‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 391 sur 394 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

SAINT JOSEPH CONSIDÉRÉ PAR RAPPORT AU PÈRE ÉTERNEL ET A JÉSUS-CHRIST SON FILS.

L'admirable saint Joseph fut donné à la terre pour exprimer visiblement les perfections adorables de Dieu le Père. Dans sa seule personne, il portait ses beautés, sa pureté, son amour, sa sagesse et sa prudence, sa miséricorde et sa compassion. Un seul saint est destiné pour représenter Dieu le Père, tandis qu'il faut une infinité de créatures, une multitude de saints pour représenter Jésus-Christ; car toute l'Eglise ne travaille qu'à manifester au dehors les vertus et les perfections de son Chef adorable, et le seul saint Joseph représente le Père éternel! Toiu les anges ensemble sonteréés pour représenter Dieu et ses perfections, un seul homme représente toutes ses grandeurs.

Aussi faut-il considérer l'auguste saint Joseph comme la chose du monde la plus grande, la plus célèbre, la plus incompréhensible, et par proportion comme Dieu le Père, caché et invisible en sa personne, et incompréhensible dans son être et dans

(•) Notre édition des Œuvres de M. Olier était dans notre volume. Le manuscrit autographe do

terminée depuis plusieurs mois, lorsque nous avons ces pages existe encore dans les archives de Sainl-

lécouvert les quelques pages reproduites ici; nous Sulpice. l'avons donc pu les ajouter à leur place logique

mi

ses perfections. El n'y .i-i-il pus de quoi confondre et effrayer notre ignorance et noire misère, envoyant fine ce qu'il y a de plus pur et de plus saint, est moi. îs capable d"èlre connu de nous? Si saint Joseph, sous ce point de vue, nous semblait incomparable e: placé dans une classe à part, c'est qu'il est, lui seul, l'image universelle de Dieu le Pure en terre; de là vient que, s'élant choisi ce saint pour en faire sur la terre son image, il lui donne avec lui une ressemblance de sa nature invisible et cachée, et, à mon sens, ce saint est hors d'état d'Oire compris par les esprits des hommes. En sorte que la foi doit nous servir de supplément pour adorer en lui ce que nous ne saurions comprendre.

§ I. — Combien Dieu le Père a honoré le grand saint Joseph.

Saint Joseph étant choisi pour être l'image de Dieu le Père, c'était une chose admirable de voir les vertus et les perfections de cette sainte personne. Quelle sagesse ! quelle force ! quelle prudence ! ruelle simplicité! Je ne crois pas que jamais il y eut rien de pareil au monde; car il est aisé de comprendre que, si Dieu le Père a pris ce saint pour être l'idée et l'image de.ses perfections, s'il a rendu visible en lui ce qui était caché de toute éternité dans le sein de son être, l'excellence de ce grand homme est incomparable...

ï II est l'image des beautés du Père éternel. — Sans doute, c'était un extérieur grave et modeste, c'était une composition admirable, une beauié sans pareille, à cause de celui dont il était la figure aux yeux mêmes du Fils de Dieu ; car si les cieux, la terre, les éléments, en un mot, toute la composition du monde est si belle, si rare et si admirable, ordonnée avec tant de poids, de nombre et de mesure, parce qu'elle nous doit servir pour admirer les perfections de Dieu et qu'elle nous représente sa beauté : quelle doit être celle de ce grand saint que Dieu le Pire forme exprès de ses mains pour se figurer soi-même à son Fils unique, et lui mettre sans cesse devant les yeux son vrai portrait et son image, comme une compensation dans le temps de son absence et une sorte de soulagement durant les années de son pèlerinage ?

Et ce qui est plus considérable encore, c'est que ce inonde si beau et si parfait et qui publie de Dûtes parts la beauté de son Auteur, ne représente aux hommes que les grandeurs admirables de Dieu, considéré comme un être souverain et une parfaite essence, c'est-à-dire comme grand, bon, sage et infini ; mais il ne le figure pas avec les attraits el les charmes du Père, il le représente seulement comme souverain et comme cause première, tandis

(') M. Olier considère ici saint Joseph par rapport à la nature divine de Jésus-Christ et non quant à sa nature humaine, car dans l'exposition qu'il fin ailleurs du mystère de l'Incarnation, il dit expressément que la très-sainle Vierge avant produit seule. de sa propre substance, le corps de Noire-Seigneur, i i onservant néanmoins sa virginité, est aussi seule

que saint Joseph, formé sur l'idée du Père éternel pour le représenter à son Fils, lui-même le représente en qualité de Père et porte en lui tous les iraiis amoureux, tous les charmes et les douceurs de la divine paternité.

2° // est l'image de la sainteté du Père éternel. — Quelle n'est pas la sainteté de saint Joseph, choisi pour êlre l'image de Dieu le Père ! Ce grand saint vil dans une sainteté parfaite, séparé de tous les biens de la terre et de toutes les créatures, el l'Evangile nous le représente à contempler comme rempli de celle sainteté incomparable, en disant : Chip. esset justus, < lorsqu'il était juste (Matin, t, 19), » c'es' à-dire saint. Il est, d'ailleurs, établi avec ce caractère unique de sainteté, qu'il est destiné pour êlre le gardien de la créature la plus sainte et la plus précieuse du monde. En effet, Noire-Seigneur choisit un saint, et un des plus grands saints <'u monde pour être le gardien de la très-sainte Vierge après sa mort, un saint qui doit être comme une même personne avec lui, enfin un honnie vierge, pour êlre le protecteur de sa Mère. Ici, Dieu le Père choisit un homme qu'il fait l'image de sa sainteté, afin qu'il soit la sûreté et la protection non-seulement de la très-sainte Vierge , mais encore de son Fils qu'il a engendré éternellement, in sanelitate et jusiiiia coram ipso... (Luc. î, 75.)

5° Il est le caractère et l'image de la fécondité d:i Père éternel. — L'Eglise nous offre saint Joseph à honorer huit jours avant le saint mystère de l'Incarnation, afin que dans saint Joseph nous adorions Dieu le Père, préparant et portant dans son sein l'adorable dessein du saint mystère de son Fils ; ce mystère étant caché dans les siècles, le sein adorable du Père nous est donné à vénérer en saint Joseph ; voilà pourquoi ce même saint nous est représenté portant dans ses bras et sur son sein Noire-Seigneur Jésus-Christ, comme le Père l'engendrait en lui-même de toute éternité. Les anges, qui ne sont point un caractère de la fécondité de Dieu, ne sont point appelés pères les uns des autres ; mais saint Joseph, image de cette divine fécondité, est le père de Jésus-Christ : il a été comme un sa- « rement du Père éternel, sous lequel Dieu a porté, engendré son Verbe incarné dans Marie , et sous lequel il a inspiré la substance divine ('). Dans ce grand Saint, Dieu le Père a paru en sa fécon-

dité et- toutefois séparé de la chair et du sang, qui n'entrent pour rien dans la génération du Père : Qui non ex sangiiinibus. neque ex volunlale camis, nequi ex volunliite riri. sed ex Deo nains est. [Joun. i, 13.)

4° // est l'image de l'amour élu Père éternel poui son Fils. — Dieu le Père, en choisissant saint Joseph

l'image et l'expression de la fécondité vierge de Dieu le Père. C'est pourquoi il ajoute que saint Joseph considéré par rapport au Père Eternel et dans le mystère de la production de la sainle humanité, est l'expression non de sa fécondité, mais seulement de sa sainteté infinie.

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