CHAPITRE V
Suite des sentiments de saint François de Sales, sur le même sujet.
Quoique le violentent des règles ne se fasse point par pure désobéissance, ni par mépris, s'il se fait par infirmité, par négligence, ou par paresse, ou par quelque autre tentation , on s'en pourra et devra confesser comme d'un péché véniel , ou au moins comme d'une chose où, il y en peut avoir, et oii on a sujet de te craindre ; car bien qu'il n'y ail en cela aucune sorte de péché en vertu de l'obligation de la règle , il peut néanmoins y en avoir, en vertu de la négligence, de la nonchalance et de la précipitation ou d'autres semblables défauts. Il arrive même rarement, que, voyant un bien propre à notre avancement sur* tout quand nous sommes invités et appelés à le faire, nous le fuissions volontairement sans péché , car u.'j lel délaissement ne procède que de néglicjence . d'uf^
fvclion dépravée, ou de mcuquemciit de ferveur ; et, s'il nous faut rendre compte des paroles oiseuses, eombien plus faudra-t-il le rendre, pour n'avoir point fait état des invitations que la règle tious fait de l'embrasser, et de nous rendre fidèles à ce qu'elle nous marque. '
Je dis qu'il nous arrive rarement de n'offenser pas Dieu , quand nous omettons volontairement de faire un bien propre à notre avancement ; parce qu'il se peut faire qu'on ne le laisse pas volontairement, mais par oubli , par inadvertance ou par surprise ; et alors il n'ij a point de péché, ni petit , ni grand, comme nous l'avons déjà dit, si ce n'est que la chose que nous mtblions fût d'une si grande importance , que nous fussions obligés de nous tenir attentifs , pour ne pas tomber dans l'oubli, l'inadvertance ou la surprise. Par exemple , si une personne rompt le silence , parce qu'elle ne fait pas attention qu'elle est dans le temps du sitence,parce qu'elle est occupée d'autres choses qui lui en ôtent la pensée, ou parce qu'elle est surprise de quelque émotion de parler, ensorte qu'avant qu'elle ait bienpensé à réprimer le mouvement , elle aura dit quelque parole, sans doute il n y a point de péché : car l'observation du silence n'est pas de si grande importance qu'on suit obligé d'avoir une attention assez grande pour ne pas l'oublier ; et même comme c'est une trèsbonne chose de s'occuper pendant le silence à d'autres saintes et pieuses pensées, si cette occupation fait oubher que l'on est en silence, cet oubli provenant d'une si bonne cause ne peut être mauvais, ni par conséquent le manquement de silence qui en provient. Mais si on oubliait, par exemple, de servir un malade dont on aurait été chargé , et que ce malade se trouvât en danger, faute de service, l'excuse ne serait pas bonne, de dire : Je n'y ai pas pensé, je ne m'en suis pas souvenu ; car la chose était d'une si grande importance , qu'il fallait se tenir en attention suffisante pour n'y pas manquer; et le manquement d'attention ne peut être recevable, au moins pour l'ordinaire, eu égard à la qualité de la chose qui méritait qu'on y fit attention. A mesure que le divin amour fera progrès dans les âmes, il faut croire qu'il les rendra toujours plus exactes et plus soigneuses à l'ubservatioii de leurs constitutions, quoique d'elles-mêmes elles n'obligent à aucunpéché;car, si elles obligeaient soms peine de la mort, combien étroitement les observerait - on? Or l'amour est fort comme la mort, et ses attraits sont aussi puissants à faire exécuter une résolution , que les menaces même de la mort, n Le zèle, » dit le sacré Cantique, test dur et ferme comme l'enfer ; » les âmes donc qui ont du zèle "cront autant et plus par leur ferveur qu'elles ne feraient par la crainte de l'enfer; si bien que, parla douce violence de la sainte dilcction, nous observerons au.ssi exactement nos règles, que si nous y étions obligés sous peine de la damnation éternelle. Après tout, touvenons-nous toujours de ce qu'a dit Salomon, au chap. XIX des Proverbes (v. 10) : i Celui qui
(Si) Ncr miniiiiiim est coiilcmncrc iiiininia, (|ti.T no« iniuirnaiii iiioriijus mactilani co tm)>iii • aogleclui
garde les commandements , garde son âme; et celui qui néglige sa voie, mourra. »
Voilà quels ont élé les sentiments de saint François de Sales , touchant l'observance des règles , et touchant l'obligation très-étroite de s'y soumettre , quoique d'elles-mêmes elles n'obligent point sous peine de péché.