Première partie. — Préparation
1° Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration.
2» Avouez que vous êtes indigne de paraître devant Dieu, et dans cet aveu renoncez à vos péchés par un acte de contrition, et unissez-vous à Noire- Seigneur par un acte de désir ou d'amour.
3° Reconnaissez votre incapacité à bien faire oraison, et, pour cet effet, renoncez à votre propre esprit, et donnez-vous au Saint-Esprit, afin qu'il vous conduise en l'oraison.
Seconde partie. — Corps d'oraison.
Premier point. Adoration. — Adorez Dieu dans sa justice, prononçant l'arrêt de mort contre tous les hommes en punition de leur péché : 3Iorte morieris {Gen. ii, 17), dit-il au premier homme, et en sa personne à toute sa postérité. Adorez Jésus-Christ acceptant volontairement cette peine, et s'y soumettant avec amour; c'est ce qu'il fait dès le premier instant qu'il vient au monde, il s'offre à Dieu son Père pour mourir comme sa victime ; et cette pensée lui demeure tellement présente le reste de sa vie, qu'il n'y a pas un moment qu'il ne pense à sa mort. Il s'en entretient souvent avec ses disciples ; pendant qu'il travaille à leur instruction, et à la conversion des âmes dans toute la Judée, son esprit demeure toujours arrêté sur la croix dans la vue de cette dernière heure ; et la gloire même du Thabor, non plus que les ignominies du calvaire, ne peuvent l'empêcher de s'occuper incessamment de ce dernier moment qui doit finir sa vie. 0 le bel exemple pour vous faire souvent penser à la mort, en quelque état que vous soyez ! Adorez, louez, bénissez, remerciez, aimez la bonté de celui qui vous le donne.
Deuxième point. Communion. — Pour vous convaincre de l'obligation <[ue vous avez de penser à la mort, mais d'y penser souvent, et d'y penser pour vous y préparer de bonne heure, arrêtez-vous aux (juatre considérations suivantes.
1« Considérez (jue la mort est certaine, c'est-àdire qu'il faut mourir nécessairement : l'arrêt en est irrévocable. Grands, princes, rois, empereurs, l)apcs, il faut mourir, il n'y a point de dispense ; plusieurs ont vécu au delà de leur espérance, plusieurs ont vécu autrefois des siècles entiers , quel- (lues-uns, comme le rapporte l'Ecriture sainte, ont été jusfiu'à huit et neuf cents ans et davantage. Mais
KhlKAI'lb ECCLESIASTIQUE. — CINQUIEME JOUR.
enfin, après cette longue vie, elle ajoiile : El mortuus est, appositusque est ad patres snos {.ici, xiii, 31)): pas un n'en est jamais exempté, pas un ne le sera jamais : Statuium est omuibns liombiihus sriuel viori. {Ilebr. ix, 27.) Songez donc bien qu'infaillililement, nécessairement, inévitablement vous mourrez à votre tour ; et que quelque jeune que vous soyez, quelque santé que vous ayez, quoique force que vous vous sentiez, un jour viendra que votre àme se séparera de votre corps ; un jour viendra que, vous étant levé le matin, vous n'arriverez pas au soir ; et que, vous étant couché le soir, vous ne verrez pas le matin. Un jour viendra, et vous ne savez pas quand, si ce sera aujourd'hui ou demain, que vous-même qui lisez maintenant ceci dans une pleine sanlé de vos membres et de vos sens, et qui mesurez les jours de votre vie selon vos désirs et vos allaires, l'on vous verra sur un lit, le cierge en main, en attendant le coup de la mort, et l'exécution de l'arrêt prononcé contre tous les hommes. C'est une nécessité : ne vaut-il pas bien mieux y penser de bonne heure , et se disposer par amour à ce que nous serons obligés de l'aire par nécessité.
Seconde considération. — La mort, qui est si certaine par elle-même, est néanmoins très-incertaine : Certum est quia moricris, sed inccrtiim quando, quomodo vel ubi. 1° Quant au temps : autant qu'il est certain que vous mourrez, autant est-il incertain quel sera ce temps et cette heure : peut - être sera-ce l'année prochaine, peut-être sera-ce celle-ci, peutêtre le mois prochain, peut-être celui-ci, peut-être cette semaine, dès aujourd'hui , peut-être même avant que vous ayez achevé cette méditation : tout cela est entièrement incertain ; 2» quant au lieu : sera-ce ici ou ailleurs ; à la ville ou à la campagne ; dans votre lit, dans un lieu oii vous aurez du secours, ou dans un autre où vous serez sans aucune assistance, et où vous n'aurez pas même un prêtre qui vous confesse, et qui vous donne les derniers sacrements? Sœpe gravidœ muliercs inler eundum et ludendum, dum balneis, dum spectaculis oblectantur, repentinis torquentur doloribus : et nos in liac vitœ conditione versamur ; simus ergo semper parati (S. Chrysost.) ; 3° quant àla manière : sera-ce de mort naturelle, ou violente ; de fièvre, d'apoplexie ou de quelque accident qui vous surprenne : Importuna mors mille modis quotidie miseros liomines inopinate rapit : hune necal febribus, illum opprimit doloribus : hune consumit famés, illum sitis exstinguit... Hune trucidât ferro, illum veneno corrumpit ; allerum lantum repentino terrore miseram vitam finire compellit. (S. Alg., Soliloq.) Mais, ce qui est de plus terrible, sera-ce en état de grâce, ou de péché ? 0 qu'heureux est celui qui, ayant souvent songé à la
posuit inccrtum cxitum rioslrum, ut continue vigilcmus et puduemus. (S. Chrysost.)
Troisième considération. — La mort surprend toujours. Quant à l'heure : vous y serez surpris comme les autres, et elle arrivera dans le temps que vous ne croyez pas, car c'est un article de foi que la mort vient comme un voleur. Sicut [nr in nocte îta vcnict (/ Thcss. v, 2) , qua hora non putatis fdius hominis veniet {Luc. xn, -40) ; c'est-à-dire dans le temps qu'on n'y pense pas et qu'on y pense le moins V quand on croit être le plus sain, quand on se promet une longue vie, quand on dispose plus hardiment de l'avenir. Quant auxalfaires : on se persuade toujours qu'on aura le loisir d'achever encore , de mettre ordre à telle et telle, de réussir dans telle et telle occasion. Quant à la pénitence : on y est surpris, en ce que l'on croit toujours avoir pour la faire plus de temps qu'on n'en aura. On sera surpris de trouver dans ce moment tout une autre dilficulté à faire pénitence, qu'on ne se l'était imaginé pendant la vie; on sera surpris de voir que la plupart des pénitences qu'on a faites sont fausses et damnablcs. Cela ne demande-t-il pas qu'on y pense et qu'on s'y préparc, mais de bonne heure ? Exhortatur 7ws scrmo divinvs ut curramiis, dum lucem habcmus, priusquam nos tencbrœ comprehendant... Paratosnos inveniat extrema nécessitas, qnœ semper prœvenit imparatos. Certam nobis imponat sollicitudinem incerta conditio ; quotidianus sit illius pericuii melus et cujub ncscitur incursus. (S. ECCHER.)
La quatrième considération, et qui est la plus puissante pour vous obliger à vous bien préparer à la mort, et vous y faire penser toute la vie, c'est que la mort est unique : Statutum est omnibus hominibus semel mort. {Hebr. ix, 27.) Si l'on mourait deux fois, l'on pourrait hasarder la première : mais on ne meurt qu'une fois, et par conséquent si l'on meurt mal, il n'y a plus de remède, c'est fait de votre âme et de vous pour l'éternité, c'est-à-dire de ce moment dépend votre bonheur ou malheur éternel ; Ubi ceciderit arbor, ibi erit. {Eccle. xi, 3.) Le temps de cette vie est le seul qui vous est donné pour mériter el démériter. Ainsi à l'heure de la mort, si vous êtes trouvé en état de grâce, vous serez à jamais bienheureux ; si, au contraire, vous êtes trouvé en état de péché, vous serez à jamais malheureux.
Faites réflexion sur vous-même, et admirez votre stupidité, d'avoir si peu pensé à la mort, et d'avoir fait même tout votre possible pour en rejeter les pensées, comme trop ennuyeuses et importunes; étonnez-vous de votre aveuglement, d'avoir même vécu comme si vous étiez inmiortel ; et de la patience de Dieu, de ne vous avoir point fait mourir pendant que vous viviez si mal. Confondez-vous à la vue de votre folie, de voir mourir tant de personnes subitement et sans préparation, sans songer à vous y
mort, et s'y étant préparé de bonne heure, ne se préparer vous-même. Détestez votre négligence à trouve plus en état d'être troublé par ces incertitu- vous disposer à une bonne mort, faisant un ferme des! y os esse vult Dominus parûtes; propiercaque propos de vous en iuncuder, et regrettant le temps.
mal employé. Demandez à Dieu la grâce de bien penser à la mort, et de vous y préparer tous les jours de votre vie. Vis non timere diem occuUum? inveniat te paratum. (S. Alg.)
Troisième point. Coopération. — !<> Résolvezvous défaire maintenant ce que vous voudriez avoir fait à l'heure de la mort : par exemple, rompez telle et telle attache, quittez tel et tel vice, et pratiquez telle et telle vertu : Quid faciès , respice morlem.
(S. HiEROX.)
2" Résolvez-vous de prendre tous les moyens de bien mourir, qui sont de penser souvent à la mort : Niliil œque tibi proficit ad lemperantiam omnium rerum, quam cogitatio brevis cevi, et hiijus incerti. (Id., AdHetiod.) Et dans cette pensée, de bien vivre et de persévérer jusqu'à la fln de la vie dans la pratique des bonnes œuvres, dans les exercices de la pénitence, dans la fréquentation des sacremenls. Surtout lâchez de considérer tous les jours comme devant être les derniers de votre vie , et faire toutes vos actions avec le même soin et la même perfection que si vous deviez mourir en les faisant, ou aussitôt après les avoir faites. Car c'est pour cela, dit saint Augustin, que Dieu nous a voulu tacher la dernière heure; et soyez dans les mêmes (Sspositions que ce solitaire à qui on demandait ce à quoi il pouvait s'occuper toute la journée dans sa cellule : Dtco mihi, répondit-il, sic eslo liodie peregrinus , craslino liberandus. Hoc mihi quotidie consulo.
3° Résolvez-vous d'ôter tout ce qui pourrait empêcher l'exécution de ces résolutions, comme serait l'espérance de vivre longtemps, et d'attendre à faire pénitence à l'heure de la mort; et pour cela pensez souvent que, comme dit saint Augustin, il est bien difficile que celui-là meure bien qui a mal vécu , et ajue la pénitence qui se fait à la mort est ordinairement trompeuse et nulle : ISon potest maie mort qui bcne vixerit ; etvix bene moriturqui maie vixit...Sero parantur remédia, cum mortis periculum imminet. (S. Alg., De discip.)