AUTRE EXERCICE POUR LE REPAS
Le repas est une réparation du corps qui dépérit toujours. Il doit par conséquent être pris avec action de grâces de la bonté de Dieu, qui nous conserve et qui répare notre ruine avec tant de douceur.
Il faut donc, en nous mettant à table, remercier Dieu de sa bonté par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous a mérité cette réparation. Nous ne devons pas nous y porter avec plaisir, nous laissant aller à la joie de la chair, mais entrer dans le dessein de Dieu, qui veut conserver sa créature, maintenir son image, nourrir le membre de son Fils et réparer le temple de son esprit. Car ce n'est que pour ces qualités qu'il veut nous conserver; il ne nous considère que pour l'honneur que nous avons de lui appartenir, et non point pour nous-mêmes.
Regardons-nous ainsi toujours comme quelque chose de Dieu en tout ce que nous faisons , de peur que nous regardant nousmêmes , nous n'agissions pour nous ; mais , nous considérant comme les membres de Jésus-Christ , exerçons la charité du prochain envers nous-mêmes.
Les saints usaient des viandes, comme des médicaments , dans la vue de trouver un remède à la destruction de leur corps, qu'ils servaient à regret, comme étant la matière principale île leurs péchés et le sujet où habitait surtout leur amour-propre.
Le prophète Job pleurait toutes les fois qu'il se mettait à table; et se voyant environné d'une chair de corruption si vile en elle-même et si maligne en ses effets , il n'eût voulu l'abreuver que de fiel et de vinaigre, pour punir la bouche et le sens par lequel le premier péché était entré dans le monde et avait apporté tant de malheurs aux hommes.
Job, comme cent, mais pénitent et victime publique pou les péchés du monde, exprimait les sentir ments du Fils de Dieu vivant en terre, et
image de Jésus-Christ inno-
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mangeant dans l'esprit de pénitence : ce même esprit de pénitence doit accompagner nos repas, et nous devons rougir et pleurer de conserver un corps si misérable , et protester que nous ne le voulons plus maintenant que pour Dieu, auquel il appartient.
Actes pour faire avant le repas.
Mon Dieu, Je vous adore en votre Fils Notre-Seigneûr buvant et mangeant sur la terre.
J'adore, Fils de Dieu, les saintes dispositions de votre âme pendant que vous buviez et mangiez.
J'adore le saint esprit de pénitence qui vous faisait quitter souvent le boire et le manger
J'adore ce même esprit de pénitence qui vous faisait tomber des mains les aliments qui étaient préparés pour votre vie , ne croyant pas devoir anéantir ces créatures pour sa conservation , vous en réputant indigne , et vous estimant moins qu'elles toutes , comme couvert de nos péchés.
C'est moi , comme pécheur, qui devais être privé de toutes vos créatures, desquelles je me sers toutefois comme si j'étais innocent: c'était à votre Fils de jouir de vos biens dans son innocence, pendant qu'il vivait parmi nous, et c'est à moi, mon Dieu, d'en porter la privation , à cause de mon péché.
Je remercie Notre-Seigneur de m'avoir acquis le droit d'user de tous ces biens, en s'en privant lui-même, et de m'avoir donné exemple pour l'imiter, et mérité grâce pour faire pénitence comme lui
J'adore , Père éternel , la sainte aversion que votre Fils avait du boire et du manger.
Je vous adore , mon Dieu , nourrissant votre Fils en son jeûne sans le ministère des viandes sous lesquelles vous vous cachez pour nourrir et conserver vos créatures. J'adore l'humiliation qu'il a soutferte comme Fils de Dieu , de se voir réduit à manger de nos viandes, lui qui était nourri de vous.
J'adore cette confusion, qui lui était mille fois plus pénible que n'était à l'enfant prodigue celle de se voir réduit à manger la viande des pourceaux.
J'adore le martyre de Notre-Seigneur Jésus-Christ , qui, jouissant de Dieu son Père. et se voyant rassasié de ses délices , s'efforçait néanmoins comme nous à manger des viandes grossières et animales.
Je révère , ô mon Dieu , le désir infini que votre Fils avait de se voir un jour nourri de vous tout seul qui êtes sa vie, et qui, vivant en sainteté , habitez comme lui dans une pureté sublime et dans une élévation infinie au-dtssus des créatures. Je ne m'étonne point du dégoût excessif et de la pénible aversion qu'il avait de vos créatures , surtout dans l'obligation qu'il avait d'en user et de-les convertir en lui-même.
Je vous offre , ô mon Dieu , ce saint état de votre Fils, que je ne suis pas disçne de
porter; mais ne méritant pas cet honneur, ni la grâce de vivre saintement , je vous offre ce même état de votre Fils , en qui vous prenez toutes vos complaisances. Faites passer en moi l'esprit et le désir de ce divin état.
Que si je ne puis espérer de vivre si saintement, ni d'avoir part entière à ces dispositions si divines, mon Dieu, contentezvous en votre Fils, qui les a portées à votre gloire au mépris de toutes les créatures , qu'il ne pouvait goûter auprès de vous.
Nourrissez-vous , mon Dieu, des louanges que votre Fils vous rend en votre sein, pendant qu'il se nourrit de la substance et de la vie divine que vous versez en lui.
Je ne veux user de vos biens que pour me conserver en votre saint service.
Je désire que ces créatures soient anéanties en moi pour votre gloire ; et qu'étant ainsi sacrifiées , elles passent en ma substance pour vous servir et pour vous honorer avec moi.
Je voudrais, ô mon Dieu, que toutes vos créatures fussent converties en nous , et que venant s'unir à nous, elles prissent part à l'esprit qui anime vos membres.
Toutes ces créatures étant vivifiées par votre Esprit, elles vous glorifieraient par lui dans la sainteté et dans la vertu divine dont elles sont privées, demeurant en leur état.
Elles ne perdront rien en se perdant en nous , puisqu'elles y trouveront , comme j'espère , ô mon Seigneur, votre divin Esprit, qui leur donnera part à sa vie en nous, et qui continuera à tes vivifier en notre corps à toute éternité.
Faites , mon Dieu toute l'avidité que j'aurais à ces viandes ; je vous sacrifie dès à présent tout le plaisir que j'y pourrais recevoir.
Actes pour faire pendant le repas.
Mon Dieu, soyez ma nourriture intérieure et la vie de mon âme.
J'attends à goûter dans le ciel le torrent de voluptés que vous préparez aux âmes qui se privent des délices du monde.
Mon Dieu , je me veux priver de ce morceau en punition de mes péchés passés.
Je déteste , ô mon Dieu , toute la sensualité que j'ai jamais eue en buvant et en mangeant.
Je ne suis pas digne , ô mon Dieu , d'user de votre bien, puisque je suis pécheur. Un serviteur infidèle comme moi ne mérite pas d'être assis à la table d'un maître comme vous, qu'il a tant offensé.
Je renonce, ô mon Dieu, à tous les appétits déréglés que je sens ; je me confonds de cet état si misérable où je me vois réduit. J'accepte par pénitence cette confusion , en attendant le jour de votre vie divine , où je serai nourri de vous tout seul, et où je n'aurai faim ni soif que de vous posséder, lors même que je jouirai de vous
Faites en attendant , ô mou Dieu, que vo-
que je sois éloigné de
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