PRÉFACE
Dieu est partout le même, et sa sagesse se manifeste en tout ce qu'il opère dans sa religion. Ce n'est pas sans sujet qu'il a ordonné les cérémonies, soit de sa propre bouche, en parlant à Moïse, soit par l'institution de ses
apôtres, en la direction de son esprit,- dans
l'Eglise catholique, apostolique et romaine; car le moyen qu'un prêtre appelé à un ministère si auguste, n'accompagne ses actions de révérence et de respect? Or, il n'en peui
témoigner à l'extérieur que par les cérémonies. Le piètre a besoin de cérémonies pour lui et pour le peuple. Pour lui, en deux laçons, ou pour se préparer aux actions mystérieuses et divines, auxquelles il se va appliquer, pour exciter en soi la vive foi des choses qui se passent, pour se remplir de respect envers ce qu'elles contiennent, et pour exprimer h l'extérieur ce qu'il voit et ce qu'il sent des choses saintes qu'il manie.
Par exemple, les adorations et les génuflexions qu'il fait les bras ouverts sur l'autel, ne sont-elles pas pour exprimer l'admiration qu'il a pour ces mystères, et le profond otonnement qui l'oblige a s'abîmer et à s'anéantir devant la Majesté divine? Si l'on prépare tant de cérémonies pour le couronnement el le sacre des rois, que ne faut-il pas pour consacrer le Fils de Uieu, Roi des rois et Seigneur des seigneurs? Et si, pour préparer le monde à la venue de Jésus-Christ en son état de bassesse et d'infirmité, Dieu a employé quatre mille ans avec tant de cérémonies et tant d'appareil, que ne faut-il pas faire pour la descente de Jésus-Christ en terre dans sa pompe et dans sa gloire?
Si les rois se préparent avec tant de soin aux fonctions éclatantes de la royauté, où ils semblent sortir de l'état ordinaire pour paraître véritablement les rois de leurs peuples dans toute la splendeur de leur majesté ; que ne doivent pas faire les prêtres qui, d'hommes communs qu'ils sont devant le sacrifice, entrent par cette action en la qualité de Notre-Seigneur, pour commencer à s'élever de dessus la terre, à prendre place dans le ciel parmi les bienheureux, et y offrir en Jésus-Christ tout le ciel avec lui. Quels respects, quels préparatifs ne faut-il donc pas pour un simple homme dans un emploi si divin.
Le prêtre offrant le sacrifice est en Jésus- Christ, et l'offre en unité de la puissance et de l'esprit .le Jésus-Christ, qui est le même dans ce sacrifice et dans le paradis, où il olfre le sacrifice de lui-même, et de tous les saints avec lui. Jésus-Christ est dans lous les saints qu'il présente à Uieu son Père; et le prêtre de la terre est aussi en Jésus-Christ, avec qui il offre tous les saints de la gloire ; si bien que le prêtre s'élève en esprit dans le ciel, où Jésus-Christ est s'offrant soimême, comme il est aussi sur la terre. y offrant ce qu'il présente dans le ciel. Il faut donc pour une vocation si sainte que celle du prêtre, et pour un mystère si auguste que celui du sacrifice, des préparatifs qui ne peuvent être assez. saints et sanctifiants.
Lorsqu'on certains ordres de l'Eglise, comme en celui des Capucins, le prêtre a les bras ouverts, cela marque l'étendue de ce grand esprit de Jésus-Christ, répandu dans les saints et dans le prêtre, offrant en chaque saint le divin sacrifice : et comme le Saint-Esprit tire faine a son étendue et à sa dilatation, de là vient qu'elle s'étend en se laissant aller à son mouvement et à sa disposition. Oh ! que le prêtre est étendu quand
il est. dans l'esprit de Jésus-Christ : il est aussi étendu que tous les saints du paradis, il n'est pas moins étendu que le Saint-Esprit même, à cause qu'il n'est fait qu'un avec lui. Qui adhère <) Dieu, est fait un esprit avec Dieu : « Qui adlurret Domino, unus spiritus est » [J Cor. vi, 17); en sorte qu'il entre avec Uieu en son amour immense et en sa vertu toute-puissante ; il entre en toutes ses qualités, quand il s'anéantit et qu'il s'abîme en lui.
Le prêtre ne doit pas seulement faire des cérémonies pour lui ; savoir, pour s'exciter à !a dévotion, ou pour exprimer le respect qu'il a pour les mystères, mais encore il doit procurer par les cérémonies celte même dévotion et ce même respect aux peuples, qui, voyant ce grand culte et cette grande révérence dans les prêtres, voyant ces ornements si magnifiques et si augustes, voyant que tout le clergé s'abîme et se perd devant la majesté de Uieu, disent en eux-mêmes : Il faut que Uieu soit grand et adorable, puisqu'il a devant lui tant d'esprits bienheureux qui fléchissent le genou en sa présence, tels que sont les saints et les anges représentés par les prêtres et les ecclésiastiques qui se prosternent devant lui! 11 faut que cet Agneau soit admirable en sa beauté et en sa puissance, puisque ces vingt-quatre vieillards se jettent à ses pieds , et y portent leurs couronnes avec respect et révérence.
Mous voyons par expérience le respect que ces choses impriment dans l'esprit des plus pauvres et des plus ignorants, qui n'étant pascapablesde concevoir par la seule explication de la parole les mystères cachés, ni de porter révérence à ce qui est de plus sacré, se disposent plus facilement à leur devoir et à la révérence qu'ils doivent à Uieu par le moyen de ces choses extérieures et sensibles.
L'ins'.ruction passée, le souvenir s'en perd dans les esprits grossiers; mais les cérémonies durent autant que le service, et tiennent les peuples dans le respect et dans la révérence. Ce sont des prédications par les yeux comme la parole est une exhortation par l'oreille : et elles sont d'autant plus efficaces, qu'elles sont plus sensibles et plus sortables à leurs dispositions grossières.
Notre-Seigneur Jésus-Christ qui gouverne son Eglise, et qui l'anime en tout de son esprit, opère en ses fidèles par tout ce qu'il ordonne pour la religion et pour le respect de Uieu son Père: d'où vient que les cérémonies sont en l'Eglise des organes et des instruments de respect, que l'esprit de Jésus- Christ imprime dans le cœur des fidèles; ce sont les couvertures- de l'esprit, tout ainsi que la parole; et ceux qui assistent en foi et en respect dans l'Eglise, pendant que les cérémonies s'y pratiquent selon l'institution du Saint-Esprit, en reçoivent des etfets trèssensibles et très-notables; ils en reçoivent lumière et mouvement divin, a cause que le prôlre qui y représente Notre-Seigneur, étant rempli de son esprit en fait rejaillir les opérations partout iui-même, usant des céré-
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