LETTRE III
// écrit à la même personne et sur le même sujet.
Ma très-chère Fille et très-honorée Mère, Il faut, s'il vous plaît, que vous souffriez tous ces noms, qui ne me suffisent pas pour vous exprimer les ressentiments de votre charité inexplicable, toujours souffrante, toujours patiente, et qui ne se lasse jamais des importunités du plus indigne de tous les hommes et de tous ceux qui ont l'honneur de vous appartenir. Les larmes que la tendresse me force de répandre à tous moments sur les nouvelles inventions de votre piété, vous parleraient bien mieux que tout ce que je vous puis dire ; et par-dessus tout la force de l'esprit intérieur, qui dans l'éternité aura son jour, et qui dans le temps demeure caché avec Jésus-Christ en Dieu selon ses ordres, vous dira pour sa gloire ce que je re/iens dans le silence. Je vous ai proposé en simplicité mes besoins, comme à celle qui veut bien souffrir une charge si importune avec tant d'excès de charité, que je ne puis vous on témoigner assez les ressentiments de mon cœur, ni en reconnaîtro devant Dieu la grâce et la miséricorde ; car vous faites les choses avec la charité d'un Dieu qui est immense à mon égard. Je pense à aller chez vous, mais ce n'estqu'avec honte depuis la perte que vous avez soufferte à mon occasion. Mais vous pardonnerez à la joie et à la consolation que j'espère recevoir en Notre-Seigneur par votre chère présence, qui me fait oublier toute crainte et tout respect humain. Je suis en possession de vous voir toujours surmonter le mal parle bien, et d'en recevoir de continuels témoignages. Aussi, selon la prophétie de l'Apôtre, vous jetez des charbons ardents de charité et suinta tète et dans mon âme, qui ne s'éteindront jamais et s'y conserveront dans toute l'éternité. Je prie Notre-Seigneur de reconnaître en lui toutes ces grâces que je reçois de vous, et qu'il vous délivre désormais de tant d'iinportunités si fâcheuses, que je vous nommerais insupportables, si la charité immense de Jésus-Christ n'opérait tout en vous. Vous souffrirez encore celle-ci avec toutes celles du passé, et Dieu reconnaîtra votre charité invincible dans tous les secours que vous prêtez à son pauvre et inutile serviteur, poulie tirer de toutes les misères qui l'accablent et au corps et en l'âme. Je ne vous oublie pas aux pieds de la sainte Vierge, et il me semble qu'elle m'oblige plus que jamais à reconnaître vos charités et vosgrâces. Jamais Elie ni Elisée n'eurent tantdesujets de prier Dieu pour ces bonnes veuves qui les secouraient, que j'en ai pour le remercier et l'aimer des bontés dont vous usez envers moi. Adieu, ma très-chère et très-honorée Fille en notre divin Maître et en sa très-sainte Mère.
OEUVRES COMPLETES DE M. OLIEIl.