Troisième partie. — Conclusion
{" Remerciez; 2° demandez pardon; 3» offrez.
Bouquet spirituel. — Non spiritum hujus mundi acccpimus, scd spiritum qui ex Deo est.
Dm mépris que 7ious devons (aire de ce qu'on estime dans le monde.
{" Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration.
2" Renoncez à vous-même à la vue de votre indignité à paraître devant une si grande majesté, et priez Notre-Seigneur de vous présenter à Dieu son Père.
5" Renoncez à yotre propre esprit, et invoquez celui de Jésus, afin qu'il.vous conduise dans l'oraison.
Seconde partie. — Corps d'oraison.
Premier point. Adoration. — Tout ce qu'on estime dans le monde sont les plaisirs, les richesses et les honneurs ; la mondanité ou l'esprit du monde consiste à mettre toute son affection à ces choses, d'où s'en suit l'aveuglement et l'oubli de Dieu, qui est dans les mondains. Or, considérez comme Notre- Seigneur a. méprisé sur la terre et méprise encore ces mêmes choses. Quand il est entré dans le monde, il a pris pour soi d'abord la pauvreté, la souffrance, le mépris ; et si vous le suivez depuis l'étable de Belliléem jusqu'à la croix, vous verrez qu'il n'a jamais voulu des biens, des plaisirs, ni des jionneurs
du inonde, ni pour soi ni pour sa très-sainte Mère, ni pour aucune personne qui lui ait été unie : tant il a affecté de mépriser expressément toutes ces clioses, dont l'estime fait oublier Dieu. Présentement encore dans le ciel, et dans le très-saint Sacrement de l'autel, il méprise si fort toutes ces choses, qu'il ne les regarde que pour les brûler, comme effectivement, il est de foi qu'au jour du jugement il réduira en cendre tout ce qui sert à la mondanité ; et que nous verrons les beaux bâtiments, les meubles précieux, les peintures, les habits, et tout le reste des choses que les enfants des hommes appellent riches, belles, excellentes, ravissantes ; nous verrons, dis-je, toutes ces choses passer par le feu, comme elles le méritent, et pour leur bassesse, et pour avoir détourné de Dieu le cœur des hommes, et, pour avoir été le sujet et les instruments de leurs péchés. Prenez-donc bien garde une bonne fois de quel œil votre divin Maître a regardé toujours, et regarde encore-les choses que le monde estime. Adorez ses sentiments si contraiaux désirs séculiers des enfants d'Adam. Aimez-le, louez-le, et remerciez-le beaucoup de vous avoir donné l'exemple, et;mérilé la grâce du mépris du monde.
Deuxième point. Comtrmnîon. — Considérez ensuite combien vous êtes obligé d'avoir dans le cœur, et de pratiquer dans toute votre conduite ce vrai mépris des choses du monde.
1" S'il vous reste de l'estime pour ces choses, autant vous reste-t-il de mondanité et d'opposition à l'esprit de Jésus-Christ qui en a eu toujours et on aura éternellement un souverain mépris. Vraiment, dit saint Bernard, ou le monde se trompe en estimant ces choses, ou le Fils de Dieu se trompe en les méprisant. A votre avis, lequel est-ce qui se trompe, et quel parti avez-vous à prendre? il faut vous déclarer aujourd'hui disciple du monde, «u disciple de Jésus-Christ, choisissez.
2° Ecoutez l'esprit de Dieu qui crie aux mondains, par la bouche du saint roi David : « Enfants desliommcs, jusqu'à quand aimerez-vous la vanité, et chcrchercz-vous Icmensonqe? (Psrt/. iv, 3.) Bienheureux celui de qui Notre-Seigneur est l'espérance, et qui n'a aucune estime pour les faussetés du siècle; bienheureux celui qui même ne regarde point ces vanités et fausses folies du monde. Ce vous est une grande instruction de remarquer aujourd'hui que ces choses dont le siècle fait ses idoles, et auxquels les mondains donnent des noms si pompeux, sont appelées des vanités, des mensonges, des folies, des fiiussetés, dans le langage de Dieu, qui sait très-parfaitement appeler les choses par leur vrai nom. Remarquez surtout, avec saint Maxime, que si elles sont appelées fausses folies, ce n'est pas qu'<;Ilcs ne soient de vraies folies, mais c'est parce qii« (Uaboli fallente mcndac'w, Dci in se non Itabcnt Vfrilatem.
5* Si vous vuulc/. vous faire sage aux. dépens
d'autrui, écoulez la voix de Salomon qui, après avoir goùlé fort à loisir tout ce qui semble pouvoir donner à l'homme quelque satisfaction dans le monde, crie par le mouvement de Dieu, pour l'instruction de tous les hommes: Vanité des vanités, tontes les clioses du monde ne sont que vanité [Eccle. 1,2); et répète souvent qu'il a expérimenté qu'il n'y a en toutes ces choses que vanité et alfliclion d'esprit.
4° Pour vous convaincre d'une manière palpable, considérez de quoi servent les choses du monde k l'heure de la mort : nous voyons tous les jours mourir des hommes dans le plus grand éclat de l'honneur, des personnes riches, des personnes belles et avantagées de tout ce qui est en vogue dans le siècle : de bonne foi ont-elles de la satisfaction à l'heure de la mort d'avoir été attachées à ces choses pendant la vie, ou plutôt n'est-il pas véritable que cela ne peut être sans mille regrets mortels ? Hélas ! fallail-il oublier Dieu pour des bagatelles dont rien ne peut rester pour l'autre vie ?
En voilà bien assez pour vous désabuser de l'estime que vous avez faite de ces choses par le passé, pour gémir tout de bon, et vous repentir bien sérieusement du temps que vous avez perdu, et pour vous porter à demander à Notre-Seigneur très-instamment d'être bien établi pour jamais dans le vrai mépris du monde.
TnoisiicME POINT. Coopération. — Vous conliant en la grâce de Notre-Seigneur, faites à ses pieds une forte résolution :
1° De ne souffrir jamais dans votre cœur aucune estime pour quoi que ce soit, qui est estimé par les mondains ; mais, quand la tentation vous en viendra, de vous tourner vers Notre-Seigneur, et de lui dire : J'adore, ô divin et aimable Jésus, le mépris souverain que vous avez pour tout cela, et je m'y unis pour jamais.
2° De ne parler jamais en terme d'estime ni des richesses, ni des bons repas, ni de la beau lé corporelle, ni des dignités de la terre, ni des talents humains, ni de la noblesse, ni de quoi que ce soit des choses du monde ; mais, quand vous vous trouverez avec des personnes qui en témoignent de resliuic. ou de garder le silence, ou de les désabuser, s'il y a lieu.
5" La plus réelle pratique du mépris du monde est de vous en abstenir toute votre vie, c'est-à-dire de ne prendre que, le nécessaire dans l'usage des créatures, en rejetant tidèlement toutes les superfluilés que l'orgueil et la sensualité ont introduites, comme on voit assez chez les mondains dans leurs habits, dans leurs tables, dans leurs logements, dans leurs divertissements et dans l(tul le reste, où sont étalées toutes les maniuesde la concupiscence débordée de la nature corrompue : Omnis qui in atjone conlcndit nb omnibus se abstinet. {I Cor. i\,
l" Ne vous appuyez point sur les créatures; ne mette/, point votre coaliance dans les choses du
RETllAlTi: ECCLESIASTIQUE. — SEPTIEME JOUR.
uioiulf, mais on Dieu. Malediclus qui pouil caniem brarliium situm. ( Jcrem. xvii, 5. )
Yœ qui desccndunt in ^Egyptum ad auxilium. ( Isa. XXXI, I. )
TROisitjiE PAUTiE. — Couclnsioii.
1° Remerciez Dieu des grâces qu'il vous a failes dans l'oraison.
-l' Domandoz-lui pardon des fautes que vous y avez commises.
3° Donnez-vous à la sainte Vierge, et confiezlui vos bons desseins, et toutes vos saintes résolutions.
RoryiET sriniTiT.L. — Filioli, nolile diUyere muu-
dum , neque ca quœ in mundo sunt. { 1 Joan. u, 15.)
Muiidi pcr ahsducntir.m Ipsi cauniimx gloriutn.
(Ujlic. eccL, liymn. Doni. ad Prim.)
Du w^pris que nous devons faire de ce que dira le monde contre nous , si nous servons Notre-Seigncur.
PREMitnE PARTIE. — Préparation.
1" Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration.
2° Demandez pardon de vos péchés , et donnez-vous à Jésus , afin qu'il vous présente à Dieu son Père.
5° Renoncez à votre esprit et invoquez celui de Notre-Seigneur, qui seul vous peut rendre capable de faire oraison.
Seconde partie. — Corps d'oraison.
Premier point. Adoration. — Quand on vint dire à notre divin Maître que les pharisiens, qui étaient de vrais mondains, puisque l'avarice et l'orgueil les animaient, trouvaient à redire à sa sainte conduite, et en prenaient sujet d'offenser Dieu , il répondit : Laissez-les, ce sont des aveugles ; par où il nous enseigne les sentiments que nous devons avoir, lorsque les enfants du siècle nous voyant marcher avec cœur dans la voie du salut, et persévérer dans la pratique de l'Evangile, en prennent sujet de nous blâmer et de nous railler. Adorez toutes les intentions d'honorer Dieu et de profiler à l'Eglise que Notre-Seigneur avait, en prononçant ces saintes laroles ; remerciez-le et aimez-le de les avoir dites pour vous. Admirez le mépris qu'il a fait, non-seulement en cette occasion, mais dans toute sa vie de ce que le monde disait à son désavantage ; bénissez-le de vous avoir donné l'exemple , demandezlui humblement de ne vous relâcher jamais de votre devoir, et de ne^ pas craindre défaire tout ce que vous voyez être nécessaire pour votre salut, quoique le monde en puisse dire.
Delxième point. Communion. — Aussitôt que les wondains s'apercevront que vous voule^rmcnep une ,,'e plus réglée, que vous voulez penser sérieusement à votre salut, que vous voulez suivre et embrasser les maximes pures de l'Evangile , ils pour-
ront décocher sur vous, aussi bien qu'ils ont fait autrefois sur le Fils de Dieu, les traits de leur médisance ; peut-être cahmniieront-ils votre changemont d'hypocrisie, de bigoterie, d'artifice ; ils diront que le monde vous a fait mauvais visage, et qu'à son refus vous recourez à Dieu ; vos amis morne pourront s'empresser à vous faire des renior.trancos fort prudentes et charitables à leur avis : Vous tomberez, diront-ils, en quoique humeur mélancoli(iue, vous perdrez votre crédit et votre réputation dans le inonde, vous ne serez plus bon à rien, vous deviendrez insupportable, vous vieillirez avant le temps, vos affaires domestiques en soufl'riront ; il faut vivre au monde comme au monde, on peut bien faire son salut sans tant de mystères, et de bagatelles, etc.
i" Ma Philotbée, dit saint François de Sales, tout cola n'est qu'un sot et vain babil ; si vous étiez du monde, dit le Sauveur, le monde aimerait ce qui est sien : mais , parce que vous n'êtes pas du inonde, il vous hait : laissez-lui donc dire ce qu'il voudra contre vous ; c'est une bonne marque. Passez trente nuits à danser, il n'en dira mot ; retirezvous de lui pour en passer une en prière, il criera que tout est perdu : qui ne voit que c'est un juge le plus intéressé et le plus inique qui fût jamais ? Il est favorable à ses enfants, et il est sévère et rigoureux aux enfants de Dieu : n'est-ce pas acsez pour vous faire mépriser ce qu'il dira de vous ?
2" iNous ne saurions cire bien avec le monde qu'en nous perdant, et n'étant pas bien avec lui, il est impossible que nous le contentions, et qu'il ne dise du mal de vous. Jean est venu, dit le Sauveur, ne mangeant ni buvant, et vous dites qu'il est possédé ; le Fils de l'homme est venu en mangeant et buvant, et vous dites qu'il est Samaritain. C'est ainsi que dit le monde : il est si bizarre et si extravagant, qu'il prend tout de travers. Si, par condescendance, vous vous permettiez de rire et de vous divertir, il s'en scandalisera ; si vous ne le faites pas , il vous accusera d'hypocrisie ou de mélancolie ; il appellera vos gaietés dissolutions, et vos mortifications tristesses ; si vous songez à vos afiaires, il dira que c'est avarice; si vous n'y songez pas, il dira que c'est négligence : vous le savez. Âpres cela, comment s'arrêter à ce qu'il dit ? assurez-vous qu'il vous fera toujours la guerre. Laissons cet aveugle ; qu'il cric tant qu'il voudra comm<> un hibou, pour inquiéter les oiseaux du jour ; soyons fermes en nos desseins, invariables dans nos résolutions. La persévérance fera bien voir comme c'est tout de bon que nous nous sommes donnés à Dieu ; et cependant comme les enfants du siècle sont de vrais aveugles pour les choses de Dieu , comme dit Kotre-Seigneur, cl comme l'expérience nous fait voir, ne nous arrêtons pas plus à ce qu'ils disent louchant les pratiques des vertus , qu'on s'arrêterait aux discours d'un aveugle touchant les couleurs.
î)83 OEUVRES COMPLETES DE M. TRONSON
5" Les gt'ns du monde ayant les démons pour dirccleurs, comme nous l'apprend le saint Apôtre, nous serions bien malheureux de faire cas de ce qui nous est dit par une telle direction, et qui ne tend très-assurément qu'à déshonorer Dieu, et à nous pt-idre. Quelle faiblesse donc de tant alléguer ce dire du monde, et de ne pas servir Dieu, parce que dans le monde on en dirait ceci ou cela ? Ce serait faire un grand tort au Fils de Dieu de laisser là les pratiques de piété qu'il approuve et qu'il veut de nous, parce que les enfants du siècle ne les approuvent pas. Pourriez-vous à l'heure de la mort supiiorler le reproche d'avoir fait plus de cas de l'approbation du monde que de celle de Jésus-Christ, et swiez-vons trouvé sage à la fin de votre vie d'avoir préféré les sentiments de ces fous à ceux de la sagesse incarnée ?
Quel sujet de confusion d'avoir eu tant d'égard au sentiment du monde par le passé ? Dieu de sa part ne vous refusera pas la grâce de mépriser le îuonde, si vous la demandez sincèrement et de bon tœur ; mais que ferez-vous pour y coopérer ?
Troisiî^.me point. Coopération. — i° Vous ticn- <lrez, toute votre vie, pour une des maximes de votre conduite, qu'il ne faut jamais avancer d'un pas pour aucun discours des gens du monde.
2° Prévoyez devant Dieu les occasions particulières que vous aurez dorénavant d'être l'objet des censures et des railleries des mondains, qui ne vous verront jamais dans les pratiques de l'oraison, de la modestie, de la pudeur, de la sobriété, de la vie retirée, qu'ils ne trouvent à redire et n'en fassent cent mauvais discours ; voyez avec la grâce de Notre-Seigneur comment vous vous comporterez en ces rencontres, et soyez bien résolu avec sa sainte grâce d'y être fidèle.
5" Surtout prenez bien une ferme résolution, particulièrement sur le fait de votre vocation, ou pour ce (jui regarde les obligations de votre étal, de n'écouter jamais ce que dira le monde, mais de suivre ce (jue Notre-Seigneur vous fera connaître qu'il désire de vous.