‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 78 sur 394 · EXERCICE DO REPAS, EN ESPRIT DE SACRIFICE · texte numérisé non relu

EXERCICE DO REPAS, EN ESPRIT DE SACRIFICE

Il est très-assuré que Dieu n'a rien ordonné autrefois dans l'ancienne loi qu'il n'ait rapporté comme figure à ce que son Fils devait être ou faire dans l'Eglise. 11 n'a rien ordonné aux prêtres dans le temple, | our les cérémonies des sacrifices, qu'avec dessein qu'ils eussent l'esprit rempli de foi envers son Fils Jésus-Christ, dont ils tenaient la place; et il désirait qu'ils opérassent par avance en son même esprit, qu'il donnait eu la loi aux âmes bien disposées.

Ainsi les sacrifices étaient vrais sacrifices, quoique figures du sacrifice unique de Jésus-Christ, que les prêtres offraient à Dieu en esprit et par avance de ce que Jésus- Christ ferait un jour lui-même, comme vrai prêtre de son sacrifice; et jamais les prêtres ne devaient offrir de sacrifice, qu'ils n'eussent aussi présent devant leurs yeux Notre- Seigneur Jésus -Christ, comme l'avait Sim.éon. l'offrant à Dieu dans le temple.

C'est le vrai dessein de Dieu, qui voulait être adouci par ces offrandes et ces hosties, lesquelles tenaient la place de Jésus-Christ devant ses yeux et devant ceux des peuples et des prêtres offrants, qui pouvaient bien croire qu'une bête n'était pas capable d'apaiser Dieu, et de satisfaire aux crimes de tout un peuple, si le sang de cette victime n'était rendu plus précieux par l'union au sang d'une victime de valeur infinie, telle que l'est un Jésus-Christ, Dieu et homme, qui devait venir satisfaire pour les péchés immenses de toute la créature.

Et si le corps de Christ a commencé en Abel, c'a été afin que Dieu vît toujours quelque chose de Jésus-Christ son Fils, et qu'il eût toujours présent quelque membre animé de sa vie, pour l'apaiser, et pour lui faire attendre en patience la venue de ce cher Fils, pour l'amour duquel cependant il dissimulait nos crimes.

Isolre-Seigneur a été devant que d'être, et après avoir été, il est encore visible dap.s l'Eglise. Dieu le Père ne peut prendre plaisir à rien en la terre, s'il n'y voit quelque membre et quelque portion de son Fils. 11 veut que toute l'Eglise soit, en son intérieur, revêtue de l'esprit et des mystères de son Fils, pour lui être agréable. 11 veut que tout soit ligure de lui et de ses œuvres; et si les Juifs n'ont rien fait qui n'ait été figure de Jésus-Christ et de ses mystères: Omnia in figura eontingebant Mis (7 Cor. x, 11), pourquoi serons-nous moins religieux de notre maître? et comme partout, même en leurs œuvres les plus communes et les plus grossières, par exemple dans la nourriture de la manne, ils voyaient Notre-Seigneur, et devaient adorer dans la foi ses mystères qu'elles représentaient : nous qui avons l'avantage de la plénitude de l'esprit pour en remplir nos œuvres, dont les leurs étaient vides, devons bien plutôt considérer en nos œuvres ordinaires Notre-Seigneur, et le respecter intérieurement en tout ce qui nous le peut représenter.

Les prêtres autrefois, entrant dans le temple, devaient laver leurs mains devant que d'approcher des sacrifices. Cette cérémonie était l'image et la figure de la contrition et de la pureté intérieure, que Dieu désirait qu'ils eussent par respect et par religion du saint sacrifice; et il me semble aussi que le lavement des mains avec lequel on s'approche de la table des Chrétiens, qui est une ligure du sacrifice et de la communion de Jésus-Christ, se doit faire avec esprit de religion pour le sacrifice intérieur que l'on va faire ; et qu'en même temps que l'on lave les mains, on doit- se revêtir de l'esprit de sainteté et de séparation intérieure des choses grossières dont on va s'approcher.

Nous pouvons aussi bien rendre nos repas des ligures du repas de Jésus-Christ, comme le faisaient les Juifs en mangeant leur manne ou leur agneau pascal. Psotre- Seigneur ne nous a pas mérité moins de grâce par ses repas et par son sacrifice, pour

LA JOURNEE CHltETIENNE. - PART. II.

faire tous nos repas en son esprit, qu'il en avait don-né aux Juifs.

Nous n'avons pas moins de mémoire de Jésus-Christ communiant tous ses apôtres, et leur donnant la vie de l'âme sous l'espèce du pain, qu'en avaient les Juifs en prenant leur repas.

Nous ne soupirons pas moins après Jésus- Christ notre vie, qu'ils soupiraient après lui-même; et Dieu désire que nous n'ayons pas moins devant les yeux de l'esprit la communion sous les "espèces du pain , quand nous mangeons le nôtre à table, que ces peuples grossiers la pouvaient avoir.

11 veut donc que les repas soient aux Chrétiens des images et des figures des repas de Jésus-Christ. Et je dirai bien plus, Dieu désire et entend que tous nos repas ne soient rien qu'un refias en esprit avec celui de Jésus-Christ; puisqu'il veut que le même esprit les anime des mêmes intentions et dispositions intérieures.

Or il ne faut pas douter que Jésus-Christ Notre-Seigneur ne fit tous ses repas en esprit de sacritlce, réparant toutes les intentions que les hommes ont perdues par le péché d'Adam, qui les avait très-pures dans l'état d'innocence, où ayant été institué le prêtre universel du monde, il offrait à Dieu des sacritices en toutes choses.

Outre les autres intentions très-saintes que Notre-Seigneur avait en ses repas, il avait particulièrement celle-ci; car comme il regardait toujours avec ardeur le dernier souper de sa vie (240), qui était un repas et un sacrifice tout ensemble, il remplissait par avance ses repas de cet esprit, pour préparation ausacrilice de la Cène, qui est l'unique et l'universel qu'il a laissé aux Chrétiens, qui doivent faire tous leurs repas avec souvenir du repas de la Cène de Jésus-Christ, et y aller ainsi avec tout respect et révérence", dans le même esprit et dans les mêmes intentions de Notre-Seigneur.

Le Chrétien, qui doit faire voir en luimême la vie parfaite de la religion, doit porter en toutes choses l'esprit de sacrifice, et n'être jamais satisfait s'il ne sacrifie à Dieu incessamment.

Dieu veut avoir continuellement des sacrifices : Juge sacrificium. Et Jésus-Christ Notre-Seigneur ayant institué son sacrifice dans le souper, a montré qu'il voulait réarer l'esprit du sacrifice premièrement était sous le repas, et qu'il fallait puiser en cette source tout l'esprit du sacrifice, pour le répandre dans les autres œuvres particulières. Le repas plus particulièrement peut fournir des sacrifices journaliers à la grandeur de Dieu; mais comme ils ne peuvent être offerts en sainteté que par l'esprit de Jésus-Christ, qui s'offre en plénitude et en consommation sur les autels, il faut être uni à Jésus-Christ prêtre, et être vivifié'par Jésus-Christ hostie, pour immoler et sacrifier en sainteté les choses qui su présentent. Et quand nous les immolerons et sacrifierons,

ce ne sera qu'un sacrifice avec celui de Jésus-Christ; mais un sacrifice dilaté dans ses offrandes et ses hosties, présentées à Dieu par un même prêtre qui est Notre-Seigneur, et par un même esprit de sacrifice et de religion.

Il faut donc regarder la table comme un autel, les viandes et nous-mêmes commo l'hostie, el le prêtre est Jésus-Christ Nolre- Seigneiir, habitant en nous. Les viandes ne sont pas la seule hostie que Notre-Seigneur veut immoler à Dieu son Père, en les détruisant et anéantissant par la perte de leur forme, quand il les fait passer en notre substance : il ne veut pas seulement lui offrir en nous ces choses animales et impures; mais encore sachant que Dieu son Père aune plus ses membres, et en fait plus de cas que de tous les bœufs, les moutons et les hosties grossières : Holocautomata pro peccato non tibi placuerunt. Tune dixi : Ecce venio (Uebr. x, C); il veut anéantir et immoler à son honneur ses propres membres dans le refias. Tune dixi : Ecce venio.

Notre-Seigneur est en chaque fidèle, qui va au lieu du repas comme à un temple, pour y faire autant de victimes qu'il y a de personnes qui vont pour y manger. C'est pourquoi, quand on bénit la table au commencement du repas, on ne donne fias seulement la bénédiction aux viandes, mais encore aux personnes par une même prière : Benedic, Domine, nos et hœc tua dona, pour témoigner que des unes et des autres il ne s'en doit faire qu'une seule victime, que Jésus-Christ intérieurement doit immoler à la gloire de Dieu son Père. Toutes les victimes avant leur immolation, doivent être sanctifiées et consacrées à Dieu; elles doivent être retirées de l'usage profane pour être appliquées à sa majesté jusqu'à leur consommation. C'est là le sujet de la bénédiction qui se donne avant le repas.

Notre-Seigneur donc immole intérieurement en nous tous les désirs ardents qui s'élèvent en la présence des viandes; et le temps que l'on doit mettre depuis que l'on est assis, jusqu'à ce que l'on commence à manger, qui doit être une pause considérable, se doit employer pour se tenir exposé à Jésus-Christ, afin qu'il commence par nous son sacrifice ; et comme celui qui bénit la table en Notre-Seigneur bénit les personnes et les consacre à Dieu avant que de bénir les viandes : Benedic, Domine, nos et hœc tua dona, il faut supplier Notre-Seigneur qu'il commence à égorger et immoler en nous, par le glaive de son esprit, les désirs déréglés de notre chair, et qu'il ne souffre point qu'ils s'élèvent en nous pendant tout le repas ; et il faut en même temps lui protester que nous ne voulons point adhérer à leurs mouvements impurs, mais à 1 esprit et à la règle, qui nous ordonnent do prendre nos besoins en lui, et non en notre chair. Debitores sumus non cami, ut socundum carnem vivamus. (Rom. vin, 12.)

Nous devons, outre cela, avoir Notre-Sei-

(240j Desiderio detideravi hoc pasclm manducare vobiscum. (Luc. xxti, 15. )

ncur présent à l'esprit et sacrifier en fidéité les émotions impétueuses de notre appétit, qui s'élève et- s'échauffe aisément quand les objets se présentent. Nous devons être présents à lui pour nous retirer et nous séparer des viandes, où l'on se jette ordinairement avec ardeur et qu'on consomme avec précipitation.

Pour manger avec révérence, il faut avoir Dieu présent, qui remplit tout le lieu comme il ferait un temple : Pleni sunt cœli et terra majestatis gloriœ tuœ. Il faut, de plus, avoir son Fils intérieurement présent en notre âme, comme souverain prêtre, et sacrificateur universel et tout unique de Dieu son Père, qui est en nous, immolant et anéantissant les viandes, par l'organe do notre Louche, à la gloire de la très-sainte Trinité. Et il ne faut pas seulement les consommer, mais prier Dieu en même temps qu'il nous consomme encore nous-mêmes dans

leurs sens, mais pour sacrifier à Dieu, comme nous le devons faire.

Quand on prend le verre ou la cuiller, ce doit être encore dans ce même esprit de sacrifier à Dieu, qui autrefois avait institué dans la Loi deux sortes de sacrifices : l'un, de substances liquides et coulantes; l'autre, de substances solides. Les unes et les autres étaient matière de sacrifice, car toutes deux perdaient leur être pour la gloire de Dieu.

Le repas du soir, aussi bien que celui du matin, se peut faire dans l'esprit du sacrifice, puisque autrefois il y avait des sacrifices au soir comme au matin. Et même le divin et très-auguste sacrifice de l'autel fut institué le soir, au milieu de deux repas, savoir, du légal et du commun; ce qui marquait qu'en la loi de nature, aussi bien qu'en la Loi de Moïse, les repas étaient destinés au sacrifice et servaient de disposition pour

ha

tous nos désirs, et qu'il ne souffre pas préparer l'Eglise à un si saint et si divin qu'ayant commencé en esprit, nous finissions en chair : Sir. stulti estis ut cum spiritu cœperilis, carne consummemini. [Galat. in, 3.)

Quand on prend le couteau pour s'en servir, ce doit être en esprit de sacrifice, comme autrefois les prêtres de la Loi s'en servaient pour immoler ou pour diviser l'hostie.

Si l'on s'en sert parfojs pour prendre du sel, ce doit être dans les intentions 'pour lesquelles Dieu avait autrefois ordonné que l'on mêlât le sel dans tous les sacrifices, se souvenant de Jésus-Christ, la sagesse du Père, sans laquelle toute victime est insipide, et laquelle, au contraire, donne le goût et la saveur à l'hostie et empêche la corruption.

Si l'on se sert de la fourchette, comme on le doit par religion aux viandes bénites et dédiées à Dieu, on le fera en ce même esprit de sacrifice. Les prêtres de la loi en usaient, et par respect à l'hostie dédiée et consacrée à Dieu, ils ne la devaient point toucher de leurs propres mains et ne s'en approcher qu'avec révérence. Leurs fourchettes étaient à trois dents; ce qui marquait secrètement les intentions de Dieu cachées à la loi, qui étaient que ces sacrifices fussent offerts, et que ces hosties fussent divisées à l'honneur de la trèssainte Trinité. Et pour cela même en beaucoup de sacrifices les victimes étaient divisées en trois parts.

11 sera ban même, pour exprimer cette intention, de sacrifier au moins trois morceaux, dans tous les repas, à l'honneur de la très-sainte Trinité, et pour obéir à ces paroles de David : Memor sit Dominas omni& sacrifiai fut, et holocaustum tuumpingue fiât [Psal. xix, k); il faut laisser les morceaux les plus délicats et les plus délicieux. On pourra encore les laisser à l'honneur de la tempérance et de la sobriété de Jésus, Marie, Joseph, dont on demandera souvent l'esprit, lesquels ne mangeaient pas pour satisfaire à leur chair et donner du ulaisir à

nquet et sacrifice tout ensemble.

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