus-Christ consommé en
Dco poniifex juxta ordinem Melcliisedcch. (Ilebr. iv, 9, 10.)
(1241) Agunt in eœleslibus pasclialia gaudia ipsi angelici splritus , et resurgentis Domini gloriam admiranlur , laelantur et delectantur, in eo quod forma servi reversa sit in formam Dei , et exinanitio humilitatis ail deposila; alliludinis redierit majeslatom. (S. Cïpb., Serm. de resurrect. Chrisli.)
(1212) Ad nihilum rcdaclus sum, cl nescivi (Psal. lxxii , Si), quia non remansit esse meum : quasi dical, quod lotuni suum esse , erat esse Dei. (S. Bernard., Op. t. III, serm. 45, in fine.)
(1213) Anima polest venire ad lanliim ardorem amoris divini, ut penuus âbsorbeatur, ei vertalur, el tandem in Deum Iransformetur ; ncque anima notent dicere, se in se esse, sed solum in ipso l)co. (lbid.)
(1244) Omnis creatura mulatur et clamare videtur, transmuta, transforma, transsubsiantia , etc. Ubid.)
(1245) Anima cum se referl ad Deum, ut igné amoris ,ejus aceensa formam concupiscentiie sxcularis amittat, eique, tanquam incomniutabili forma subdita, reformelur lit sacrificium. (S. Ace, lib. x De civil., c. 6.)
Ut quidquid ex noslra carne suscepit, dilualtir, renovetur, et totam suas divinae majestatis redigalur in formam. (S. Ciirvsol., serm. 105.)
(1240) Ei qui animabus prxest , illud primum curandnm, ut argent! atque auri instar oinni ex parle versalus , atque in omnibus lemporibus et reluis nusquam adulierium aut subafralum quiddam liniiiat , nibilquc deierioris mateikc flamma-
que actiori digna; in se ipso geslet. (S. Grec. Naz., oral. 1.)
(1247) Qnomodo sacerdotis habitum et nomen snl.ii" audeiem priusquam staluti essenl ad petram pelles mei perfecti tanquam ceivornm, meique seciindum Deum giessus directi essenl , ila ut nec pêne, nec ullo modo etfunderentur. Prins denique , qiiam omnia membra justifia: arma effeela fuissent, omnemque morlalitatem abjecissent a vila scilicel absorplam ac spirilui cedentem. (S. Greg. Naz., orat. 1.)
Qui adhœrel Dco, nnus spirilus est. Si ponis cerani juxta ignem, liqueflet, et si ipsam ponis in igné, effleitur ignis. lia accidit aniuuc, quia si appropinquai Deo calelit amoie divino, et si amat ipsum cordialiler, unitur Deo ei transfonnatur m ipsum. (S. Bern. Sen., Op. t. III, serm. 45, pari.
LXll.)
(1248) Sacrilicium quod pro sacerdpLibus lit tolum Deus cremare jubet. (Levit. vi.) Non enim eleclus ad sacerriolitini Deo ac mundo divisus est , sed assidue et individue tolus ex omni parte Domino suo adbseret, damans, vivo jam non ego, vivit vero in me Chrislus. (Cïrill. Alex., De ador. spir. et veril., lib. xu )
(1249) Omne sacrificium sacerdolum igné cotisunieiur. (Levil. VI , 25.) Dotocauslum eril. ( Sec. LXX.)
(1250) Cum quis aliquid Deo vovet, el aliquid non vovet, sacrilicium est. Cum vero omne quod babet, omne quod vivit , omne quod sapil , omnipotent! Deo voverit, holocaustum est , etc. (S. Gkeg., lib. il m EiCch., boni. 20.)
TRAITE DES SAINTS ORDRES. — PART. III. DU SACERDOCE
son Père, et qu'ils sont obligés par les lois de cette communion d'entrer dans le même état de l'hostie, ils doivent être aussi avec Jésus-Christ tout consommés en Dieu (1251).
Le prêtre ne peut sacrifier saintement une hostie étrangère, ni offrir une victime consommée, si lui-même n'est disposé comme elle à se sacrifier et à se consommer; car en vain ferait-il profession d'être prêtre, et d avoir une religion véritable qui le portât par zèle à consommer une hostie en Dieu, si lui-même n'était prêt de s'immoler, et d'exercer son sacrifice sur soi-même (1252).
Quand la religion est véritable, elle porte son effet, elle met en exécution ses sentiments, et elle fait qu'on exerce sur soi avec toute la pureté et la sainteté qu'elle inspire, ce qu'on a conçu pour Dieu dans le fond de son cœur (1253).
Le sacerdoce de Melchisédech porte cette perfection dans son ordre, de n'immoler pas seulement son hostie, mais de la consommer et de se consommer aussi soi-même, en consommant toutes choses en Dieu. C'est pourquoi nous ne devons pas nous contenter de sacrifier à Dieu tout le monde, et tout l'être profane ; nous ne devons pas nous contenter de lui offrir son Fils immolé sur nos autels, «et de le lui présenter dans son état de parfaite consommation, mais nous devons encore nous offrir nous-mêmes, afin d'être immolés avec lui, et afin quejout ce qu'il y a dans notre cœur et en nos sens de notre première génération, soit entièrement consommé (1254).
Or, cette consommation n'arrive qu'après de longues mortifications, ensuite desquelles Dieu donne pour récompense 1 l'âme qui a
beaucoup travaillé à se mortifier, la grâce de jouir de l'état de paix et de vie nouvelle, de l'état de résurrection et de consommation en Dieu. Et c'est alors que l'on est dans la perfection sublime que demande la dignité du prêtre (1255).
Cet état est donné à l'âme par l'ordre de la sagesse et de la providence de Dieu, en vue de sa vocation au sacerdoce. Car, comme le prêtre est appelé à la louange continuelle de Dieu, et qu'il doit s'y appliquer sans distraction, il doit être dans un dégagement parfait de la chair, et dans une entière consommation, qui est l'état où Dieu lu met quand il a été fidèle à se mortifier (1236).
La mortification est une préparation que Dieu demande pour élever l'âme à cet état: mais c'est lui-même qui l'y élève, et qui la met dans cette consommation, parce qui c'est un état qui dépend absolument de Dieu et de son Saint-Esprit, qui doit, comme un feu divin, opérer cette grâce, et nous établir dans ce paisible et magnifique état de béatitude et de résurrection (1257).
Cet état de consommation et de béatitude doit être en esprit et en disposition intérieure dans le prêtre, à cause qu'il est appelé à la vocation des bienheureux, qui sont incessamment appliqués aux louanges do Dieu, et qui ne cessent point de lui rendre les devoirs de la religion (1258-59).
Le prêtre est comme le Fils de Dieu ressuscité, le supplément de l'Eglise militante (12C0). Comme elle est obligée de louer Dieu incessamment , elle ne peut trouver son supplément qu'en Jésus-Christ ressuscité (1261), élevé au-dessus des cieux, et séparé des distractions de la terre. Talis decebat ut
(1251) Holooaustum est quando lotuni ardet et toium consumitur igné divino. (S. Alg , In psal.
LXTI.)
Hoc est sacrificium primitivum, quando unusquisque se offert hosiiam , et a se incipit, ut poslea îiiuniis suiiiû possit offerre. (S. Aub , lib. u De Abel., c. 6.)
(1252) Nosmeiipsos Deo in cordis conlrilione niacteinus , quia qui passionis Dominiez mysleria celebramus , debemus imilari quod aginius. Tune ergo vere pro nobis lioslia eril Deo, cum nosmetipsos hosiiam fecerimus. (S. Grec, Dialog., 1. iv, t. 59.)
(1255) A fruclibus eorum cognoscetis eos. (Matth. vu, 16.)
Ad illos fructus pertinet non dicere sed facere. (S. Auc, lib. u Serin. Dom. in mont.)
Qui ordinale vult aliquid Deo offerre, primum seipsum u lierai, hosiiam vivain, sanctam, Deo placenlem. (Conc. Aquisgr., cap. 10.)
(1254) Snnt quidam qui in hoc mundo retinentur, etc. lsti in bonis quae l'admit , sacrificium ollei uni, quia et aliquid de aelione sua Deo immolant, et aliquid sibimetipsis réservant. Et sont quidam qui mliil sibi réservant, sed sensuni, liiiguam , vilain, atque subslantiam Domino immolant. Quid ibli nisi holocausium oQerunt, imo niagis holocuustum fiunt? (S. Grec, lib. u in Ezech., hum. 20.)
(1255) Non transit ad summam pacem, ubi summum silenlium est, nisi qui magno strepilu prius cum suis vitiis belligeravit. (S. Auc, In psal. w.)
Quantum teipsum et iminia deseiïs et exis . lau-
tum, et non plus neque minus Deus cum omnibus diviliis intima tua ingredilur : quaniuiuque moreris uln ipsi, lanliim inlia le vivit Deus. Toium ilaque pio lui abnegalione impende : sic euim et non aliter vera pace iïueris. (Ri'sbroch., De virtulib., e. 4.)
(1256) Incipe igilur a teipso et abnega temetipsiiui. Nisi euim lui ipsius inordinatum ac privaluui iu rébus animent evulseris el abjeceris, quoeunque ctiain pergas fugiasve , quod le impediat quodque pcrluibel invenies. (Ibicl.)
(1257) Pro saceidolibus lotum cremare , nblalamque similam inane ac vesperi, hoc esi , quuiidie et ouini tempore Deo incendere jussii. (Levit. vi.) Nani qui eleclus est ad sacerdoiium sanclus est , nec unquam bonum illum odorem redolere desinit. (S. Cyrill., De adur. in spiril. et verit.,