‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 43 sur 394 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

DE LA CUASTETÉ.

La chasteté est une participation de la substance de Dieu, spirituelle et simple, mais éclatante en beauté. Une âme chaste est un ange; d'où vient que Notre-Seigneur dit, que dans le ciel, on v sera comme les anges (178).

Une âme chaste est une âme qui est ressuscitée en esprit, et qui est de la nature même de Jésus-Christ ressuscité, qui n'a plus rien de la pesanteur et de la grossièreté de la chair, et qui est spirituel comme un ange, et divin comme Dieu son Pèro (179).

Elle entre avec lui dans sa parfaite sainteté et dans toutes ses qualités divines, qui changent son fonds, et lui donnent les mêmes inclinations et sentiments dont le Fils do Dieu est remDli dans l'état de sa résurrection.

C'est une chose merveilleuse, qu'une créature grossière comme l'homme puisse posséder cette grâce, même dès cette vie, d'être semblable à un ange, et de pouvoir entrer dans une telle participation de Dieu. Mais ce n'est qu'après avoir longtemps, fortement et fidèlement combattu en l'Esprit de Notre- Seigneur.

L'amour charnel est une des plus grandes maladies de l'âme. Toute âme qui se laisse, aller à cet amour brutal n'est plus une âme, mais une puante charogne, qui n'est plus en état d'agir, et qui est seulement capable de corrompre et d infecter tout ce qui s'en approche.

Son infection est si grande, que l'on n'y

fieut trouver de remède assuré que dans la uite. C'est un venin qui ne perd pas seulement celui qui en est empoisonné, mais encore quelquefois celui qui pense y apporter le remède.

Section unique. — Remède contre les tentations d'impureté.

11 faut premièrement que la personne qui souffre ces sortes de tentations ait une bonne volonté de se convertir et de se retirer de cet état très-périlleux. Or, elle paraît être dans cette bonne volonté, lorsqu'elle embrasse volontiers les pénitences qu'on lui propose ; et pour lors on doit agir en confiance, et lui donner tout ce qui est convenable pour l'aider à se guérir.

Secondement, il faut un bon directeur, qui examine en Dieu la cause de ce mal. Je

dis en Dieu, car qui voudra porter r&mède aux âmes en son propre esprit et en sa propre force leur nuira beaucoup, et les privera des services qu'il leur pourrait rendre utilement, et des lumières que Dieu lui communiquerait pour leur soulagement, s'il se conduisait par son divin Esprit.

On ne doit jamais s'ingérer de secourir les âmes, qu'en esprit d'anéantissement, de séparation de son sens, et d'invocation de l'esprit, pour agir en sa sainte lumière, et dans le mouvement de sa véritable conduite.

Le directeur, ainsi disposé, doit regarder l'origine de ce mal, et examiner s'il vient de la nature du démon, ou aussi d'une conduite de Dieu particulière.

Si c'est la chair seule qui tente par la violence du sang, et par la plénitude des humeurs, on peut soulager ce ma! par les remèdes extérieurs, par les rafraîchissements, par les saignées, par les jeûnes, et par d'autres voies semblables.

Que si ces tentations viennent de la part du démon, il faut avoir recours aux remèdes intérieurs, et les joindre aux extérieurs: Car cette sorte de démon ne se chasse que par l'oraison et par le jeûne (180). Le mot d'oraison se prend ici pour tout exercice d'esprit et d'élévation vers Dieu; et celui de jeûne comprend tout ce qui sert à l'abattement du corps, parce que cet abattement est particulièrement opéré par le jeûne.

C'est pourquoi Notre-Seigneur dit dans l'Evangile, qu'il faut adorer Dieu en esprit et en vérité, pour ce qu'il faut joindre l'esprit à la mortification, et au sacrifice réel et véritable de la chair.

Que si ces tentations naissent de la conduite particulière de Dieu, qui les permet dans l'âme pour la punir do quelque vice, il faudra exercer ces âmes à déraciner les vices qui régnent en elles, et qui en sont la cause.

Par exemple, une âme sera superbe intérieurement, et s'estimera à cause de sa science, de sa piété, ou de quelques autres dons de Dieu. Quelquefois même elle sera dans une certaine suffisance de croire qu'elle peut résister d'elle-même au péché, et particulièrement à celui de la chair.

Pour lors, Dieu qui ne peut souffrir la superbe dans une âme, l'humilie jusqu'au bout; et jaloux de lui faire reconnaître sa faiblesse, et qu'elle n'a aucun pouvoir d'ellemême pour résister au mal, et pour se maintenir dans le bien, et que toute la vertu et la puissance de le faire ne vient que de sa pure grâce, il permet qu'elle soit travaillée de ces horribles tentations, et quelquefois même qu'elle y succombe, parce qu'elles sont les plus honteuses de toutes, et qu'elles laissent après elles une plus grande confusion.

Saint Paul, dans l'abondance des dons de

(1781 Sicul angeli Dei. (Malth. xxu, 50.) (179) Mquales angclii snnl, el filii sunt Dei, cum tint filii resurrectionis. (Luc. x\, 50.)

(180) Ilocgenus non ejicilur, nisi per oralionem el jejunium. (tlattu. xvh, 20.)

Dieu qu'il avait reçus, a élé préservé contre la vanité par ces tentations. Car il dit : Que l'aiguillon de la chair lui avait été donné, de peur que la grandeur de ses révélations ne l'élevdt (181). Et il exprime, par le mot de soufflets, l'affliction qu'il en recevait, pour faire connaître la bassesse de ces atteintes honteuses, et que cette voie, dans les desseins de Dieu, est extrêmement humiliante.

Quand donc le directeur trouve une âme ainsi sujette à la superbe, il faut qu'il travaille à l'humilier et à l'anéantir en Notrc- Seigneur. Il faut qu'il l'exerce à la connaissance de son néant et de sa faiblesse, et qu'il se contente de cet exercice intérieur qui lui ôtera peu à peu sa maladie.

Or, il me semble que la conduite de cet exercice, et la composition de ce remède intérieur, dépend particulièrement de deux ou trois actes, qu'il faudrait que l'âme fit en esprit, et qu'on pourrait lui proposer en cette sorte.

Aussitôt que l'âme se sent tentée d'impureté en quelque temps que ce soit, soit le jour ou la nuit, elle doit d'abord se jeter à genoux et lever les mains au ciel pour invoquer l'assistance de Dieu.

Je dis qu'il faut lever les mains au ciel, non-seulement à cause que cette posture prie d'elle-même auprès de Dieu, surtout quand la disposition de l'esprit y est jointe, mais encore parce qu'il lui faut donner pour pénitence expresse, de ne se toucher jamais pendant ce temps, et de souffrir plutôt tous les martyres intérieurs, et toutes les gênes de la chair, et même du démon, que de se toucher. Ce mal a ses gênes et ses martvres, particulièrement quand le malin s'en mêle.

Or, le premier acte que l'âme do;t produire en cet état est un acte d'humilité, s'écriant à Dieu : .Mon Dieu, je ne suis nen, je ne suis que poudre et Rendre : Pulvis et cinis. Je ne suis qu'un ver de terre : Yermis, et non homo. (Psal. xxi, 7.) Je ne puis me défendre sans votre seiours, ô mon Dieu. C'est avec justice que je soutire cette violence : Domine, mm patior. (Isa. xxxvm, li.) C'est une juste punition de mes péchés: Juste pro peccatis nostris patimur. \Gen. xlii, 2t.)

Le second acte est de se retirer intérieurement en Jésus-Christ, pour trouver en lui la force de résister à la tentation, et pour augmenter la vertu contre laquelle nous sommes teniés, et que Notre-Seigneur connaît être faible en nous. Il veut que nous soyons tentés, afin qu'étant avertis par cette voie de notre infirmité, et du besoin que nous avons de son secours, nous nous retirions en lui, pour y puiser la force oui nous manque.

Le troisième acte que l'âme doit produire, est de renoncement et de séparation de tout ce qui se passe en elle contre sa volonté. Et, après avoir employé toutes sortes de

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