DE L'OBEISSANCE ENVERS LE DIRECTEUR. U
dit le Sage, a trouvé un trésor; il n'y a rien de comparable à 'cet avantage: t Amicus (idelis, mcdicametitum vitœ; non est digna ponderalio auri et argenli contra bonitatem (idei illius. » (Eccli. vi, 15, 16.)
Or, une des principales grâces que Noire-Seigneur vous fait ici, est que vous pouvez aisément rencontrer ce parfait ami ; car vous le trouverez en la personne de votre directeur, qui sera tout à la fois votre père spirituel, votre guide, voire médecin et votre frère ; qui aura pour vous des entrailles de mère ; qui cherchera uniquement vos intérêts et qui aura plus de soin de vos afifaires que des siennes. Vous devez donc mettre tous vos soins à profiter de cette grâce, et des avantages que vous pouvez retirer d'un tel ami, en vous découvrant à lui avec une entière confiance. Si vous trouvez un véritable ami, dit le Sage, adressez-vous souvent à lui, pour lui demander conseil, et lui communiquer avec une entière confiance tout ce qui vous touche : » Si videris sensatum, evigita ad eum, et gradus ostiorum illius exterat pes tuus. > ( Eccli. VI, 56.) Car, de même que c'est une grande consolation à un malade de déclarer son mal au médecin qui doit le guérir, ainsi est-ce un extrême soulagement à celui qui est alDigé, de manifester ses peines à celui qui le doit soulager : Aperi pectus tuum amico, dit saint Ambroise, ut capias ex eo vitœ jucunditatem. (De offic, cap. ult., n. 128.)
Un des principaux remèdes que les philosophes donnent pour chasser la tristesse, et pour soulager un cœur alDigé est de raconter ses maux à un ami. C'est ce que saint Thomas, en particulier, remarque dans sa Somme, et il en apporte cette raison : « C»lui, > dit-il, < qui retient sa douleur en lui-même la ressent beaucoup plus vivement, parce qu'il en est plus occupé et qu'il y fait plus d'attention : Omnc nocivum interius clausum magis affligit, quia magis multiplicatur intentio animœ circa ipsum. i ('1-2, q. 58, a. 2.) Mais quand il la fait paraître au dehors, il se distrait et se décharge d'autant ; parce que l'attention étant ainsi partagée élargit le cœur oppressé et lui fait trouver du soulagement dans sa douleur : Quando ad exleriora diffunditur, tune animœ intentio ad exteriora quodam modo disgregatur, et sic interior dolor minuitur. L'expérience des personnes affligées fait assez connaître la vérité de ce que dit ici le saint docteur. Aussi le saint abbé Nil, disciple de saint Jean Chrysostome, remarque-t-il que les anciens Pères, pour faire comprendre les grands avantages de ce remède, employaient la comparaison de ces nuées qui sont toutes pleines d'eau, et qui s'éclaircissenl en se déchargeant. En efl'el, tant qu'une personne renferme en elle-même ses tentations et ses peines, il est difficile qu'elle ne se laisse abattre par la mélancolie : accablée sous le poids de son affliction, elle s'entretient dans cette humeur sombre que cause ordinairement la tristesse, mais qui se dissipe aussitôt qu'on se décharge le cœur, et qu'on va découvrir ses peines au directeur.
La fidélité à rendre comote de tout à un directeur
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est encore un excellent moyen de mieux faire tout ce qu'on fait. Quand on sait qu'il faudra expliquer au directeur comment on se comporte en l'oraison, quelle méthode on y suit, quel fruit on en retire ; qu'il faudra lui dire les tentations (fue l'on ressent, les pénitences que l'on fait, les mortifications que l'on s'impose ; qu'il faudra lui rendre compte de l'étude, des lectures spirituelles, des examens et généralement de toutes ses actions ; il est impossible que cela n'excite à s'appliquer plus fortement, et à se rendre plus fidèle. « La seule pensée qu'il faudra déclarer ses péchés en confession, » dit saint Jean Climaque, « est un des plus puissants moyens que l'on puisse employer, pour s'empêcher de les commettre : Qui confessionem meditatur peccatorum, hoc velut freno a peccatis coercetur. > (Grad. 4.) C'est ce que l'expérience journalière démontre, et ce que les hérétiques eux-mêmes ne peuvent s'empêcher Je reconnaître. L'histoire de la Réforme protestante, en particulier, fournit à ce sujet un exemple remarquable. Les réformés d'Allemagne voyant les vices et les dérèglements se répandre partout, en sorte que chacun se défiait de son voisin, et que personne ne pouvait plus vivre en sûreté, présentèrent à l'empereur Charles V une requête, par laquelle ils le suppliaient d'ordonner que tous ses sujets seraient obligés à se confesser, parce que, disaient-ils, depuis qu'on ne se confesse plus, il n'y a plus moyen de vivre en paix, il n'y a plus ni sûreté dans les familles, ni union entre les amis, ni confiance mutuelle dans la société. L'empereur ne put s'empêcher de rire, en voyant qu'on s'adressait à lui pour une telle ordonnance, qui n'était pas de son ressort. (Domin. Soto, in ii Sera., dist. 33, q. 1, a. i.) Mais pour appliquer ceci à notre sujet, nous pouvons dire avec confiance que, comme il n'y a rien qui retienne plus une personne et qui l'empêche davantage de pécher, que de savoir qu'elle doit se confesser , auâsi rien ne nous fait plus sûrement éviter les imperfections et résister aux tentations, que de savoir qu'il faudra rendre un compte détaillé de toutes nos actions à notre directeur. Et pour continuer cette comparaison, de même que la confession fréquente est un des principaux moyens de salut pour un Chrétien, de même l'exercice de la direction est un des plus sûrs moyens qu'on puisse lui conseiller pour son avancement et son progrès dans la perfection.
Ce qui rend la confession fréquente si importante pour le salut, c'est que, indépendamment de la grâce et de la rémission des péchés que procure le sacrement de pénitence, on y trouve encore de trèspuissants remèdes dans les conseils et les avis salutaires du confesseur. Aussi quand nous désirons voir une personne faire de grands progrès dans la vertu, après lui avoir conseillé d'entendre tous les jours la sainte Messe, de faire assidûment son examen de conscience, d'entendre souvent la parole de Dieu, de se mortifier incessamment; pour mettre
le sceau à tous ces avis, et suppléer à tous les autres qu'on pourrait y ajouter, nons lui conseillons surtout de se confesser souvent; nous croyons avec raison lui donner par là tous les remèdes ensemble, et lui indiquer tous les moyens de salut qui peuvent lui être nécessaires ; parce que le confesseur ne manquera pas de lui demander compte de ce qu'elle fait, et de lui parler selon ses besoins, dans toutes les circonstances où elle pourra se trouver. De même, conseiller à une personne d'avoir un directeur à qui elle rende compte de sa conscience, et k qui elle découvre toussessecrets, c'est lui proposer, par cela même, tous les moyens et les remèdes particuliers qu'on pourrait lui indiquer pour son a\M\cement En effet, votre directeur voyant quel profit vous retirez de vos exercices, quelle est votre fidélité à résister aux tentations, quelle est votre application à combattre vos inclinations et votre humeur, quel est votre amour pour le silence, quelles sont vos dispositions par rapport à l'humilité, à la résignation, à l'indifférence; en un mot, si vous avancez ou si vous reculez dans la vertu, connaîtra aisément les remèdes qui vous sont plus propres, et vous donnera des avertissements prdpîTfiionnés à vos besoins, vous corrigeant en une chose, vous encourageant dans une autre, vous éclairant dans vos doutes, et cela avec toute la douceur et la charité que votre confiance même et votre ouverture de cœur ne manqueront pas de lui inspirer. Pesez bien ces grands avantages et voyez si vous pourriez trouver rien de plus utile pour votre avancement.
Mais, indépendamment des motifs généraux qui obligent votre directeur à concevoir pour vous les sentiments d'une tendre charité et d'un zèle ardent pour votre avancement, soyez persuadé qu'il n'y a rien qui soit plus capable de lui gagner le cœur et d'attirer sa confiance, que de lui découvrir ainsi nettement tout votre fond. Vous croyez peut-être que certaines particularités de votre vie, qui pourraient vous causer quelque confusion dans le monde, et vous y faire mépriser si elles étaient connues, fcroni le même effet sur l'esprit de votre directeur ; mais sachez au contraireque jamais il n'aura plus d'amour et d'estime pour vous, que jamais il ne s'appliquera avec plus de zèle à vous servir que lorsque vous aurez pour lui plus d'ouverture ; car, voyant la franchise, la simplicité et la candeur avec laquelle vous lui direz toutes choses, il est impossible qu'il ne vousaime et ne vous estime davantage; tandis que, si vous avez le cœur serré dans vos rapports avec lui, el que vous lui parliez avec une entière confiance, il esl impossibleque son cœur ne se resserre de même à votre égard, et qu'il n'ait aussi pour vous beaucoup de réserve. C'est pourquoi saint Ign.ice, exhortant ses enfants à cette ouverture de cœur , les y excite par celte pensée, que leiirs directeurs, voyant cette parfaite ouverture, s'appliqueront avec plus de soiu el de cordialité à les secourir dans leurs besoins :(>HflH<o cxaclius rcs omnes inleruas cl extcruas suoruai nove-
449 TRAITK DE L'OBKISSANCE. — PART. 11. DE L OBEISSANCE ENVERS LE DIRECTEUR.
nAl, t;inlo majori cum diligailia, amore et soUicilHrfi»" juvare eos, ipsoutm anhnos a variis matis et periattis qu(V in pragrcssn posscjit accidcre, conscrvarc po.'tTHn/. (S lc.y\T.,Exain.yoner., i\ 4, § 55.) CVst ce qut' nous allons inonlrniilusà foiul, cl expliquer plus aniplomenl dans les cluipilrcs suivanls.