‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 58 sur 394 · DU PARDON · texte numérisé non relu

DU PARDON

Que l'on sonne trois fois le jour.

La sainte dévotion du pardon, que l'on sonne trois fois le jour, est un effet de l'amour de l'Eglise vers Jésus-Christ Notre- Seigneur, laquelle veut avoir toujours son Epoux devant les yeux et en inspirer la dévotion à ses enfants.

On le sonne le matin, afin de commencer la journée par Jésus-Christ. On le sonne à midi, afin d'en renouveler le souvenir, et de le continuer jusqu'au soir. On le sonne encore à la fin du jour, pour terminer ses pensées par Jésus-Christ, comme on les a commencées par lui et pour se reposer et s'endormir en son sein. In pace in idipsum dormiam etrequieseam. (Psal. iv, 9.) Et ainsi celte pratique de dévotion nous fait vivre

nuit et jour en la présence et en l'amour de Jésus-Christ.

i On le sonne trois fois le jour, parce que j'ioute la dévotion de Di^lise vers Jésusr.lirist est rapportée par lui à la gloire et à l'honneur de la très-sainte Trinité. L'Eglise s'unit toujours à l'intérieur de son Epoux, pour glorifier incessamment les troisdivines personnes; de même que les trois enfants de la fournaise de Babylone étaient unis avec, le Fils de Dieu, pour glorifier le Père en l'unité de son Esprit : Ex uno ore laudabant et t/Iorificabant et benedicebant Deum. [Dan. m, 51.)

Quand on entend la cloche, il faut se réjouir et courir promptement à cette dévotion, de même que l'Epouse qui attend son Epoux, et qui l'entend heurter à la porte, y courte la hâte et avec joie.

On sonne trois coups à chaque fois, afin que l'Epouse ne doute point que ce ne soit son Epoux. C'est comme le signal et le mot du guet, par lequel il lui parle pour se faire connaître :car il ne peut dire ni annoncer autre chose à l'Eglise, cette chère Epouse, que l'amour et la gloire de la très-sainte Trinité, dont il est tout rempli, et à laquelle il l'a dédiée et consacrée par le baptême (212). Il semble lui dire , Au nom de la trèssainte Trinité, ouvrez-moi ; c'est à elle que vous ne pouvez rien refuser. Enfin, en réitérant trois fois ces trois coups , le Fils de Dieu exprime la circuminsession des trois personnes divines, et la mutuelle habitation des unes dans les autres.

On appelle le pardon YAvé Maria, parce que l'Eglise sait bien que ses enfants ne sont [iâs dignes d'adorer les mystères de Jésus, et que même ils ne le"s connaissent pas. Et comme la très-sainte Vierge les a mieux connus et honorés que personne, et qu'elle a le plus participé à leurs dons et à leurs grâces, l'Eglise nous la propose pour l'honorer et pour nous unir à elle en foi, afin que par elle nous rendions à Jésus- Christ les honneurs et les hommages qui lui sont dus en ses mystères, et qu'en cette union nous participions aux dons et grâces des mystères de Jésus-Christ dont elle est toute remplie.

L'Eglise l'appelle encore YAngélus, et le fait dire à ses enfants par respect et par honneur, à la gloire et à la grandeur de la sainte N ierge , pour leur apprendre à s'approcher d'elle dans les mêmes dispositions avec lesquelles en approcha le saint ange Gabriel, député du Père éternel, et rempli de son .iraourvers elle. Et il est bon en prononçant ces paroles, Angélus Domini, etc., de s'unir ii la religion de cet ange envers la très-sainte Vierge, pour l'aborder avec l'honneur et le respect qui lui est dû, avant que de lui dire, Ave Maria.

L'Ecce ancilla Domini, signifiele désirque I Eglise a que nous soyons unis aux dispositionsdo servitude envers Jésus-Christ dans lesquelles vivait la sainte Vierge, et que

nous nous tenions recueillis quelque temps en son esprit, pour y participer, et pour donner le temps au Saint-Esprit d'opérer en nous cette grâce de servitude.

On y ajoute, Et Yerbum caro factum es., etc., afin de nous montrer l'objet auquel nous devons être appliqués, qui est le Verbe incarné , considéré en ses divins mystères.

Un des mystères que l'Eglise nous donne à honorer dans le pardon (comme l'oraison que l'on dit à la tin nous le marque), et auquel on peut s'appliquer plus particulièrement le matin,' c'est celui du Verbe entrant dans la chair, avec ses adorables et divines opérations dans l'âme de Jésus-Christ, à l'honneur de Dieu, et pour la sanctification de l'Eglise, laquelle souhaite que ses enfants commencent toujours leur journée, qui est une image de toute la vie, dans le même esprit que Jésus-Christ a commencé de vivre.

Un autre mystère que la sainte Eglise nous propose à honorer, qui est aussi marqué dans l'oraison, et auquel nous pouvons faire une attention particulière à midi, c'est le saint mystère de la résurrection, parla vertu duquel les fidèles qui sont déjà entrés dans les commencements de la vie divine, s'y perfectionnent, et d'enfants qu'ils étaient au matin deviennent hommes parfaits à midi. In virum pcrfectum. (Ephes. iv, 13.)

On peut enfin honorer particulièrement au soir le mystère de la mort et de la sépulture, compris en celui de la passion et de la croix, que l'Eglise nous propose aussi dans l'oraison; afin de finir notre journée comme INotre-Seigneura fini sa vie, et afin de nous reposer et de prendre le sommeil avec lui dans Je tombeau : Ego dormivi, et soporalus sum, (Psal. ni, 6.) A quoi il est bon d'ajouter une petite élévation et prière envers Jésus-Christ mortet enseveli, pour lui demander l'esprit et la grâce du sacrement de l'extrême-onction , qui a pris son origine de ces divins mystères, et qui nous fera conclure heureusement et saintement la vie. Celte grâce nous mettra à couvert de la malice du péché et du diable, qui pourraient nous surprendre durant le sommeil, dans lequel nous sommes faibles comme dans l'agonie, et perclus et privés de nos sens et de notre raison.

Il est bon aussi pour lors de s'unira Jésus- Christ le fort armé, afin que tout soit en paix. Cum forlis armatus custodit atrium suum, in pace sunt ea (juœ possidet {Luc.xi, 21), et qu'ainsi nous puissions dire avec David : In pace in idipsum dormiam et requicscam. (Psal. iv, 9.)

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