I. — Pensées sur la fol
A la gloire de Dieu, ce samedi k juin 16W, m'étant réveillé à l'heure du lever, Notre- Seigneur me fit voir que, depuis mou re-
tour dans ma maison, je ne vivais plus en la simplicité de la foi ; ce qui lui déplaisait beaucoup. J'en fus couvert de confusion. Je vis alors combien, à force d'agir pour mes propres intérêts et non par les mouve-
(1346) M. Olier avail demandé une association de lion spéciale de saint Martin. Celle faveur lui fui prières à la compagnie des chanoines de Tours, accordée par la lettre que nous reproduisons, p ur attirer sur lui et sa communauté la protec-
UEEYItES COMPLETES DE M. OLIER.
raents de la foi, qui devait seule me diriger dans mes œuvres, je me trouvais reculé et éloigné de la perfection. La vie des entants de Dieu, c'est de voir toujours en sa lumière, pour agir en tout selon sa volonté, sans consulter ni la raison, ni les désirs et les inclinations de la nature. Ils aiment mieux souffrir tous les martyres intérieurs qu'on a coutume d'endurer lorsqu'on renonce à sa chair et à ses concupiscences : martyres qu'il faut porter toute sa vie, selon ce que déclare Notre-Seigneur à celui qui veut être son discsple : Tollat crucem suam quotidie, et sequatur me. (Matth. xvi, 24.) Car celui-là se laisse conduire à l'esprit de Dieu, qui remplissant son âme des lumières de la foi, la fait marcher à la suite de celui qui éclaire tout homme venant au monde. La foi est la lumière de Jésus-Christ même, puisqu'elle est une participation de la lumière de gloire qui le conduisait lui-même, et du divin esprit qui était en lui pour diriger tous ses pas. Jamais Notre-Seigneur n'adhérait aux désirs de la chair, comme il est aisé de le comprendre par la prière qu'il fit au jardin : Aon mea voluntas, scd tua put. (Luc. xxii, 42.) La chair voulait éviter la mort, et se soustraire à la violence des peines effroyables qu'il prévoyait que les hommes lui feraient endurer. A son exemple, il faut donc être ferme dans la résolution de renoncer à tout intérêt particulier, à son propre jugement, à ses propres désirs, à sa propre vo'onté, en un mot, à tout ce que la chair demande ; en sorte que nous soyons prêts à supporter par la foi toute la rigueur des croix intérieures et extérieures que nous rencontrons, en nous laissant gouverner à i'esprit de Jésus-Christ, et en marchant sur ses traces. En toutes choses, Notre-Seigneur ne regardait que le bon plaisir de son Père, sans arrêter la vue sur la peine ou la satisfaction qu'il pouvait trouver en lui obéissant. C'est ainsi qu'il veut que nous sachions nous renoncer et nous mépriser , nous hair nous-mêmes, pour ne voir que lui et la volonté de son Père.
Notre-Seigneur me fil voir ensuite qu'il voulait que je fusse brisé, broyé et mis en poudre, comme le grain sous la meule. Je me voyais par teire, foulé aiy. pieds de tout le monde, au moins en esprit, méprisé, regardé comme de la boue, et traité comme le néant. Il me semble que cela plaçait à Dieu, qui me faisait connaître que c'était le moyen de parvenir à cette vie de foi, dont le saint Sacrement de l'autel est le modèle et la source. Aux yeux des hommes, Notre- Seigneur dans ce mystère porte un extérieur de néant, puisqu'il y est caché sous les espèces du pain, dont la substance, auparavant broyée et mise en poudre, se trouve anéantie, convertie en sa propre substance. Ainsi, par une perle totale et par l'anéantissement de notre propre fond, pour nous convertir en Notre-Seigneur, devonsnous n'avoir de l'homme que l'apparence et
les dehors; mais, par la vertu de la foi, tout l'esprit, toutes les inclinations, toute la vie de Jésus-Christ. C'est la vocation d'un Chrétien d'être mort à soi, à toute créature, pour vivre caché en Jésus-Christ : Morlui estis, et vita vestra abscondiia est cum Chrisio in Deo. [Col. ni, 3.)