‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 51 sur 394 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Dieu avait premièrement formé l'homme dans un élal parlait ; il avait imprimé en lui son image et sa ressemblance, et l'avait rendu participant de sa nature et de toutes ses perfections. Depuis le péché, ces traits de Dieu si purs et si saints ont été effacés, et l'homme est devenu si perverti et si corrompu qu'il n'est presque rien resté en lui de ce qu'il avait de Dieu. L'image de la Divinité y est bien demeurée, mais gâtée et souilr lée dans ses principales beautés. L'âme accompagnée de ses trois puissances capitales, l'entendement, la volonté et lamémoire.qui représentent l'essence de Dieu et les trois Personnes divines, est à la vérité dans son entier, quant à son être naturel ; mais pour les avantages dont il l'avait revêtue, qui la rendaient si considérable, et qui faisaient sa beauté et son ornement, savoir : la sainteté et le regard de Dieu en toutes choses, elle les a absolument perdus. Avant que d'être redressée par le baptême elle est dans un renversement étrange et dansuneopposition entière à Dieu, étant toute revêtue de pée lé en elle-même, et en ses facultés intérieures et extérieures, et il semble qu'on peut dire en quelque sens qu'elle a même perdu son être naturel, puisque d'esprit trèspur qu'elle était, elle devient chair par l'alliance qu'elle a avec le corps, en s'al.îmant dans ses sentiments, et se laissant conduire à ses inclinations malignes, en sorte que l'âme perdue dans la chair fait avec elle un composé qui porte le nom de chair, selon saint Paul, qui appelle tout l'homme gâté par le péché chair, et chair de péché et ennemie de Dieu.

11 est vrai que l'homme a été rétabli en sainteté par la mort du Fils de Dieu, qui nous lave de son sang dans le baptême; sa grâce, qui nous fait enfants de Dieu, efface la tache du péché, qui nous rendait ses ennemis. Mais il y a des restes de ce péché qui demeurent pour nous faire conserver le souvenir de l'état duquel sa bonté nous a retirés ; car l'âme intérieurement redressée par l'Esprit est environnée d'une chair qui demeure corrompue et quin'est pas sanctiliée par le baptême, ni purifiée de ses mauvaises inclinations, qui la portent verselle-même ; elle a toujours en soi l'amour-propre, qui lui fait rapporter toutes choses à soi, et qui l'emporte aux créatures sans retour, sans rapport et sans réflexion vers Dieu.

Cet amour-propre est un poids violent qui entraîne toujours dans des désordres de propre recherche et de propre intérêt, lesquels nous sommes obligés de mortifier in-

cessament, si nous ne voulons souffrir les peines qui attendent ceux qui obéissent à leur cha\r.(Rom. vin, 13. ) Si entm.nous dit saint Paul, secundum carnemvïxeritis, moriemini : Si]nous vivons selon la chair, c'est-à-dire, si nous suivons ses désirs, nous mourrons.

Or le Saint-Esprit nous est donné pour s'opposer en nous à ces dérèglements et pour élever notre âme à Dieu : en sorte que comme la chair nous porte à tout moment vers nous-mêmes, l'Esprit de Dieu, qui nous a été donné parle baptême et par la confirmation, et qui se communique encore à nous tons les jours au Saint-Sacrement, élève toutes nos actions à Dieu, et leur donne un regard continuel vers lui. C'est cet esprit que nous devons suivre en tout, puisque c'est en lui obéissant que nous vivrons, non pas d'une vie brutale et animale, mais pure, mais sainte, mais divine: Si spiritu farta carnismortificaveritis,vivetis [Rom. vin, 13) : Si vous mortifiez par la vertu de l'esprit de Dieu, qui vous est donné à ce dessein, les malheureux et détestables meuvements de la chair, vous vivrez.

Il est donc bien important de mourir, pour vivre en Dieu. Jésus-Christ notre maître a paru sur la terre, sensible à nos yeux, pour nous apprendre comme il faut vivre. Il n'a pas [iris la nature angélique, parce qu'il n'eût pu nous donner un exemple de la pratique des vertus qui nous sont nécessaires pour mortifier notre chair; il s'est fait notr» modèle en se faisant homme, et sa vie, comme disent les Pères, est un tableau achev5 ■~ur lequel nous devons former la nôtre.

Jésus-Christ Nôtre-Seigneur, et dans l'éternité et dans le temps, est l'image de son Père : il exprime, et comme Dieu et comme homme, ses attributs, et il est le seul qui lui ressemble. Ainsi, pour rentrer dans notre première condition d'image de Dieu, il iaut que nous soyons revêtus île Jésus-Christ, que nous soyons parfaitement conformes à cetle divine image : Qaos prœscivit, et prœdestinavil conformes jieri imaginis Filii sui (Rom. vin, 2'J) ; et qu'ainsi nous soyons intérieurement et extérieurement, comme Jésus-Christ, morts à nous, et vivants è Dieu: Mortuos peccato, viventes autem Dco (Rom. vi, 11), et cela en Jésus-Christ, m Christo Jesu Domino nostro.

Toutes nos pensées, toutes nos paroles, toutes nos actions doivent être saintes; nous devons regarder Dieu en toutes choses et le trouver partout; nous devons enfin laisser faire au Saint-Esprit, qui est l'esprit de Jésus-Christ même, afin qu'il opère en nous

des vertus semblables aux siennes, des sentiments de Dieu pareils aux siens, et qu'il nous fasse discerner par la loi, qui est cette lumière de laquelle nous devons vivre (207), le vrai d'avec le faux, en quoi nos sens et notre raison se trompent incessamment; en un mot, qu'il nous lasse voir toutes les choses de ce monde telles qu'elles sont en elles-mêmes, nous désabusant de nos erreurs et de nos tromperies perpétuelles, et répandant en nous une dilection et une affection pour les choses qui sont aimables selon Dieu, et une horreur pour toutes celles qui lui déplaisent. Celte vérité, que nous devons vivre comme Jésus-Christ a vécu sur la terre, dans ses mœurs et dans ses sentiments, m'a donné la pensée de former quelques pratiques, et de proposer diverses intentions pour faire saintement chacune de nos œuvres (208).

Ce n'est point la connaissance, mais la pratique qui justifie; les notions générales ne suffisent point, i! faut descendre dans le particulier pour tirer du fruit de ce qu'on voit et de ce qu'on lit. J'ai tâché de renfermer tout ce qu'on peut faire de plus considérable dans la journée, et pour chaque action j'ai mis plusieurs actes, ou au moins

plusieurs avis et divers sujets [>our en former, parce qu'une même viande n'est pas propre à toutes sortes d'estomacs. Ceux qui les liront ne doivent pas s'en dégoûter ; il faut que chacun pense que ceci n'est pas écrit pour lui seul, ce qui ne le touche pas touchera peut-être un autre. Il est nécessaire que dans un festin il y ait diversité de viandes, afin que chacun en puisse trouver selon son appétit.

Ce petit ouvrage aura deux parties. La première comprendra les actions de piété qui nous appliquent particulièrement à Dieu; la seconde renfermera les actions communes, qui sont pour la nécessité ou pour le soulagement de la vie. Je supplie Notre Seigneur Jésus-Christ, par qui seul tout don nous est fait, qu'en même temps que vous lirez quelqu'une de ces pratiques, il en grave la vérité dans le fond de votre cœur, et qu'il vous remplisse de sa force et de sa vertu pour mettre en exécution les pensées qu'il vous donnera par cette lecture. Je vous exhorte seulement de vous tenir toujours dans l'aveu et dans la reconnaissance entière que c'est par lui seul et en lui seul que vous pouvez plaire à Dieu son Père.

(207) Justus meus ex fide vivil. (llebr. x, 38.)

(208) Non enim audilores legis jusli sunt apud Dcum, sed faclores legis justi/icabuiilur. {Rom. il , 43.1

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