‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 211 sur 303 · S. EUCHER · texte numérisé non relu

S. EUCHER

La troisième source de celte rigueur du Fils de Dieu au jugement, est que pour lors il viendra particulièrement pour les intérêts de son Père outragé par les péchés des hommes. Ainsi, il n'aura plus en vue les intérêts de l'homme, il n'aura plus de compassion de ses misères, il n'aura plus égard à ses faiblesses; mais, dans la seule vue de faire justice à Dieu offensé, il s'armera tellement de fureur et de vengeance que les saints même en trembleront, le voyant en cet état ; les puissances du ciel en seront émues, et les misérables pécheurs, accablés sous le poids de sa justice, éprouveront d'une manière étrange combien cette parole de saint Paul est véritable, que c'est une chose horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant. {Hebr. x, 31.)

La seconde chose qui rend le jugement terrible, et qui sert aussi à nous faire connaître la rigueur étrange de notre Juge, est la qualité du compte qu'il nous obligera de rendre, et l'examen qu'il fera de toute notre vie ; car il nous demandera un compte rigoureux de tout ce qu'il nous a donné, et de ce que nous en avons fait, en qualité d'hommes, en qualité de Chrétiens, en qualité de prêtres. Comme hom- •ties, il nous demandera compte de notre corps et de notre âme, de l'usage que nous avons fait des puissances et facultés, et de l'un et de l'autre, aussi bien que de l'usage de tous les autres biens naturels qu'il nous avait donnés pour sa gloire. Comme Chrétiens, il nous demandera compte de toutes les promesses que nous lui avons faites dans le baptême, et des grâces qu'il nous y avait communiquées en abondance, de la fidélité que nous y avons apportée ; mais surtout il nous demandera compte de cette grâce signalée qu'il nous y avait faite, de se donner lui-même à nous. Car si nous serons obligés de renire compte'd'une seule parole inutile, combien plus, dit saint Basile, de la parole éternelle, et du Verbe divin qui aura été inutile dans notre cœur? Si de verbo olioso reddes rationem, quanta mayis de otiositate Verbi divini. Nous serons examinés comme prêtres : en cette qualité, outre que nous sommes obligés d'avoiV une sainteté extraordinaire, et qui surpasse le commun, dont il faudra rendre compte, on nous interrogera encore sur le service que nous aurons rendu à l'Eglise, car c'est à quoi le prêtre est obligé par son état. Or, si chacun est obligé de rendre un compte si rigoureux de ce qu'il a fait dans son corps, combien plus, dit saint Bernard, serat-on obligé de le rendre, touchant ce qu'on aura fait dans le corps du Fils de Dieu? Méditez bien ces trois qualités et l'étendue de leurs obligations sur lesquelles vous serez examiné, et par là vous verrez k sujet que vous avez de craindre, surtout si vous faites attention aux circonstances qui accompagneront cet examen. Car il sera universel, c'cst-à-dirc qu'il fau-

dra rendre compte de toutle malque vousavez fait, de tout le bien que vous n'avez'pointfait et que vous deviez faire, de tout le bien même que vousavez fait, mais que vousn'avez point fait comme vous deviez. Il sera étrangement exact, on n'épargnera pas la moindre action, pas la moindre parole, pas la moindre pensée, pasla moindre intention : Notre-Seigneur, par sa lumière divine et pénétrante, ira fouiller jusqu'au fond de votre cœur, et ne laissera pas le moindre repli, qu'il n'examine dans la dernière rigueur. Enfin il sera public. Cette divine lumière mettra tout en évidence, et tout le monde verra nettement, clai rement et distinctement ces ordures de votre jeunesse, dont vous porterez encore les marques et les caractères ; les crimes honteux dont vous n'avez osé vous confesser, ces actions de ténèbres qui n'ont jamais osé paraître au jour, en un mot vos parents, vos proches, vos amis, et généralement tout le monde, verront tous les désordres de votre vie, et ce que vous avez tant appréhendé de faire connaître ; et on dira: Voyez-vous un tel? il a fait tel et tel péché. Ah ! quelle honte et quelle confusion ! qui pourra la soutenir? Quid faciel cum fœdis vnlnerum signis easlis angelorum prœsentanda censpectibus, et ante Regem sœculorum rationem de singulis rcddenda : quœ modo absque dubio, si in medio nostri objiceretur, realum intra se suum sustinere non posset, pudore magnœ confusionis oppressa? (S. Eucher.)

La troisième chose qui rendra le jugement terrible sera la sévérité delà sentence ; c'est la plus épouvantable qui puisse jamais être rendue: Allez, maudits, au feu éternel {Matth. xxv, 41), et vous la méditerez plus à fond dans la méditation suivante. Mais, en attendant, considérez en général que cette sentence renferme toutes sortes de maux : car il n'y en a point qui ne soit compris dans ce mot maledicti, la malédiction d'un Dieu qui fait tout ce qu'il dit, et pour une ëtesnité ; que cette sentence est souveraine, et par conséquent qu'il n'y a pas d'appel; qu'elle est exécutée dans le même moment qu'on la prononce, sans qu'on relâche quoi que ce soit de la rigueur. En celte vie, novit Dominusmutaresententiam, si tunoveris cmendarc dclictum; et noire juge étant miséricordieux, il est quelquefois adouci par nos amis, fléchi par nos prières, gagné par les présents : mais, à ce dernier jour, nos amis mêmes se soulèveront contre nous, si nous sommes dans le péché, bien loin d'intercéder pour nous : Super eum ridebunt justi et dicenl: Ecce homo qui non posuit Deum adjutorem suum. {Psal. u, 9.) Nos prières ne seront plus capables de le fléchir, car il viendra exprès dans une épaisse nuée, dit le prophète, afin dene les point écouter; pour les présentSj il n'y en aura plus qui soient en notre pouvoir. Ainsi il faudra se résoudre â subir cette sentence en toute sa rigueur. Hélas 1 qui ne tremblera s'il y pense maintenant 1 Une seule sentence de mort prononcée par un jugp de la terre nous étonne, quoiqu'elle ne retranche que quarante ou cinquante ans de vie comment donc pourrous-jious supporter l'arrêt cf-

RETRAITE ECCLESIASTIQUE

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