Première partie. — Préparation
1° Adorez Dieu présent, et pensez avec saint Augustin (ju'il vous pénètre jusqu'au fond de votre intérieur : Intimo meo intimior.
2° Renoncez à vos péchés et à vous-même, et donnez-vous à Jésus pour vous présenter à son Père revêtu de lui, et en son nom.
5" Renoncez à votre esprit, et invoquez sur vous l'esprit de Notrc-Seigneur.
Secom>e partie. — Corps d'oraison.
Premier point. Adoration. — Adorez Dieu en Jésus-Christ qui vous a élevé à la participation de son divin sacerdoce et qui, par un effet de son amour bien spécial , après vous avoir choisi parmi tant de créatures possibles pour vous donner l'être et vous faire homme ; après vous avoir choisi parmi tant d'hommes pour vous faire Chrétien , et pour vous donner la grâce justifiante , vous a choisi encore au milieu de tant de Chrétiens pour vous appeler à l'état ecclésiastique, et vous faire prêtre : Jpse fecit nos regnum et sacerdotes Deo et Patri sua {Apoc. 1,6); qui est le plus sublime et le plus relevé de tous les états où Dieu puisse mettre une pure créature. Remerciez-le de celte bonté infinie qu'il a eue pour vous, et unissez-vous à Jésus-Christ, prêtre qui , en celte qualité, s'oflre sans cesse à Dieu son Père en sacrifice pour le remercier de celte grâce. Etonnez-vous de cet abîme de miséricorde, de ce miracle de bonté, que Dieu vous ait élé prendre dans le néant pour vous élever à ce point d'honneur et de gloire ; que. par votre état, comme prêtre, il vous donne une puissance qu'il n'a jamais donnée à aucune autre créature , non pas même à ses anges, ni à sa très-sainte Mère; car il vous donne pouvoir de remettre les péchés, de le produire sans cesse, de le bénir et de l'offrir tous les jours sur l'autel en sacrifice pour le salut de tout le monde : Quis est hic qui etiam peccata dimittit ?
{Luc. VII , 49.) Quid est homo quod memor es cjus?
{Psal. vui , 5.) Gloria et honore coronasti eum. {Ibid. , 6. ) Bénissez-le , et aimez-le de ce qu'il vous a mis en celle qualité au nombre de ses domestiques et de ses amis : Domestici Dei. {Ephes. II, 19.) Jam non dicam vos servos, vos autem dixi amicos {Joan. xv, 15), et vous traitant comme un de ses favoris, il vous confie tous ses secrets, vous donne le maniement de ses trésors, la disposition de ses richesses, la distribution de tous ses biens : Gratias Deo super inenarrabili dono ejus. {II Cor. IX, 15.)
Deuxième point. Communion. — Pour connaître plus en détail l'obligation très-grande que vous avez à Noire-Seigneur de vous avoir appelé au sacerdoce, méditez bien les avantages qu'il vous donne , et auxquels vous avez droit, en qualité de prêtre : Genu posito, lacrymis atque suspiriis oro , ut hune sacerdotis thesaurum inspiciamus, hune meditemur ; miraculum enim stupendum, trcmcndum mtjsterium. Les prêtres sont les anges du Seigneur des armées, et les médiateurs entre Dieu et les hommes ; ce sont les vicaires de Jésus-Chrisl, les officiers de sa cour, les amis intimes auxquels il découvre tous ses secrets ; les dispensateurs de ses mystères, entre les mains desquels il se décharge de tous ses biens ; ce sont les princes de son peuple, ses ambassadeurs, à qui il donne tout son pouvoir el à qui il veut
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qu'on rende le même honneur qu'à sa personne ; ce sont les princijtaux membres de son corps ; ce sont ses pères, entre les mains desquels tous les jours il reçoit la vie sacramentelle, comme il reçut autrefois la vie naturelle dans les entrailles de la très-sainte Vierge ; ce sont enfin les coadjuleurs de Dieu dans la rédemption du monde ; et, en un mot, ceux pour qui il ne peut avoir aucune réserve. Voilà quelquesunes des qualités et des prérogatives que l'Ecriture sainte et les saints Pères donnent aux prêtres, et dont Dieu vous a honoré, tout misérable que vous êtes. Pesez bien sur celles qui vous toucheront davantage, et ensuite tirez cette conséquence : Si un roi , par une tendresse et un sentiment d'affection tout extraordinaire, me mettait entre les mains tous ses trésors, me communiquait tous ses secrets, me confiait ce qu'il a de plus cher ; si , me faisant entrer le plus parfaitement qu'il pourrait dans son alliance, il me donnait son sceptre et sa couronne , et me faisait honorer comme lui dans son Etat ; si , enfin, me substituant en sa place, il me remettait sa puissance souveraine , et m'abandonnait le soin de sa personne , de sa famille et de tous ses sujets, il n'y a rien que je n'employasse pour son service , et pour reconnaître une si grande grâce ; pourquoi donc suis-je plus infidèle et plus ingrat envers Dieu, qui me fait mille fois plus de bien que je ne le serais envers un homme. Obstupescite, cœli , super hoc, et portœ ejns , desolainini veliementer. {Jer. ii , i2.) 2° Considérez que non-seulement Noire-Seigneur TOUS a donné de si admirables prérogatives en vous appelant au sacerdoce , mais encore qu'il vous a destiné des grâces singulières et non communes, qu'il vous offre sans cesse pour vous rendre plus saint , et vous unir à lui plus intimement que le reste des hommes ; et c'est ce que vous pourrez aisément reconnaître par ces trois réflexions. 1* Comme Dieu mesure ses grâces selon les obligations de chacun, et selon les desseins qu'il a sur nous , l'état ecclésiastique étant le plus saint qui soit au monde, et imposant une plus grande obligation de perfection à ceux qui s'y engagent , il leur donne conséquemment plus de grâces qu'à tous les autres pour les élever à cette haute sainteté et cette éminente perfection que demande cet état. 2" Comme, en vertu de cet état, vous appartenez plus particulièrement au Fils de Dieu , et vous y êtes plus intimement uni , il verse aussi sur vous plus abopdamment ses influences, et vous donne plus de part à son esprit. 5° Conmic vous participez dans cet état à la grâce de chef qui est en Jésus-Christ , en qualité de prêtre, que vous êtes choisi particulièrement pour travailler à la sanctification des peuples, et qu'il met ses grâces entre vos mains pour les leur distribuer, vous en avez et pour eux et pour vous ; et les grâces qu'il vous donne sont plus relevées, plus exquises, plus abondantes que celles qu'il donne ordinairement au reste des Chrétiens. Que si vous n'avet point «-essenti jus(|u"à présent ces gran-
des grâces, vous vous en devez prendre à vousmême, vous en devez accuser le peu de fidéUté que vous avez eue pour correspondre aux desseins de Dieu sur vous ; mais vous n'en avez pas moins d'obligation au Fils de^Dieu, qui vous les avait préparées, et qui vous les a présentées mille fois pendant votre vie. Vous lui en avez même d'autant plus d'obligation que, nonobstant toutes vos ingratitudes et les outrages qu'il a reçus de vous , il ne laisse pas de vous les offrir encore avec la même bonté, la même cordialité, la même tendresse, que si vous ne l'aviez jamais offensé. Pourquoi donc ne retournez-vous pas sérieusement et entièrement à lui pour vous rendre participant de tant de grâces ? Qu'attendez-vous? Reveftere , reverlere ; Jérusalem, Jérusalem , convertere ad Dominum Deum tuum. (Offic. eccL)
3° Considérez combien de moyens Notre-Seigneur vous a donnés dans cet état pour conserver et faire croître en vous ces grandes grâces qu'il vous y présente. Il vous dégage des embarras du monde , du soin d'une famille , de la conduite d'un ménage , de l'application aux affaires séculières qui presque infailliblement partagent le cœur et mettent de grands obstacles à la perfection. Tant de sacrements qu'il met entre vos mains, son corps et son sang que vous pouvez prendre tous les jours ; tant de sacrifices que vous pouvez offrir : qu'est-ce que vous ne pouvez point obtenir, quand, étant à l'autel , vous tenez cette divine hostie entre vos mains? Il n'en a pas fallu davantage pour mériter le salut de tout ua monde ; n'est-ce pas un avantage incomparable de l'avoir entre vos mains pour votre propre sanctification? Tant de prières qu'il vous donne à dire tous les jours, et sans lesquelles peut-être il y aurait beaucoup de jours où vous ne penseriez pas à lui , et que vous passeriez comme un animal sans raison ; et ces prières d'autant plus efficaces qu'étant faites au nom de l'Eglise, l'Epouse bien-aimée du Fils, elles ont plus de force pour obtenir ce que vous demandez. Toutes vos fonctions qui sont toutes saintes, non-seulement parce qu'elles deaian dent la sainteté de ceux qui les exercent, mais d'autant que, par ces grâces que Dieu y a parliculicrement attachées, elles ont la vertu de rendre très-grands saints ceux qui s'y rendent fidèles. Voilà les honneurs et les prérogatives que vous avez reçus de Dieu par la prêtrise : en pouviez-vous attendre davantage, mais pouviez-vous en être moins reconnaissant que vous avez été?
Faites réflexion sur vous-même , et sur votre vie passée ; voyez le peu d'estime et le peu d'usage que vous avez fait de tant de grâces ; et vous vous étonnerez assurément de reconnaître jusqu'où a été votre ingratitude et votre aveuglement sur ce point. Confondez-vous-en devant Dieu, demandez-lui qu'il vous donne toute la reconnaissance que vous lui devez pour ce bienfait, et l'usage saint que vous en devez faire.
Troisième point. Coopération. — i" Résolvezvous de considérer dorénavant le sacerdoce noji pas comme une charge , mais comme le plus grande grâce que Dieu vous ail faite en cette vie ; et de ne laisser passer aucun jour s;uis le remercier de ce qu'il vous a honoré de cette incomparable dignité , et favorisé des grâces si spéciales qu'il a attachées à cet état.
2" Apportez tous vos soins pour faire tout le saint usage que vous pourrez de toutes ses grâces , et vous établir dans une sainteté qui réponde à la perfection de ce sublime état.
3° Surtout proposez-vous d'éviter toute sorte de péchés; car ce serait une effroyable ingratitude, après que Dieu vous a fait connaître combien vous lui avez d'obligation pour vous avoir fait prêtre, d'ibuser encore de cette grâce et de ne vous pas employer entièrement à sa gloire , et à son service. Troisième partie. — Conclusion.
i" Remerciez Dieu des grâces qu'il vous a faites en l'oraison.
2° Demandez-lui pardon des fautes que vous y avez commises.
5° Mettez-vous entre les bras de la sainte Vierge.
DocQLET SPIRITUEL. — Suscitons de terra inopem et de stercore erigens pauperem , ut coUocet eum cum principibus... populi sui... {Psal. cxu, 7, 8.) Pro Christo legatione fungimur tunquam Deo exhortante per nos. {II Cor. v, 20.)
Des bienfaits particuliers dont nous devons remercier Dieu en général.