‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 50 sur 394 · INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. — CHAP. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. — CHAP. XV

âme de toutes les intentions ^dispositions, dont Dieu pouvait être honoré par lui et par toute son Eglise, doit être toujours devant nos yeux comme la source et le module de tout l'intérieur de nos âmes.

Et même il faut souvent offrir à Dieu ce divin intérieur en supplément du nôtre, afin qu'il serve envers lui de réparation de nos fautes. Noire-Seigneur même a bien voulu l'offrir souvent à Dieu à cette intention.

Il faut encore remarquer, que pour l'union que nous devons avoir avec 1 esprit de Notre-Seigneur pour vivre dans la vie chrétienne, et pour agir en sainteté, il n'est pas nécessaire de sentir en soi cet esprit, ni de goûter par expérience les sentiments et les dispositions de Jésus-Christ; mais il suffit de s'y unir par foi, c'est-à-dire, par volonté et par désir réel et véritable.

Et c'est ce que le Saint-Esprit nous donne, pour nous faire agir selon le désir de Notre- Seigneur même, lorsqu'il dit : Que son Père veut avoir des adorateurs en esprit et en vérité (Joan. îv, 23) ; c'est-à-dire de vrais religieux et adorateurs qui soient séparés d'eux-mêmes en vérité sans rechercher leurs intérêts, et qui adhèrent réellement à l'esprit de Jésus-Christ religieux et adorateur de Dieu le Père : en quoi consiste la vraie religion intérieure et chrétienne.

Lorsque le Saint-Esprit est en nous par la grâce, et que nous vivons séparés du péché, il suffit que notre âme, par sa plus pure portion, c'est-à-dire par ce qu'on appelle esprit en elle, se tienne unie au Saint-Esprit pour agir en sa vie et en sa sainteté.

11 faut même remarquer, pour la consolation des âmes pures et saintes, que Notre- Seigneur a servi son Père, particulièrement dans le temps de sa Passion, par esprit et par la partie supérieure de son âme, sans en rien sentir en la partie inférieure et sensible.

La partie supérieure de Jésus-Christ Notre-Seigneur était dans la gloire, et voyait, en la plénitude de sa lumière, toute l'étendue des intentions adorables dont Dieu le Père pouvait être honoré, il entrait dans ses intentions, il adhérait à l'esprit qui les lui montrait et qui les opérait en lui, et pendant que son âme était dans le dégoût, la sécheresse et l'amertume, il sentait opposition à ce à quoi son esprit consentait et qu'il voulait pour la gloire de son Père.

Ainsi, il ne faut pas nous mettre beaucoup en peine des sécheresses et des répugnances de la chair, pourvu que nous fassions noire devoir, et que parla portion supérieure de notre âme, qui est notre esprit et notre volonté, nous adhérions au Saint- Esprit, qui est en nous pour agir en ses intentions et ses désirs.

Jl faut s'y unir avec un pur esprit de sacrifice et en foi ; c'est-à-dire, par une connaissance insensible et obscure, mais toutelois certaine, que Dieu est en nous par son

saint et divin esprit, pour aider notre infirmité, qui ne peut d'elle-même s'élever à Dieu. (Rom. vin, 26.)

Lorsqu'il voit en nous l'agrément des bons désirs qu'il nous donne, que nous ne voulons agir que pour sa gloire, que nous nous donnons entièrement à lui, et que nous recherchons sa grâce pour en être secourus, il nous embrasse, il nous élève, il nous sanctifie, et nous fait opérer en esprit et en vérité, sans pour cela se faire sentir à l'âme, pour la sevrer de la chair, et pour la tenir dans une plus grande sainteté et séparation d'elle-même.

Cet esprit est l'esprit de toute la religion chrétienne, qui donne la vie à tous les fidèles,«et la vertu d'opérer en sainteté et en justice. C'est donc en lui en qui il se faut perdre incessamment, se séparant de soimême, suivant le précepte de Notre-Seigneur dans l'introduction qu'il donne à la vie chrétienne : Celui qui veut venir après moi, qu'il renonce à soi, qu'il porte sa croix, et qu'il me suive. (Matth. xvi, 2k.) Le véritable disciple de Jésus-Christ, qui veut vivre comme lui, doit renoncer en vérité à soi; il ne doit point se plaire en soi-même non plus que Jésus-Christ (200) ; mais il doit adhérer au divin esprit qui est en lui, il doit le suivre, et imiter la conduite de Jésus-Christ, qui n'a jamais fait sa volonté.

Il vivait dans son adhérence parfaite à l'esprit de Dieu son Père, et tenait toujours son âme unie à lui par la partie supérieure et principale, pendant toutes les aversions, tous les éloignements et toutes les contradictions qu'il permettait s'élever en sa chair. Telle était la contradiction qu'il souffrait en lui contre lui-même.

Et c'est la troisième condition de ceux qui suivent Notre-Seigneur, qui est d'adhérer continuellement à l'esprit par une volonté arrêtée, qui nous tienne toujours en notre devoir au milieu des croix et des contradictions, et qui nous élève à Dieu, sans nous plaire à nous-mêmes, pendant que notre chair qui veut toute autre chose que ce qu'elle doit, et qui ne peut être soumise à Dieu, lui contredit incessamment.

La chair désire le contraire de ce que l'esprit désire : or, dans cette contradiction, il faut qu'une partie de nous, qui est l'esprit, adhère au Saint-Esprit, avec lequel il ne doit être qu'un en ses désirs, en ses volonté^ et en* ses qualités saintes, infiniment éloignées et élevées au-dessus de la chair, pendant que l'autre portion de nous, qui est l'âme en sa partie inférieure, adhère à la chair.

Ainsi il faut être dans la haine de l'âme qui anime la chair, et porte cette contradiction contre soi-même, et cette croix perpétuelle. Siquis vult postmevenire, abneget semelipsum, et tollat crucem suam quotidie, et sequaturme. (Luc. ix, 23.)

(206) Chrislus non sibiplacuit. (Rom. xv, 3.)

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