EXTRAITS DES MEMOIRES MSS. — XH. MAXIMES SUR LE SACEKDOCE
d'ailleurs, évito-t-on par la de difficultés qui se rencontrent dans les missions faites en la présence du curé?
Ces prêtres peuvent servir encore au saint prélat , soit pour l'accompagner dans ses visites, soit pour le précéder et aller préparer les voies, à l'exemple des disciples du Fils de Dieu, qu'il envoyait deux à deux audevant de lui, partout où il devait passer : ce qui produit ordinairement un grand bien; car, en faisant connaître aux âmes, par la prédication et les catéchismes, le prix de la gr£ce que Dieu leur prépare par la visite du premier pasteur, et en leur inspirant les dispositions qu'elles doivent y apporter, on les rend dignes de recevoir avec fruit les sacrements de la sainte Eucharistie et de la confirmation , les deux plus riches présents que Dieu ai faits à son Eglise, puisque dans l'un on reçoit le corps adorable de son Fils, dans l'autre, les dons et la personne adorable de son divin Esprit.
Ils pourront encore soulager le saint prélat, s'il veut les employer à reconnaître la capacité des prêtres, talent si rare dans
Elusieurs campagnes ; leur vigilance sur les esoins spirituels des peuples; leur charité et leur zèle à prêcher, à exhorter, à catéchiser, à administrer les sacrements, à visiter leur troupeau, pour réconcilier les familles divisées , aider de leurs aumônes celles qui sont indigentes, consoler les malades, etc.
Les mêmes sujets peuvent enfin aller présider, par ordre et au nom de Mgr l'évêque , aux conférences de MAI. les curés, qui se font tous les mois dans les divers cantons du diocèse, comme il se pratique en plusieurs évêchés, moyen excellent de faire connaître au prélat la modestie, la piété, la capacité, l'assiduité des pasteurs à qui son troupeau est confié, et l'état de son clergé. Les prêtres de cette seconde classe n'ont pas besoin, comme les premiers, de renoncer aux bénéfices et aux dignités ecclésiastiques; mais ils doivent être abandonnés entre les mains de l'évêque, pour être placés, soit par commission, soit en titre, où il jugera à propos de les envoyer, sans avoir d'autre ambition que de servir l'Eglise sous ses ordres.
3° Des élèves du séminaire.— Il ne reste plus à parler que de la troisième classe des sujets du séminaire, qui est la plus nombreuse, puisqu'elle comprend tous ceux qui viennent se former à l'état ecclésiastique, et en prendre l'esprit. Tous ne sont pas de même l»ge, ni de même condition. Les uns, n'étant pas encore clercs, mais touchés du désir de se donner è Dieu et de se consacrer à son service, peuvent venir au séminaire pour étudier leur vocation, et examiner s'ils sont dignes d'être promus à la cléricature. On peut, en conséquence, les recevoir en habit séculier. Les autres , qui , étant clercs, ne portent aucune marque de leur état, viendront s'y instruire de leur vocation, et y prendront l'habit ecclésiastique, s'ils en sont jugés dignes. Ils le prendront avec es-
prit de pénitence, et avec un grand regret d'avoir négligé jusqu'alors de porter les marques de la cléricature.
Il s'en trouvera qui, sans prétendre à aucun bénéfice, se sentant appelés à servir Dieu et son Eglise, viendront étudier les devoirs de leur sainte vocation, et se former à l'esprit du sacerdoce, pour se mettre dans la main de leur prélat, et remplir, dans son diocèse, tel ou tel ministère qu'il lui plaira. De tels ouvriers se présentant avec le seul intérêt de la gloire de Dieu, leur grâce en sera bien plus excellente.
D'autres , enfin , seront des bénéficiers, comme doyens, chantres, archidiacres, chanoines, abbés , prieurs, qui voudront connaître ce qu'ils sont dans l'Eglise, ce qu'ils lui doivent, quelle est la grâce de leur état, quelles en sont les vertus et les obligations.
Cette diversité de sujets compose la beauté admirable de l'Eglise de Dieu, et forme un ordre merveilleux aux yeux de Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui s'en sert pour mettre au grand jour l'étendue de ses vertus secrètes et la multiplicité de ses dons cachés.
Mais de cette même diversité naît une difficulté qu'il faut aplanir. Le séminaire est ouvert aux riches et aux pauvres. Comment ne pas exposer ceux-ci à aimer leurs aises, si.on les traite, pour la nourriture et le vêtement, au-dessus de leur condition? El si les premiers, qui ont été élevés délicatement, ne sont pas nourris avec plus de soin que les personnes d'un état médiocre, n'est-il pas à craindre qu'on ne les dégoûte et qu'on ne les rebute? Le premier remède à tout inconvénient, c'est de régler tellement la nourriture et le vêtement ; c'est d'y mettre un si juste milieu, que les sujets d'une condition commune, ne puissent ni excéder ni flatter leurs sens, et que ies sujets d'une condition plus relevée n'aient point lieu de faire de plainte ensemble sur ce qui touche les nécessités de la vie.
Mais, un autre remède bien plus efficace, et qui a toujours été le plus solide fondement de la paix et de la concorde dans les sociétés chrétiennes, c'est l'exercice de la mortification. Sans cette vertu, rien d'assuré dans la religion du clergé et dans la perfection du sacerdoce, non plus que dans le christianisme. Sans cette mort à soi-même , ce n'est que trouble avec soi et avec ses frères. Dans elle, au contraire, on trouve la paix avec Dieu, avec soi-même et avec le prochain. La grande étude des directeurs sera donc de former les sujets du séminaire à la mortification de toutes les inclinations de la chair, et de les établir dans la pratique de cette leçon fondamentale delà cléricature: Regardez-vous comme des hommes morts au péché. « Existimate vos mortuos quidem esse peccato. » [Rom. vi, 11.) Saint Paul représente les Chrétiens, à plus forte raison les élèves du sanctuaire, comme des hommes qui portent dans leur corps la mortification de Jésus-Christ (I Cor. iv, 10), comme des hommes ensevelis avec Jésus-Christ; par conséquent, tellement séparés en esprit
des choses de la terre, que rien de ce qui est le sujet ordinaire de nos inquiétudes et de nos troubles n'interrompe en nous la paix nécessaire au service de Dieu et à l'accroissement dans la piété.
Jésus-Christ Noire-Seigneur a donné le premier coup de mort à la vie du péché par la grâce du baptême, nous laissant à continuer l'œuvre qu'il a commencée, en nous appliquant sans cesse à retrancher les germes du péché, qui est bien mort eu soi, mais non dans ses suites. C'est à quoi l'on doit beaucoup exhorter les élèves du séminaire, en leur taisant toujours ouvrir les veux à la malignité de leurs désirs, pour les réprimer et les tenir ensevelis dans un esprit de mort, comme ils y sont obligés par leur profession, et comme ils en sont avertis par leur habit. Car la soutane , qui est un habit de mort et de pénitence , et que nous devons prendre avant de nous revêtir du surplis, nous apprend que la mort à nous-mêmes doit précéder la sainteté de la vie cléricale, représentée par la blancheur de ce vêtement. Avec cet esprit, qui est celui des apôtres, les clercs aspirant au sacerdoce ne penseront ni à leurs habits ni à leur nourriture. Ils n'en feront non plus de cas, que ces princes auxquels on vient en grande cérémonie présenter des mets après leur mort, et qui y sont aussi peu sensibles qu'aux suaires et aux décorations funèbres qui les environnent; et pleins de la grâce de leur vocation en Jésus-Christ, ils parviendront à n'avoir plus que du dégoût de la vie présente, et de désirs que pour la vie future, à laquelle tendent tous les exercices du séminaire.