PREMIER JOUR
De l'amour de la retraite, et des motifs qui nous en- (jagent à la bien faire.
Premièke partie. — Préparation.
Premier point. — Mettez-vous en la présence de Dieu croyant fcrmeinent qu'il est dans le lieu où vous êtes, et particulièrement dans votre cœur ; qu'il pénètre le fond de votre âme et le plus intime de votre substance ; et qu'il en découvre les mouvements les plus secrets et les dispositions les pins cachées: In ipso vivimus, tnovemnr et snmus. (Acl. \\u, 28.) Tu anlcm innobis es, Domine; omnia nuda el uperla snnt oculis ejus. {Dan. m, r>5.) Dens qui intueris abtjssos. {Ilebr. iv, 13.) En ipse htnt post parietem noslrum, respiciens per feneslras, prospiciens per cancelloc. (Cant. ii, 9.) Arrêtez-vous n (luelqu'nne de ces paroles pour animer votre foi ; «l, vous retirant dans le secret de voire cœur, mol-
tez-vous dans un respect profond, et tel que vous devez en la présence d'une si grande majesté.
Deuxième point. — Reconnaissez que vous êtes indigne de paraître devant Dieu : 1° comme créature : car toutes les créatures n'étant qu'un pur néant devant lui : Omnes génies tanquum nihilum anlete {Psal. xxxviii. G), il n'y en a pas une qui soit digne de paraître en sa propre personne devant un être si adorable ; 2° connne pécheur : en cette qualité, vous n'en devriez attendre que le rebut et vous mériteriez d'être privé à jamais de sa présence.
Ainsi, dans l'aveu de votre indignité à paraître devant lui comme créature el comme pécheur, 1" renoncez à votre propre personne ; entrez dans de profonds abaissements, dans des humiliations extrêmes, dans des anéantissements de vous-même devant celte souveraine majesté devant qui les plus hautes intelligences tremblent els'abîmenl, ne s'estiniant (pie poussière. Demandez aussi à Dieu pardon de vos péchés avec un grand regret el une contrition amère, puisque ce sont ces péchés qui principalement vous reu-
RETRAITE ECCLESIASTIQUE. - PREMIER JOUR. £82
dont indigne de paraître devant lui et d'en être regardé favorablement. ±' Unissez-vous, par un désir de voire cœur, à Jésus-Christ, alin qu'il vous présente à Dieu son Père, et que paraissant comme son ombre, et comme quelque chose qui lui appartient, vous puissiez, en sa personne, être souffert en cette divine présence : ce que vous ne pouviez espérer en votre propre personne. Car Jésus seul est digne de paraître devant Dieu, et d'en être écoulé. Averle faciem tuam a peccatis meis. {Psal. l. II.) Non in jttstificatiotiibus nostris prosternimits preces ante faciem tuam. [Dan.ix, 18.) Rcspice in faciem Cliristi lui. (Psal. lxxxiii, 10.)
Troisième point. — Reconnaissez que vous êtes incapable de bien faire oraison, et de prier Dieu conmie il faut : Qnid oremus, nescimus ; Spiritus poslulat pro nobis... {Rom. viii, 26.) Ainsi, à la vue de votre kicapacilé : 1" renoncez entièrement à votre propre esprit rempli d'aveuglement et d'erreur; 2° donnez-vous à l'Esprit-Saint de Notre-Seigneur en la vertu et direction duquel vous pouvez bien faire votre oraison.
Seconde r.vnxiE. — Corps de l'oraison.
Premier point. Adoration. — 1° Considérez Notre- Seigneur dans l'amour qu'il fait paraître pour la solitude et la retraite. De trente-trois ans qu'il veut vivre sur la terre, il en passe trente dans une vie retirée ; et des trois qui lui restent pour converser avec les hommes, tantôt il passe les nuits à l'écart : yoctibus eiieits morabatur in montibus {Luc. xxi, 37); tantôt les jours et les nuits par intervalle : Fugit in montem ipse solus. (Jean, vi, 15.) Ipse autem secedébat in descrtum {Luc. v, 16); tantôt des quarante jours et des quarante nuits de suite : Erat in déserta quadraginta diebus et quadraginta noctibus. {Marc. I, 13.) Admirez cette conduite de Jésus-Christ, qui n'ayant point de plus chères délices que de converser avec les hommes : Deliciœ meœ esse cum filiis hominum {Prov. vin, 31), paraît cependant si rarement au milieu d'eux pendant sa vie. Aimez ce Jésus en retraite, et aimez-le à votre aise : il est tout seul ; le monde ne l'environne point, personne ne vous interrompra dans les ardeurs de votre amour. Réjouissez-vous de le voir en cet état sanctifier ■votre retraite. Remerciez-le en même temps de ce qu'il vous a mérité la grâce pour la bien faire et pour vous éloigner du monde qui met obstacle à votre salut. Unissez-vous aux louanges et bénédictions que lui-même rend à son Père pour les grâces qu'il lui accorde. Complaisez-vous dans les complaisances mêmes que le Père éternel prend en son Fils en cet état. 2" Adorez Notre-Seigneur, qui, ne se contentant pas d'avoir donné cet exemple d'amour pour la retraite, a voulu de temps en temps V appeler ses disciples : Venite seorsum.... (Marc. VI, 31.) Duxit illos in montem excelsum seorsum.... {Marc. IX, 1.) Qu'il est aimable et adorable ce divin Jésus, dans sa conduite sur ses disciples, de les retirer ainsi du trouble cl de l'embarras du
monde, pour leur procurer le repos de l'âme, cl la paix du cœur. Venite in descrtum, et requicscite pv^sillum. {Marc, vi, 51.) 3° Adorez aussi Jésus-Christ tenantencore celte même conduite sur toutes les âmes qu'il chérit et sur la vôtre en particulier. C'est lui qui* vous a dit souvent : Venite seorsum ; il vous l'a dit par ses inspirations, lorsque vous avez senti quchpie mouvemeni qui vous a poussé à vous recueillir ou quelque heure le jour, ou quelque jour le mois, ou quelque semaine pendant l'année ; ou bien il vous l'a dit par l'ordre de votre supérieur ou de votre directeur qui vous a conseillé la retraite, et qui vous en a donné l'avis comme d'une chose importante pour le bien de votre âme ; ou bien il vous l'a dit pour la nécessité qu'il vous en a fait ressentir après la dissipation et les égarements de votre vie passée. Remerciez-le et bénissez-le de celte grâce qu'il vous a faite : Benedic, anima mea. Domino; et omnia, quœ intra me sunt, nomini sancto ejus. Benedic, anima mea. Domino, et noli oblivisci omnes relributiones ejus... {Psal. en, 1, 2.) Benedictus Deus qui eripuit nos de prœscnti sœeulo nequam, et translulit in regnum Filii dilectionis suœ. {Gai. i, 4; Coloss. i, 13.)
Deuxième point. Communion. — Considérez les motifs qui peuvent vous exciter à aimer la retraite et à la bien faire.
Le premier se tire de la personne qui vous y appelle; c'est Jésus-Christ. Pesez : 1° que c'est cette sagesse divine, qui assiste aux plus généreux desseins et aux plus hautes entreprises, et qui est toujours accompagnée de conseil et d'équité; 2° qu'elle fait ressentir ses effets d'un bout du monde à l'autre ; 3° qu'elle dispose des choses avec autant d'efficacité que de douceur : Ego sapientia habita in consilio, et eruditis intersum cogitationibus ; meum est consilium, et œquitas mea est ; prudentia mea est... {Prov. vin, 12, 14.) Altingit a fine ad finem fortiter;et disponit omnia suaviter. {Sap. vni, 1.) Quand les hommes nous donnent quelque conseil, nous avons souvent raison de ne le pas sui\Te, parce que les conseils des hommes ne sont pas toujours réglés par la prudence ; quand même leur conseil serait prudent, ils ne nous donnent pas toujours la force de l'accomplir ; et en eussions-nous même la forcé, il y a souvent beaucoup de peine. Mais ici c'est la sagesse même qui nous conseille,^ qui nous donne la force pour exécuter ce qu'ellenous dit, et qui nous le fait accomplir suavement.
Le second motif se tire du lieu où Dieu nous appelle : Seorsum. i" C'est à l'écart, dans la solitude, hors du tracas et de l'embarras du monde, où les occasions du péché ne sont pas si fréquentes, où les grâces sont plus abondantes; l'union de Dieu esC plus intime, et c'est là particulièrement que nous réparons les longues distractions que les occupations ordinaires nous apportent ; et comme il n'est personne qui ne se dissipe dans les emplois, dans les études, etc., auxquels son. état l'oblige de va-
quer, il n'y a personne aussi qui ne se doive renouveler de temps en temps par la retraite. 2° C'est dans la retraite où nos passions se tranquillisent, et où s'accomplit ce qui est dit dans Job : Bestiœ Wn-œ paeificœ erunt tibi {Job v, 23) ; les passions les plus farouches, qui auparavant apportaient le plus d'obstacle à notre salut, s'apaisent dans la retraite. 5° C'est là où l'on trouve la paix et le repos du cœur en y trouvant Jésus-Christ : Vœ animœ aitdaci qnœ speravit, si a te recessisset, se ali- (juid melius liubiluram. Versa et reversa in tcrgum et in latera, et in ventrem, et dura sunt omnia, et tu soins requies. (S. Aug., Confess., lib. vi, c. 26.) C'est pour cela que Notre-Seigneur .lous y mène : Venite et reqniescile ptisillum. (Marc. \i, 51.) Jésus n'a point de repos en nous, si nous-mêmes ne sommes dans le repos : Factus est in pace locus ejus. {Psal. Lxxv, 5.) Or, on se le procure particulièrement dans la retraite en s'examinant spécialement sur ce qui nous trouble davantage , en étudiant la volonté de Dieu afin de s'y conformer; en oubliant lorjt ce qui se passe pour ne penser qu'à l'éternité. Vous prendrez le troisième motif de la fin pour laquelle Dieu vous conduit dans la solitude. 1° C'est pour vous faire penser sérieusement à l'affaire de votre salut ; c'est votre grande, votre seule affaire, et qui est de telle importance que, quand on y penserait tout le temps de la vie, encore la vie ne serait-elle pas trop longue pour y penser. Il est donc bien raisonnable depreudi'e qucUpietenips pour nous en occuper. Nous en avons pris si souvent pour des affaires de moindre conséquence , pour lesquelles nous n'avons point fait de difficulté d'interr®mpre pour quelque temps nos exercices et nos occupations journahères, afin d'y vaquer plus à loisir; pourquoi n'en ferions-nous pas autant pour l'affaire de notre salut? Secessi de populo : unicum milti neyotium est, nec aliud euro, quam ne curem; vita meliore maqis insecessu fruar, quam in promptu. (Ter- TULL., De pallio , cap. 5.) 2° Dieu vous amène dans la retraite pour vous apprendre plus particulièrement les moyens de réussir dans cette grande affaire : Solilaria namque vita, cœleslis doclrinœ scliola est, ac divinarum artium disciplina. Dans l'embarras du monde il a peine à se faire entendre : Dum médium silentium tenerent omnia, omnipotens sermo tuus a re- (jalibussedibusprosilivit. {Sap. xviii, 15.) 11 ne parle librement et à cœur ouvert que lorsque l'àme est retirée dans le silence, hors le bruit du monde : Ducam eam in solitudinem, et loqnar ad cor ejus. {Ose. Il, 14.) llœc vox non (iuditur in j'oro, non sonat in pnblico, secretum consilium, sccretum quœsivit auditum. (S. Bkrn.) C'est dans la retraite où il l'entretient tout à loisir, et où il lui découvre les voies les plus courtes et les plus assurées de son salut. 5" C'( st pour lui accorder des grâces toutes singulières qui lui fassent embrasser les moyens, et les voies de salut (pi'il hii découvre : Lociitio cnim verbi est larqiiio doni. (S. Auc.) Ce n'est pas que Dieu ne soit
partout, et qu'il ne puisse dans le monde nous communiquer les grâces qu'il nous donne dans la retraite : il le peut, mais, en matière de grâces, il ne faut pas tant regarder ce qu'il peut que ce qu'il veut; et, comme il a ordonné ces retraites comme des moyens plus propres pour obtenir ses grâces , si nous les voulons recevoir, il faut plutôt suivre ses ordres que considérer son pouvoir. Aussi voyons-nous que les âmes qui vont à cette retraite en sortent tout autres qu'elles n'y sont entrées, et l'expérience fait connaître que c'est un des moyens dont Notre-Seigneur se sert aujourd'hui plus sensiblement pour se communiquer, et faire ses miracles de grâce. Semper in desertosuos pane Jésus pascit. (S. EucH.)
Faites réflexion sur vous-même, et voyez comme jusqu'ici vous avez peu considéré ces vérités ; voyez quels sentiments vous avez eus de la retraite quand Notre-Seigneur vous en a donné la pensée. N'avezvous pas eu peine à la suivre ? N'avez-vous pas cru que ce serait un temps perdu, et n'y avez-vous pas eu beaucoup de répugnance pour vous être imaginé que c'était très-pénible, ou pour ne pouvoir pas quitter vos exercices ordinaires, vos emplois, vos études, vos parents, vos amis? Confondez-vous d'avoir été si peu fidèle à ses mouvements , et d'avoir eu si peu d'amour pour une chose qu'il aime si fortement. Demandez-lui pardon de ce peu de fidélité, et priez-le instamment de vous donner l'amour de la retraite, et la grâce de la bien faire. Implorez pour cela le secours de la sainte Vierge , de votre ange gardien, des saints auxquels vous avei, une plus particulière dévotion.
Troisième point. Coopération. — Première résolution. Résolvez-vous, pour bien faire votre retraite, d'en demander souvent à Dieu la grâce, de lui offrir pour celte fin le sacrifice de la sainte Messe, et toutes les pénitences et bonnes œuvres que vous ferez pendant ce jour ; faites même pour ce sujet quelque pénitence particulière, selon l'avis pourtant de votre directeur.
Seconde résolution. Résolvez-vous aussi de ne vous occuper que de Dieu pendant ce temps, et de faire trêve avec toutes vos affaires : Qnid mihi est in cœlo, et a te quia volui super terram? [Psal. lxxii, 2S.) Bannissez donc toute pensée d'étude, d'emploi, de fortune, d'établissement, d'amis, de parents; ne faites et ne recevez point, s'il se peut, de visites ; remettez à un autre temps toutes vos lettres; en un mot demeurez seul avec Notre-Seigneur ; ne perdez pas un moment d'un temps si précieux : ISon dcjrauderis a die bono,etparticula boni doni non te prœlercat. {Eccli. XIV, ii.) Ne laissez pas passer une occasion si favorable, que vous avez de l'entretenir et de l'écouter à votre aise : Loqnar ad Dominum (um sim pubis et cinis. (Gen. xvni, 27.) Loquere Domine, quia audit servus tuus. (/ Reg. m, 10.)
Troisième résolution. Pucifiezbien votre intention à (TMi" cnlréc' de votre retraite, pour u'v clierclicr
RETRAITE ECCLESIASTIQUE. — PREMIER JOUR
qiio la gloire de Dieu , sa sainte volonté et votre salut.