Première partie. — Préparation
1' Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration.
2" Avouez devant Dieu que vous êtes indigne d'approcher de sa divine majesté ; et, dons cet aveu, renoncez à tous vos péchés, et donnez-vous a Notre- Seigneur, afin qu'il vous présente à Dieu son Père, et afin que Patrem in recordalione Filii ad pietatem inflectas : quid vero dulcius quam Genitorem in nomine Vnigeniti invocare ?
ô" Reconnaissez-vous incapable vous-même et par vous-même de bien faire oraison; et, dans cette pensée, renoncez à vos propres lumières et à votre esprit ; et invoquez le Saint-Esprit, le priant qu'il vienne en vous, pour vous conduire dans cette oraison.
Seconde partie. — Corps d'oraison.
Premier point. Adoration. — Considérez Notre- Seigneur vivant après son ascension dans le cœur de SCS disciples retirés dans le cénacle, et leur im-
primant les mêmes sentiments pour la retraite, qu'il avait toujours portés en son cœur pendant sa vie. Sans se ser\"ir d'autres chaînes que des attraits et des doux liens de son amour, il les lient pendant dix jours enfermés dans ce saint lieu, séparés du commerce de tous les hommes, et appli(|ués sans cesse à l'oraison avec sa très-sainte Mère : Erant unanimiter persévérantes in oralione cum Maria Matre Jesu. (Ad. i, 14.) 0 la belle et bonne retraite ! Aussi estelle si fructueuse que, par le saint emploi qu'ils en font, ils se mettent en état de recevoir abondamment le Saint-Esprit, que le Fils de Dieu leur donne en plénitude pour fruit de leur retraite, ei pour récompense de leur fidélité : Rcplcti sunt omnes Spi-r ritu sancto. (Act. i, 14.) Remerciez Notre-Seigneur de cette grâce si admirable qu'il a faite à ses apôtres. Admirez sa bonté de vous avoir appelé en retraite pour vous y accorder la même faveur. Adorez-le, bénissez-le, aimez-le pour toutes ses miséricordes sur vous, et pour toutes celles particulièrement qu'il a dessein de vous faire ressentir, si vous êtes fidèle à tous les exercices de votre retraite.
Deuxième point. Communion. — Considérez combien vous devez craindre de ne pas bien faire votre retraite, et de n'en pas retirer tout le fruit que Dieu veut.
1° Vous devez craindre la malédiction que Notre- Seigneur prononce contre Corozain et Bclhsaïda, deux villes bien favorisées par la présence et les grâces du Fils de Dieu, mais bien malheureuses par le peu d'usage qu'elles en ont fait : Vœ tibi, Corozain, vœ tibi, Rethsaida ; quia, si in Tyro et Sydone factœ fuissent virtntes quœ factœ fuerunt in vobis, in cilicio et cinere pœnitentiam egissent ! (Mattli. xi, 21 ; Luc. X, 13.) 0 l'épouvantable parole ! un vœ dans la bouche de Dieu ! une malédiction prononcée par un Tout-Puissant, qui fait tout ce qu'il dit : Dixit, et facta sunt! {Psal. cxlviii, 5.) Cependant n'est-ce pas ce que vous avez sujet de redouter ? Car enfin il est certain qu'une infinité de personnes deviendraient assurément saintes, et de très-grandes saintes, si elles avaient les grâces, les secours et les moyens que vous avez présentement entre les mains. Si donc vous n'en profitez comme Dieu veut, vous devez bien redouter que cette malédiction ne soit dite pour vous, et ne retombe sur votre tête : 3Ialheur à vous, parce que plusieurs auraient profilé de la grâce que vous laissez couler inutilement entre vos mains : « Auferetur a te regnum Dei, et dabitur genli facienli fructus ejus. r> {Mattli. xxi, 45.) Et un jour viendra que peut-être vous voudriez bien faire une retraite pour vous donner à Dieu, et vous dégager des obstacles à votre salut, et l'occasion et le pouvoir vous en seront ôlés, parce que vous n'en aurez pas profité quand vous les aviez entre les mains : Qui opportunitatem deserit, opporlunitas eum fugit.
2° Vous avez encore grand sujet de craindre eu
particulier la malédiction prononcée autrefois contre le figuier stérile de l'Evangile : Succidc illam ; utquid eliam terram occupai ? [Luc. xiii, 7.) Car remarquez qu'encore qu'il y eût quel(iues années quil fut stérile, on se résolut d'attendre encore une autre année pour voir si, en le cultivant avec plus de soin, il produirait ensuite quelque bon fruit ;
ŒUVRES COMPLETES DE M. TROiNSON. 888
6)... Jam non relinquitur pro pcccath hostia,sed et
lerribilis qtiœdam exspectatio judxc'n, et ignis œmulatio, quœ cousumptura est adversarios. {Hebr. x, 26, 27.) En vérité, n'y a-t-ilpaslà de quoi bien craindre? y avez-vous songé en entrant en retraite ? Si vous aviez pensé qu'une retraite mal faite peut attirer tant de malheurs, n'auriez-vous pas conniiencé avec
mais on n'attend qu'à condition qu'il sera arraché plus de ferveur, et ne resseniiriez-vous pas un tout
sans ressource s'il demeure l'année suivante stérile : Et si quidem fecerit fructum; sin auteni, in fulurnm siiccides eam. {Ibid., 9.) C'est ainsi que Noire-Seigneur a eu patience à l'égard de votre âme ; il y a plusieurs années qu'elle est dans le péché, et qu'elle ne rapporte point des fruits de bonnes œuvres et de salut ; Notre-Seigneur pourtant ne lui a pas encore donné sa dernière malédiction, parce que peut-être elle n'a pas été jusqu'à présent cultivée avec assez de soin. Mais, dans cette retraite, voici l'engrais qu'on va mettre au pied de l'arbre. Il va être arrosé d'une inûnité de grâces ; on va lui donner la dernière culture : si vous n'en profitez pas, il y a bien à craindre qu'on ne prononce contre vous ce dernier arrêt : Succide illam ; uiquid etiam terram occupât ? et que vous ressentiez l'état de cette épouvantable malédiction : Nunquam ex te fructus nascatur, in sempiternum excidetur, et in ignem viittetur. {Matth. XXI, 19 ; m, 10.)
3° Vous devez encore craindre, parce que si vous ne profitez bien de votre retraite, vous serez comme cette terre maudite et réprouvée dont parle saint Paul : Terra sœpe venientem super se bibens imbrem.... proferens autem spinas ac tribulos, reproba est et maledicto proxima ; cujus consummatio in combnslionem. (Hebr. VI, 7, 8.) Elle est maudite et reprouvée, et pourquoi ? parce qu'étant souvent arrosée, elle ne rapporte pas de fruit ; n'est-ce pas ce que vous devez craindre, si vous ne profitez de la retraite ? Dans le monde les pluies ne sont pas si fréquentes, les eaux de la grâce n'y découlent pas en si grande abondance ; une âme s'y trouve souvent fort desséchée : mais dans la retraite, cœlum apertiiis, le ciel y est plus ouvert ; Notre-Seigneur y verse plus particulièrement la rosée de sa grâce. Si donc après cela vous ne faites pas mieux qu'auparavant, si vos actions ne sont point plus saintes, si votre progrès dans les vertus n'est point plus marqué, n'avez-vous pas sujet de craindre, et n'est-ce pas une évidente nianjue de réprobation? Reproba est, et maledicto proxima ; cujus consummatio in combustioncm ; n'estce pas de vous qu'on pourra dire, quand vous aurez achevé la retraite, où Dieu ne maïuiuora point d'éclairer sudisamment une âme, de lui donner quelque goût des consolations qu'on trouve à son service ; n'est-ce pas de vous qu'on pourra dire, si vous n'en profitez : Impossibile est eos qui semelsunt illuminali, qustavcrunt etiam donumcœlestc, et participes facli sunt Spiritus sancli, ijuslaveruni nihilomi' uns bonum Dei verbum virlutcsquc swcnli, et prolapsi $unt, rursus renovari ad pœnitenliam? (Ilcbr. vi, i-
autre zèle pour tous vos exercices?
Confondez-vous de vous voir encore si froid sur ce sujet ; demandez à Dieu la grâce de la ferveur et de la fidélité dans votre retraite.
Troisième point. Coopération. — 1° Résolvezvous de vous appliquer, dès aujourd'hui, à tous vos exercices avec plus de zèle que vous n'avez fait ce matin, et de commencer à présent tout de bon et avec un grand cœur celle retraite, car tout dépend de ce commencement :
Dimidium facti qui bene cœpil habet.
(HoR. lib. I, epist. 2, vers. 40 )
et il est difficile que vous la fassiez mal quand vous l'aurez bien commencée : Difficile est ut malo peraqantur exitu, quœ bono sunt inchoata principio, dit saint Léon.
2° Résolvez-vous de ne vous pas rebuter pour les premières difficultés ou dégoûts que vous ressentirez soit dans l'oraison, soit dans la lecture spirituelle, l'examen ou quelqu'autre exercice : mais exposezles simplement à votre directeur, aussi bien que tout ce qui se passera en vous pendant votre retraite, aàn qu'il vous aide, qu'il vous fortifie, qu'il vous encourage à la bien faire.
3° Résolvez-vous d'être fidèle à faire tout ce qiii vous sera dit, en sorte que vous fassiez chaque exercice exactement, et dans le temps précisément qui vous sera prescrit. Pour cela appliquez-vous à chacun, comme étant peut-être le dernier de votre vie. Ainsi quand vous vous sentirez tiède dans un exercice, que vous serez distrait dans l'oraison , que vous serez dégoûté dans une lecture, que vous vous ennuierez dans votre chambre ; en un mot que vous remarquerez quelque imperfection ou quehjue faute en ce que vous faites, dites avec saint Bernard : Si modo m,oriturus esses, hoc faceres?