SUR LES GRANDEURS DE SAINT JOSEPH
Parmi les auteurs ascétiques du un' siècle, si justement estimé;, le vénéré fondateur de la Communauté de Saint-Sulpicc occupe un des premiers rangs. Les docteurs les plus éininents par leurs lumières et par leur science, d'accord avec les diverses congrégations religieuses, le regardent comme un des hommes les plus habiles, les plus surs et les plus éclairés dans les voies intérieures.
Comme en composant ses ouvrages, il avait spécialement en vue le clergé et les âmes appelées à une haute vertu, il y montre nettement et sans adoucissement la voie de la perfection, fondée sur la pure doctrine de l'Evangile, c'est-à-dire sur la mortification des passions et la vie de Jésus-Christ dans nos âmes. Voilà à quoi se réduit la spiritualité de M. Olicr, que le P. Ililarion de Nolay appelle la moelle et la quintessence de l'Evangile.
Les ouvrages de ce grand serviteur de Dieu sont moins le fruit de ses réflexions et de ses recherches, qne des lumières dont l'Esprit-Saint le remplissait dans l'oraison. Décrivait, pour l'ordinaire, après ce saint exercice, et avec une facilité et une rapidité si extraordinaires, qu'on l'a vu écrire à genoux cinq ou six heures de suite sans jamais être incommodé par cette sorte de composition. « Sa plume, » dit Baudrand, « suivait l'impétuosité de l'esprit de Dieu, qui l'éclairail et retraçait sûrement sur le papier ces vérités divines, que les dons de sagesse et d'intelligence qu'il avait reçus lui découvraient en foule et tout d'un coup. > C'est pour cela, sans doute, que, dans celte rapide composition, il s'attachait moins à donner des motifs propres à convaincre et à persuader, qu'à exposer le fond même des choses comme elles s'offraient à son esprit.
Bossuet estimait beaucoup M. Olicr; il l'appelle : Yirumprœslantissimiim ac sanctitatis odore florentem.
Après tous ces témoignages rendus à la gloire d'un homme si justement vénéré, on est étonné de voir Feller, s'inspiranl d'une lettre du janséniste Nicolle, oser dire qu'on désirerait trouver dans les ouvrages de M. Olier une dévotion moins minutieuse et plus éclairée.
C'est aussi avec peine que nous avons lu dans Y Encyclopédie du xix' siècle, à l'article Olicr, ce jugement empreint d'injustice et de légèreté : < On a de lui des ouvrages de dévotion où respire une piété vive et sincère, à côté d'une spiritualité d'imagination et de visions {orl singulières. » Mon Dieu ! quand serons-nous donc entièrement débarrassés de ces restes de gallicanisme cl de jansénisme, qui ont fait tant de mal parmi nous? Pour hâter ce moment heureux, nous faisons des vœux bien sincères pour que le docte et pieux M. Faillon, répondant aux désirs d'un grand nombre de personnes pieuses, nous donne une édition complète des œuvres de M. Olier. En attendant, nous offrons aux fidèles serviteurs de saint Joseph, comme un avant-goùl des jouissances intérieures qui leur sont réservées, les belles pages que le vénéré fondateur de Saint-Sulpice a écrites sur le glorieux époux de la Reine des anges.