Première partie. — Préparation
i* — Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration.
2° Dans la conviction de votre indignité à paraître devant Dieu, renoncez à vous-même et vous unissez à Jésus-Christ, afin qu'il vous présente à son Père.
3' A la vue de votre incapacité à faire oraison ,
OEUVRES COMPL. nE M. TUONSON. I.
renoncez à votre esprit, et donnez-vous à l'Esprit de Notre-Seigncur, afin qu'il vous dirige pour la bien faire.
Seconde partie. — Préparation.
Pi;r.MiER point. Adoration. — Considérez l'enfer comme une prison très-obscure , pleine de feux et de flanmies , et comme un lieu de toute sorte de tourments. C'est là où la justice divine n'étant plus retenue, comme elle l'était en cette vie par la miséricorde, se déborde avec un épouvantable emportement sur ces âmes damnées ; c'est là où sa bonté étrangement irritée fait ressentir par d'horribles peines le poids inconcevable de sa fureur ; c'est là où sa toute-puissance, animée de vengeance et armée de fureur, rassemble toute sorte de maux pour tourmenter cruellement ces misérables victimes ; c'est là enfin où sa vérité leur fait connaître , par une funeste expérience , combien c'est une chose horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant. Adorez cette justice de Dieu, cette bonté, celte toute-puissance : cette bonté , quoique irritée, cette toute-puissance, quoique très-rigoureuse, n'est pas moins adorable ; ces attributs étant en Dieu , méritent toujours également nos respects; et nous leur devons rendre nos hommages avec une pareille fidélité, sous quelque effet qu'ils se manifestent. Louez donc et bénissez cette justice adorable de Dieu , qui prend si hautement les intérêts de Dieu même. Oh ! qu'il est juste qu'il se fasse justice 1 Admirez sa rigueur, craignez à la vue de ses épouvantables effets. Totus tremo atque liorreo ad memoriam regionis illins, et concassa sunt omnia ossa tnea. (S. Bern.) Remerciez-le de vous en avoir délivré jusqu'à présent.
Deuxième point. Communion. — Pour vous mettre en état de bien craindre la justice de Dieu par la vue de l'enfer, méditez la rigueur et l'étendue des peines que l'on y souffre : voici quatre considérations dont vous pourrez vous occuper.
La première est qu'il n'y a point de peines jilus rigoureuses que celles que l'on y soufl're; elles sont de deux sortes , la peine du dam , et la peine du sens. La peine du dam , (jui consiste en la privation de Dieu : la peine du sens , qui consiste particulièrement dans le feu ; or, il n'y a point de tourments imaginables qui soient plus cruels que l'une et l'autre de ces peines. Pour la privation de Dieu, on ne la conçoit pas dans cette vie , et on ne ressent point assez jusqu'où va celte peine, parce que ici-bas , si nous sommes privés de la vue de Dieu, ce n'est que pour un temps, et encore, pendant ce temps, il ne laisse pas de nous faire ressentir des eflets continuels de ses bontés ; de plus , nous avons l'espérance , nous sommes en état de pouvoir un jour posséder Dieu ; or, cette attente adoucit infiniment la peine (jue nous pourrions avoir de son éloignement ; et quand même nous n'aurions plus cette espérance , on conçoit si faiblement en ccMe vie ce que c'est que posséder Dieu ,
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9fit
que Poil pourrait quelquefois ne pas resscnlir grande romccraia ifinix arhilcr dcpasta non dcvonl.... non
douleur de sa privation. Mais, en l'autre vie, où casuulis, sed ratioiiaiis et pwnalis exvslio, quia cul-
l'on comprend ce que c'est que perdre Dieu, où Ton pam jubetur inquirere, subslantiam nescit absiimere.
ressent ce que c'est que de le perdre pour l'élernilé, (S. Eucher.)
et où l'on voit qu'on est hors d'état de le pouvoir La seconde considération est que ces peines sont
jamais posséder, il n'y peut rien avoir de plus sen- universelles, en sorte qu'il n'y a pas une seule fa-
sible à l'àme : Omnia (jelicnnœ supplicia superabit culte dans l'âme, pas une partie dans le corps qui
Denm non videre , et bonis carcre quœ in potestate ne soit cruellement tourmentée : Illic ignis est qui
luibuisli obtinere. (S. Beun.) Ah ! privation totale de succendilur, vcrmis qui non moritur : (riqus liorrcn-
Dieu, dont le pensée seule est insupportable pour dum ; ihi fœlor intolcrabilis ex corpore damnatorum
un moment à une âme qui te conçoit , que sera-ce cxoritur ; perculientcs mallei résonant incessautcr ;
à une âme qui te ressent, et qui te ressent pour ja- obfusœ tcni'brœ cumulatius indenseniur ; ibi fîctus,
mais? Pour le feu, il n'y a point de douleur plus slridor dentimn ; qemitus, planctus , et alternantia
cruelle en cette vie. Si vous vous êtes quchiuefois mala impios sine pietate discerpunl. (S. Bern.) Pour
brûlé en quelque partie de votre corps, vous l'avouerez facilement ; mais quoi qu'il en soit en celte vie, il faut dire que c'est bien pis en l'autre, car le feu y a une activité beaucoup plus grande ; et, comme il y agit immédiatement sur la substance de l'âme, il faut qu'il y agisse au delà de ses forces naturelles, et ainsi avec bien plus de vigueur qu'il ne fait en
l'âme ; l'imagination de l'homme damné sera travaillée de figures monstrueuses et de fantômes effroyables; l'appétit sera cruellement déchiré par ses passions : les craintes, les tristesses, les regrets, le:î courroux , les désespoirs , les envies , les haines , s'entre-choquant avec une furie nonpareille , jetteront l'âme dans une épouvantable confusion ; l'en-
ceite vie. lUud aulem quomodo irepidus et maie tendement sera dans d'horribles ténèbres , sans ja-
conscius sermo poterit explicare , cum cœperit inex- mais pouvoir former une pensée raisonnable ; la
piabilis caro, et infeciœ peccatis medtdlœ sœvis ge- volonté sera obstinée inébranlablemcnt dans le vice,
hennœ œslibus peuetrari, et more ferventium , ac de- et dans la haine de Dieu, de la sainte Yierge, des
coquentium metallonm incxstinguibili ardoretota ho- saints, des hommes et de toutes les créatures ; vou-
minis substanliu intus infundi, et dcpascentibus jlani- lant sans cesse ce qui ne sera jamais, et ne voulixit
«lis corporu alqae animas ex parte consumi, ex parie jamais ce qui sera toujours; elle sera cruellement
rnitriri ut inter medios ignium glifbos damnata na- tourmentée : Voluntas liuic adjecta necessitati vo-
tnra dc't vabulurn et accipiat incrementum. (S. Ei;- Icndi nolendique.... semper velle quod nnnquam erit,
CHER.) Ce feu d'enfer a été allumé par le feu de la nnnquam velle quod semper erit. La mémoire ser.i
eolcre de Dieu , et allumé tout exprès pour tour- tourmentée du continuel souvenir des plaisirs pas-
nienier le démon et ses esclaves; nous ne devons ses, qui se sont évanouis comme un songe, et do
point douter qu'il ne soit plus ardent qu'en celte tous les péchés, abominations, désordres de sa vie,
vie , et qu'on ne puisse dire à ce sujet ce qui est dit sans qu'elle puisse jamais écarter celte pensée , ni
en l'Ecriture sainte de celui de la fournaise de Ba- se souvenir d'aucune chose qui lui donne le nioisi-
bylone , que Nabuchodonosor fit allumer dans sa drc soulagement. Anima œierna est, ncc sine memo-
fKceur : Prœcepil nt succenderetur {ornaxscptuplum ria esse potest ; itaque, durante anima, durât et mc-
quam conmeverat. {Dan. ni , \d.) Comme ce feu moria, sed qualis? fœda flugitiis, liorrida facinoribus,
n'agit point par sa vertu naturelle , mais comme un vanitate tumida , contempla hispida et ncglecta,quia
instrument en la main de la toute-puissance de la priora transierunt , et non iransicrunl : transierunt
jusvice de Dieu, il agit dans la vertu de la cause a manu, et non a mente, (lu.) Le ver de la cons-
principaîe, c'csl-à-dirc dans la vertu de Dieu même tiencc piquera incessamment cette âme malheu-
cn fureur : jugez de là où peut aller sa force ; et si , en celle vie, la moindre brûlure nous fait tant de douleur, si quelque petite partie de notre corps, seuli'incnl le bout du doigt , tenu un moment dans
relise à la vue des péchés commis , des bienfaits reçus, des moyens inutiles de salut , et lui en fera des reproches qui la désespéreront. Yermis qui non moritur, mcmoria pra'lcrilorum scmel injectas , vel
le feu, nous fait jeter les hauts cris , s'il nous est potins innatus per pcccatum , liœsit firmiter nequa impossible de l'y tenir deux ou trois minutes , et si celle peine de si peu de durée nous est insupportable , que sera-ce d'être couché tout de son long, sur des brasiers mille fois plus ardents, plongé dans une mer de; feu : /u ignis pelago dcmergi in que ignci (luclus montium instar crigcntur ( S. Ciirvsost.) Que sera-ce d'être tout environné et tout pénétré de flammes éteriK'lhîs, (jui brûleront sans cesse, et sans donner de relâche ? K.sr«.s ardoribus crimiua miuisirabnut, manehit prœccplum et auctoris et judicis, ul viscern doloribus obno.ria , et solis cruciatibus
qnmn deinceps avellendns , nec cessai rodcre con~ Siic7itiani camque paslus csca scilicet inconsumplibili perpétuât vitam. (S. Bern.) Eiilin, toute l'âme sera chargée de honte et de confusion, de voir en s(ri les vestiges , les traits, les c;iractères de tous ses crimes (pii lui exprimeront tout le mal qu'elle a jamais fait. Pour le corps : les yeux seront touniienles par l'obscurité du lieu , par le feu et la fumée , jtar la dilformilé épouvantable des corps damnés , par les visions affreuses des dénions (j;>"s des corps cmprimiés , et par la vue forcée et coiilinuellc de ses
RKTIUITK ECCLESIASTIQUE. - SIXIEME JOUR
ennemis. I/oiiîe n'enlenilra que des soupirs , des sanglots, dos grincemenls de donls, des hurlements effroyables ; elle n'entendra que des blasphèmes horribles eonlre Dieu . que des malédietions et des impri>caii>,ns contre soi-même, des moqueries odieuses des démons, des reproches sanglants, des injures atroces des autres damnés. L'odorat sera affligé de puanteurs insupportables, qui sortiront du lieu et des corps de ces malheureux, et du sien propre. Le goût sera perpétuellement abreuvé de fiel et d'amertumes, avec de terribles maux de cœur; outre la faim enragée et la soif si cruelle , qu'ils demanderont et' rncUement avec le mauvais riche une goutte d'eau sans la pouvoir obtenir. L'attouchement , répandu par tout le corps, sera atteint et pénétré de tous les maux, de toutes les douleurs, de toutes les maladies, sans parler du feu actif et violent au possible, qui s'attachera vivement, et s'incorporera intimement à toutes les parties de celte chair maudite et infâme. Oh ! quel spectacle de voir une personne qui autrefois avait si peur du moindre mal , et à qui les douleurs les plus légères étaient insupportables , abîmée dans ces feux éternels, et dans ces flammes cruelles, criant, hurlant et se déchirant de rage et de fureur!
La troisième considération qui nous doit faire craindre étrangement ces peines, est qu'elles sont sans aucun mélange de consolation. En cette vie, il n'y a point de peine, pour rigoureuse qu'elle soit, qui n'ait quelque sorte de consolation, et qui ne puisse être adoucie; car on peut s'en distraire souvent par quelque autre pensée, ou par l'entretien d'un ami, la compagnie d'un saint, la vue de quelque objet qui nous agrée ; et d'ailleurs nous savons qu'elles ne soiit qu'un effet de la bonté de Dieu : Pœna nobis a Dco illatœ viisericordiœ magis sunt quain pœnœ. (S. Chrysost.) Que si on ne peut pas s'occuper d'autres pensées, on sait assez qu'il n'y a personne qui, avec un peu de temps et de résolution, ne s'accoutume à la douleur ; on sait qu'un mal qui cause des tourments très-violents dans le comn>encement, n'est plus si sensible dans les suites, et qu'après tout, il n'y a guère d'homme accoutumé à soulTrir, qui ne se familiarise enfin avec les maux. C'est surtout ce qui console q^uand on soufl"re, c'est la pensée qu'il n'y a point de mal en cette vie qui ne finisse : Nultum dolorem vel longum vel mucjnum
esse si macjnus est lonqus esse non potest : con-
junctio enim corporis animœ exquisita diu tormenta non sustinct. (S. Bern.) Mais dans l'enfer, nulle consola! ion : Bibenl de vino irœ Dei quod mistum est mero in calice irœ ipsius. (Apoc. xiv, 10.) Calix vint meri ptentis misto [Psal. lxxiv, 9) ; mélange de toutes sortes de peines, mais peines pures, virii meri, c'està-dire sans aucun mélange de consolation ; car les damnés ne pourront jamais détourner leur pensée de leurs peines, et il les auront toujours présentes en leur esprit : Nnllus de tanta numerositate spectantium suo cuique molcstior oculits; nullus aspectus sive
in cœlo, sive in terra quem tcncbrosa conscicnlia sm/Jmgcre viagis velit minus passif. (S. Bkrn.) Leur tourment ne sera pas moins sensible après mille, dix mille, cent mille ans ; mais trouvant toujours dans leurs supplices de nouvelles forces, ils y ressentiront aussi de nouvelles peines dans la suite des siècles, et aucune diminution : Verbum prophetœ est : sicut oves in inferno positi sunt, mors depascet. Nam sicut lana ovium tonsa permittitnr crescere, ut iterum tondeatur , sic moriendo vives et non dcsines mori. (Petr. Blés.) Enfin, dans l'enfer, tous les tourments dans l'excès, et pour jamais : Semper morientur ad vitam, scniper vivent ad mortcm. (S. Bern.)
Voici la quatrième considération et le plus grand sujet que nous ayons de craindre, l'éternité de tous ces maux : jamais de (in dans leurs tourments, autant que Dieu sera Dieu, aussi longtemps seronl^ils misérables : Cruciabunlur die ac nocte in sœcula sœculornm ; dabunl pœnas in interilu œternas a facie Domini. (Apoc. XX, 10; // Thess. i, 9.) Concevez, si vous pouvez, ce que c'est que cette éternité, qui, ne laissant aux damnés aucune espérance de finir jamais leurs peines, influera cependant de toute sa masse dans chacun de leurs maux ; en sorte qu'à chaque moment, si on peut le dire, ils compteront et ressentiront tous les remords qui les rongeront dans toute l'éternité, toutes les larmes qu'ils verseront : Dum sibi nullam spem permittere polerit, etiam post immensa lempora, in prœsenli sentielnr consequcntiam tormento sœculorntn. (S.EccnFR.) ODieu, quel abinte de misère ! ô éternité, que tu es peu méditée, et qui est celui à qui la connaissance de tes durées infinies ne donne de très-puissants mouvements pour fuir le vice, et pratiquer les vertus! 0 éternité, dit saint Augustin, celui que la pensée ne touche point, il faut qu'il manque de foi ou qu'il n'ait plus d'espérance! Ilorreo vermem mordacem, dit saint Bernard, et mortem vivaccm; liorreo incidere in manns mortis vivenlis, etvitœ morien'tis. llœc est secuuda mors, quœ nnnquam pcroccidit, sed semper occidit : quis det illis semel mori, ut non moriantur in œternum, qui dicunl montibus : Cadite super nos? {.\poc. vi, 16.) Quid est hoc? invocabunt mortem et mors fugiet ab illis et non venict. {Apoc. ix, 9.) Faites maintenant réflexion sur vous-même, voyez si vous n'avez pas sujet de vous confondre, de vous bien humilier devant Dieu d'avoir .si peu redouté ces peines; mille fois vous avez été volontairement aux portes de l'enfer, et si Dieu ne vous eût retiré par sa bonté, vous y seriez tombé sans ressource, autant de fois que vous vous êtes plongé dans le péché mortel : oh ! quel épouvantable aveuglement? demandez-en pardon à Dieu; désirez de mieux faire à l'avenir, et demandez-en la grâce. Troisième point. Coopération. — Uésolvez-vous de penser souvent aux peines de l'enfer, à ces siècles embrasés, à cette éternité brûlante, à celte rigueur épouvantable de Dieu, qui promettant en cette vie le pardon d'un million de crimes à un acte de regret, cl à une larme, ne l'accordo pas à une éter-
9G: oeuvres COMPLETES DE M. TRONSON
ulté (le "mawv tn l'aulre vie au inoindrc péclié. En-
Sn, résolvez-vous d'y aller souvent pendant votre I vie, si vous n'y voulez point descendre après votre
itjcnt^ Descendant in infernum viventes, ne descendant ■ monentes.
2° Comme il n'y a que le pcchc seul qui vous peut ■"^daumer, craignez et évitez le péché par-dessus tout : Nolite timere eos qui occidunt corpus, aninunn tantem non passant occidere; limete cum qui potest animam et corpus perdere in geltennam, ubi vermis eorum non moritur, et icjnis eorum non exstinijuelur. {Matth. X, 28 ; Marc, ix, 43.)
5° Comme le péché mortel commis après le baptême est suivi infailliblement de l'enfer, à moins qu'il ne soit effacé par les larmes de la pénitence, et que c'est l'unique et la seule voie qui nous est donnée, il faut vous résoudre tout de bon à faire ime solide pénitence. 0 combien sévère serait celle d'un damné, si Dieu le délivrait de l'enfer! avec quel amour embrasserait-il toutes sortes de tourments, pour cruels qu'ils puissent être, pour satisfaire à ses péchés ! que volontiers il y passerait les jours et les nuits, et y emploierait toute sa vie. Faites-en de nième, puisque la raison est égale, et la grâce que Dieu vous a faite, est encore plus grande.
Troisième pautie. — Conclusion.
i" Remerciez ; 2° demandez pardon ; 5" offrez.
Bouquet spirituel. — Quis potetil de vobis liabitare cum ardoribus sempiternis? {Isa. xxxiii, 14.) Vie qui liœc lugenda in postertim ridenda nunc députant ; vœ quibus liacprius experienda stint quant credenda. (S. Euciier.)
Du petit nombre des élus.
1° Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration.
2° Vous reconnaissant indigne de paraître devant Dieu, renoncez à vous-même, et à vos péchés ; et donnez-vous à Jésus-Christ, le priant de vous présenter à son Père.
5" Vous reconnaissant incapable de bien faire oraison, renoncez à votre esprit propre, et à toutes vos lumières, et demandez le secours du Saint- Esprit, afin qu'il vous conduise dans cette oraison.
Seconde partie. — Corps d'oraison.
Premier point. Adoration. — Considérez Notvc- Seigncnr Jésus-Christ prononçant ces effroyalili's paroles: Panci elccti : il y en a peu qui soient élus, il y en a peu qui soient sauvés, il y en a peu qui entrent en paradis. Ah ! que cela est étonnant en la bouche d'un DicMi, la vérité môme! Quoi ! après la mort du Eilsdc f>ieu, et tout son sang n''j»andu pour le sahit de tous 1rs hommes, dont une seule goutU; aurait ("lé phis que suffisante jiour lacluiter dix mille mondes : après tant de secours et de sacrements
institués ; après tant de remèdes si admirables, si puissants, si peu d'hommes sauvés ! 0 altitudo divitiarum sapientiœ et scientiœ Dei ! quant incompreliensibilia sunl judicia ejus, et investigabiles viœ ejus ! (Rom. XI, 55.) Terribilis in consiliis super filios hontinum. {Psal. lxv, 5.) Adorez cej: conseils ; quoiqu'ils soient incompréhensibles, ils sont toujours également adorables. Respectez les secrets de sa conduite terrible sur les enfants des hommes ; craignez les effets de ses redoutables jugements.
Deuxième point. Communion. — Pour vous bien remplir de cette vérité, qu'il y a peu d'élus, panci electi, arrêtez-vous aux considérations suivantes qui comprennent des preuves puissantes, et tout à fait convaincantes sur ce sujet. Première considération, qui comprend ce que l'Ecriture sainte nous^ dit touchant le petit nombre des élus : il y a trois, voies dont le Saint-Esprit se sert pour nous imprimer puissamment les vérités les plus importantes, les figures , les comparaisons, les conclusions ou maximes, et toutes sont admirablement employées en ce sujet. Pour les figures, voici les plus considérables : 1° La destruction de tous les hommes dans le déluge, à la réserve de huit; tous généraleracnl périssent, la seule famille de Noé en est préservée : Pauci, id est ocio auimœ sahœ factœ sunt per aquam qnod et vos nuncsimilis (ormœ salvos facit baptisma, non carnis deposilio sordium, interrogalio in Deunt per rcsurrectionemJesuChristi. {I Pelr. m, 20,21.) Après cela si vous me demandez combien de sauvés? très-peu ; mais encore combien ? je ne le sais pas précisément, mais jugez-en par la figure." 2° L'embrasement de Sodome, de Gomorrhe, et de ces autres villes abomiriables, consumées par le feu de la vengearcc de Dieu : d'un si grand nombre d'habiiants la seule famille de Lot se sauve, c'est-à-dire lui quatrième, tout le reste péril : Pluit Dow in: s super Sodomum et Comorrliam sutpitur et ignem a Domino de cœlo, et subverlit civitates lias et univcrsos liabitalores urbium {Gen. xix, 24, 25), etc.. Après cela combien de sauvés ? jugez par la figure. 5° Le passage des Lsraélites au travers de la mer Rouge . six cent mille cou'baltanls, outre les vieillards, les femmes et les enfants , qui faisaient pour le moins autant ; il n'y eut que Josué et Caleb qui entrèrent dans la terre promise : ISolo vos ignorare, fratres, quunium patres nustri omncs sub nube fuerunt, et ontnes mare transierunt, et omnes in Mofise baptizati sunt in nube elin mari, etc., sed non in pluribus eo~ rum beneplacitiim cjst Dco : nant prostrati sunl in déserta : lia'C auteni in figura canliugcbant ilUs. {I Cor. X, 1-a.) Voilà , dit saint Paul, la ligure de ( c qui arrive dans le christianisme : d'un très-grand nombre qui passent la nier Rouge , c'est-à-dire qui sont baptisés, Irès-peu qui ne périssent dans les déserts de c lie vie, très-peu qui ne s'y perdent; mais encore combien? jugez-en par les figures : Oninia in figura conlingebanl illis. {Ibid., 11.) Pour les comparaisons voici les plus remarquables. La
<)69 RETRAITE ECCLESIASTIQUE. — SIXIEME JOUR. 970
l»roiuière est dos ôp'* Q"*' ' ^'" S'"^"^' ^* '*' '"* ^'<^ '-^ oiicore ne \oudrais-jc pas assurer qu'il y en eiil tant, moisson : après que le blé esl coupé, que la récolle Voici les propres termes de ce grand docteur : Quot
€9t faite, ou trouve encore quelques épis qui se sont échappés à la diligence des moissonneurs ; mais ils sont bien rares, et on en trouve bien peu dans une grande campagne ; c'est ainsi qu'il est du nombre des élus : Eril sicul congrajans in messe quod rcstitei'k, et bracltiuin ejus spicas Icgel. {Isa. xvii, 5.) La seconde est des raisins que Ton cherche et que Ton ramasse dans une vigne après que la vendange est faite : on ne trouve plus que quelque grain qui sera détaché d'une grappe, quelque grappe cachée sous une feuille et qui se sera dérobée à la vue des vendangeurs ; ainsi en est-il des élus : Sicut racemi cum fnerit finita viudemia. {Isa. xmv, 15.) La troisième est des olives (jui, après la dépouille d'un olivier, restent à l'extrémité de quelque branche : Quomodo si pancœ oUvœ quœ remanserunt, excntiantur siciU excussio oleœ duarum tel trium olivarttm in summilate rami. {Ibid.) Jugez par là du petit nombre des élus. Pour les conclusions, maximes et vérités que l'Ecriture sainte avance sur ce sujet, voici ce qu'il y a de plus redoutable. La première est celle que le Fils même de Dieu avance avec étonnement : Oh ! que la porte du ciel, dit-il, est étroite, et qu'il y en a peu qui la trouvent ! Puisque Jésus-Christ même le dit, il est certainement vrai, et c'est un article de foi, pensez-y bien. 2° Il y en a, dit-il, beaucoup qui sont appelés, mais peu qui soient élus. C'est encore un article de foi, puisqjae c'est un oracle sorti de la bouche de la vérité, et que le Fils de Dieu même, afin que l'on.y pense plus sérieusement, répète plusieurs fois dans l'Evangile ; c'est donc ce que vous devez bien méditer. 5° Pour arriver au paradis, il faut se faire effort : efforcez-vous, dit le Fils de Dieu, d'entrer par la porte étroite : Contendite intrare pcr (uigiistam portam. {Luc. xiii, 2i.)0r, où sont ceux qui font ces généreux efforts ? Depuis le plus grand jusqu'au plus petit, dit Jérémie, depuis les prophètes jusqu'aux prêtres, il n'y en a presque point qui ne s'abandonnent à leurs désirs.
La seconde considération renferme ce que les saints Pères nous apprennent du petit nombre des élus. Saint Jérôme dit que le nonibre des élus, dont Kotre-Seigneur parle dans l'Evangile, esl si petit qu'ils sont comparés à ce peu d'olives qui restent sur les oliviers au plus haut des branches après qu'ils ont bien été secoués, et à ce peu de raisins qui échappent aux yeux des vendangeurs, et que les pauvres ramassent ensuite grain à grain, comme nous avons dit. Saint Chrysostome prêchant à Conslaiitinople, c'est-à-dire dans une ville grande et peuplée comme Paris : Combien pensez-vous, dit-il, qu'il y en ait en cette grande ville qui doivent être sauvés? Ce que je vous «lirai là- dessus esl fâcheux, et je ne sais si je dois vous le dire ; je le dirai pourlaiit, écoutez : entre tant de milliers dhoinmes et <lc femmes, dont celle viSe regorge, il ne s'en trouvera point ccnl qui doivent jouir de ce bonheur.
pnlatis esse in hac civitatc nostra qui servcntur? Mo- Icstiim quidem est quod dictiirus suin, dicam tamen : non est in tôt millibus centesimum qui servetur, sed eliam de illis dubito. Il prouve ensuite son assertion en exposant la vie tiède et relâchée des Chrétiens. (Hom. 24 in Act.) 0 Dieu ! quel sujet de frayeur et d'épouvante! La troisième considération esl tirée de ce que l'expérience nous en découvre tous les jours. Nous voyons, en effet, qu'il y en a très-peu qui cherchent la véritable voie du salut ; car nous voyons que la plupart ne songent qu'à leur fortune, qu'à leur établissement en ce monde, qu'à leurs passetemps, qu'aux intérêts de la famille, etc. De ceux qui la cherchent, il y en a peu qui la trouvent ; car on la cherche trop tard, c'est-à-dire lorsque les habitudes enracinées, les passions fortifiées, les grâces affaiblies, nous ont plongés dans un certain aveuglement qui nous déçoit et qui nous trompe : ou on la cherche où elle n'est pas, c'est-à-dire dans les satisfactions de la nature, dans les complaisances de l'amour-propre, dans une lâche condescendance qui nous écarte de celte voie étroite qui, seule, peut conduire au salut ; ou on ne la cherche pas en la manière qu'il faut , c'est-à-dire avec le soin, la ferveur, la vigilance nécessaire. Ce sont les trois raisons, dit saint Bernard, qui font que ceux qui cherchent ne trouvent pas , et que la plupart manquent à rencontrer la voie du salut. Conlcndîle intrare per amjustam portam, quia multi quœrcnt inlrare et non potcrunt. {Ibid.) Ensuite, parmi ceux qui trouvent cette voie, il y en a très-peu qui y entrent. Car soit que la première vue, qui ordinairement parait affreuse, les en rebute; soit qu'ils ne veulent pas se faire la violence nécessaire pour rompre les liens qui les arrêtent; soil qu'en voulant différer à un autre temps, ils se trouvent surpris, on voit qu'il n'y en a point qui y entrent. Enfin de ceux qui y entrent, oh l qu'il est rare d'en voir qui persévèrent jusqu'au bout ! car dans les grandes difficultés qui se présentent, ou on recule , ou on s'arrête , ou on s'écarte, ou on se perd.
Voilà ce qui vous doit donner une étrange frayeur dans le juste sujet que vous avez de craindre , en laisant réflexion sur vous-même et votre vie passée , (pie vous ne soyez pas de ce petit nombre. Humiliez-vous-en devant Dieu, demandez-lui pardon du passé , et la grâce à l'avenir de fiire tous vos efforts |)our être du nombre des élus.
Troisième vo\yT , .Coopération. — i' Puisqu'il y en a si peu qui doivent être sauvés, craignez toujours que vous ne soyez pas de ce petit nombre ; car il faut avouer qu'il y en a beaucoup qui vous prccc deront, et qui font mieux que vous.
2" Pressez-vous pour être des premiers : or, vous vous pncsscrez en augmenlant la ferveur de volt'o cœur, en multipliant vos bonnes œuvres, en ne lais
sant écouler aucun moment de voire temps sans vous avancer dans la perfection.
5" Ne refusez rien de tout ce qui pourra contribuer pour aflermir votre salut.