‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 179 sur 303 · Première partie. — Préparation · texte numérisé non relu

Première partie. — Préparation

Premier point. — Mcllcz-vous en la présence do

Dieu, cl songez que non-seulcmcnl il vous regarde,

et qu'il vous voit sans cesse : Deus in cujus conspcctu

sto (111 lieq. XVII, 1), mais encore qu'il est en

RETRAITE ECCLESIASTIQUE. — PREMIER JOLU

sro

vons,cl q\ie vous êtes on lui : Ego dilecto meo, et ad mecorwersio ejus. (Cant. vu, 10.)

Peixième point. — Anéantissez-vous en sa présence ; et, doteslani tous vos péchés et tout ce qui vous peut rendre indigne de paraître devant lui, priez-le de vous y souffrir par les mérites et en vue de son cher Fils à qui vous voulez vous unir pour jamais. Redite, Domine Deus, oculos tnœ majestatis super opus ifieffabilis pietatis. Intuere dulcem Nalum tiium.

Troisième toint. — Renoncez à votre esprit et abandonnez-vous à la conduite de l'esprit du Fils de Dieu.

Seconde partie. — Préparation.

Premier point. Adoration. — Considérez Notre- Seigneur menant à l'écart ses trois plus chers disciples, pour leur donner dans la retraite sur le Thabor une idée et de sa gloire et de celle qu' il leur préparait dans le ciel. Oh ! que Jésus est admirable et aimable en cette conduite ! Il en use de la sorte, disent les saints Pères, pour les animer plus fortement, par cette vue et par cet avant-goùt du paradis, à se séparer généreusement de tout ce qui aurait pu les amuSer sur la terre, et à travailler uniquement à cette grande affaire du salut et de l'éternité.

Remerciez Notre-Seigneur de vous avoir attiré dans celte retraite pour la même fin, car jamais vous n'y auriez pensé assez sérieusement dans le monde. Aimez-le, louez-le, bénissez-le pour cette grâce qui est peut-être la plus grande qu'il vous fera jamais ; et la reconnaissant comme une miséricorde trèssignalée et des plus avantageuses pour le bien de votre âme, dites, mais du fond du cœur avec saint Pierre sur le Thabor : Domine, bonum est nos hic esse. {Mattli. xvii, 4.)

Deuxième point. Communion. — Puisque Notre- Seigneur vous amène ici en retraite pour vous faire travailler sérieusement 4 votre salut, voyez comme il est important de vous appliquer uniquement à cette affaire : Turbaris erga plurima : porro unum est necessarium. { Luc. x, 42. ) Et,«pour cet effet, pesez bien ces trofs motifs qui vous en convaincront.

Le premier est la nature de cette affaire ; car elle est très-importante, sans contredit, la plus importante de toutes vos affaires ; et elle est même, à le bien prendre, l'unique affaire que vous ayez en celte vie.

i* Elle est très-importante. L'importance d'une affaire se mesure par la perte ou le gain qu'on y peut faire, or ici il y va de perdre ou de gagner une éternité bienheureuse ; il y va de perdre ou de

affaires. Car enfin à quoi vous servira de réussir en toutes les autres, et d'y avoir tout le succès que vous pouviez prétendre, si vous mancjuez à celle-ci ? Ecoutez comme Notre-Seigneur même nous le dit : Quid prodest homini si universum mundnm lucretur , aiiimœ vero suœ detrimcnlum paliatur? dut quam dabil liomo commututionempro anima sua? ( Matth. XVI, 26. ) Num liabes aliam animant, dit saint Chrysoslome, quam possis pro tua dure? Pecuniam qui amisit, aliquam pro a7nissa reddere polest ; similiter qui œdes, qui servos, qui cœtera hujus modi : animam si perdus, aliam pro ea dure non poteris ; vel, si rex orbis et dominas sis, quœque in orbe sunt omnia, ipsum denique orbem offeras, non poteris vel unam animam eruere.... Prelium animœ non est ne universus quidem niundus.

5° Elle est tellement importante, qu'en comparaison de celle-ci, toutes les autres ne sont point des affaires : Porro nnum necessarium, vestrum neqotium agite ( Luc. x, 42 ) ; et quelle est cette affaire? l'affaire du salut. Tout le reste n'est qu'un amusement d'enfant: Vita prwsens lusus puerorum. Quo enim distamus a pueris ludendi gratia casulas œdificantibus? nulla plane, nisi quod ea nos ad suppiicium nostrum sœpe faciamus, quœ illi sœpe imitanlur ad ludum. Nondum enim venimus ad maturitatem virorum, quo cum venerimus, intelligemus lia'c omnia esse puerilia ; natn etilla, cum ad virilem œtatem transimus, viderc consuevimus, quœ cum pucri

essemus, studiose credebamus esse facicnda Quous-

qne lusibus occupamur? atque utinam tanlummodo luderemus, nunc vero etipsi salutem nostram despicimus. ( S. CiiRVSOST. in Mattli. ) Quidquid aliud petitur, 'liliil petitur : non quia nulla omninu res est, sed quia, in tantœ rei comparatione, quidquid aliud concupiscitur, niliil est. ( lu. in Joan. ) Quidquid ex-. struxeris extra te, erit instar congesti pulveris vento obnoxium... t Deum time, et mandata ejus observa : hoc est enimomnis homo. » [Eccle. xii, 15, ) Ergo si hoc est omnis homo, absque hoc nihil est omnis homo. ( S. Bern. )

Le second motif est que cette affaire , quoique très-importante, est néanmoins bientôt terminée, et vous avez très-peu de temps pour la traiter ; car vous n'avez tout au plus que le temps de votre vie : et combien sera-ce? peut-être un an, peut-être un mois, peut-être une semaine, peut-être n'aurezvous que le temps de cette retraite ; nous ne le savons ni vous ni moi, il n'y a que Dieu seul qui le connaisse : JSumerus mensium apud le est. {Job xiv, 5. ) Mais pourtant vous et moi savons fort bien que vous en aurez peu : Brèves dies hominis sunt. (Ibid.)

gagner un Dieu : quelle plus grande perte, ou quel Vmbra transitus est tempus nostrum. ( Sap. 11, 5. )

gain plus considérable peut jamais arriver à une Vita nostra vapor est ad modicum parens. ( Jac. iv,

créature? Pesez bien ce que c'est que d'être sauvé 15. ) Puisque donc vous avez peu de temps, n'en

ou damné ; d'aller en paradis ou en enfer ; de vivre laissez point écouler sans travailler à cette affaire :

à jamais avec Dieu, ou avec les dénions ; et vous la moindre perte d'argent est considérable à une

verrez ce que c'est que cette affaire. personne qui n'en a que très-peu ; et il n'appartient

2" Elle est la plus importante de toutes vos autres qu'aux riches de faire peu de cas des dépenses inu-

S91 œilVRES COMPLETES DE M. TRONSON

iHes et des petites pertes. Si vous étiez assuré d'avoir six ou huit cents ans de vie, comme ces premiers hommes, quand quelqu'un s'écoulerait dans !a négligence de l'affaire du salut, cela pourrait être plus tolérable ; mais à présent ayant si peu de vie, et toute sa durée même étant incertaine, n'est-ce pas une négligence bien criminelle d'en laisser passer inutilement la moindre partie sans travailler à cette affaire? Il est dit dans V Apocalypse (xii, 12) que le démon, quoiqu'il ait eu déjà plus de quatre mille ans pour tenter l'homme et le perdre, trouve néanmoins le temps trop court pour sa malice : Insauit diabolns liostis liumani yeneris, « sciens quia tnodicum tempus habcl.» (S. Bern.) Et c'est pourquoi il ne laisse passer aucun moment sans travailler à notre perte : Circuit quœrens qucm devoret. ( / Petr. v, 8. ) Les impies, dans la Sagesse se portent à toutes sortes d'excès et de voluptés ; et, dans cette seule pensée que leur vie est courte, ils se pressent pour pouvoir goûter tous les plaisirs, et ne laissent passer aucun moment sans chercher à se satisfaire : Eceiyuumesl tempus vitœ nostrœ ; venile, fruamur battis, coronemus nos rosis... JSullum sil pralum quod non pertranseat luxuria nostra. ( Sap. ii, 1,6, 7. ) En vérité, n'est-ce pas un sujet de confusion pour vous, si, dans cette même pensée de la brièveté de votre vie, et du peu de temps que vous avez à travailler à votre salut, vous n'employez à cette affaire tous vos moments avec autant de fidélité que ces misérables les emploient pour leur perle? Et quelle excuse aurez-vous devant Dieu pour ceux que vous aurez laissé écouler inutilement, surtout dans votre retraite, où vous avez tant de moyens de les donner à Dieu, puisque vous n'en aurez pas même pour ceux que, dans le monde, vous n'emploierez pas utilement pour votre salut.

Le troisième motif qui nous doit presser de travailler, mais tout de bon, et dès à présent à l'affaire du salut, c'est que, si vous n'y travaillez ici dans votre retraite, vous ne le ferez pas certainement dans un autre temps; car maintenant vous avez d'une part beaucoup de secours qui vous la facilitent, et de l'autre, vous n'avez aucun obstacle qai vous arrête. Or, dans le monde, vous aurez peu de secours, et de grands obstacles, de sorte que, si vous n'avancez beaucoup celte affaire, et n'en jetez tous les fondements, à présent que tout vous y porte et que rien ne vous en détourne , il n'y a rmlle apparence que vous y réussissiez jamais, quand vous aurez beaucoup d'obstacles, et que vous ne trouverez plus tart de s,>ct/urs.

Faites après cela une sérieuàe réflexion sur vousmême , et voyez si vous n'avez pas grand sujet de vous confondre d'avoir si peu travaillé jusqu'à cette heure à une affa-rc si importante que celle de votre salut , de vous citre amusé à mille bagatelles, d'y avoir employé la plus grande partie de votre temps, ftl d'en avoir donné si peu à votre salut, qu'à bien fe^jrendre, vous l'avez tout à fait négligé, ou du

moins que vous vous y êtes porté avec une lâcheté si grande que vous vous êtes arrêté à la seule vue des premières difficultés ; demandez à Dieu la grâce d'être à l'avenir plus fervent pour votre salut.

Troisième point. Coopération. — 1° Résolvez-vous encore de bien purifier votre intention à ce commencement de retraite, et de n'y chercher que la volonté de Dieu et de votre salut.

2° Résolvez-vous dans toutes les pensées, désirs, inclinations, que vous ressentirez dans votre retraite, de faire réflexion d'abord si elles peuvent contribuer à l'affaire de votre salut ; autrement rejelez-lé5 toutes, et n'admettez rien, sous quelque prétexte que ce puisse être, qui puisse vous en détourner.

3° Dans vos dégoûts , songez au fruit que vous retirerez de votre retraite, si vous y persévérez, et dites souvent : Domine , bonum est nos hic esse.

Page 1