PART. II
vous dans la foi qui est une lumière obscure, à cause que nous sommes voyageurs. Mais dans l'éternité, ô mon Jésus, Dieu nous éclairera, et en vous et par vous, dans une splendeur mille fois plus brillante que celle du soleil.
C'est vous, comme dit saint Jean en son Apocalypse, qui êtes le soleil du paradis. 11 dit qu'il ne vit point luire le soleil sur cette ville, à cause de la clarté de Dieu, qui éclairait et qui brillait dans l'Agneau (242).
O Seigneur, que je serai content quand je verrai cette splendeur 1 C'est un soleil qui n'éblouit point, et qui ne charge point de confusion ceux qui l'approchent. Acceditead eum , et iltuminamini : et faciès veslrœ non corfututentur. (Psal. xxvni, G.)
Seigneur, que ma fce sera forte! que mes yeux seront puissants en ces beaux jours, où votre majesté cent millions de fois plus éclatante et plus brillante que celle du soleil, n'affaiblira et n'éblouira point ma vue 1
Alors, mon tout, mon amour, mon bien, ma vie, mon Dieu, je vous verrai dans votre lumière; vous serez en moi , me soutenant et me fortifiant en mon néant; vous vous verrez en moi, et serez en moi tout un autre vous-même.
Oh! que tout éclat, que tout autre jour est fâcheux et importun dans l'attente de celui-là !
Faites, ô mon naître, que ce soit bientôt ^ue vous me soyez toutes choses, et que ] entre dans cette lumière qui ne souffre point d'obscurité.
Quand on voit la terre, les herbes, les fleurs et les fruits.
Mon Dieu, que vous êtes adorable en ce théâtre de la nature !
Mon Dieu, vous êtes bien plus beau et plus admirable en vous que sous le voile île ces beau lés !
Si ma foi, ô mon Dieu, et votre sainte lumière me faisaient voir ce que vous êtes làdessous, que je serais heureux !
Ai-je pas bien à soupirer de ce que mon péché m'a privé de cette lumière!
Adam en jouissait, et vous voyait, dans son innocence, au travers de toutes choses. 11 voyait ce qu'elles lui exprimaient de votre beauté. Il adorait dans leur fond votre divinité cachée.
Un monde, ô mon grand Dieu, et mille mondes ensemble ne vous pourraient pas représenter ; votre seul Verbe vous représente tel que vous êtes en vous-même.
Mais, mon Dieu, puisque le Verbe ne se peut voir que dans le ciel, il est bien juste qu'en la terre vous donniez quelque Verbe qui vous exprime. Il est juste, ô mon tout, que vous lassiez parler sensiblement vos créatures, ou à nos yeux, ou à nos oreilles, qui annoncent ce que vous êtes, et nous
apprennent quelque chose de ce que vous tenez caché en vous..
. Vous avez donc manifesté le fond de votre être, votre substance, votre vie, votre beauté, grossièrement toutefois, par ces petites créatures ; et c'est sans doute pour vous faire adorer sous elles. Je vous adore donc, ô mon amour, en tout ce que vous êtes, et en tout ce que vous prétendez en manifester.
Je ne le connais pas bien clairement, mais c'est assez que je sache que vous avec mis devant nos yeux ces tableaux, pour nous faire adorer'sous eux vos beautés et pour exciter notre foi, qui souvent s'assoupit, si elle n'a quelque chose d'extérieur qui la réveille.
Vous faites tout, mon Dieu, pour nous porter ù votre amour ; et je veux vous aimer par tous les beaux moyens que vous, me présentez.
Mon Dieu, ne vois-je pas dans la terre. d'un côté des pierres qui demeurent .-ans porter aucun fruit ; et d'un autre, un fonds qui donne la vie à mille plantes 1
Que veut dire cela, mon Dieu ? Si peu, ô mon amour, que j'en puis connaître, il mu semble que ces pierres me représentent votre être, mais votre êtie éternel, et la terre qui produit de toutes parts, représente la fécondité de cet êlre et cette substance vivifiante, qui donne par sou fonda lu vie à toutes choses.
Mon doux amour, votre substance possède tous les trésors imaginables, comme vous voulez même que la terre porte, dans ses entrailles, des mines et des trésors cachés.
Votre substance, outre les beautés et les perfectionsqu'elle contient en elle-même, e»l encore principe de la fécondité et de la vie de. toutes choses. C est ainsi, ô mon tout, que la, terre est, ce me semble, ton me in prmci] e de vie à toutes ces belles choses qui naissent en elle.
Mon Dieu, mon tout, que de choses bien différentes, mais bien grossières, pour montrer ce que vous êtes en la simplicité de votre être !
Que vous êtes parfait, ô mon bien et mou Dieu ! puisque vous comprenez toutes ces choses en votre simplicité, 'sans avoir rieu en vous de leur corruption, de leur mélange et de leur impureté.
O tout être, que vous êtes parfait! que vous êtes saint! quand sera-ce que j'aurai ce grand bien de vous voir en vous-même?
Vous tirerez un jour le rideau fàcheu-x et importun de toutes choses qui vous cache et qui vous couvre aux yeux de vos amants.
Vous leur laissez encore ce bandeau pour leur donner envie de vous voir; vous voulez, Seigneur, nous exercer à soupirer après vous.
Tirez, mon Dieu, toutes ces figures, et montrez-noua la vérité. Elles périront un
(242) Civitas nun eqel sole neque luna ut tuccanl in ca : nam ejus est Aqnus (Avat. xxi, 23.
ctaritut Dei illumiuavit eam et tucerna
g73 OEUVRES COMPL1
jour, car on n'aura que faire des ombres, 'lorsqu'on verra la clarté : on verra le Soleil .le justice en lui-même ; on verra Jésus- Christ, le portrait de votre beauté, et l'on verra l'original de tout, qui est vous-même, ô mon Dieu 1
Que tout le monde me déplaît, qui m empêche de jouir de vous! mais, mon bien et mon Dieu, qu'il me plaît, lorsqn'en mou bannissement et en ma privation, il me parle de vous.
Vous donc, toutes créatures, parlez de mon amour, vous toutes, ouvrez-vous ; découvrez votre sein et montrez ce que vous portez en vous de mon tout.
Vous ne pouvez me contenter, je le vois bien; c'est a vous, mon bien, à vous montrer et 5 vous découvrir à moi en vousmême.
Qu'il est aisé à mon amour, de jeter des rayons de tous ces lieux où il habite, pour se découvrir à mon esprit et ù mon cœur!
Il est bien aisé à mon tout de se montrer du fond de toutes choses et de s'expliquer h nous en tout ce qu'il v est. Mon Dieu, je le désire autant qu'il est pour votre gloire, et non pas davantage.
Kn attendant, mon Dieu, je condamne le péché de mon premier père et le mien, qui vous a fait retirer de toutes ces choses la manifestation que vous donniez aux hommes de ce que vous êtes en vous.
En attendant, mon bien, qu'il vous plaise mêle manifester, je vous adore en Jésus- Christ, qui est mon monde, et qui me montre en lui toutes vos perfections ; il les contient toutes en abrégé, s'étant lait homme ; il veut que nous ayons en lui tout noire monde, n'y ayant rien de vous caché en sa personne: Consummatio abbreviatainundu- Intjustitiam. Çonsummationem enim et ahbreviationem Dominus Deus exercituumfaciet in medio omnis terrœ. {Isa. x, 22 ; xxvm, 22.) Verbum breviatum faciet Dominus super terrain, (liom. ix, 28.)
Il s'est fait homme visible comme nous, pour nous montrer visiblement et sensiblement ce que vous êtes en vous-même ; il est venu expliquer aux hommes vos beautés et vos perfections, soit par ses mœurs, soit par ses paroles, soit par la vertu de ses œuvres.
Il a montré aux hommes votre amour, votre douceur, votre patience, votre vertu, votre force, votre beauté et votre vie.
Je vois bien que ces herbes, ces plantes et ces fruits représentent la vie de Dieu: mais il en faut mille et millions dans tout le monde pour nous la montrer en son étendue infinie, et encore ne le font-elles que très-imparfaitement.
Mais vous, ô mon Jésus, qui contenez en vous toute la vie de Dieu, et tous les genres de vie qu'il a communiqués aux créatures, vous faites voir en vous seul, en éminence, ce que toutes ces choses ne nous montrent que faiblement.
Mou bien , mon tout, ne portez-vous pas, outre ces vies communes et naturelles,
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cette vie divine, dont vous voulez que tous les hommes soient faits participants?
N'avez- vous pas en vous la source de toute vie et de loule vraie vie, mon bienaimé Jésus, vous qui vous êtes tait vivant de notre vie, pour nous donner la plénitude de celle de votre Père? . .
Mon Jésus, soyez béni, doux principe de ma vie, soyez béni par-dessus toutes ces créatures qui périssent, et qui ne sont rien que vanité, des tableaux de deux jours et des ti -ures qui passent dans un moment.
°Mon bien, à tout moment, elles périssent pour rendre hommage à la vie de Dieu qui ne périt jamais; et vous, vous ne finissez point, vous vivez toujours pour être le tableau et la représentation éternelle de la vie de votre Père. Jésus Christus heri, et hodie, et in sœcula. (Hebr. xm, 8.)
Mon tout, ces créatures représentent si peu de vous, qu'il faut qu'elles renaissent tous les ans en changeant de beauté et de figure, pour faire voir au inoins, par leur vicissitude, pur leur changement et par leur diversité, ce que vous faites vous seul avec perfection. .
Mon Jésus, vous êtes unique, vous étiez hier, vous êtes aujourd'hui et vous serez, dans tous les siècles, le môme sans changer, parée que vous êtes vous seul toute la beauté de Dieu, vous êtes la représentation accomplie et le monde parfait de Dieu comprenant en vous seul tout le monde toute la créature éparse et distinguée dans le ciel et dans la terre iProposuit, etc., instaurare in Christo, quœ in cœtis, et quœ in terra sunt in ipso. (Ephes. i, 10.)
Mon Dieu, vous nous faites voir, non-seulement votre vie par ces herbes, mais même encore vous nous montrez vos beautés par ces fleurs.
Les (leurs me semblent porter en eues- a représentation de votre Verbe, comme ies plantes, ô Père éternel, portent celle de votre divine personne.
Le Verbe, sorti de votre sein, nous fait voir sensiblement vos beautés, que vous tenez cachées en vous comme dans leur tige. Vous tenez votre vie cachée en vous, et vos beautés demeurent dans le secret de votre essence; mais votre Verbe nous les produit et nous les manifeste.
C'est pourquoi, mou Dieu, il se nomme la fleur des champs et le lis des vallées. C'est le lis qui naît dans votre spin : c'est aussi la Heur des champs qui renferme en soi plus ipie toutes celles des campagnes; et pour mieux dire, c'est lui qui est celte Heur seule qui naît de la grande campagne et de la vaste étendue de votre essence immense et infinie en elle-même. -
La fleur répand l'odeur qu'elle possède en soi; ue même, û mon Dieu, Jésus-Christ, votre Fils, est venu, dans le moude, semer la douce odeur des vertus el des perfections que vous aviez renfermées en lui. Il a fait ressentir à la terre, l'amour, la douceur et la paix que vous possédiez en lui de toute éternité; et devant le temps heureux de sa conversation sur la terr«, elles n'avaient
LA JOUKNEE CIIKSTIENNE. — PART. II.
point encore été senlics ni reconnues des nom tues.
Avant sa venue, vous n'étiez, ô mon Dieu, quo justice et que rigueur. Vous vous faisiez sentir sous les épines : Sicut lilium inler spinas (Cant. H, 2); votre douceur était renfermée en votre justice, et vous n'avez laissé répandre votre odeur, et ne vous êtes f;iit sentir en votre bonté que par la conduite amoureuse, et par la douce conversation que votre Fils a eue avec les hommes.
Enfin, mon tout et mon amour, ces arbres féconds en fruits, qui nourrissent les hommes, me représentent votre Esprit-Saint, dont les fruits amoureux nourrissent toute l'Eglise : ses dons donnent la vie, la force et la vigueur; et ses doux fruits donnent, à l'âme, sa nourriture, son entretien et son aliment.
Donc, 6 mon tout, que tout ce monde grossier périsse pour moi. pourvu que je possède Jésus-Christ votre Fils et son divin Esprit, lequel porte la vie en moi qu'il a reçue de lui, et laquelle il tient toujours présente dans l'Eglise pour la rassasier et pour l'entretenir.
L'arbre est l'image du Père; les fleurs qui naissent dessus représentent le Fils, qui a paru fort peu de temps dans le monde : Flores apparuerunt in terra nostra (Cant. n, 12); mais les fruits représentent l'Esprit qui est toujours vivant dans l'Eglise, et qui y est toujours pendant pour la nourriture des âmes.
O vie de Dieu, que tu es douce! que tu es adorable! tu vaux mieux que toutes ces écorçes et ces figures, que toutes ces douceurs et ces charmes qui flattent nos sens.
Mon Dieu, que je désire de vivre de votre seule vie! que le soin de cette vie grossière m'est fâcheux, importun et à charge!
Mon tout à tout jamais, mon bieu-aimé et mon unique, mon Dieu, mon Jésus", mon Sauveur, ma fleur, mon fruit, mon aliment, qu'en vous seul, s'il vous plaît, je prenne mes délices; que je sois mort à cet extérieur du monde, a cet être grossier, pour ne vivre qu'en vous!
il me semble que ce monde n'est fait que pour les entants d'Adam, qui en doivent user pour conserver la vie qu'ils ont tirée de lui. Mais, mon Jésus, il me paraît que vous êtes le monde des enfants de Dieu qui se doivent nourrir de vous en votre Saint- Esprit.
Hélas! mon tout, lorsque je mange de tous ces fruits, qu'est-ce qui passe en moi? une substance corporelle et une vie terrestre pour sustenter le corps.
Mais, ô mon tout, quand je jouis de vous, lorsque je me nourris de votre esprit par votre saint sacrement ou par l'oraison, dans laquelle l'Esprit me nourrit et me vivifie intérieurement, je suis nourri de votre divine vie; je suis nourri de la même vie dont Dieu vit en lui-même de toute éternité, et qu'il vient répandre par Jésus-Christ et par son divin Esprit dans les âmes.
Ouel Honneur! quelle ioic! ouel bien et
quel bonheur plus grand que d'être attiré jusqu'à vivre de la vie.de Dieu même!
Que je cesse de vivre, ô mon Dieu, de la vie de m>n propre, esprit et de moi-même, pour vivre de votre vie divine et de vous seul, connaissant en votre lumière, aimant en votre amour, et agissant en votre vertu.
Adieu donc tout le monde, que je ne vous goûte plus, puisque votre auteur lui-mômo veut être tout mon monde ; adieu toutes les figures, puisque je vois la vérité; adieu tous les trésors de la terre, puisque je jouis de tout bien en mon Dieu.
Je ne veux rien que vous, ô mon Jésus, que je porte en mon âme et que je regarde en moi, me retirant intérieurement de la vue de toutes ces choses, pour voir par lui les beautés de son Père, pour entendre sa parole et pour en goûter le fruit.
Entendant chanter les oiseaux.
Mon Dieu, je vous adore, vie de toutes choses.
Vous êtes la vie des plantes et celle des oiseaux : votre fonds de vie immense la répand en tout ce qui est vivant.
Votre vie est exprimée avec quelque beauté dans les plantes, mais elle nous paraît bien plus parfaite dans vos animaux. Vous leur avez donné quelque degré de vie plus accomplie et plus parfaite qu'au reste des choses qui sont sur la terre.
Ces oiseaux, ô mon Dieu, dans leur chant, expriment quelque chose de vous, qui oiu paraît bien admirable.
Est-il pas vrai, mon Dieu, que vous êtes si suffisant à vous-même, et que de la possession de votre paix, et de la vue de vos beautés et de vos perfections, vous êtes bienheureux? Vous êtes, ô mon Dieu, dans une béatitude et dans une jubilation perpétuelle.
Tous ces oiseaux, mon Dieu, n'expriment autre chose en leur chant, sinon la jubilation de leur cœur et la joie de leur âme, possédant la vue des beautés de la nature, et jouissant à leur aise de la sérénité et de la douceur de cette saison.
Ils ne chantent ni la nuit ni l'hiver, car ces temps ne sont point destinés pour exprimer votre divine vie et les beautés de votre essence.
' Les anges, dans leur chant ; l'Eglise, dans le sien, expriment la jubilation de votre Es* prit-Saint en votre vie divine.
Les opérations du Saint-Esprit, en nous, sont des participations, des opérations immanentes de Dieu en lui-même, que sa bonté rend sensibles on nous, pour exprimer, au dehors, quelque chose de sa vie et de ses opérations intérieures. C'est pourquoi les âmes se trouvent parfois participantes de ces jubilations spirituelles, qui ont fait proférer aux grands saints ces cantiques de joie : In cymbalis jubilationis. Ils ne sont que de légères expressions de la jubilation immense et éternelle dont Dieu jouit incessamment en sa béatitude.
C'est là. Seigneur, une jubilation surémincute, uui s'exnrime far les saints du cio!
UKUYUES COWH.i.TES DE M. OL1ER.
et île la terre, lesquels vous possédez et pénétrez de vous, et qui sont rendus partiel* pnnts de vos opérations et des effets de votre vie bienheureuse.
Hélas! grand tout, faut-il que ces oiseaux jouissent à leur mode de votre vie, et que les hommes, pour leurs péchés, se trouvent privés de votre béatitude? Faut-il, mon Dieu, cti'ils se trouvent plus fidèles à leur voca- » on que nous à la nôtre?
0 vocation admirable 1 ô vocation sainte! iious sommes appelés à la participation de la nature divine : Divime consortes naturœ (Il Petr. i, V), et nous ne voulons être vivants que de la vie des animaux!
Dieu nous a donné la possession de toutes .es vies de la nature; il nous a même donné tvlle des anges, et, non content de cela, il nous veut donner part à sa vie divine.
Dieu nous a voulu donner -toutes ces vies premières pour nous les faire mépriser, et I our nous taire sentir l'excellence de la dernière, afin de lui sacrifier les autres.
Dieu nous a bien donné la raison, qui est une vie qu'il veut que nous tenions soumise et sujette à la foi : s'il veut que nous la méprisions auprès de la foi, quel mépris devons-nous faire de toutes les autres vies ut de leurs opérations en nous?
Mon Dieu, je ne me soucie plus que de votre vie sainte, intérieure et divine : tout le reste, ù mon Dieu, ne m'est qu'inconstance et que corruption; tout ne m'est que vanité, qu'erreur, qu'illusion ; tout ne m'est rien qu'en vous.