SIXIÈME JOUR
Du jugement.
Premi^'he partie. — Préparation.
I* Adorez Dieu que la foi vous apprend être ici présent.
2° Renoncez à vous-même, et donnez-vous à Jésus-Christ, pour être digne en lui de paraître devant la majesté de Dieu son Père.
5° Renoncez à vos lumières, et demandez celles du Sainl-Esprit, pour prier Dieu comme il faut. Seconde partie. — Corps d'oraison.
Premier point. Adoration. — Considérez et adorez Notre-Seigneur Jésus-Christ comme votre juge en particulier, aussi bien que de tous les vivants et les morts : Ipse constitutus est a Deo judex vivorum et mortuorum. {Act. x , 42.) C'est une qualité que son Père lui a donnée en récompense de ses abaissements ; et parce qu'il a voulu s'humilier pour son amour jusqu'à porter et subir en soi le jugement des hommes. Dieu en échange lui a donné le pouvoir de porter jugement de tous les hommes : Pater non judîcat quevtquam, sed omne judicium dédit Filio. (Joan. v, 22.) Réjouissez-vous de voir le Fils de Dieu revêtu de cette belle qualité. Oh I qu'elle lui f st bien due ! et qu'elle lui est donnée avec grande justice ! Allez vous prosterner à ses pieds, pour lui rendre vos devoirs ; et avant que sa justice vous contraigne de comparaître en personne devant son tribunal, pour y rendre compte de vos actions : Omnes nos manifestari oportet anle tribunal Cliristi {II Cor. v, 10), que l'amour vous y fasse présen-
pécheurs? FAiam qui sancli sunt, prœscntiam Deiabtque formidine non vidcbuut, et ego miser ubi parebo f (S. HiERON.) Cette sévérité et cette fureur de Jésus- Christ jugeant procédera de trois principes , qui font connaître qu'elle ira à l'excès. Le premier est qu'il sera pour lors envoyé de Dieu son Père, pour faire justice. Quand il est venu en ce monde dans son premier avènement, il y est venu par amour, et pour y faire miséricorde ; et c'est pourquoi il n'y avait rien en lui qui ne fût une source abondante de grâce ; et sa personne et ses perfections, et ses états, tout servait à sa miséricorde, jusque-là même que sa justice était miséricordieuse, et qu'il ne punissait que par amour. Mais en son dernier avènement, il y sera envoyé pour une fin bien différente; c'est pourquoi il fera justice partout luimême : toutes ses perfections et ses états, aussi bien que sa personne, ne serviront au pécheur que pour le condamner, et sa miséricorde même étant tout environnée de justice, n'aura plus que des effets terribles pour les coupables. En ce monde, sa justice est renfermée dans sa miséricorde; c'est ce que saint Ambroise remarque sur ces paroles du psaume (cxiv, S) : Misericors et justiis Dominus et Deus noster miseretur. Bis, dit-il, misericordiam posnit, semel justitiam. In medio juslilia est, gemino septo inclusa misericordiœ. De sorte que la justice présente ne peut agir, qu'elle ne passe à travers la miséricorde ; et, comme elle prend les qualités de la miséricorde, ses effets nous en sont toujours avantageux. Aussi les punitions, les privations, les châtiments de cette vie nous sont salutaires, parce que Dieu ne nous les donne que par un effet de sa
tement comparaître en esprit pour prévenir ce. bonté, qui veut par là nous purifier; mais, au jour du
compte, et pour attirer miséricorde par vos gémissements et par vos larmes.
Deuxième point. Communion. — Voyez les sujets que vous avez de craindre ce jugement dernier, et de vous préparer de bonne heure à en éviter les rigueurs; trois considérations vous serviront à cet effet : la sévérité du juge, la rigueur du compte qu'il fera rendre, la rigueur de la sentence qui sera prononcée.
4' La sévérité du juge. Les prophètes ne nous le représentent que tout environné de feux, de flammes, de foudres, de tempêtes qui ruinent tout, qui ravagent tout, qui détruisent tout. Le disciple bien-aiiné dit qu'il le vit tellement en fureur que ses yeux pleins de feux et de flammes ne respiraient que la vengeance ; qu'il 'avait en sa bouche un glaive tranchant de deux côtés ; que ses pieds étaient comme de l'airain dans une fournaise ardente ; en un mot, il était dans un éîat si capable de donner de l'épouvante, que, quoique ce disciple fût fort accoutumé aux regards de son maître, il ne peut le voir en cet appareil terrible, sans en pâmer de frayeur , et sans tomber à demi mort : Et cum vidissem, cecidi ad pedes ejus tanquâm mortuus. {Apoc. I, 17.) Si les saints ne l'envisagent qu'avec un tel effroi, auelle épouvante n'auront point les
jugement, il en est tout au contraire : par un étrange renversement les effets môme de sa miséricorde seront terribles, et pourquoi ? c'est que sa miséricorde sera renfermée dans sa justice : Continebit in ira sua misericordias suas. {Psal. lxxvi, 10.) 0 l'horrible spectacle de voir un Dieu appliaué à punir et à se venger de sa créature ?
La seconde source de la fureur du Fils de Dieu, au jour du jugement, sera son amour excessif pour l'homme, et sa très-grande patience. Car il n'y a rien de plus furieux qu'un amour méprisé, et une patience irritée : Lœsa patientia fit furor. Notre Dieu est un Dieu jaloux, dit le prophète {Deut, VI, 15) : or il n'y a rien de plus cruel que la jalousie ; c'est pourquoi il n'y a point de rigueur qu'il n'exerce sur l'âme qui se sera dérobée à ses affections et qui se sera soustraite à son amour , et c'est alors qu'elle pourra bien dire : Mutatus es mihi in crudetem. Surtout il lui représentera les «arques les plus prodigieuses de son amour pour elle, en lui montrant ses plaies sacrées, et lui rappellera ainsi combien il l'a aimée : Yerendntn est m illam vocem in judicio suo... dicturus sit : infer ditji- Ij/m tuum hue, et vide manus meas, et affer manum tuam , et mitte in letîts meum et agnosce quœ pro tt
et a te pertulerim.... Illa titique clavorum signa bonis salittaria, malis terribilia qtiœ usqne ad diem judicii non delenlur, sine dubio objicienda servantur.