‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 95 sur 394 · DES CEREMONIES DE LA GRAND'MESSE. — PREFACE · texte numérisé non relu

DES CEREMONIES DE LA GRAND'MESSE. — PREFACE

moules, comme d'autant d'instruments et

de moyens pour appeler les peuples au respect et a l'amour. C est pour cette raison que les ornements qui servent aux prêtres sont bénits, et que l'on bénilâmême les cloches, parce que servant au Saint-Esprit de moyen pour réveiller la piété et la dévotion îles peuples, et pour les appeler à leur devoir, elles doivent être préparées a une fonction si sainte par les bénédictions de l'Eglise.

Et c'est pour cela qu'on sent des elfets si différents et si saints, durant le son des cloches ; parce qu'étant les instruments du Saint-Esprit, elles nous touchent selon nos besoins et selon les desseins de ce même esprit sur la sainte Eglise. Elles nous excitent parfois a gémir pour nos frères défunts, et nous louchent de compassion pour leur état d'affliction, où pour l'ordinaire ils sont réduits dans les feux du purgatoire, dont peu d'Ames sont affranchies, à cause que Dieu étant si saint et si juste, ne se laisse approcher que par des âmes saintes et sans taches, ce qui est rare en ce monde.

Parfois les cloches nous excitent a la joie des mystères qu'on honore, et on ressent dans le fond de l'âme des effets que les sens et les choses sensibles ne sauraient produire; comme respect, amour, jubilation, anéantissement et lumière pour tons ces saints mystères, qui sont les effets seulement du Saint-Esprit, Opérant sous des choses sensibles et grossières, de même à proportion qu'il opère notre salut sous de I eau et de l'huile dans les sacrements, et même sous des paroles qui sont de la nature du son des cloches, qui expliquent plus distinctement ce qu'elles expriment, quoiqu'avee moins de bruit. Cette ressemblance fait que les cloches servent de supplément au pi être, pour exciter les peuples à leur devoir. C'est pourquoi il y a un ordre dans l'Eglise qui donne la charge aux clercs de les sonner. Ce sont les instruments de leur zèle ; ils disent dans leur cœur en sonnant : Oh 1 si j'avais la voix aussi forte que les cloches, je crierais de toute ma force et obligerais toute la terre à venir entendre la parole de Dieu, et assister à la célébration des mystères. C'est l'ordre de portier, qui exerce son office dans cet esprit, d'autant qu'il ne peut pas se faire entendre de toutes parts.

C'estaussi pour celte raison, qu'en l'Eglise on a des images qui représentent les saints et les mysières de Jésus-Christ, et qu'on les bénit quand on les expose ; non-seulement pour les tirer de l'usage profane, les appliquant au service et ministère de Dieu, mais aussi pour en faire par cette préparation un plus digne sujet, sous lequel le Saint-Esprit veuille exprimer les mystères, exciter l'amour et la ferveur des peuples, et enfin opérer par ce même moyen sur les cœurs, aussi bien que par les cérémonies et le son des cloches. C'est de la même que nous voyons 'des images miraculeuses dans l'Eglise, qui ne sont autre chose que des attraits extérieurs dont Dieu se sert pour attirer les peuples, et pour opérer sous ces écorces les

effets de sa bonté sur nous : comme autrefois il faisait dans l'arche où il était présent pour rendre ses oracles, se servant d'un lieu sensible où il pût être consulté, et qui fût comme un rendez-vous aux peuples, pour ressentir les effets de sa bonté dans leur religion. Il est de la grandeur de Dieu de traiter de la sorte avec les peuples religieux, et de les gratifier de ses dons et de ses faveurs, pour témoigner l'agrément de leurs services, la vérité de leur religion et la présence de sa divinité. C'est aussi pour ce sujet que saint Basile remarque qu'il y a certains lieux dans le christianisme, où Dieu se rend sensiblement présent, et recueille iniérieurement les sujets qui s'en approchent : tel, disait-il, qu'est l'Eglise de Sainl- Pierre de llome.

Ce qui nous apprend que Dieu veut être servi et honoré dans ces lieux, c'est pourquoi on y voit les alfluences des peuples et le concours des nations entières, qui possédées du même esprit, sont puissamment attirées à celui qui les appelle intérieurement, sans presque savoir ni connaître ce qui les attire; il n'y a que la persuasion intérieure d'un Dieu qui veut être adoré ; qui ayant un domaine entier sur leurs personnes, les réunit ensemble et les attire, tout ainsi que notre âme peut attirer et joindre les deux mains ensemble par son seul mouvement et sa seule raison, sans que les mains le sachent, le conseil en étant réservé a l'âme seule, qui les conduit et qui les pousse.

En ces lieux, {la vénération de Dieu s'imprime sans travail, la dévotion s'excite sans persuasion, et l'amour s'enflamme sans effort d'esprit et sans méditation c'est un Dieu opérant par lui-même qui cause ces effets et qui se fait honorer comme il lui plaît et où il veut ; c'est ainsi qu'il veut êtrj honoré par le ministre des saints dans lesquels il se rend sensible et palpable. Il pourrait faire par lui seul ce qu'il l'ait par les saints : de même que dans le monde sensible il pourrait influer sur la terre par sou opération, sans se servir du ministère des asires et des deux; mais l'harmonie du monde demande qu'il s'en serve, et sa sagesse l'ordonne de la sorte.

Ainsi, dans la conduite de l'Eglise, Dieu par lui-même pourrait sanctifier les créatures ; il se sert néanmoins des saints, et même des sacrements, pour le faire par eux et en eux : qu'y peut-on trouver à. redire? Cjue peut-on ajouter au conseil et à la sagesse de Dieu? C'est pour cela qu'il veuf qu'on se mette à genou devant eux, comme étant des vaisseaux remplis de la Divinité.

Dieu est adorable partout où il se trouve, etil doit êtreadoré dans lessaints, comme en lui-même. Pourquoi donc verrons-nous le portrait et la figure d'un saiivt, devant laquelle nous ne nous prosternions, puisqu'elle nous rend sensible la présence du saint qui est rempli de la Divinité ? Pourquoi ne nie prosterneiai-je pas devant ce saint pour demander à Dieu en lui et par lui la

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purlion de son esprit que Dieu m'y préparée, j»rit résidant et priant dans le cœur des fiel qu'il désire me verser et m'mtluer en dèles. Nous pourrons ailleurs élendre cette lui? Je me dois tenir aux pieds de cet astre, vérité et la montrer au ;our. sous lequel Dieu versera sur moi sa libé- Le temple de l'hostie est- le sein de Dieu ralité. \\\ùine:Tci)ipluinnonvidi in ea: Dominas enim

Il n'y a donc rien d'inutile en l'Eglise, J)eusomnipotenslemplumilliuscst.{Apoc.\x\,

tout venant de l'esprit qui en a ordonné l'in- 22.) L'autel du sacrifice est la substance du

téiieur et l'extérieur pour la gloire de Dieu, verbe qui soutient Jésus-Christ en sa sainte

Et de même qu'autrefois dans le temple il humanité, et qui la voit toujours fumante

n'y avait rien sans mystère , tout y étant or- et consommée à la gloire de Dieu sur sa per-

donné par 'a sagessede Dieu , très-profond sonne, comme Mirunautel. L'Eglise fait ruen-

en ses conseils et en ses dessein^. Ainsi lionde cet autel dans une des oraisons du ea-

dans l'Eglise il n'y a rien qui ne soit très- non : Supplices te royamus, omnipotent Deus,

saintement établi , et qui ne soit la vérité de jubé luec perferri per menus sancli angeli

ce dont la Loi n'avait que la ligure. Et tout tut in sublime allure tuum. Faites porter ce

ne même que les figures dans le temple sacrifice , û mon Dieu , sur votre autel su-

étaient particulièrement pour deux inten- blime , dit l'Eglise en ce lieu, par la bouche

lions ; l'une pour figurer Noire-Seigneur, de Noire-Seigneur représenté par le prêtre,

l'autre pour imprimer respect et révérence Ce qui fait voir qu'il y a un sacrifice dans le

Ue la Divinité à laquelle on servait. Ainsi paradis , lequel eu même temps est offert en

dans l'Eglise tout ce qui parait fait ces mô- la terre, puisque l'hostie qui s'y présente est

mes effets : l'un de représenter Notre-Seï- portée sur l'autel du ciel ; et il est différent

gueur, ou quelque chose de lui : l'autre , en cela seulement qu'il se présente ici sous

d'imprimer le respect qui estdû à la majesté des voiles et des symboles, et là il est offert

de Dieu que l'on sert dans l'Eglise. Tout y à découvert et sans vo. le. Dans le ciel notre

e.->t grand , tout y est saint, pourvu qu'on esprit sera rendu capable, par la lumière de

l'entende, et qu*on s'y présente avec foi. la gloire, d'être appliqué en même temps à

Pour faire entendre le mystère du très- loute retendue des mystères, et il y verra, saint sacrifiée de la .Messe, et tirer tout d'un dans un instant el sans succession , ce qu'il coup le rideau qui nous le tient caché, il faut y a de plus grand et de plusauguste en Dieu, savoir que ce sacrifice est le sacrificedu ciel, et dansions les mystères de Jésus-Christ et ôire oi* n instruit en quoi ce sacrifice du son Fils: lout an contraire dans la terre, h paradis consiste et comment il s'y fait. C'est cause ne la faiblesse de nos es rits bornés , une proposition étrange à la plupart du on a besoin d'une multitude de choses sentit nde , ue dire que dans le ciel il y ait un sibles , qui nou^ fassent connaître à | art et sacrifice, je parle pour le commun des peu- successivement l'étendue d< ce que l'on ne pies car pour les autres qui savent en quoi peut comprendre tout à la l'ois. Ainsi ou voit consiste la religion et son premier devoir, que Notre-Seigneur parle tantôt comme avoqui esl le sacrifice . ils ne doutent pas qu'il cat , représentant les droits et les sentiments ne soit uans le ciel , puisque même sur la de l'Eglise , tantôt comme partie, les repréterre celui qui croit un Dieu offro des sa- sentant comme siens : tantôt il parle comme enfices : Sacri/icat qui pulat esse Deum. médiateur de son Eglise, et il invoque son

On ne peut point douter qu'il n'y ait un Père par soi-même, le priant par ses pro-

sacrinee au ciel, qui est le lieu de la parfaite pies mérites pour elle : Te igilur, elc. Per

religion, el du souverain culte que l'on peut Jesum Christian Duminum nostrum suppli-

rendre 'i Dieu. C'est là proprement que le cesrogamvt. De même qu'en la personne de

sacrifice se doit offrir, et s'y offrir ineessam- David il conjure son Père par ses souffran-

mentjàcause que la religion n'y saurait ces et par le mérite de ses vertus ; Mémento,

être interrompue. Et pour cela Notre-Seï- Domina. David, et omnis mansuehtdinis ejus

gneur, l'ail prêtre selon l'ordre de .Melchisé- (Psal. cx\ii, 1): Mon Père, souvenez-vous

dech pour toute l'éternité , a été établi de de votre fils David persécuté, souvenez-vous

Dieu son Père , pour lui offrir le sacrifice à de la douceur avec laquelle il a souffert sur

jamais; si bien que Noire-Seigneur est le terre.

prêire de ce saint sacrifice, où il s'offre lui- Il en use aussi de la sorte dans toutes les même, et son Eglise , en holocauste à Dieu, oraisons qu'il fait par le prêtre pour toute en odeur de suavité. 11 est donc lui-même sou Eglise, soit qu'il représente les prières le prêtre et la victime. Dieu le Père est ce- de l'ancienne loi , laquelle demandait toului à qui il est présenté : Te igitur, clemen- les choses en foi de Jésus-Christ ; soit qu'il tissime, Pater, etc., royamus, elc, accepta exprime les oraisons de la nouvelle loi , où liabcas. Il est offert à Dieu le Père comme à l'Eglise prie toujours et demande par Jésuscelui que le Fils regarde incessamment, et Christ; soit aussi qu'on exprime les prières comme à ceiui qui termine tout respect et de Notre-Seigneur en son particulier, telles regard de notre religion , n'y ayant rien à que sont les secrètes , où il prie en sa prorechercher au delà de la source de ladivi- pre personne ; il prie dans la gloire par les nite qui réside dans le Père , comme en sa raériles de sa mort et de sa passion. Ainsi on. première origine , remplie de majesté, de voit Notre-Seigneur changer de face et de laquelle il n'est jamais descendu pour se regards selon qu'il représente à Dieu diverrendie poant et religieux, comme le Fils en ses choses en son Eglise el en son sacrila nature humaine, et comme le Saint-Es- fiée.

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