‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 363 sur 394 · EXTRAITS DES MEMOIRES MSS. — XIII. LUMIERES INTERIEURES · texte numérisé non relu

EXTRAITS DES MEMOIRES MSS. — XIII. LUMIERES INTERIEURES

années pendant lesquelles je ne connaissais rien dans le christianisme, ni dans les routes qu'il faut tenir pour aller purement à Dieu; tant la voie do la confiance en l'assistance de sa grâce est efficace sur les esprits 1

III.».. Comme je lui parlais (1374), de l'avantage qu'on trouve à quitter tout pour Dieu, et à renoncer à toute espérance temporelle pour Jésus-Christ, il plut à la bonté divine de m'ouvrir le ciel et de me montrer l'élévation de la demeure qui lui était préparée pour avoir eu le courage de se séparer de toutes les grandeurs du siècle, et avoir sacrifié généreusement à Jésus-Christ ses espérances pour celte vie.

IV. Nôtre-Soigneur m'a fait entendre que la vocation de la société était autre que celle de l'institut de saint Rernard.Car il a voulu, dans le monastère du saint abbé, que l'on domptât la chair et qu'on la réduisît en servitude par les eirorts extérieurs; et il paraît que Dieu demande, dans cette maison, qu'on y dompte la chair par l'esprit. Saint Bernard était appelé à se retirer du monde extérieurement; et il est visible que dans notre vocation, l'esprit doit nous séparer du monde au milieu du monde même. Le saint éloignait des dignités ecclésiastiques, et retirait du clergé tous les sujets que Dieu lui envoyait. Au contraire, Dieu désire qu'on élève ici des sujets pour les charges et les dignités du clergé. Il ne veut pas qu'on pense à grossir un corps qui diminue le corps principal de l'Eglise, mais que l'on travaille à remplir ce dernier de sujets saints, qui, étant le sel du clergé, pénètrent le corps entier de leur sagesse et de leur vie divine. Or, il faut pour cela que ceux qui composent la maison aient une grande plénitude de vie, qui par eux se répande dans le corps ecclésiastique. 11 faut qu'ils vivent dans un esprit de mort et d'abnégation de toute dignité, pour mériter l'honneur et la grâce de servir l'Eglise pour la sanctification de ceux qui en doivent remplir les places et les charges.

V. Un de nos messieurs, m'ayant demandé quelques paroles d'édification en l'honneur de saint Paul, aussitôt la bonté divine me lit voir le zèle de ce grand Apôtre, qui était tout de feu pour la gloire de son Maître. Je me le représentai comme une vive flamme qui s'élançait de toutes parts, et passait sur tout sans rien craindre ; ni le monde, ni la mort, ni la croix, ni le martyre : qui attaquait les princes et les rois avec intrépidité, méprisant toutes les créatures qui s'élevaient contre Dieu, comme de la boue. A ce même moment, je sentis mon cœur embrasé d'un feu tout semblable. Je ne pouvais dire une parole, sans qu'elle m'enflammât davantage, J'eusse parlé très-longtemps sur cette matière, sans peine et sans préparation ; mais je n'osais, tant je craignais d'excéder, et tant je sentais croître en moi cet état extra-

(1574) Il s'agit ici d'une unie qui ciait liès-éiroitemenl unie à M. Otier par les liens de la ehai-ilé.

(1575) Il s'agit ii-i de l'extrême-onctiôn que M.Olier administra t a un jeune ecclésiastique, nommé de

ordinaire de ferveur que j'étais obligé quelquefois de contenir en moi-même. Lorsque j'éprouve ces impressions, je ne me mets guère en peine de ce qu'il faut dire. Dieu me donne tout, et son esprit me fait parler comme il lui plaît. S'il me fallait répéter ce que j'ai dit alors, je no le pourrais, à moins que la lumière qui m'a fait parler ne me fût remise dans l'esprit. C'est ainsi que je parle toujours maintenant. Je me trouve si fort abandonné a l'esprit de Notre-Seigneur, et si dépendant de lui, que je ne vois, je ne sens, je ne puis quoi que ce soit au monde, que dans la vue, le sentiment et la ')uissanoe de cet esprit;

VI. Une religieuse, en qui l'on reconnaissait une éminente piété, s'éiant présentée un jour devant moi, je vis ses yeux tellement égarés, que je la jugeai tourmentée par l'esprit impur, qui la portait à des desseins criminels. Je fis aussitôt le signe de la croix, et celle pauvre servante de Dieu fut délivrée sur-le-champ. Le malin esprit était entré dans son corps pour s'efforcer de la séduire, et s'était emparé de ses yeux pour la portei au péché; mais il ne put tenir contre le signe du salut. A peine l'eus-je employé, qu'il fut contraint de prendre la fuite.

VIL... Pendant qu'il la recevait (137a), il me témoigna une joie singulière des grâces qui se répandaient en lui par les paroles que le Seigneur, me mettait sur les lèvres, et qui arrachaient des larmes de tous les assisfanls. Ce fut de lui que Notre- Seigneur me dit, pendant, que les médecins le condamnaient, et me dit par deux fois ; Je te le rendrai ; parole qui s'est trouvée pleinement justifiée par l'événement. Il fut. guéri contre toute espérance ; et les médecins eux-mêmes ont regardé cetle guérison comme miraculeuse. Depuis son rétablissement, ce jeune homme profile à vue d'œil dans la vertu; tant il est vrai que la parole de Dieu et la sainte Eucharistie sonl la nourriture de l'âme.

Ayant été appelé pour voir un malade dont le mal était si violent, qu'on était persuadé qu'il en mourrait, je fus ému de compassion en l'abordant. Je lui adressai quelques paroles pour le consoler et le soutenir dans ses souffrances. J étais à peine sorti qu'il fut guéri. Les pauvres affligés qui l'assistaient ont cru qu'une guérison si soudaine était miraculeuse. Le saint nom de Dieu soit béni et loué à jamais.

VIII.... Je ne manque point de souffrir des peines très-violentes pour les moindres choses qu'elle peut faire en l'esprit propre, et selon les vues de la sagesse humaine (137(5). La voyant agir hors de la pureté de l'esprit divin, je profitai du premier entretien pour lui rendre compte de tout te qui s'était passé en elle, et des paroles même qu'elle avait prononcées en telle ou telle rencontre. Elle m'avoua que je lui découvrais ce qu'elle

Yillars, tombé très-dangereusement malade.

( 1576) M, Olicr parle ici d'une àmc clc\cc à une glande perfection, qu'il dirigeait.

OEUVRES COMl'LETES DE M. OLIER.

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n'avait pas encore découvert elle-même, et ce qu'elle n'aurait jamais aperçu si je n'avais apporté la lumière devant ses yeux. Les peines secrètes que j'endure alors me font connaître celles de Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui ne peut souffrir dans les âmes saintes le moindre détour ou le moindre mélange de la sagesse humaine sans une sorte de tourment; car voyant son épouse fidèle ne pas marcher dans toute la pureté de son amour, mais pour soi-même ou pour autrui, c'est-à-dire lui dérober un regard, une préférence, qui lui eussent été plus chers que les hommages de tous les hommes de la classe commune des Chrétiens, comment n'en ressentirait-il pas une peine extrême? Le regard amoureux d'une âme vers Jésus-Christ est si doux à ses yeux et si agréable à son cœur, que s'il lui arrive d'en donner un autre à sa créature ses entrailles se déchirent. Ohl quelle douleur pour lui de voir perdre devant soi ce qu'il avait acquis avec tant de soin, conservé avec tant de peine, possédé avec tant de jalousie 1 Et ce sera un homme de rien qui le lui ravira; un homiùe qui n'a rien fait pour cette âme, qui n'est point mort pour elle, qui ne lui donne point son corps et son sang pour nourriture, comme Jésus-Christ; qui n'est capable ni de la conserver, ni de la protéger, ni de la défendre contre les ennemis de son salut. Combien une âme qui veut être fidèle à notre Seigneur doit être soigneuse de ne donner jamais le moindre regard à lacréature. 11 est si jaloux de la posséder tout entière, et d'en être souverainement aimé, l'ayant acquise à tant de titres, et la voulant avoir seul, sans qu'aucun autre puisse y prétendre.

C'est un frein si puissant et si fort que celui de l'amour. Dieu ne souffre pas qu'on aime rien pour tout autre que pour lui. 11 veut que l'âme fidèle tende à lui en droiture et à tout moment, et à lui seul, ne déclinant ni sur elle-même, ni sur* le prochain, pour l'aimer purement et en lui-même. Aussi dès qu'une âme s'approche de l'état où il commence à être fort jaloux de son amour, il la retire Ju tracas des choses du siècle, et l'attire en solitude, pour en jouir exclusivement et sans rival, sans partage, sans distraction d'elle-même. Dieu trouve ses délices dans le moindre de nos regards intérieurs, tant il aime tout ce qui est de nous. La plus petite complaisance en autrui est pour lui une mort. Un désir de voir, de posséder autre chose que lui, est pour son cœur un saisissement qui ne peut s'expliquer.

Dieu, par sa miséricorde, me fait sentir toutes ces impressions comme des coups de rasoir qui me coupent les chairs vives, comme des morsures d'animaux qui me dévorent les intestins. Bref, tout en moi soulîre cruellement quand il arrive à une âme que j'ai en garde de s'épancher ainsi en la créature, et de s'éloigner, en suivant ses désirs, de l'unité et pureté de son Dieu. Ces tourments intérieurs, ainsi que les lumières qui me les causent, me viennent sans que j'aie besoin de voir les personnes qui en sont

l'objet; mais je sais tellement ce qui se passe en elles, qu'elles sont obligées de convenir de tout. C'est un hommage qu'elles rendent à la vérité et à la fidélité de Dieu, qui fait voir et sentir ses peines aux âmes qu'il attire à lui et qu'il s'attache, pour les rendre capables de purifier les autres après s'être purifiées elles-mêmes. A peine pourrait-on croire la jalousie qu'il en a, et la peine qu'il souffre du partage des cœurs qu'il veut tout à lui. Il en agit avec nous comme avec luimême ; car il a voulu éprouver nos tentalions pour compatir à nos misères, et maintenant il veut que les directeurs éprouvent ses propres peines, afin que nous ayons compassion de son état, et que nous le soulagions à notre tour. Je sens encore de grandes tribulations lorsque les fidèles épouses de Notre-Seigneur ne vont point avec lui eu naïveté et simplicité; quand elles se portent aux choses qu'elles aiment pour leur propre satisfaction, se formant une fausse intention de la gloire de Dieu... Par exemple , elles diront qu'elles veulent voir telles choses pour lui, et c'est uniquement pour se contenter elles-mêmes. C'est là me donner des coups de poignard et me percer le cœur.

IX. 11 a plu à la bonté divine de me faire voir une chose prodigieuse et dont la pensée m'épouvante; l'intérieur de Jésus-Christ, qui m'a été montré aussi vaste et aussi grand que Dieu même. Ce mystère m'a été expliqué par une comparaison de l'Ecriture qui nous représente Dieu étendant les cieux et les déployant comme on étend et on dilate les peaux qui étaient pliées et roulées : Extendens cœlum sicut pellem. (Psal. cm, 12.) J'entendais que cela se faisait ainsi. C'est que dans la créature il y a un fond de docilité à l'action de Dieu qui est sans bornes. Les philosophes l'appellent puissance d'obéissance, la comparant dans son étendue à la grandeur de la touteTpuissance de Dieu, par qui, et entre les mains de qui la créature peut être dilatée à l'infini; car il est en elle pour l'étendre et l'accroître autant qu'il lui plaît. Je voyais de même l'intérieur de mon maître dans une vaste et immense étendue. 11 comprenait en lui tous les devoirs du monde; il aimait pour tout le monde, il louait et glorifiait Dieu pour tout le monde ; en un mot, il avait un tel amour pour tout le monde, que quand tout le monde eût été infiniment plus étendu qu'il n'est, son amour serait assez grand pour embrasser toutes les créatures qui le composeraient, et bien au delà.

Je n'avais pu concevoir ce que me disait dernièrement un saint prêtre de notre communauté, qu'il sentait pour le prochain un amour infini, lequel n'était autre chosequ'un ressentiment et une participation ds l'amour que Jésus-Christ porte à ceux qui l'aiment : mais aujourd'hui, j'ai conçu ce que c'était que cet amour; car après la sainte Messe, mon Sauveur a bien voulu, pendant mon action de grâces, me le faire sentir et l'exprimeren moi. Je ine suis vu en cette disposi-

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