‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 328 sur 394 · NT · texte numérisé non relu

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les portes et les fenêtres étant chargées de peuple; la même chose se voyait au sermon du matin et à celui du soir, qu'on nomme le grand catéchisme; sur quoi je ne puis rien dire, sinon ces paroles : Benedictus Deus! Benedictus Deux! Béni soit Dieu, qui se communique si libéralement à ses créatures, et surtout aux'pauvres! Car, Messieurs, nous avons remarqué que c'est particulièrement en eus qu'il réside, et pour eux qu'il demande le secours de ses serviteurs, afin d'achever par leur ministère ce qu'il n'a pas accoutumé de faire seul, je veux dire l'instruction et la conversion totale de ses peuples. Messieurs, ne refusez pas ce secours à Jésus ; il y a trop de gloire à travailler sous lui, et à contribuer au salut des âmes, et à la gloire qu'il doit en retirer pendant toute l'éternité. Vous avez heureusement commencé, et vos premiers exemples m'ont fait quitter Paris; continuez dans ces divins emplois, puisqu'il est vrai que sur la terre il n'y a rien de semblable. Paris, ô Paris! tu amuses des hommes qui convertiraient plusieurs mondes. Hélas 1 dans cette grande ville, combien de bonnes œuvres sans fruits , de conversions fausses , de saints discours perdus, faute de dispositions que Dieu communique aux simples 1 Ici, un mot est une prédication; les pauvres de ces contrées n'ont point méprisé la parole des prophètes, comme on le fait dans les villes; et à cause de cela, Messieurs, avec fort peu d'instruction, ils se voient remplis de bénédictions et de grâces; c'est ce que je puis vous souhaiter, dans le Seigneur, puisque, en son amour, je suis, Messieurs, votre trèshumble, très-obéissant et très-obligé confrère.

LETTRE CCLII

.4 saint Vincent de Paul.

10 février 1637.

La quatrième de nos missions a été terminée il y a quinze jours, et il s'y est fait plus de mille confessions générales, quoique nous ne fussions que six ouvriers, et, sur la tin, huit. Nous étions tous accablés par l'afflueiK-e du peuple qui abordait de sept ou huit lieues de pays, nonobstant la rigueur du froid et l'incommodité du lieu, qui est un vrai désert. Ces bonnes gens apportaient leurs provisions pour trois ou quatre jours, et se retiraient dans les granges, et là on les entendait conférer ensemble de ce qu'ils avaient ouï à la prédication et au catéchisme; et à présent l'on voit ici les paysans et leurs femmes faire la mission eux-mêmes dans leurs familles, les bergers et les laboureurs chanter les commandements de Dieu dans les champs, et s'interroger les uns les autres de ce qu'ils ont appris pendant la mission. Enlin, la noblesse, pour laquelle il semblait que nous ne parlions pas, nous servant d'un langage aussi grossier que uous le faisions, après s'être acquittée chrétiennement et exemplairement de son devoir, ne nous a pu laisser partir qu'eu fondant en larmes Cinq

huguenots ont abjuré leur hérésie en cette dernière mission, quatre desquels, qui nous fuyaient auparavant, sont venus eux-mêmes nous y chercher; et cela, Messieurs, pour nous apprendre, comme vous me l'avez souvent enseigné, que la conversion des âmes est l'ouvrage de la grâce, que nous y mettons empêchement par notre propre esprit, et que Dieu veut toujours opérer, ou dans le néant, ou par le néant; c'est-à-dire en ceux et par ceux qui reconnaissent et confessent leur inutilité et leur impuissance.

LETTRE CCLIII

Extrait d'une lettre à un ami.

Dans l'affaire de la cure , à laquelle ma mère ne pense toujours qu'avec aversion, de grands serviteurs île Dieu m'ont dit qu'elle parlait selon l'esprit du monde et le langage de la chair. Ils ont raison, et je le dis comme eux. Dieu, en nous accordant la grâce du baptême, nous a ordonné de renoncer à la chair toujours contraire à l'esprit, comme l'esprit est toujours opposé à la chair; ce qui a fait dire a saint Paul : Depuis que j'ai été appelé à la prédication de l'Evangile, je n'ai point adhéré à la chair et au sang. (Galat. i,16.) Je le confesse de même parla divine miséricorde, qui seule nous donne la grâce et la persévérance , que, dans toute rencontre où Dieu m'appelait à lui, je n'ai cessé d'être contredit par mes proches : jamais je n'ai rien entrepris pour la gloire de Noti e-Seigneur, sans en être blâmé ; et en remontant jusqu'aux années de ma jeunesse, excepté le temps où j'ai voulu paraître dans le monde ( temps qui a fort peu duré), ma mère m'a toujours regardé d'un mauvais œil. Aussi ai-je éprouvé ce que Jésus-Christ nous a promis dans l'Evangile; car souvent il a plu à Dieu de m'unir à des personnes d'une sainteté éminente, qui m'ont tenu lieu de père, de mère, de frères et de sœurs. J'ai presque toujours reçu ces grâces avec étonnement, sans en pénétrer la raison, comme je la pénètre aujourd'hui :je ne faisais pas attention à la bonté de Dieu , qui se plaît à rendre aux siens, dès ce monde, tout ce qu'ils ont quitté pour lui , n'attendant pas , pour récompenser nos sacrifices, que le dernier jour soit venu : Nunc in tempore hoc, nous dit-il dans l'Evangile. (Marc, x, 30.)

LETTRE CCLIV

Extrait d'une autre lettre sur le même sujet.

C'est une chose singulière que mon frère ait goûté alors le paru que je pris d'accepter la cure de Saint-Sulpice. Si la considération de l'avantage que j'en espérais, et sur lequel j'insistai dans l'ouverture que je lui lis, l'amena à mon sentiment ; la raison de son changement, ce fut encore plus l'espérance qu'il avait de son côté de me voir reparaître dans Paris riche bénéficier, et y reprendre tous les usages du monde. Mais, comme depuis que je suis curé, j'ai toujours voulu être aussi simple et aussi pauvre , croyan' qu'un prêtre doit être mort au monde et l

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ses livrées, encore plus qu'un religieux, qui se rendrait ridicule s'il prenait le train d'un homme du siècle ; connue d'ailleurs mon frère n'a jamais pu s'accommoder à l'idée d'une cure, titre qui ne lui paraissait pas digne d'un homme à qui l'on a offert plusieurs évêehés, est-il étonnant qu'il ne Duisse plus me souffrir, ni ma condition?

LETTRE CCLV

Extrait d'une lettre à un ami. — M. Olier répond à un ami oui le dissuadait d'accepter la cure de Saint-Sulpice,

C'est assez de connaître la volonté de Dieu pour l'exécuter, et pour mépriser toutes les difficultés qui se présentent. Puisque Notre- Seigneur m'a placé dans celte cure, je dois espérer qu'il me donnera tout ce qu'il faut pour en remplir les devoirs. Après tout, ne serais-je pas trop heureux de m épuiser pour son amour? Le vœu que j'ai fait il y a longtemps, ne m'oblige-t-il pas de nie sacrifier incessamment pour sa gloire ? Quel plus grand bonheur, que de mourir dans l'exercice de la charité, et d'achever son sacrifice dans l'accomplissement des volontés divines ? J'appartiens a Notre-Seigneur et à son Eglise ; je dois donc leur rendre tous les services dont je suis capable, sans aucune réflexion sur moi-môme ni sur ma santé. Oh! qu'il est glorieux à un serviteur de se perdre pour la gloire de son maître 1 Si Jésus-Christ s'est trouvé heureux de donner sa vie pour la gloire de son Père, et pour le salut des hommes, qui m'empêchera d'exposer la mienne pour la gloire de ce même Dieu, et pour procurer aux âmes les biens infinis qu'il leur a mérités par sa mort?

Si les martyrs ont soutenu l'Eglise par l'effusion de leur sang, devons-nous craindre de nous sacrifier pour le bien de celte même Eglise, l'épouse chérie de Jésus- Christ? Il faut perdre son âme pour la trouver. Il faut s'oublier, et mourir au désir de la vie; il nous empêcherait d'entreprendre plusieurs choses que Dieu demanderait de nous. En la méprisant, nous en rendons Notre-Seigneur le maître et le protecteur : voyant qu'on l'abandonne pour lui, il la conserve autant qu'il est nécessaire pour l'accomplissement de ses desseins en nous.

LETTRE CCLVI

A saint Vincent de Paul. — Sur un curé opprimé.

Monsieur,

Je prie Notre-Seigneur de vivre en vous , pour faire triompher son Eglise de l'impudence du siècle.

J'oubliai hier de vous parler du principal sujet qui m'amenait vers vous. C'était pour vous faire des plaintes du plus grand scandale qui soit arrivé depuis longtemps dans l'Eglise de Dieu. Près Paris, un curé a été battu et meurtri à coups de bâton par le seigneur de son village, en présence de ses

paroissiens, et à la porte de son église, avec le plus d'ignominie et de confusion qu'on puisse imaginer pour l'état ecclésiastique. Ce curé est un homme d'une grande intégrité, très-capable , et il mérite pour sa personne, aussi bien que pour son caractère, d'être protégé. Je pense, Monsieur, que si , en commençant sa régence, la reine voulait obliger ce gentilhomme à une satisfaction publique, elle relèverait l'autorité de l'Eglise, et réprimerait beaucoup l'audace et l'insolence que la noblesse a coutume d'exercer sur les ecclésiastiques, violant ainsi impunément tous leurs droits, comme dans un temps de libertinage et sous un règne d'impiété. Je priai hier Mgr du Puy d'en parler a Mgr de Reauvais, pour apporter un remède à ce scandale, qui est déjà devenu public. Le parlement en est informé, et il n'attend plus que les ordres de Sa Majesté, qui lui feront connaître son zèle à punir ces sortes de crimes. Ce bon prêtre ne peut aisément tirer des preuves de ses paroissiens , pour procéder en justice contre le seigneur , qui, étant sur les lieux, les intimide par ses menaces. Plusieurs sont venus me trouver secrètement pour me demander s'ils devaient déclarer ce qu'ils savent sur cet attentat, dont ils gémissent. Je les ai tous encouragés à remplir leur devoir, comme aussi le curé, qui a été sollicité par sa partie de ne point poursuivre l'affaire, ce seigneur craignant le châtiment qu'il lui est aisé de prévoir, sous un règne qui veut faire triompher la religion et l'Eglise. Des personnes de très-grand poids et de très-haut mérite, m'ont témoigné que ce bon prêtre ne devait pas en venir à un accommodement ; qu'il y allait de l'intérêt universel de l'Eglise; et qu'il était à propos que, dans le commencement de cette régence, on vengeât d'une manière exemplaire un sacrilège si odieux; que cet acte de justice assurerait la paix et le repos à l'Eglise pendant tout Je reste de la régence, et délivrerait les ecclésiastiques do la vexation et de l'oppression où ils vivent, surtout dans les pays éloignés de la cour. Car les prêtres n'y ont point de bouches pour se plaindre, et ils semblent n'avoir que des épaules pour souffrir. Tous messeigneurs les évoques ont grand intérêt à cela: ils frémissent pour leurs curés sans pouvoir remédier à cette oppression ; vous le savez mieux que personne, vous qui, à la campagne, dans les travaux des missions, avez été témoin oculaire de tous ces maux. Souvent Dieu vous a fait gémir de compassion sur leur sort, et désirer d'y apporter remède; et maintenant il vous met en main l'autorité, et vous donne le pouvoirdedélivier le clergé de l'oppression. C'est, Monsieur, ce que l'Eglise et tout le corps des curés vous demandent, et moi le premier, qui ai l'honneur d'être de leurs confrères : je gémis avec eux, ayant, par votre grâce, parcouru assez de pays pour connaître les peines et les maux qu'ils endurent loin de la capitale. Je me jette donc à vos pieds avec ce bon curé, pour vous demander le soulagement de l'Eglise,

la liberté des prêtres et la tres-gronde gloire de Dieu.

LETTRE CCLVII

A une dame qui s'était laissé gagner par les jansénistes.

Je ne puis, ma très-bonorée fille, vous exprimer la douleur de mon cœur et la confusion de mon âme sur la nouvelle que j'ai apprise. On m'assure que vous entretenez une correspondance particulière avec MM. les jansénistes, et que vous leur témoignez, par vos lettres, un grand zèle pour le soutien de leur société. J'ai combattu plus de huit mois, avant d'ajouter foi aux divers avis qu'on m'en donnait, me fiant plus à vos propres assurances qu"à tous les témoignages contraires; mais depuis peu les preuves m'en ont été communiquées avec tant d'évidence, que je ne puis plus en douter. Ma très-chère lille, que vous plaît-il que je fasse pour vous, si vous avez perdu créance en moi? Vous jugez bien que je vous suis à charge et inutile. On ne peut pas servir deux maîtres, dit Notre-Seigneur, ni obéir en simplicité à deux personnes opposées dans leurs sentiments et dans leurs maximes... Je sais bien que la charité de Jésus-Christ est entière dans mon âme pour vous aider et vous servir ; mais je doute fort que je doive exposer davantage votre cœur à la duplicité de sa confiance et de sa soumission. Je puis vous dire que jamais je n'ai abandonné une âme que Jésus-Christ m'a confiée, et que j'ai toujours été soigneux de lui ôter tout sujet légitime de s'éloigner e<e moi ; tant je respecte les ordres du divin Maître. Mais aussi, quand je vois une âme marcher par deux chemins différents, et joindre la finesse au déguisement; après lui avoir fait connaître mes intentions et mes pensées, je la laisse aller dans ses voies, sachant qu'elle ne peut suivre un plus mauvais parti que celui du mélange en sa conduite, surtout si elle penche davantage du mauvais côté. Ma très-chère et très-honorée fille, si vous me promettez en Jésus-Christ de n'avoir plus aucun commerce avec ce parti, qui fait aujourd'hui un schisme formé dans l'Eglise, et qui, malgré l'autorité supérieure, s'obstine à défendre les nouvelles opinions, je puis vous assurer en Notre- Seigneur, que je vous rendrai tous les devoirs et tous les services que vous pouvez attendre de ma condition. Mais il ne m'est ni possible ni permis de servir les âmes qui se jettent en un parti contraire et injurieux à l'épouse de Jésus-Christ, la sainte Eglise, dont il soutire les plaies et les outrages avec plus de douleur que celles qu'il reçoit en sa propre personne.

Que diriez-vous, ma fille, de personnes qui avancent que l'Eglise est dans l'erreur, et qu'elle se nourrit d'hérésies; qui prétendent venir pour la réformer, et qui, au lieu de combattre ses ennemis pour les convertir ou pour les exterminer, clabaudent incessamment contre leur mère, lui déchirent ie

cœur, et la divisent avec une désolation non pareille? Vous ne voyez rien où vous êtes. On ne vous envoie que de beaux livres, comme ceux qui vous, recommandent l'aumône, parce que vous y êtes portée. Sous les prétextes les plus imposants, ces messieurs négligent les œuvres les plus essentielles, pour établir leurs malignes opinions, méprisent tous ceux qui n'y entrent pas, les qualifient même d'hérétiques et de schismatiques. Parce qu'on prêche que Jésus-Christ est mort pour tous, ils en sont scandalisés. Ils osent bien se plaindre et murmurer tout haut dans les églises, comme ils firent dans la nôtre, il y a trois jours. Bref, en tous leurs procédés ils donnent des signes effroyables de passion, de colère et de fureur, qui font frémit. Ma fille, i! ne faut pas croire à tout esprit, comme dit saint Jean, ni surtout, comme dit saint Paul, aux maximes singulières et nouvelles. Prenez-y garle, les erreurs se sont toujours glissées dans l'Eglise sous le masque de ia réforme. Les derniers hérétiques prétendaient que leur doctrine était celle de la primitive Eglise, fondée sur la parole de Jésus-Christ, accompagnant leurs discours de grandes aumônes, et annonçant partout une réformation de mœurs qui l'emportait sur celle même de l'Eglise. Quand on leui* demandait : Qui vous envoie? Personiii , répondaient-ils; c'est nous-mêmes : et lorsqu'on ajoutait : Où sont donc les marques de cette mission extraordinaire? quelle approbation avez-vous du Saint-Siège? ils ne répondaient rien, parce qu'ils ne pouvaient rien répondre : et néanmoins ils ne laissaient pas de continuer à débiter leur doctrine, sans mission, sons l'approbation de leurs supérieurs; condition absolument nécessaire, et qui l'a toujours été dans l'Eglise. Saint Paul lui-même, tout apôtre qu'il était, prit les ordres de saint Pierre. Non, sans la soumission, il n'y a plus rien d'assuré. Je vois enfin dans les personnes qui vous ont attirée à leur parti, tant d'opiniâtreté, d'enipoitement, de mépris de tous ceux qui ne pensent pas comme elles, tant d'estime d'elles-mêmes au préjudice du corps de l'Eglise et du commun des fidèles, que cela în'etfraye pour vous. Gardez-vous donc de ce levain dangereux, et, quelque belle apparence que vous remarquiez dans ceux dont je parle, éloignez-vous-en au plus tôt, pour vous attacher uniquement à Jésus-Christ et à la pureté de la foi, qui sera toujours la même dans l'Eglise, parce que Jésus-Christ sera toujours avec elle.

LETTRE CCLV1II

Fragment d'une lettre à la reine, sur un prédicateur infecté du jansénisme.

J'ajoute, Madame, à ces remercimenls, une prière très-instante de la part de toutes les personnes qui soutiennent et favorisent la sainte doctrine de l'Eglise contre les nouveautés ; c'est de vouloir encore défendre que le P. ¥¥* monte, au Carême prochain,

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