CONSIDÉRATION
Sf n LES INCLINATIONS AUXQUELLES IL FAUT RENONCER.
Premier point. — Mettez-vous en la présence de Dieu, vous unissant à Jésus-Christ; demandez-lui son Saint-Esprit pour connaître, comme vous ne vous conduisez presque en tout que par humeur, au lieu que vous devriez renoncer en tout à vos inclinations.
Deuxième point. — 1" Considérez comme vos inclinations sont cause du péché, plus souvent que vous ne pensez ; voyez , à présent que vous en avez le temps , combien d'affections, combien de paroles, combien d'actions déréglées dans votre vie; combien de désirs, de craintes, de tristesse et de mouvements désordonnés dans votre cœur et dans vos sens ; combien de mauvaises intentions, de superbe, de paresse ; combien de libertés dans les compagnies; combien d'attache, de curiosités, de désirs d'honneurs, d'estime, de paraître, devoir et d'être vu, d'où sont suivis tant de péchés; vous n'auriez jamais pensé qu'il y en eût eu un si grand nombre, et n'cst-il pas vrai que vous ne vous jugiez point si criminel ? Et voilà le premier et malheureux effet de l'inclination ; comme elle est naturelle, elle coule dans nos actions plus doucement , elle endort la raison plus facilement pour lui empêcher de connaître qu'il y a du péché en ce qu'elle fait; elle étouffe la conscience avec moins de bruit; pour n'en point laisser sentir de remords. Ainsi on aua-a fait une quantité de péchés, en pensées, paroles, sourires, entreliens, regards, qu'on ne pensera pas en avoir fait un seul ; et comme on y est accoutumé, on n'y fait plus de réflexion, et on n'y ressent plus de scrupule, ni de reproche, parce que la nature corrompt la conscience , et lui fait croire qu'elle n'a joint de mauvaise intention; que ce n'est que iioiir rire et pour passer le temps, qu'elle en use de la sorte ; que la charité même , ou au moins le commerce ordinaire delà société le demande ; que, sans cela, on passerait pour être d'une humeur farouche, sauvage et mélancolique; que c'est pour ne point faire peine aux autres. Voilà le premier mal de votre inclination qui fait que souvent vous ne vous apercevez pas de vos péchés, cl que vous les cachez ordinairement par quelque prétexte bien spécieux ; c'est le charme et renchanlement dont parle le Sage, qui éblouit tellement la vue de l'esprit, qu'on ne se r(!Connaît plus dans ses déportements : Fascinalio vuijarilalis obscurcit honn. (Sap. iv, 12 )
2" Considérez comme votre inclination, non-scti-
OEUVRES COMPLETES DE M. TRONSON. en
lement vous cache vos péchés, mais encore vous porte toujours à quelque péché plus grand que vous ne pensez pas. Car, quoique voire humeur ne soit pas toujours péché, néanmoins elle vous y conduit, en sorte que, ou elle vous porte à des choses mauvaises, ou elle vous dérègle dans les bonnes, et le péché qu'elle vous fait commellre est toujours plus grand que vous ne vous imaginez, en ce que d'une part, comme il y a plus d'amour et d'attrait en ce qu'on fait par inclination, on le fait avec une plus grande affection, avec plus de volonlé, avec plus d'attache à la créature, avec plus d'éloignemeiU de Dieu : et d'autre part cette même affection , qui augmente le péché devant Dieu, le diminue en votre estime, parce qu'elle empêche que vous n'eu examiniez si bien les circonstances, et parce que naturellement on ne trouve jamais si laid ni si mauvais ce qu'on aime.
5° Considérez que ces péchés, où vous porte votre inclination, sont plus dommageables que vous ne pensez ; pour les autres péchés, on en revient, on se reconnaît, on se confesse, on s'amende, et on en obtient le pardon ; mais de ces péchés d'inclination, d'attache, d'affection, si on n'y prend garde de bonne heure, on ne se corrige jamais. Car on ne les connaît pas, et même on ne les veut pas connaître, ou, si on les connaît, on s'y flatte, on s'y excuse, on déguise le mal, on ne s'en confesse qu'à demi, on n'en a point de contrition, on n'a pas même le désir de s'en amender. Que si on désire de s'en amender, on y est tellement attaché, qu'on diffère toujours de s'en retirer, on remet de jour à autre, on prend tantôt un prétexte et tantôt un autre pour appuyer ce délai. Enfin, après avoir différé de la sorte, quand on veut tout à fait rompre, il se trouve qu'on ne le peut plus, et que ce délai esl suivi d'une telle obstination et d'un tel endurcissement, qu'on ne peut plus presque s'en défaire, quand on le voudrait, en punition de ce qu'on n'a pas voulu, quand on le pouvait facilement.
A° Considérez sur ces principes combien vous devez veiller particulièrement sur vos inclinalions et vos humeurs pour ne les point suivre. Car si, d'un côté, vous voyez qu'elles sont si dangereuses, de l'autre, vous remarquerez aisément, si peu que vous examiniez votre conduite, que vous les suivez presque toujours. En effet, c'est de là que viennent ces changements et ces inconstances , ces lâchetés et ces tiédeurs, ces dégoûts et ces découragements que vous ressentez de temps en leinps. Quand la vertu vous plaît, vous la caressez, et d'abord (|u'(îlle vous déplaît, vous quittez tout; quand les conseils que l'on vous donne reviennent à voire humeur, vous faites merveille ; mais aussitôt (juc ri)uineur change, vous ne sauriez plus vous résoudre à faire <;e qu'on vous dit ; dans les exercices et les prali- ([urs de piété qui sont de votre goût, vous èles tout feu, rien ne vous fait peine, il n'y a |)oinl d"«»hstaclc <|ui vous arrête : mai» dans ceux où vous avex
RETRAITE ECCLESIASTIQUE. — SEPTIEiME JOUR.
lie la ropiignanco, à peine y faites-vous le inoiiuire effort pour vous vaincre. Enfin, examinez-vous liion voHS-njènie, et vous verrez que pres(jue en tout vous n'agissez que par fantaisie , par inclination et par caprice.
TnoisiKMK roiNT. — 1° Résolvez-vous de combattre continuellement votre humeur, et de vous en défier Sîuis cesse; car assurément tôt ou lard elle vous perdra, si vous ne la perdez.
2° Dans tout ce cpie vous serez obligé de faire, qui se trouvera conforme à votre humour, protestez à Dieu avant que de conunencer votre action , que si vous agissez, c'est parce qu'il le veut, et non point parce que vous y avez inclination.
5° Pour témoigner que vous êtes dans la vérité de ce senliment, quel(|iie inclination que vous ressentiez pour une chose, ne vous y portez jamais, à moins que vous ne sachiez que Dieu le demaude de vous.
•4° Au lieu de vous laisser aller à la tristesse, au dégoût et à la mélancolie dans les occasions qui choqueront votre humeur, tâchez de les embrasser avec joie, comme étant celles où vous êtes le plus en sûreté, et où vous pouvez acquérir plus de perfection.
5° Dans les choses qui se trouveront à votre choix, et où, après avoir bien examiné, vous serez en doute de ce que Dieu demande de vous, s'il faut vous déterminer, ne vous déterminez jamais à celle qui sera le plus à votre humeur.