‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 331 sur 394 · II. —Sentiments de confiance en dieu · texte numérisé non relu

II. —Sentiments de confiance en dieu

I. Il semble que tout le monde soit fait pour ceux que Dieu veut favoriser de ses grâces. Et comme sa puissance est sans bornes, comme sa sagesse et son amour sont inépuisab'es, il supplée à nos besoins avec d'autant plus d'abondance, en allant beaucoup au delà de nos désirs et de nos efforts, que sa puissance et sa sagesse, ainsi que son amour, surpassent les nôtres, qui ne sont plutôt qu'impuissance, que folie et aversion de nous-mêmes; tant nous savons mal conduire toutes choses à une heureuse fin. Il est vrai que, depuis qu'il a plu à la bonté de Dieu m'enseigner ce divin abandon, loin que rien m'ait jamais manqué, au contraire, tout a travaillé pour moi. Il semble qu'on craigne île ne pas m'obliger assez tôt. Ceux mêmes qui semblaient plus réservés à mon égard sont aujourd'hui les plus prompts et les plus portés à m'offrir toutes les commodités nécessaires. C'était à quoi la divine J'rovidence me préparait, lorsque le Seigneur me retirait toutes les créatures. 11 mutait tout appui, pour m'apprendre à me reposer sur lui seul.

II. Dernièrement, étant sorti de la maison pour aller voir un malade, et me trouvant sur le chemin de Yaugirard, j'étais en peine si j'irais visiter nos clercs à la campagne, pour les instruire, selon la pensée et le désir que j'en avais. Je craignis d'y aller par mon propre esprit et par ma volonté. Je craignais encore de donner de l'inquiétude à nos messieurs, que je n'avais pas avertis de ce petit voyage. Dans l'incertitude où j'étais sur ce que j'avais à faire, je m'élève à Dieu et je lui dis : Mon bon Maître, si vous trouvez bon que j'aille jusque-là, vous m'enverrez quelqu'un qui puisse en porter la nouvelle à la maison. J'avais fait à peine quelques pas , que le curé de Vaugirard vient à ma rencontre. Il allait à Paris. Averti intérieurement que Dieu m'avait ménagé cette heureuse conjoncture , comme s il l'eût envoyé à dessein de me tirer d'embarras, je le prie de donner avis au presbytère de la visite que je faisais à nos clercs. D se chargea de la commission, et l'exécuta fidèlement. Ce petit événement, où beaucoup d'autres n'auraient vu que ce qu'ils appellent un heureux hasard, fut pour moi une consolation. Je ne pus voir le soin que prend la bonté de Dieu, d'assister ceux de ses enfants qui désirent faire sa volonté en toutes choses, sans me sentir encouraiçé à entreprendre mon pèlerinage, et sans y trouver un nouveau plaisir.

Ce que fait ce tendre père pour la conduite extérieure, il le fait encore pour nos besoins

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intérieurs. Autant j'étais délaissé de son divin esprit, pendant raes deux années de tribulation, autant j'en suis secouru et assisté aujourd'hui ; autant il me tenait dans l'obscurité, autant il nie découvre de lumière ; autant il me faisait essuyer de rebuts, autant il me fait sentir les douceurs de sa présence: enfin, autant j'éprouvais de sécheresses et d'aridités, autant jégoûte les onctions de sa grâce ; et dans tout cela son dessein est de me faire connaître que, depuis le péché originel, nous ne sommes de notre propre fonds qu'attache à nousmêmes, qu'impuissance à nous élever vers lui, qu'inquiétude, que légèreté, que misère, qu'aveuglement, pauvreté, néant et péché; tandis qu'avec le secours de sa grâce nous sommes toujours élevés, toujours appliqués, toujours unis à Dieu ; ce que nous ne pouvons que par lui, qui est lumière, ardeur, onction, paix, fermeté, amour, tout bien en un mot et le seul vrai bien.

III. Réponse de M. Olier à une personne qui lui disait qu'il serait difficile d'établir dans sa paroisse l'ordre qu'il désirait. — Hélas 1 il faut donc tout laisser et ne rien entreprendre; car où pourra-t-on faire le bien sans contradiction? Non, il ne faut pas tout quitter pour les grandes difficultés qu'on y rencontre, mais se jeter plus fortement en Dieu pour y trouver la force et le courage. Si l'on nous attaque, il nous défendra; si l'on veut mettre opposition à nos œuvres, il viendra à notre secours, et, ce que nous sommes incapables de faire par nos propres forces, il le fera lui-môme en nous et par nous.ll n'est pas moins fort dans ses membres, quand on le laisse agir, qu'il ne l'était dans sa propre personne; il ne faut que l'avoir bien établi dans notre cœur.

IV. Un jour je représentais à Dieu l'extrémité où je me voyais réduit au milieu de tant de contradictions et de renversements; lorsque je croyais tout perdu, je me trouvai tout, à coup entièrement rassuré. Il me fut répondu que, malgré les traverses et les obstacles, il fallait travailler sans jamais se rebuter; que les œuvres de Dieu ne se faisaient pas autrement dans le monde; qu'on ne devait y attendre que troubles, combats et agitations; qu'on ne verrait tout paisible et parfait que dans le ciel; que la terre enfin était un lieu de tentation, où il fallait être à l'épreuve de tout, soutrrir à toute heure mille contre-temps, et qu'à chaque pas, dès qu'on voulait faire le bien, l'on trouvait de nouvelles contradictions; mais qu elles nous servaient à honorer Dieu par le sacrifice continuel de nous-mêmes et la confiance en la force de son bras.

V. Si je pouvais, disait M. Olier à quelqu'un, vous laisser cette vertu, en sorte que vous missiez toute votre espérance en Dieu, oh! que je vous laisserais de grâces et do trésors! Non, rien ne vous manquerait, ni pour l'intérieur, ni pour l'extérieur, ni pour le spirituel, ni pour le temporel. Nous avons tout, si nous ;i\uus la confiance en Dieu.

Au contraire, à proportion du défaut de confiante que Dieu verra en nous, il nous manquera dans le besoin, et nous retranchera son secours.

VI. On veut de la terre, on veut de l'or : eh bien! Dieu permet qu'on en trouve; mais il retire son esprit, le plus riche trésor dont nous puissions jouir dans ce monde. Quelquefois même il laisse tout périr; au lieu que si l'on pensait, lorsqu'on établit une maison,- à y faire régner Jésus-Christ, on la verrait prospérer, parce que Jésus-Christ y établirait tout le reste.

Sentiments sun l'amouii de dieu.

I. C'est l'amour de Dieu qui permet les oppositions que nous rencontrons dans son œuvre. Noire-Seigneur les fait servir à purifier notre cœur, et à relever l'éclat denotro couronne. Il nous fait accomplir ses desseins par les mêmes voies qu'il a prises pour l'œuvre de son Père; voies les plus aimables, puisqu'elles nous apprennent à agir en vue de Dieu seul et pour son pur amour. Ne nous amusons donc point à regarder ce que nous souffrons; mais poursuivons, avec confiance en Dieu et en sa protection, ce que nous avons commencé pour son amour et pour sa gloire. Quand nous sommes combattus, réjouissons-nous; c'est alors que nous sommes en possession de ce qu'il y a de plus précieux dans son service.

II. Récit par M. Olier de ce qu'il éprouve un jour dans une méditation sur les croix. — Après avoir passé une grande partie du jour et de la nuit dans les souffrances, avec des joies extrêmes de ce qu'il plaisait à la bonté divine de me faire souffrir pour son amour, je me suis trouvé tellement anéanti devant lui, que je ne paraissais plus rien. Je ne me regardais que comme une fourmi et un atome. Cette grâce d'anéantissement, je la sentis agir par la vertu de Notie-Seigneur Jésus-Christ qui la répandait en moi. A quelque temps de là, je me suis vu entièrement abîmé en lui, ne pouvant me défendre de m'écrier : 0 tout! ô mon tout! je ne suis plus moi-même, je ne suis plus que vous. Je me sentais comme englouti en Notre-Seigneur : ce qui n'a pas duré, car je ne pouvais souffrir ce nouveau feu. Je l'ai ressenti même tous ces jours-ci, eu parlant de mon amour. Dès que je. m'entretiens de lui, je sens une ardeur qui me saisit, jusqu'à m'incommoder la poitrine, et m'obliger à prendre des rafraîchissements pour tempérer la chaleur qui me pénètre. Ce sont comme des éclats de feu qu'il me semble voir sortir de mon Jésus, reposant dans mon cœur. Quand il soit de cette espèce de sommeil qu'il veut bien prendre sur mon »ein, je le vois jeter sur moi des regards d'amour qui m'environnent de lumière, et me mettent tout eu flamme.

III. Que ne puis-je encourager tout le monde à aimer Jésus-Chri>t, mon maître, et entraîner tous les hommes à son 'service I Je sens que c'est lui qui veut que j'écrive ses

ŒLVIIES CONNILS DE M. OLIEtt.

bontés et ses miséricordes, pour laisser aller après moi et pour multiplier hors de moi les moyens de suppléer à tout ce qui me manque pour le g!orilier. Pendant longtemps, je n'ai point eu la pensée d'écrire; je le ferai donc, puisque j'en ai reçu le commandement, dans l'espérance d'augmenter ses louanges et sa gloire. Béni soit Dieu, dé suppléer avec tani de douceur et de charité au zèle de ses pauvres serviteurs, qui meurent de langueur de ne pouvoir le servir, lui qui est un si grand Maître, que pour si peu de temps et d'une manière si imparfaite. Mille et mille millions d'hommes remplis de votre amour et du zèle de vous servir, ô mon Dieu 1 viendraient donnera ma joie ce qui lui manque. Cent nulle et encore cent mille ans durant lesquels je pusse répandre la sainte |assion de procurer votre gloire, celle de votre Fils et de sa sainte Mère; ce sérail de quoi commencer du moins l'accomplissement du désir qui me tourmente. Je ne sais ce que j'écris dans l'état où je me trouve. Oui, je voudrais que tontes les créatures fussent converties en langues et en bouches pour vous bénir et vous aimer, ô mon Dieu et mon toutl Je voudrais que toute l'étendue de la terre et des cieux fût pleine et inondée de votre gloire; que tous les éléments ne cessassent de publier votre grandeur, votre majesté sainte et votre puissance infinie. Mon cœur se console, quand je pense combien la Mère du pur amour vous loue, vous glorifie, vous bénit dans l'éternité. Que béni soit le nom de Marie, qui exalte si magnifiquement la grandeur de mon Dieu. Que béni soit Jésus, ce trésor infini de louanges, qui répand devant son Père les richesses immenses de sa religion, et qui en remplit tous les saints. Que le ciel est petit pour un Dieu si grand ! Que toutes choses confe>sent qu'il n'y a rien de semblable à Dieu : Quis ut Deus? Quis ut Deus? (Psal. i.xx, 19.) Qu'a tout jamais, disait-il un jour dans un de ces accès de charité qui embrasaient son âme et se répandaient jusque dans tous ses sens, qu'à tout jamais, mon Dieu, je vous loue et vous bénisse. Qu'à jamais je vous adore et je vous aime. Oh! si j'avais autant de cœurs qu'il y a de maudits et de malheureux esprits qui vous blasphèment, que je les emploierais volontiers à chanter vos louanges et à vous rendre les honneurs qu'ils vous refusent 1 Comme je multiplierais ma langue en autant de créatures que vous en avez formé sur la terre, pour vous glorifier 1 Mais, ô mon Dieu ! pour y suppléer, que je me perde en mon Jésus, votre louange éternelle, qui vous rend des honneurs infiniment infinis; que je me plonge et que je m'abime dans les cœurs de vos saints; que je fasse comme David, invitant toutes les créatures à vous louer; que je fasse, autant qu'il est en moi, concourir le monde entier à votre gloire 1 C'est pour mon Jésus et pour ses membres; c'est pour lui et pour moi que tout a été fait dans l'univers; et tout a été destiné pour être, dans Jésus-Christ ,

votre Fils, et dans ses membres, une victime de louanges, à la gloire de votre nom, pendant toute l'éternité. O Dieu , mon amour 1 que je commence, dès à présent, pour ne finir jamais.

IV. Un grand serviteur de Dieu, à qui je n'avais rien découvert des consolations que Dieu versait dans mon âme au milieu de mes afflictions, et qui connaissait toutes mes peines, m'exhorta de ne les plus désirer, pour ne point contraindre Dieu dans les opérations de sa sagesse. Car voyant quelquefois l'ardeur avec laquelle nous désirons ses caresses, il veut bien nous accorder quelque petite douceur, quoiqu'elle nous soit contraire; comme fait une mère qui, pour apaiser les cris de son enfant, lorsqu'il demande du sucre, lui en donne, quoiqu'il lui soit nuisible. On demande ces consolations sans y penser, ou même sans les demander, et, faute d'avoir été sevré de bonne heure, on s'y porte par un certain appétit intérieur, comme les enfants se jettent d'eux-mêmes sur le sein de leur nourrice, sans demander le lait expressément . ils le demandent plus fortement par le» mouvements qu'ils se donnent, que si c'é tait par paroles.

V. Mon bien-aimé, je me souviens que, dans les tentations qui me pressaient dernièrement, le soulagement m'est venu de vous et des sentiments de votre amour. Entre plusieurs autres, je sentais en moi de la jalousie des grands talents et de la vertu O'autrui. Maintenant je ressens, au contraire, une grande joie, parce que je les considère en eux comme étant vos dons, et faisant par eux la gloire de votre Père. O mon Seigneur, que je suis content de voir ainsi votre Père glorifié par vos œuvres. Opérez tout ce qu'il vous plaira, et par qui il vous plaira, pourvu que votre Père soit honoré de vos créatures. Non, je ne prétends rien autre chose; servez-vous de ceux qui vous agréent le plus, et par qui vous prenez le plus de plaisir à exécuter vos desseins éternels. C'est votre contentement que je cherche, avec l'honneur de votre Père. Qu'il en soit donc ainsi à jamais. Si vous trouvez votre gloire à m'enlever tout, et à le donner à d'autres qui seront plus agréables à vos yeux, me voilà pleinement satisfait. Notre plaisir, votre gloire, c'est tout pour moi : votre amour est le remède à tout. Lorsque je pense qu'en vous sont tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu, ù mon Jésus, je suis ravi de joie, et je n'en goûte pas de plus solide, que lorsqu'il plaît à la bonté de votre Père de me découvrir quelqu'une de vos perfections, non pour la satisfaction que j'y trouve, mais parce que mes plus pures délices sont de savoir que vous êtes parfait et adorable dans toutes vos œuvres et dans tout ce qui est en vous.

VI. Prosterné à vos pieds, je me souviens, avec une humble reconnaissance, ô mon Dieu! de cette grande grâce que vous me fîtes l'année dernière, au joui' de l'octave de la fête du sacré Corps de votre Fils.

IO?y EXTRAITS DES MEMOIRES MSS. — III. SENTIMENTS SUR L'AMOUR DE DIEU.

Quelles vires lumières vous répandîtes alors dans mon esprit, et quel plaisir votre amour lit goûter à mon cœur! Je m'éveillai de grand matin; c'était à Chartres, où, entendant le doux bruit et cette belle harmonie des cloches de Notre-Dame, vous me fîtes voir en esprit la grande gloire qu'on vous rendait partout en ce beau jour, et les magnifiques louanges que vous receviez de Jésus-Christ, cette hostie sainte et si pure, reproduite une infinité de t'ois dans tout le monde; car ce divin Fils vous loue dans le saint Sacrement comme dans le ciel, puisqu'il est tout ce qu'il est dans le ciel. Cette pensée m'inondait de joie. Mais ce qui y mit le comble, c'est qu'il me semblait que mon cœur avait part à tout ce qu'on vous rendait d'honneurs dans l'univers; et qu'étant répandu et multiplié partout, il vous louait partout. Plût à Dieu que cela fût comme je le sentais 1 Ce sentiment me lit verser des larmes; et une heure entière, que je demeurai à le goûter en moi-même, ne me parut qu'un moment. Ce bon Jésus ayant daigné une fois venir me visiter, il entra dans mon cœur comme une hostie divine. Souvent, depuis ce tenaps-là, je le sens aussi réellement que si je le touchais. Il a daigné me dire intérieurement, lorsque je demeurais à Chartres, vers la fin de mes peines, que je devais être perdu en lui, et tout consommé dans son amour. Presque tous les jours, je le sens encore louer et bénir Dieu en moi ; ce qui me fait répéter sans fin : Loué et béni soit Dieu à jamais. Le considérant en moimême comme une hostie qui veut me faire participant de sa religion et de son amour pour son Père, je me regarde comme une autre hostie par qui il veut être servi invariablement jusqu'au dernier soupir. C'est en cette qualité que, dans ce saint temps de Carême, je vous fis vœu de servitude il y a un an. Aussi, comme j'étais continuellement persécuté et tourné en dérision, soit par quelques-uns du dedans, soit par des personnes de condition du dehors, je prenais plaisir, mon Dieu, à me présenter devant vous eu qualité d'hostie, et à vous dire : 0 le Dieu de mon cœur, que tout ceci serve à mon sacrifice. Ne m'épargnez point; coupez, brisez, mettez en pièces la victime ; retranchez-moi tout honneur et toute esiime, et arrachez-moi tout ce que je pourrais prétendre sur la terre; c'est tout que de vous aimer.

Vil. Je n'avais encore rien éprouvé de semblable (1347) : le feu qui me brûlait alors est bien autrement pur et actif que le feu naturel. J'avais beau chercher à me rafraîchir, et changer d'air; remède inutile : l'air le plus sain et le plus frais ne soulage guère en pareille rencontre. — A ces marques si visibles de la bonté de Dieu (134-7*), je me trouvai si fortement convaincu et si vivement

pénétré do son amour ; je me sentis si rempli de sa grâce, que je lus réduit à crier tout hau: pour soulager mes sens; car je n'en pouvais plus. Cette faveur me fut accordée, après que j'eus prononcé ces paroles de mon office : Benedictione perpétua benedicat nos Pater œternus. La main libérale de Dieu versa sur moi ses dons avec tant d'abondance, que, pendant un quart d'heure ou davantage, je ne fis que pleurer, soupirer, crier et répéter : 0 amour, 6 amour, que ferai-je pour vous? Pourquoi m'aimez-vous tant, et pourquoi tant de grâces? 0 amour! soyez béni. Mon Père, que ferai je? dites, faut-il mourir? ô mon tendre Père! me voilà tout prêt. Mourir mille elmille fois, 6 mon amour! mon bien-aimé, mon tout pour jamais ! Dans l'état de peine où j'étais pour me soulager, après avoir fermé la porte de ma chambre, de peur d'être entendu, je nie jetai sur mon lit, tant l'assaut était excessif et passait mes forces. Hier au soir je commençai à sentir les mêmes impressions; mais mon bon Maître les apaisa, pour me donner la liberté d'écrire ce qui m'avait été commandé.

VIII. Ce matin, la divine miséricorde me faisait ressentir une grande ardeur dans l'oraison. Je me suis trouvé surpris d'un feu pur et d'abord insensible, mais très-actif et très-puissant, qui s'est répandu ensuite dans tous mes membres, et qui me faisait aimer Dieu dans toute l'étendue de moi-même; car il me semblait que l'amour agissait en moi jusqu'à l'extrémité des pieds et des mains, tant le sentiment de la présence de Dieu, que j'aimais, m'affectait tout entier : amour répandu dans toute mon âme, qui aimait dans tout et par tout ce qu'elle anime. De là un désir ardent de souffrir des peines inconcevables pour Dieu, d'endurer la mort en cent mille manières et en cent mille corps différents. Je ne trouvais rien d'assez parfait pour un Dieu si grand et si bon. Je sentais en moi-même une force qui me faisait dire, comme sait Martin : Médius hôstium cuneos penetrabo : Je passerais au milieu des escadrons et des ennemis de Dieu. Cet amour n'était point un amour de tendresse, mais de magnanimité. La chair voulait y prendre sa part; mais tout aussitôt l'àme se retirait en Dieu et demeurait en sa vertu. Me trouvant alors en cet amour par la miséricorde divine, à qui je demandais incessamment ce qu'elle voulait de moi pour son Eglise (car je me présentais toujours à Dieu comme une hostie, quoique très-indigne), les peines que j'avais ressenties pendant quinze jours, je vis qu'elles n'étaient qu'une préparation à cet amour plus parfait, qui voulait me dépouiller de toute créature et même de tout secours spirituel de la part des hommes, pour ne vivre plus qu'en Dieu, et chercher toutes choses uniquement en lui.

(1347) Il parle d'un de ces accès de l'amour divin (pie les sainls éprouvent quelquefois, et qurrejaillit même sur leurs sens. Ceci lui arriva un jour après le dîner, qu'il se promenait eu s'énlretenant

de Dieu, et une autre fois en récitant son Office.

(1547*) La conduite si paternelle de Dieu sur son peuple suggéra à M. Olier, dans la seconde circonstance, les paroles qui suivent.

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