Première partie. — Préparation
i" Mettez-vous en la présence de Dieu par un actrt de foi et d'adoration.
2° Comme vous êtes indigne de paraître devant Dieu par vous-même, anéantissez-vous en sa présence, et priez Notre-Seigneur de vous présenter à son Père.
3» Comme vous êtes aussi incapable par vousracme de bien faire oraison, renoncez à votre esprit, et donnez-vous à celui de Notre-Seigneur.
Seconde partie. — Corps d'oraison. Premier point. Adoration. — Adorez Notre-Sei gneur se retirant au désert après son baptême, et y demeurant pendant l'espace de quarante jours dans des gémissements continuels. Comme il s'était chargé de vos péchés aussi bien que des péchés de tout le monde, il n'en eut pas plutôt fait la confession et la déclaration publique au Jourdain, que le Sainl-Espril le pousse dans cette solitude pour pleurer sans in-
ternipîion i(>s pochés qu'il avait pris sur soi, et pour porter toute l'amertume et toute la désolation que la douleur et la crainte peuvent opérer dans un cœur : Ecce elongavi fugiens, et mansi in solitudîne. (Psal. Liv, 8.) Fuerunt mihïlacrymœmeœ panes die acnocte. {Psal. xLi, 4.) C'est là où il était pleurant et le jour et la nuit, et où demeurant en jeûne, en veilles et en souffrances, il donnait toutes les marques extérieures de la contrition parfaite. Bénissez le Fils de Dieu fondant dans ce mystère la grâce d'une bonne contrition. Admirez-le dans ce regret inconcevable et cette douleur immense du péché qu'il a ressentie en son cœur, non-seulement en ce mystère, mais qu'il a commencé d'avoir dès le premier moment de sa conception, qui a continué pendant toute sa vie, et qui continue encore dans le ciel, et dans le saint Sacrement. Remerciez-le d'avoir voulu porter cette pénitence intérieure, et de vous avoir par là mérité la grâce d'un parfait regret de vos péchés.
Deuxième point. Communion. — Pour entrer en participation de la contrition du Fils de Dieu, et pour avoir une véritable douleur du péché, méditez bien sur trois motifs qui vous feront connaître combien vous devez travailler avec soin pour obtenir de Dieu cette grâce.
Le premier motif est que la contrition vous est si nécessaire, que sans elle vous ne sauriez jamais vous convertir à Dieu parfaitement, ni même avoir jamais la rémission du moindre de vos péchés. Car, comme le péché est entré avec un mauvais plaisir dans votre cœur, il n'en sortira jamais que quand vous en aurez conçu une sainte douleur; et c'est .'ouvrage de la seule contrition. D'où vient que les autres parties de la pénitence se peuvent bien quelquefois suppléer, mais celle-ci jamais; car sans elle le péché n'a jamais été pardonné, et ne le sera jamais : tant de mortifications, tant de jeûnes, tant d'oraisons que vous voudrez ; que tous les saints du ciel et de la terre se mettent en prière pour demander à Dieu votre conversion, jamais ils n'obliendront la rémission d'un seul de vos péchés, si vous n'en avez la douleur.
Le second motif, c'est que la contrition, quand elle est parfaite, nous procure des avantages que nous ne prouvons pas dans les autres remèdes. Car elle nous guérit de tout péché. Pesez bien comme les autres remèdes sont ordinairement fort bornés dans leur activité, et cpiclquc roconimaudables qu'ils soient pour leur excellence, ils sont toujours limités dans leur opérati(m, aussi bien que dans leur vertu, et cm voit que chacun a ses effets déterminés : mais, dans la contrition, nous trouvons im remède universel à tous nos péchés, qu'ils soient petits, qu'ils soient grands, qu'il y en ait peu ou qu'il y en ait beaucoup, qu'ils soient invétérés ou qti'ils ne le soient pas, elle les guérit également. De |)lus, elle les giuirit toujours, c'esl-à-din; qu'elle ne man(|ue jamais s(m effet. Quelipie excellent (jue soit un remède, on ne pcîut pas toujours assurer quel en sera l'eflct ; car il y a
ES DE M. TROINSON.
deux choses qui en peuvent arrêter la vertu : la première, lorsque la maladie est si grande ou tellement invétérée qu'elle est plus forte que le remède ; la seconde, lorsque le remède est plus fort que la maladie, mais le malade est si faible, qu'il n'est plus en état d'en supporter l'effet. Or, ces deux obstacles ne peuvent se rencontrer à l'égard dr; la contrition : ni la violence du mal, ni la faiblesse du malade ne peuvent en arrêter l'effet : Nec vitœ enormitas etquanlitas criminis, nec liurœ extremitas excluait a venia. La violence du mal ne le peut, pas, car quelque grand que soit le péché, la grâce •^t le sang de Dieu, qui opèrent dans un cœur abattu, brisé e humilié par la contrition, est un remède plus puissant que tous les maux. Pour la faiblesse du malade, quand il serait aux portes de la mort, quand il n'aurait plus qu'un moment de vie, quand son âme prête de sortir serait déjà, pour ainsi dire, sur le bord de ses lèvres: Etiam cum anima feslinat ad exitum, et egrediens ad labia exspirantis emerserit, pœnitentiam cletnentissimi Dei benignitas non aspernalur. (S. Cv» PRi.vN.) Qu'il prenne ce remède, eliam animam ef~ flans, dit saint Chrysostome, il aura toujours son effet ; il est d'une nature qu'on ne le prend jamais trop , tard, pourvu qu'on le prenne : Nunqtiam sérum est quod verum est. Enfin la contrition parfaite guérit non-seulement de tous maux, et toujours, mais en un instant. Oh ! si la médecine pouvait donner de ces remèdes, qu'on serait empressé à s'en servir ! Souvent la longueur des remèdes est plus ennuyeuse, plus fâcheuse et plus dillicile à souffrir que le mal même : mais pour celui-ci, il guérit au môme moment qu'on le prend : In quacunque hora ingemneril pec" cator, omnium iniquilatum ejus nonrecordabor .[Ezech. xviii, 22.) Apud Deum nullas patitur veniœ moras vera conversio. (S. Léo.)
Le troisième motif, c'est que la contrition est si rare que la plupart tôt ou tard y sont trompés, et np l'ont point, quand dsse rimaginent;car la douleur du péché, pour être véritable môme dans la contrition imparfaite, doit avoir plusieurs qualités. Elle doit être intérieure , c'est-à-dire qu'elle doit être dans le cœur , car, puisque c'est la partie où est rulccre, c'est elle aussi qui doit être entamée par la douleur: Qiiemadmodum ferro tumida ulcéra secantur, ila cor' da quasi scalpello contritionis adliibito inciduntur, ut peccati mortifcrum virus qneanteliccre. [Catecli. liom.) C'est pourquoi elle est appelée par les saints scissio cordis, conformément à ce que dit le prophète : Scinditc corda vesirn et uonvestimenta vestra. {Joël. II, 15.) Or la pliq>arl se contentent d'une douleur ([iii n'est (pie dans la pensée el rimaginaticm, ou qui n'est que dans le s«"nlinient de la partie inférieure, (jue l'on témoignera par des soupirs, des sanglots et des larmes. Elle doit être surnaturelle, et dans son principe, qui doit être le Saint-Esprit l'opérant en nous : Spiriins saucti impulsunt, non ddliuc quidcm inliabilantis sfd moventis.... {Conc.Trid.); el dans son motif qui doit venir de la foi. Or, si on n'y prend
RETRAITE ECCLESIASTIQUE. — QUATRIEME JOUR
ganlc, on se conteatc de motifs naturels, comme de respect humain, de crainte d'être diffamé, d'appréhension des châtiments de cette vie. Elle doit être souveraine, c'est-à-dire qu'elle nous doit faire détester le péché par-dessus tout mal, en sorte que nous soyons en disposition de choisir plutôt toute sorte de maux que le péché. Oh ! combien de personnes qui n'ont jamais été dans cette disposition ! Enfin , elle doit être universelle, c'est-à-dire qu'elle doit nous faire détester tous les péchés, au moins mortels, dont nous sommes coupables, autrement elle est fausse. i\t' si ^«(rda m tantitm dolcamus, ficta et simulata neqite salutaris pœnitentia a nobis suscipiatur. JN'flHi et a sancto Jacobo dictum est (Jac. n, 10) : Qukunque totatu legem servaverit, ojfendit autem in uno, factus est onmium reus. {Catecli. Rom.) Après avoir examiné combien peu de personnes ont une douleur de leurs péchés, qui ait ces quatre conditions, concluez que la véritable contrition est bien rare.
Faites maintenant réilexion sur vous-même, et examinant le peu de sentiment que vous avez eu en votre vie passée d'avoir offensé Dieu, avouez que vous avez sujet de craindre d'avoir souvent manqué, même dan? vos confessions, d'une véritable contrition. Demandez-en pardon à Dieu dès à présent; confondez-vous en sa présence, désirez beaucoup d'avoir un véritable regret de vos péchés. Demandez à Dieu un cœur contrit, et la grâce de cette parfaite contrition qui a sanctifié le cœur d'un saint Pierre, d'un saint Paul, d'une sainte Madeleine , d'une sainte Marie Egyptienne, d'un saint Augustin : Dfl, Domine Deus meus, cordi tneo pœnitentiam, spirituiconlritionem, oculis lacnjmarum fontem. (S. AtG.) Employez auprès de Notre-Seigneur les intercessions de ces illustres pénitents, et, vous unissant à l'Esprit du Fils de Dieu pénitent en eux, tâchez de produire un acte de contrition.
Troisième POINT» Coopération. — 1° Résolvez-vous de vous entretenir souvent des bontés de Dieu et des différents motifs que vous avez de l'aimer ; par ce moyen vous établirez l'amour de Dieu dans votre cœur, et vous n'aurez plus de peine à faire ensuite des ictes de contrition : car on déteste aisément ce qui déplaît à la personne que l'on aime.
2° Accoutumez-vous aussi, quand vous faites votre examen, ou que vous songez à vos péchés, de rappeler en votre pensée non pas seulement les peines éternelles que Dieu leur prépare, mais la bonté de Dieu qu'ils offensent, et excitez-vous à les détester dans cette vue.
3° Résolvez-vous de ne vous' approcher jamais du prêtre, pour vous confesser, qu'auparavant vous n'ayez pris quelque temps pour vous exciter à la contrition, et pour réparer toutes les fautes que vous auriez faites sur ceci en votre vie passée ; résolvezvous de faire une bonne confession générale qui puisse suppléer au défaut do toutes les autres.