‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 186 sur 303 · Première partie. — Préparation · texte numérisé non relu

Première partie. — Préparation

1* Adorez Dieu présent , et dites dans le fond de votre cœur, prosterné et anéanti devant cette divine majesté : Quam terribilis est locus iste! {Gen. xxvii , 17.)

2° Renoncez à vos péchés, et à vous-même,

pour vous donner à Jésus-Christ ; et dites , comme vous avez autrefois fait au baptême : Abrenuntio libi, Salana, et conjungor tibi , Ckriste, {Rituale Rom.)

5° Renoncez à votre, esprit pour faire place à celui du Fils de Dieu , et dites avec l'Eglise : Exi a vie, immunde, et da locum Spiritui sancto. (Ibid.)

Seconde partie. — Corps d'oraison.

Premier point. Adoration. — Adorez Notre-Seigneur rendant grâce à Dieu son Père pour tous les biens qu'il en reçoit, et pour tous ceux qu'il a donnés , et donnera à jamais à tous les hommes. Il n'y en a pas un qu'il n'ait sans cesse présent à l'esprit et à son cœur ; il n'y en a pas un pour lequel il ne lui témoigne de singulières reconnaissances , et il va jusqu'à ce point extraordinaire de gratitude, qu'après avoir abandonné son sang et sa vie , après s'être offert soi-même , et avoir donné tout ce qu'il a, et tout ce qu'il est -pour lui rendre grâces de ses bienfaits , il se donne encore après sa mort , et de-

RETRAITE ECCLESIASTIQUE. — SECOND JOUR

meure entre nos mains , comme hostie de louange et d'action de grâces, dans le très-adorable Sacrement de l'autel, qui est appelé pour cela Eucharistie ; afin que , d'un côté rendant à Dieu son Père, jusqu'à la fin des siècles et dans tous les moments, les remcrcîments qu'il lui doit pour tous ses biens : et de l'autre , suppléant à ce qui manque à nos reconnaissances, il puisse satisfaire à l'étendue de son zèle , et faire en sorte qu'il n'y ail aucun bienfait , non pas même le moindre , pour lequel Dieu sou Père ne reçoive de sa part et de la nôtre toutes les actions de grâces qui lui sont dues. Benedic, anima mea , Domino, et omnia quœ inlra me sunt nomini sancto ejus. [Psal. en.) Admirez cette gratitude du Fils de Dieu, et sa reconnaissance envers son Père ; bénissez-le, aimez-le, remerciez-le pour la faveur qu'il vous fait, et de vous donner un exemple si rare, et de vous mériter la grâce de le bien imiter.

Deuxième point. Communion. — Faites aujourd'hui attention aux bienfaits particuliers que vous avez reçus de Dieu ; et, après avoir considéré, dans les méditations précédentes, ceux qui sont les plus importants , examinez maintenant ceux qui le paraissent moins , et voyez comme vous en devez remercier en général : Pro omnibus semper gralias agentes Deo. [Ephes. v, ''O.)

i" Vous le devez parce qu'ils sont en si çnuid nombre, et il y en a de tant de sortes que, bien .oin •de l'en pouvoir remercier en détail , il y en a a^.ênie que vous ne connaîtrez jamais en cette vie; tant de bonnes pensées, tant de bons sentiments, tant d'inspirations secrètes, tant de reproches intérieurs, tant d'occasions de péchés écartés, tant de tentations assoupies, tant de protections singulières pour vous faire éviter une inûnité de périls, et pour vous conserver la vie et de Tâme et du corps. Misericordias Domini in ceternum cantabo [Psal. lxxxviii, 2) ; sic onerat me miser ationibus, sicconcludit, sic obruit bc" neficiis suis, ut onus aliud senlire non possim. (S. Bern.) Tous les jours vous découvrez de nouvelles obligations, il y en a mille fois plus qui vous sont inconnues : il faut donc du moins en remercier Dieu en général, ou demeurer ingrat ; choisissez, mais méditez bien auparavant ce que c'est que d'être ingrat, et pesez bien ces paroles des saints : que l'ingratitude est ennemie de la grâce et du salut ; qu'il n'y a point de vice que Dieu haïsse plus dans les Chrétiens; que c'est ce qui arrêle les miséricordes de Dieu qui découlent sur nous, qui nous empêche absolument de pouvoir faire aucun progrès dans la perfection. Peremptoria tes est ingratitudo , Iwslis gratiœ , inimica salutis. Dico ego vobis pro meo sapere : ISiliil ita displicet Deo prœsertim in filiis gratiœ, quemadmodum ingratitudo... Vias obstruet gratiœ, et ubi fuerit illa,jam gratia accessum non invenit, lo cum nonhabet. (S. Bern.)

2° Vous le devez parce que ces bienfaits particuliers, quoiqu'il y en ait quelques-uns qui ne paraissent pas si importants, il n'y en a pas un toutefois

qui soit petit : cardans les desseins de Dieu, ils vous sont tous donnés pour le salut, ils procèdent tous de l'amour immense qu'il a pour vous; et il n'y en a pas un qui ne vaille autant que la vie et le sang du Fils de Dieu, puisqu'il a donné l'un et l'autre pour vous les mériter. Appelez-vous cela de petits bienfaits? Sachez que le moindre vaut mieux que tout ce que vous pourrez rendre à Dieu par vousmême pendant toute une éternité ; donnez-lui donc au moins par justice tout ce que vous pouvez, et sa bonté suppléera certainement à tout le reste.

3" \ous le devez, parce que quand même il yen aurait de petits, Dieu veut pourtant que vous lui témoigniez votre reconnaissance, et qu'après l'avoir remercié pour les plus importants, vous le remerciez aussi pour les moindres : Vnum tanlum a nobis quœritur, tU in omnibus (jralias agamus Deo, et omnia liabebimus in abundatia. (S. Chrysost.) Félix qui ad singula doua gratiœ redit ad eiim in quo est plenitudo omnium gratiarum , cui dum nos pro acceptis non ingralos exliibemus, locum in nobis facimus gratiœ, ul majora adhuc accipere mereamur. (S. Ber.n.) Imaginez-vous donc qu'il vous dit comme à ses disciples: CcUigite quœ superaverunt fragmenta, ne pereant

ŒUVRES COMPLETES DE M. TRONSOiN. 908

Faites réflexion sur vous-même, et examinez sur ce fondement si vous n'avez pas tout sujet de craindre au sujet de vos ingratitudes passées. Combien de bienfaits oubliés, combien de méprisés, combien de rejetés, combien de profanés! Demandez à Dieu la grâce de les mieux reconnaître, et d'en mieux user à l'avenir.

Troisième point. Coopération. — 1° Pensez souvent, et avec reconnaissance, aux bienfaits que vous avez reçus depuis que vous êtes au monde : c'est la première résolution de saint Augustin : Recolam ad men~ tem meam omnia bona quœ fecisti milii in emni vita mea. Scia namque quod ingratitudo multum tibi displicet , quœ est radix totius mali spiritualis; et ego. Domine, gratias tibi agam, ne sim ingratus tibi. (S. AuG., SoUL, c. 18.)

2" Résolvez-vous aussi de remercier Dieu tous les jours, et particulièrement pour tous les bienfaits qui vous sont inconnus, comme vous le priez dans votre office pour tous les péchés que vous ne connaissez pas.

3" Résolvez-vous avec le même saint, non-seuleraent de le remercier de ses bienfaits, mais encore de reconnaître dignement toutes ses bontés, de vous consacrer tout à son amour, et de ne vivre plus que

{Joan. VI, 12), c'est-à-dire selon l'explication des pour lui : Quid tibi relribuere possumus pro tantis be-

saints : Considéra quœ tibi apponuntur, ut nulla vi-

delicet Dci dona débita gratiarum actione frustren-

tur, non grandia, non mediocria, non pusilla : dcni-

que jubemur coUigere fragmenta ne pereant ; nun-

quid enim non périt quod donatur ingrato. (S. Bern.)

4° Quand même Dieu ne vous demanderait pas cette reconnaissance vous devriez vous y rendre fidèle, pour ne pas laisser perdre ses dons, qui périssent dans une âme ingrate, et se corrompent à son propre dommage : Non solum périt quod donetur ingrato, sed et vertilur in ejus perniciem. (S. Bern.)

5" Si vous manquiez à l'en remercier, vous ne laisseriez pas seulement perdre les grâces passées, mais vous vous mettriez en état de n'en pas recevoir de nouvelles. Car comme la gratitude fait que .''àme reporte à Dieu les grâces qu'elle a reçues, afin qu'elles redescendent en elle, et reprennent le môme cours! Ad mare, unde exeunt, flumina gratiarum revertu7itur ul iterum fluant : aussi l'ingratitude arrête cette correspondance perpétuelle qui se fait ♦~ntre Dieu ell'àme, et en rompt malheureusement le cours : Cessât enim gratiarum decursus, ubi recursus non fuerit... Plane petitioni negat effectum quod invenimur ingrati et forte hoc clementia esse videtur ingratis negare quod postulant, ne conlingat nobis, ut tantogravius deingralitudincjudicemur, quanto magis accumulatis beneficiis ingrati probabimur exstitissc. Ergo misericordia res est in liac parte subtrahere misericordiamquemadmodum irœ cl indignationis misericordiam exhibereeamsane de qua dicitur : Miscrcamur impio, et non discctjuslitiam. Omnino sola nos a profectu conversionis impedit ingratitudo nostra, dum quodam modo amismmreputansdatorquodingratns acccpit, cavet sibi decœtero, nctanto plura amilteret qnanlo plura conferret ingrato.

neficiis misericordiœ tuœ? Diligam te. Domine, virtus mea, diligam te, et vivam jam non milii, sed tibi. (S. AuG.)

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