OCCUPATIONS INTÉRIEURES PENDANT LE SAINT SACRIFICE DE LA MESSE
Comme on ne peut témoigner davantage l'amour qu'on a pour Dieu, qu'en lui sacrifiant son être, le saint sacrifice de la croix a été l'œuvre du plus grand amour de Jésus- Christ, et ainsi la plus importante de sa vie.
(212) Baptisantes cos in nominc Patrit, , ri F'rfiï, et Spirilus sancli. (Mallh. ixvil), 19.)
IXe»
('/est pourquoi il désira s'y préparer avec toute la dévotion et toute la solennité possibles, et se mit en oraison, où il souffrit beaucoup; car, au lieu d'y trouver, comme au Thâbor, une pleine communication de Dieu en sa splendeur et en sa béatitude, il n'y vit que des éclairs, des foudres et des tonnerres (comme Moïse sur le mont Sinaï), qui lui montraient la colère de Dieu, c'est"1à-dire les jugements horribles et affreux de Dieu le Père sur lui, comme portant tous les péchés des hommes. Et parce qu'il avait prévu l'état de délaissement et de sécheresse auquel il seraitdans ce jardin et sur la croix, et le peu de liberté que son Père lui donnerait de traiter intérieurement avec lui, durant toute sa passion, il prit une autre heure auparavant, savoir : celle de l'institution du sacrifice de l'autel, où il s'établit dans toutes les dispositions intérieures qu'il devait avoir pendant le sacrifice de la croix. Il y fit iniérieurement ses protestations solennellesdevant toute son Église présente en la personne de ses apôtres, et accomplit cette prophétie de David : Vota mca reddam in conspectu timentiumeum. (Psal. xxi, 26.) Il fit ses protestations de reconnaissance des grandeurs de son Père et de tous les droits que Dieu avait dele sacrifier à sa souveraineté, à sa justice, à sa toute-puissance, à son amour et à ses autres perfections : il se soumit à lui pour recevoir l'exécution de son sacrifice dans toute la manière qu'il lui ordonnerait; si bien que Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui avait prédit qu'il aurait des adorateurs en esprit et en vérité, l'a voulu être le premier, se rendant adorateur de son Père en esprit, avant que de l'être en vérité au sacrifice de la croix. Et cette conduite de Notre-Seigneur est un exemple qui montre aux Chrétiens, premièrement, que dans toutes les affaires importantes il est bon de prendre un temps pour s'y préparer en esprit, afin de les exécuter ensuite avec fidélité et sainteté, nonobstant les obstacles et les difficultés qui s'y peuvent rencontrer; et secondement, qu'il est très-utile de prévenir les moments d'impuissance, où l'on est réduit à l'agonie, afin de s'offrir à Dieu par avance en sacrifice, et d'accepter ses jugements avec toute la dévotion, touU'dmour et toute la religion que nous devons. Or, comme nous sommes tous les jours de notre vie incertains de l'heure de notre mort, qui 2st le sacrifice de notre être, il faut au lommencement de la ioumée, entendre la sainte Messe, et s'unir aux dispositions et sentiments de Jésus-Christ s'y offrant en sacrifice.
Quelques sentiments intérieurs de Notre- Seigneur hostie, s'offrunt à DieusonPère, pour honorer les droits qu'il a sur lui.
Premier sentiment. — Envers ta souveraineté de Dieu.
Mon Dieu et mon Père, jladore votre souveraineté sur moi. J'adore le droit que vous
avez d'anéantir l'être et de détruire la vie que vous m'avez donnée par votre amour et par votre bonté. Je m'offre à vous, mon Père, pour en faire le sacrifice et pour souffrir l'anéantissement auquel vous me pouvez réduire à tous moments : je l'accepte de tout mon cœur, et me livre à vous pour l'heure qu'il vous plaira.
Second sentiment. — Envers la justice.
Mon Père et mon Dieu, j'adore votre justice et le droitque vous avez de me détruire à cause des péchés que je porte. J'adore le droitque vous avez de mettre à mort avec moi tous les pécheurs que vous avez condamnés en Adam, dans lequel ils vous ont offensé. Mon Dieu, j'adore ce droit-lè, et je me livre à vous, je me soumets à votre jugement, et suis prêt à en subir la peine à l'heure que vous voudrez. Tous les moments de la vie que vous me conservez et à toutes les créatures sont autant de grâces que nous recevons de vous : faites, mon Dieu, exécuter vos ordres ; car nous sommes tout vôtres et tout prêts à mourir.
Troisième sentiment. — Envers la toute-puissance.
Mon Dieu et mon Père, j'adore votre toute-puissance et le droit que vous avez de détruire l'ouvrage que vous avez produit. Nous savons que vous nous pouvez casser comme un potier casse un vase d'argile ; rien ne peut résister à votre toute-puissance. Je me consacre et me sacrifie à vous avec tous mes membres; et honorant la force de votre bras, nous nous livrons à vous pour en porter l'effort, nous nous abandonnons à tout l'usage qu'il vous plaira de faire de tout notre être pour honorer votre toutepuissance : brûlez, brisez, coupez, faites paraître ce que vous êtes aux dépens de votre créature.
Quatrième sentiment. — Envers l'amour de Dieu.
Mon Dieu et mon Père, j'adore votre saint amour, qui souffre avec peine l'exil de ses enfants. J'adore le désir que vous avez de les retirer et de les consommer en vous. Faites-le, mon Père, quand vous voudrez ; car notre exil est dur. Retirez-nous de nous et de toute la créature; tout notre désir est d'être sacrifiés et consommés dans votre sein d'où nous sommes sortis par votre amour, et où nous désirons retourner par votre même charité : consommez-nous au plus tôt (213); aidez à nos langueurs à nous détruire, et à achever le sacrifice que vous avez commencé en nous dès le jour du saint baptême. Votre charité nous a fait naître, et votre amour nous doit faire mourir. Quel moyen de nous souffrir nous-mêmes si remplis d'amour-propre et ennemis mortels' de votre charité? Sanctifiez cet être abominable; que votre saint amour l'absorbe au plus tôt, puisqu'il ne doit point changer jusqu'à la mort, et que nous devons porter toute
(215) Heu mihi ! quia incolalus meus prolongatus est. {Psal. xix, 5.)
notre vie cet ennemi ilans notre sein (214) : Créez en nous un cœur nouveau: le nôtre est un fonds inépuisable d'impureté : il est tout pélri d'amour-propre, et si vous ne l'anéantissez entièrement, ce qui resterait de lui vous serait toujours contraire.
J'ai omis ici beaucoup d'actes, sentiments, dispositions et avis que vous pourrez voir ilans uyi traite particulier du saint sacrifice de la Messe que j'espère vous donner bientôt. Et en atténuant, ions pourrez vous servir de ce que f ai mis ensuite pour la sainte communion, et pour la visite du très-saint Sacrement; et vous pourrez aussi vous occuper de ce qui suit ici immédiatement pour chaque jour de ta semaine.
Intentions dans lesquelles on peut offrir le saint sacrifice chaque jour de la semaine.
Le dimanche. — Le dimanche , on peut olïrir à Dieu le saint sacrifice de la Messe, dans toute l'étendue des intentions pour lesquelles il a envoyé son Fils sur la terre, et pour lesquelles il a voulu que son Fils établit ce sacrifice d'amour et de louange. La grandeur de Dieu mérite d'être honorée dans toute son étendue ; mais comme notre esprit est si borné qu'il ne saurait envisager que fort peu de choses à la fois, et que notre coeur est trop étroit pour embrasser en détail et en particulier tout ce qui est de Dieu, il est à propos de prendre un jour pour adorer tout Dieu dans la foi, par le saint sai-ritïce de l'autel, s'unissant à Notre-Seigneur, et se perdant dans toutes ses intentions sans se partager et sans en regarder aucune particulière. Par ce moyen, on entre dans l'immensité de la volonté de Dieu, et l'on a aussi peu de bornes qu'elle-même.
Le lundi. — Bien qu'il n'y ait qu'une seule Eglise dans laquelle le Fils de Dieu , notre divin Maître, fait voir quelque partie de l'étendue des saintes dispositions de son âme, et dans laquelle il dilate l'amour qu'il avait pour son Père lorsqu'il vivait sur la terre, toutefois celte même Eglise se trouve partagée en trois élats différents, et qui semblent faire trois différentes Eglises, lesquelles néanmoins n'en font qu'une en Jésus- Christ, qui les co'isomme toutes en lui par son même Esprit.
La première est l'Eglise souffrante ou gémissante, laquelle se purge et se prépare dans le purgatoire, pour être digne épouse île l'agneau sans tache, qui pour sa sainteté ne saurait souffriiTapproehe d'aucune souillure; et laquelle, outre cela, fait paraître avec éminencp, Jésus-Christ souffrant et satisfaisant à Dieu son Père en tous les mem- I res et par tous les membres de cette Eglise. La seconde est l'Eglise qu'on appelle militante; et la troisième l'Eglise triomphante.
La providence de Dieu (qui veut qu'après avoir adoré l'immensité de ses intentions en général, on les révère en particulier, et qu'on les révère en son Fils, en qui il veut qu'on
lui rende ses devoirs) donne troisjours pour regarder ce divin Fils dans toutes ces Eglises qui l'ont son étendue. Le lundi, il le faut considérer dans l'Eglise souffrante et offrir a Dieu en ce jour le saint sacrifice de la Messe dans toute l'intention de Jésus-Christ souffrant et satisfaisant à Dieu son Père dans ces saintes âmes, et demander a Dieu en Jésus-Christ même qu'il achève son ouvrage, et qu'il accomplisse sa consommation en elles.
Le mardi. — Il faut offrir le saint sacrifice dans toules les intentions des bienheureux qui adorent Dieu et qui influent sans cesse sur l'Eglise de la terre. Les saints sont comme le firmament de i'Eglise; le monde corporel a son firmament, dans la capacité duquel sont contenus les astres, les planètes et les étoiles qui roulent autour de la terre, et qui versent sur elle les influences que le soleil, première source de lumière, leur distribue.
Le monde spirituel, c'est l'Eglise; son firmament est le ciel des bienheureux, qui répandent sur elle les influences qu'ils ont prises en Jésus-Christ leur soleil et l'origine de leur vertu. Et, comme l'ordre de la providence de Dieu veut qu'ils se communiquent à l'Eglise, ils soupirent perpétuellement pour lui obtenir les grâces dont ils ?>ont remplis. Et, comme Jésus-Christ est l'accomplissement et la perfection de leurs désir.-, il faut offrir Jésus-Christ à l'autel, dans les intentions qu'il a dans les bienheureux pour la gloire de son Père et pour le bien de son Eglise; il faut s'abimer tout entier en eux, ou plutôt en Jésus-Christ en eux.
Le mercredi. — Il est bon d'offrir à Dieu la sainte Messe dans les intentions de Jésus-Christ mourant et poussant vers Dieu un grand cri, et les derniers soupirs de sa vie en faveur de son Eglise militante. Jésus- Christ et son divin Esprit sont au milieu de l'Eglise, demandant à Dieu ses besoins avec gémissements (215), et attirant Dieu sur elle pour réparer ies manquements de ses membres et pour remédier à leurs nécessités. Ce sont ces soupirs sacrés et ces gémissements qu'on ne saurait expliquer, qui obtiennent de Dieu tout ce qui est nécessaire à l'Eglise et qui établissent les vertus dans le cceur des fidèles. Le Fils de Dieu s'est mis sous le très-saint Sacrement, afin d'être toujours au milieu de son Eglise pour demander ses besoins à Dieu son Père, et pour mettre entre les mains de ses membres une hostie infiniment sainte, infiniment agréable à Dieu et infiniment savante de ses bontés et des nécessités de ceux pour qui elle est offerte; afin que, perdus en cette même hostie, ils obtiennent tout ce qu'ils demanderont. Il faut s'abîmer en Jésus- Christ priant pour son Eglise, et demander avec lui tout ce qui mauque, et au générai, et au particulier, comme l'humilité pour les uns, la patience pour les autres, la dou-
{■214) Cor mundiun créa in me Dcus. (Pso/. i., 12.) -iV Spiritus postulai pto nobis gf.mitibua inct'arrabitibus. (Rom. vin , 26.)
LA JOURNEE CIIRETiE.NNE. — l'AHT. I.
ceur pour ceux-ci, pour ceux-là la pénitence.
Le jeudi. — En offrant le sacrifice, il faut le mettre entre les mains de Jésus-Christ pour remercier Dieu d'avoir choisi son humanité sainte pour l'unir au Verbe, et de l'avoir tirée du milieu de toutes les créatures pour l'élever à cette haute et sublime dignité du Fils de Dieu. Il faut se perdre dans ses reconnaissances, dans sa gratitude, dans ses remercîments, dans sa joie et dans son amour.
Le vendredi. — Il faut offrir le sacrifice dans les intentions du Fils de Dieu mourant et satisfaisant à son Père pour tous les crimes du monde ; engendrant son Eglise sur la croix, lui méritant la grâce du saint crucifiement de la chair et celle de la mort à tout ce qui n'est pas Dieu ; en un mot, méritant tous les biens dont l'Eglise jouit. Il faut s'unir et se perdre en lui et le conjurer de renouveler dans son Eglise et dans tous les particuliers cet esprit saint de crucifiement et de mort à tout le siècle présent, et à la vie de la chair et des sens.
Le samedi. — Il faut offrir le saint sacrifice dans les intentions de la très-sainte Vierge, et le lui mettre entre les mains, afin qu'elle l'offre à Dieu, comme elle lésait bien faire; et en particulier il est bon de l'offrir pour remercier la sainte Trinité; le Père, île l'avoir choisie pour son épouse; le Fils, pour sa mère, et Je Saint-Esprit pour son temple.
Ces intentions, distribuées ici à chaque jour de la semaine, peuvent être toutes réunies en un seul jour et en un seul sacrifice avec beaucoup d'autres, que l'on trouve communément dans les livres.