Première partie. — Préparation
{' Mettez- .oirè en la présence de Dieu par un actt de foi et d'adorati(m.
2" Reconnaissez-vous indigue de paraître devan* Dieu, et, à cette vue de votre indignité, faites un acte de contrition, et donnez-vous à Jésus-Christ.
5° Reconnaissez aussi que vous êtes incapable de bien faire oraison par vous-même, et ainsi rouonce? à votre |)r()pre esprit, et iiiviMiue/. le Saiut-Espril. afin qu'il vous dirij^c en l'oraison.
lŒTKAlTK ECCLESIASTIQUE. - QLIAÏKIEME JOUK.
Seconde partie. — Corps d'oraison.
Premier point. Adoration. — Adorez Notrc-Seiçneur Jésus-Christ dans le fond de votre àme , qui , après vous avoir retiré du péché, après vous en avoir donné des sentiments de regret et de douleur, après vous avoir averti amoureusement de n'y plus retourner : Vade et noli amplius peccarc {Joan. viii, 11) , vous donne encore à présent cet avis important, pour bien garder vos résolutions, qui est de fuii toutes les occasions (jui pourraient vous engager de nouveau dans le péché, et vous faire retourner dans vos premiers égarements. Ecoutez bien ce qu'il vous dit à présent dans le plus intime de votre cœur : Si scandalizaverit te mauus tua , abscide illam ; si pes tuus... amputa illum , etc. Bonum est tibi debHem tel claudum introirc in vitam , quam dua» nianus habentem miiti in yehennam ignis inexstimjuibilis. (Marc, ix, 42.) Et vous remarquerez que ce que le Saint-Esprit a avancé autrefois par le Sage , touchant l'occasion du péché , c'est le même avis qu'il vous a donné mille fois eu votre vie , et doLJ il veut encore à présent vous convaincre plus fortement : Fuge ab ea, ne transeas per illam , </«clina , et desere eam , etc. (Prov. iv, 15.) Longe fac ab ea viam tuam , et ne appropinques foribus domus tjus, etc. [Prov. V, 8.) Qui amal periculum, peribit in illo. (Eccli. m, 27.) N'entendez-vous point qu'il vous en avertit au fond de voire cœur? Remerciez-le de ce bon avis , et rendez-lui les autres devoirs que mérite une si grande bonté.
Deuxième point. Communion. —L'avis que Notre- Seigneur vous donne d'éviter l'occasion du péché, à cause du péril qui s'y rencontre, doit suffire à une àme qui a la foi, et il ne lui faut point d'autre preuve pour lui faire connaître le danger de ces occasions que l'infallibiliie de sa divine parole, fondée sur sa vérité même. Vous pouvez néanmoins, sans en chercher des preuves, aider votre foi par trois réflexions qui vous développeront cette vérité : Qui aniat periculum, peribit >n illo; et vous faisant connaître que de s'engager volontairement dans l'occasion du péché, sans offenser Dieu, c'est un miracle, elles vous découvriront en même temps jusqu'où va le péril qui se rencontre dans de telles occasions et par conséquent combien vous les devez fuir et redouter.
La première réflexion se tire des comparaisons de l'Ecriture sainte et des saints Pères, qui disent que de s'exposer volontairement dans l'occasion du péché , c'est s'exposer à marcher sur des charbons ardents sans se brûler: Nunquid potest ambulare super prunas ut non comburantur planlœ ejus {Prov. vi, 28) ; à toucher de la poix sans se salir les mains : Qui tangit picem inquinabitur ab ea {Eccli. xiii, 1) ; à être environné de flammes sans en être offensé : Impossibile est flammis circumdari, nec ardere (S. Cypr.) ; demeurer proche d'un serpent sans en être piqué : Juxta serpentemposHus, non eris diu illœsus (S. Isid.); avaler du poison sans en être étouffé : Difficile quis venenum bibet . et vivet. (S. Cypr.) Concevez bien la
difficulté de toutes ces choses, et dites ensuite avec les saints qu'il n'est pas moins difficile que quelqu'un se tienne dans l'occasion du péché sans qu'il se perde : Qui amàl- periculum, peribit in illo. {Eccli.
ni, 27.)
La seconac réflexion est que vous avez assez de peine à vous tenir ferme lorsque vous êtes hors des occasions, et votre faiblesse est si grande, que vous tombez souvent dans le péché, quoiqu'il n'y ait rien au dehors qui vous pousse ; dans l'éloigncment du monde ^ l'écart , dans le secret de votre chambre ■jème-, dans les lieux et les conversations qui portent à Diieu , vous avez peine à vous maintenir : comment donc le feriez-vous dans l'occasion ? Vous tombez quand personne ne vous touche , et vous croyez pouvoir vous soutenir quand vous serez poussé : n'est-ce pas une tromperie toute manifeste ! De plus, dans les occasions, la convoitise se ralhmie , et comment y résisterez-vous alors , puisqu'elle vous ébranle si fort dans le temps qu'elle es presque amortie, et tout à fait éteinte? Mais surtout votre expérience passée vous donne bien sujet de craindre pour l'avenir : combien de fois avezvous offensé Dieu , et avez-vous quitté vos bonnes résolutions pour vous être engagé témérairement dans les occasions? Quoi qu'il en soit du passé, vous n'êtes pas plus sage que Salomon , ni plus saint que David, ni plus fort que Samson, qui tous ont grièvement offensé Dieu , pour s'être exposés dans l'occasion. Que ces exemples des saints, aussi bien que leurs comparaisons, vous fassent donc fuir, comme le serpent, toutes les occasions du péché, et vous les fassent craindre plus que la mort.
Troisième réflexion. — Lorsque vous vous exposez sans nécessité dans quehiue occasion de péché , ou vous croyez qu'il y a sujet de craindre pour vous, ou vous ne le croyez pas : si vous ne le croyez pas, vous êtes dans un aveuglement étrange, ne croyant pas ce que dit l'Ecriture, qu'il y a !»:jc; de craindre dans l'occasion du péché ; si vo ^s le croyez , il faut que vous négligiez bien votre salut , ou que vous ayez bien bonne opinion de vous-même, pour vous exposer de la sorte ; ei c'est une superbe et une témérité insupportable qui fera que Dieu vous retirant sa grâce et vous laissant à vous-même, vous tomberez infailliblement dans le péché, si vous n'en évitez l'occasion. Ordine suo, non nostro arbitrio virtus sancli Spiritus ministratur, et secundum inslitulum ejus prœlia prosperanlur. Nunquid nisi prœcipitatus exercitus cecidit , qui avidus fortiier facere ducis vel imperatoris sui dispositioiies irrupit? mullo magis perperam erogat forlitudinem qui sine armis doctrinœ magisfri spiritus prœsumpserit triumpliare, cum dicat : Vœ qui pet p'œsumplionem suam aliquid faciunt non per Deum. (S. Cypri.vn., De sing. cleric.) Appuyez bien sur cette dernière vcrilé , et pesez en même temps les paroles suivantes qui sont encore de saint Cyprien , ([ui vous l'expliciueront
et vous les trouverez, je pense, bien puissantes pour vous faire craindre toute votre vie , et éviter toute sorte d'occasions de péché. Ita nobis spirihialis fortitudo collala est, ut providos, non ut prœcipites tueutur : vJ. illos muniat qui renuntiant importunîtatibus deliclorum , non eos qui se magis importunis deliciis immergunt. Custos nobis datus est Spiritiis, sed ut contraria declinantibus assistendo subveniat , non ut contraria eligentibus foveat: nec ut voluntarios et pronos in adversa confortel, sed ut ab adversis nîtentes separari confirmct. ISam quicunque perniciosis conatibus audei exercere virtutem, juvamen non habet Spiritus sancti , qui neminem vult ultroneum virum ad fraiidulentas victorias coarctari, nec protegit eum: quinimu sed deserit quem periculis irruentem per illicitos eventus exquirerc triumphos agnoverit, sicut ipse locutus est : j Qui amat periculum in illo peribit. » (Eccli. m, 27.) Faites maintenant réflexion sur vousmême , et voyez f'omme vous avez été peu soigneux en votre vie passée d'éviter les occasions de péché ; quel sujet n'avez-vous point de craindre que Dieu ne vous délaisse , si vous ne les fuyez à l'avenir avec plus de fidélité! et demandez pardon pour toutes celles où vous vous êtes si souvent exposé ; confondez-vous de vous voir encore si faible sur ce sujet. Désirez d'accomplir ce que Notre-Seigncur vous ordonne : si votre œil vous est occasion de péché, arrachez-le : si. votre pied vous scandalise, coupcz-le, etc. Hélas! il vaut bien mieux aller en paradis avec un œil ou un pied, qu'avec tous les deux en enfer. Demandez à Dieu la grâce et la force pour pouvoir vous readre fidèle à ces pratiques et aux résolutions particulières que vous allez prendre sur ce sujet.
Troisièsie point. Coopération. — i° Résolvezvous de fuir toutes les personnes, toutes les conversations, tous les lieux, en un mot, toutes les occasions qui vous ont autrefois porté au péché; car, quoique vous vous imaginiez être plus fort à présent, soyez assuré qu'il y a toujours beaucoup à craindre pour vous ; Amant enim et desidcria sopita reviviscere.
2° Ne vous contentez pas d'éviter ce qui vous a autrefois porté au péché, mais prévoyez encore à l'avenir tout ce qui pourrait vous en être occasion : car c'est là la marque d'une véritable pénitence : Quia non satis cecidisse pigct homincm, qui nianere disponit in lubrico ; sit verœ compunctionis judicium opportunitatis fuga, subtractio occasionis. (S. Bern.)
3° Pour bien reconnaître ce qui vous pourrait être à l'avenir occasion de p/'ohé, voyez ce qui vous est on sujet plus ordinaire de tentation; car c'est cela que vous devez le plus craindre , et éviter avec le plus de soin.
TnojsiLsiE PARTIE. — Conclusion.
1" Remerciez Dieu des grâces (|u'il vous a faites.
2° Demandez pardon de vos fautes.
5" Remettez le tout entre les mains de la trèssainte Vierge.
Bouquet spirituel. — Qui amat periculum, peribit in illo. (Eccli. \u, 27.) Si qua est in vobis et fiduda virium spirituatium, quid spiritales deceat recordamini... Non est quod vobls inliac persuasione deceptoria blandiamini, ut quia spirituales sstis, velitis inter armamenta flagîliorum versari. (S. Cypr.)