‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 360 sur 394 · XII. MAXIMES SUR LE SACERDOCE · texte numérisé non relu

XII. MAXIMES SUR LE SACERDOCE

trois portes (1372), par où entraient les peuples qui voulaient se sanctifier. Ainsi trois bons ministres, par les mains de qui passerait le clergé, et dans le sein desquels reposeraient tous les sujets du séminaire, seraient capables de tout sanctifier. Ils éclaireraient et ils transformeraient non-seulement un diocèse, mais un royaume entier : tant est grande et admirable la vertu de l'esprit apostolique!

On en trouvera peu dans l'Eglise qui veuillent embrasser ce genre de vie obscure et cachée, et qui réunissent avec le zèle et la piété, la prudence et la capacité nécessaires dans cet emploi. C'est la grande difficulté, dans l'établissement des séminaires, de rencontrer des hommes de mérite. Il faut donc, quand il a plu à la bonté divine d'en susciter, les conserver bien soigneusement, en éloignant d'eux tout ce qui pourrait altérer leur vertu, comme le soin temporel de la maison , dont on pourrait se décharger sui d'autres, et les occupations grossières qui en dépendent. Gomment d'ailleurs, étant en si petit nombre, pourraient-ils vaquer aux choses du dehors sans négliger le bien spirituel du dedans, bien qui demande une union si habituelle avec Dieu, que les moindres distractions ne peuvent manquer de lui nuire beaucoup?

Pour prévenir toute espèce de danger et d'inconvénient, il est juste que le séminaire soit pourvu de ce qui est nécessaire à Ja nourriture et au vêtement des directeurs. Ils se contenteront de peu, et ce peu, il faut même qu'il leur soit administré avec assez d'attention et d'exactitude, pour qu'ils ne soient pas dans la nécessité de s'en occuper le moins du monde. En se reposant, pour le temporel, sur la vigilance do la personne charitable que le père commun aura députée pour cet emploi, ils ne déroberont rien au temps si précieux qu'ils doivent à des exercices tout divins ; et ils seront tout entiers à l'œuvre sainte pour laquelle le séminaire a été institué.

Rechercher son intérêt propre dans la conduite des âmes, c'est mêler les choses profanes avec les choses saintes; c'est rapporter ce qu'il y a de plus sacré dans la religion à des lins toutes terrestres et toutes charnelles. C'est une e>pècc de sacrilège, qui attire la colère de Dieu. Il est impossible qu'en travaillant dans cet esprit, on serve jamais les âmes avec beaucoup de fruit et de bénédiction.

11 y a différentes sortes d'intérêt à éviter. Quelques-uns, dans le saint ministère, recherchent un gain sordide ; d'autres, une honnête retraite; quelques-uns prétendent se donner de la considération par le nombre et la qualité de ceux qu'ils dirigent. Ils } tâchent de se faire valoir par l'accès qu'ils ont dans leurs maisons, cherchant à s'y rendre nécessaires. Pour éviter toute occasion de s'attacher au monde, il esta propos •lue les directeurs ne se mêlent point des

affaires de famille, ou du temporel des personnes qui sont ou qui ont été sous leur direction, si ce n'est qu'on leur demande avis sur certaines choses qui aient rapport au spirituel, et qui intéressent la conscience : autrement il faut les renvoyer à des personnes intelligentes dans les affaires, pour prendre leur conseil ; car ces choses n'étant point dans la sphère ordinaire de notre vocation, nous nous mettons en grand hasard de leur en donner de mauvais, et de les tromper en voulant les servir. Tout ce que nous pouvons et devons faire alors, c'est de recommander leurs affaires à Dieu, le suppliant d'éclairer ceux qu'elles consultent, afin qu'ils leur donnent de bons et salutaires avis.

Souvent il arrive que, sous l'apparence d'un bon zèle, on se laisse aller au désir d'agrandir sa communauté, et de la rendre plus illustre. On s'emploie à chercher les moyens d'en procurer les avantages ; quelquefois même on entreprend pour cela des choses étrangères à notre élat. On se contente d'être détaché des richesses en son particulier; mais on ne croit pas devoir pratiquer cette vertu dans les choses qui regardent la communauté. Nous devons cependant attirer les grâces et les bénédictions du ciel sur notre communauté, par les mêmes voies que nous employons pour les faire descendre sur nous en particulier; c'est-àdire, par une profonde humilité, une ebartfc ardente, une patience invincible, un désintéressement universel, en un mot, par la pratique de toutes les vertus évangéliques, le seul appui des communautés, aussi bien que des particuliers, et l'unique moyen d'y maintenir la ferveur. Si nous voulons nous reposer sur la prudence humaine, sur les maximes du siècle, sur l'excellence et la supériorité de nos talents, sur l'abondance de nos richesses, Dieu nous laisse et nous abandonne aussitôt, parce qu'il ne voit pas eu nous les marques de son esprit et de sa conduite. De là vient la décadence des communautés. Voilà, dit-on, ces hommes qui n'ont pas mis leur force en Dieu, mais qui se sont confiés dans leurs grandes richesses, et se sont, appuyés sur la vanité de leurs entreprises : « Ecce homo qui non posait Deum adjulorem suum, sed speruvit in multiludine divitiarum suarum et prœvaluit in vanitate sua, » [Psal. u, 9.) On a prétendu acquérir à son corps une grande estime, des richesses considérables , et on le voit déchoir de sa grâce et de son premier esprit, parce qu'on a fondé son établissement sur la créature. On ne s'est point assez reposé sur Dieu, qui veut être l'unique appui de ses œuvres; et qui, les ayant élevées contre toutes les oppositions de l'enfer et du monde, n'eût pas manqué de les conserver, si on avait eu en lui une parfaite confiance.

Qu'il est doux de faire l'œuvre de Dieu en son Fils, par les voies qu'il a établies lui-même en son Eglise, et consacrées au-

(1072) Ab Oriaiie portai 1res, et ab Aquilone porta: très, etc. [Apoc. xxi, 15.)

tant par son exemple que par sa doctrine; l'humilité, la pauvreté, la simplicité! Les grands ne doivent paraître, lorsqu'il s'agit dés desseins de Dieu, que pour adorer de lo;n, et non pour y toucher. Il faut que ses œuvres s'avancenï dans le môme esprit'qui les a commencées. C'est pourquoi les communautés, qui sont fondées dans l'Eglise sur l'esprit et les vertus de Notre-Seigneur, doivent toujours, comme les particuliers, aller de vertu en vertu. L'esprit de Jésus- Christ y doit toujours croître, et ses maximes doivent s'y pratiquer avec plus de perfection. Mais le malheur est que l'intérêt s'y mêle, l'ambition s'y glisse, l'esprit de superbe y pénètre, les maximes du monde s'y établissent; au heu de s'appuyer sur le bras de Dieu et sur sa providence, peu à peu on la perd de vue; par une prudence tout humaine, on veut établir tout sur la faveur des grands, sur les mesures de la sagesse du siècle, en un mot, sur la créature ; ce qui oblige Dieu de s'éloigner et de les laisser périr, pour apprendre aux hommes que rien ne peut se soutenir que par lui. Puisqu'on veut du bien et de la considération, il permet qu'on en ait ; mais il retire son esprit, le plus précieux trésor qu'on puisse posséder dans ce monde; et quelquefois même, en punition de cette conduite, il renverse tout. Combien n'en a-t-on pas vu d'exemples ? Si Dieu ne bâtit la maison, c'est inutilement que nous y mettons la main. Elle est bâtie; c'est en vaïn que nous faisons nos efforts pour la conserver. A quoi bon nous lever avant le jour, c'est-à-dire, employer notre temps et nos soins, pour finir ce que Dieu lui-même ne veut pas qui s'achève? Mettons-nous donc fort peu en peine de tous les secours humains dans les œuvres de Dieu, puisque lui seul veut en avoir la gloire.

L'intérêt est le père de tous les maux. S'applique-t-on à vouloir acquérir quelque chose, tout aussitôt l'esprit se remplit d'idées grossières. On perd l'esprit d'oraison; on abandonne ses exercices spirituels pour aller visiter le monde, solliciter auprès des hommes puissants, et en tirer cequ on prétend. On les flatte même, et ou se rend complaisant pour mieux réussir à les gagner ; mais on éloigne Dieu, et l'on s'éloigne de Dieu. Le goût de la solitude s'évanouit, la pureté d'intention se perd, le recueillement s'en va; plus d'union avec. Dieu; bientôt la communauté se voit déchue de ce qu'elle était, et hors d'état .de redevenir ce qu'elle doit être. 0 vil intérêt 1 que tu causes de mauxl que de misères tu entraînes après toi I que de saintes œuvres tu détruis 1 Hélas I tu es si détestable dans les personnes du monde; combien dois-tu être en horreur dans les maisons de Dieu, où l'on ne doit respirer que sainteté, que dégagement le plus entier et le plus parfait I

Tant que nous vivrons sans intérêt, Dieu bénira la maison; les grâces y seront abondantes, et il lui fera d'autant plus sentir son secours, qu'on se mettra moins en peine d'en chercher ailleurs. Nous aurons tout, quand

nous aurons la confiance en Dieu : avec elle on est plus riche que si l'on possédait tous les trésors du monde, tous les royaumes de la terre. On a ceux de Dieu même, qui ne peut rien refuser aux hommes qui espèrent uniquement en lui. Non, nous ne manquerons qu'autant que la confiance nous manquera. Tant que saint Pierre la conserve, il marche sur les eaux avec autant d'assurance que sur la terre ferme. Dès qu'il chancelle dans la foi et que sa confiance diminue, il commence à enfoncer, et court risque de périr. C'est ce que lui reproche Notre-Seigneur : Homme de peu de foi, pourquoi avezvousdoute"! (Mat th. xiv, 31.) Ah ! si je.pouvais vous laisser cette confiance et cet appui en Dieu seul, que je vous laisserais de trésors et de grâces I Si vous saviez combien Notre- Seigneur aime à voir ses serviteurs lui abandonner le soin de toutes choses avec la simplicité d'un enfant, pour ne s'occuper qu'à le servir et à procurer sa gloirel Voulezvous savoir le moyen de ne manquer de rien ? Etablissez-vous bien, vous, vos œuvres et votre conduite sur cette grande maxime de Jésus-Christ : Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. (Matth. vi, 33.)

2° Des prêtres formés au séminaire. — 11 importe beaucoup qu'il y ait toujours au séminaire des prêtres tout formés, qui soient toujours prêts à être envoyés dans les différents lieux du diocèse, selon le besoin, et à partir au premier ordre du premier pasteur. Notre-Seigneur trouvait toujours ses apôtres disposés à se rendre partout où il lesenvoyait, et à passer d'un lieu à un autre, selon qu'il lui plaisait. Il doit en être ainsi des prêtres que le prélat tient comme en réserve dans son séminaire, pour secourir à propos les brebis qui sont sans pasteur, ou qui ne peuvent recevoir de lui la nourriture. Le séminaire doit donc avoir des prêtres, qui , instruits du chant, des cérémonies-, de l'administration des sacrements, de la manière de prêcher et de catéchiser, puissent aller remplir soit un vicariat vacant, soit une cure, soit quelque autre bénéfice, et qui, par-dessus tout, soient hommes intérieurs et bien unis à Dieu. 11 en faut encore pour aller, dans le besoin, tenir la place de MM. les curés qui seraient malades, ou qui voudraient faire au séminaire les exercices spirituels de la retraite. 11 en faut d'autres qui soient toujours prêts à faire la mission, surtout dans les cures vacantes, par la mort du pasteur : d'où il résulte plusieurs avantages.

Le premier, c'est de suppléer aux fautes etaux négligencessouvent très-considérables du curé décédé ; le second, c'est de secourir les peuples dans leur délaissement, et de consoler l'épouse de la perte de son époux ; le troisième, c'est de préparer au successeur un troupeau capable de profiter de ses instructions et de ses bons exemples, en jetant à propos , dans le cœur des brebis, une semence de salut, qui, bien cultivée ensuite, portera du fruit en son temps. Combien ,

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