Première partie. — Préparation
\° Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration.
2° Renoncez à vous-même et à vos péchés, et uuissez-vous à Jésus-Christ pour pouvoir être souffert en la présence de son Père.
5° Invoquez son Esprit, et renoncez au vôtre.
Seconde partie. — Corps d'oraison.
PnE5MER POINT. Adoration. — Notre-Seigneur dit dans l'Evangile que le jugement du monde est déjà porté ; mais hélas! quel jugement! un jugement de rebut, un jugement de réprobation, un jugement par lequel il est condamné au feu, avec le monde , et tous ceux qui lui appartiennent. 0 Dieu ! qui, après cela voudrait être de ce monde? Adorez Jésus-Christ
Christ au regard du monoe , et jiour le regarder désormais comme lui-même le regarde , c'est-à-dire comme l'objet de sa haine et de sa malédiction , arrêtez-vous aux trois considérations suivantes :
1° Considérez la contrariété étrange qu'il y a entre le monde et Jésus-Christ , dans les sentiments et les inclinations, dans les lois et les maximes, dans la vie et l'esprit, qui sont tellement opposés qu'il est impossible qu'ils puissent subsister ensemble. Pour la contrariété des sentiments et des inclinations, pesez bien que ceux de Jésus-Christ sont des sentiments de religion envers Dieu , pour procurer sa gloire; de charité envers le prochain, pour le sauver ; d'humilité envers soi-même, pour s'anéantir; d'horreur envers le péché, pour le perdre. Or, les sentiments et inclinations du monde sont diamétralement opposés, puisqu'ils ne tendent iqu'à ravir à Dieu sa propre gloire , à perdre le prochain , à s'établir soi-même ainsi que le péché. Pour la contrariété des lois et des maximes, celles de Jésus- Christ sont : qu'il faut tout quitter pour le Ciel; que le bonheur est dans le dénùment , les souffrances ; que bienheureux sont les pauvres, et malheureux les riches ; bienheureux les alUigés, ef, malheureux ceux qui sont ici consolés ; qu'il faut rendre le bien pour le mal, qu'il faut aimer ses ennemis, qu'il faut pardonner les injures. Et celles du monde sont : qu'il faut être riche , qu'il faut acquérir tout ce qu'on peut , que le bonheur est dans la joie , que bienheureux sont les riches, et malheureux les pauves ; que malheureux sont les allligés, et bienheureux ceux qui sont ici consolés ; qu'il faut rendre le mal à ceux qui font du mal ; que c'est lâcheté que d'aimer un ennemi ; que c'est manquer de cœur que de pardonner, et ne pas se venger : ne sont-ce pas là les maximes du monde ? vous le savez ! Pour la contrariété de la vie et de l'esprit, celui de Jésus est un esprit de lumière, de vérité, de piété, d'amour, de conscience , de zèle , de révérence envers Dieu et tout ce qui le concerne : l'esprit du monde est un esprit d'erreur, d'incrédulité, de ténèbres, d'aveuqui condamne ainsi le monde, et qui , en attendant glemcnt, de méfiance, de murmure, d'impiété , d'irque cette condamnation soit exécutée à la consom- révérence, et de dureté à l'égard de Dieu el des niation des siècles, le regarde toujours comme le choses de Dieu. L'esprit de Jésus est un esprit sujet de sa haine et de sa malédiction, el comme d'humilité , de modestie, de patience , de mortificaune chose qu'il a dessein de détruire au jour de sa vi^n , Je défiance de soi-même; l'esprit du monde fureur ; c'est pour cela qu'il en relire ses disciples, («si un esprit d'orgueil , de présoniplion, d'amour déde peur qu'ils n'y périssent ; et il déclare encore sordonné de soi-même ; l'esprit de Jésus est un
hautement, de peur qu'on ne s'y trompe, qu'il n'y
a pas un seul de ses élus qui soit du monde , et que
ni lui , ni son royaume n't'ii sont Ipoint pareille-
' ment. Admirez ce grand dégagement et cette grande
esprit de miséricorde, de charité, de douceur, et d'union avec le prochain; l'esprit du monde est un esprit de vengeance, d'envie, de colère, de division ; enfin, l'esprit de Jésus c'est l'esprit de Dieu, esprit
opposition au monde qu'il fait paraître, en ne souf- saint et divin, esprit de toute sorte de grâces, de
vertus, de bénédictions ; esprit do paix el de tran- (luillité , esprit ([ui ne cherche que les inlérêls de Di(!u ; l'esprit du monde est l'esprit de Satan ; car Satan étant le jjrincc et le chef du monde, il s'ensuit nécessairement que le monde est animé et régi de son esprit; esprit terrestre , charnel , animal;
franl pas même que ses amis y demeurent. Louezle, bénissez-le, aimez-le, remercicz-l(! pour les instructions admirables qu'il vous a données souvent sur ce sujet.
Deuxième point. Communion. — Pour mieux entrer dans les scnlimenls et inclinations de Jésus-
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esprit de toute sorte do pêches et de malédiotions ; d'appartenir à Jésus -Christ, de préférer les saiiit«'s
esprit de trouhic et d'iiupiiétude, d"ora{;e et de lein- maximes et vérités qu'il nous a laissées dans son
pèto : Spiriius j)r6ff//r/r«m ; esprit qui ne cherche Évangile, aux pernicieuses maximes et faussetés dent
que ses propres* commodités, contentements et in- le monde fait leçon à ses disciples, et que nous de-
térèts. Voilà l'esprit qui vous conduit, si vous êtes vons sans cesse condamner; enfin, d'avoir autant de
du monde ; jugez maintenant s'il est possible qu'il compatisse avec l'esprit et la vie chrétienne , qui n'est autre que l'esprit et la vie de Jésus.
â» Considérez les suites de cette contrariété, elles sont étranges ; car il arrive que le monde ne peut se soumettre à Jésus-Christ ; qu'il le persécute , le crucifie incessamment , et qu'il le persécutera et le crucifiera jusqu'à la fin du monde ; c'est lui qui crie
sans cesse : Ao/iu»ms Iiuuc regtiare super nos
{Luc. XIX, li.) Noti habemus regem uisi Ca^sarem
(Joan. XIX, 15.) Nos legem habemus, et secundum lefcr.. rwstram débet mari.... {Ibid., 7.) Crucifige, criicifi(fe eum. [Ibid., io.) Ecoutez bien si ce nest pas en substance ce que le monde vous dit tous les jours ; assurez-vous qu'il ne sera jamais content , (ju'il n'ait mis à mort en vous le Fils de Dieu ; c'est là le testament du monde, dit V Ecclésiastique ; c'est la commission qu'il donne à ses enfants, c'est la déclaration de sa dernière volonté : Testamentum liujus niundi , morte m^orietur. {Eccli. xiv, 12.) Youdriez-vous bien avoir encore quelque commerce avec un ennemi si irréconciliable du Fils de Dieu? Et de là vient aussi que Jésus ne veut point régner sur le monde , et qu'il l'a laissé à la puissance et à la conduite du démon : Regnum meum non est de hoc mundo (Joan. xviii , 56), dit-il lui-même; et parlant du démon, il l'appelle princeps hujus mnndi. (Joun. XII, 51.)
3° Considérez que la conclusion que vous devez tirer des deux considérations précédentes, est que, si vous désirez être vraiment Chrétien, c'est-à-dire appartenant parfaitement à Jésus-Christ, et vivre de sa vie, être animé de son esprit, et vous conduire par ses maximes; si vous désirez véritablement être au nombre de ses enfants, avoir part à son héritage et au paradis, c'est-à-dire n'être point damné pour toujours, et être bienheureux à jamais dans le ciel, il faut que vous preniez sur vous de renoncer entièrement au monde, et de lui dire un éternel adieu.
C'est à quoi vous avez eu de la peine jusqu'à prcscnîi; vos engagements vous y arrêtent; vos prétentions vous y retiennent, et vos plaisirs, vos passions ne vous ont point permis de quitter le trop grand commerce que vous avez avec le monde : confondezvous-en devant Dieu; demandez-lui pardon d'avoir eu tant de peine de rompre avec son ennemi; désirez de le faire à l'avenir : demandez -lui-en la grâce.
Troisième point. Coopération. — l*' Résolvez-vous de quitter le monde, ou au moins d'y vivre en Chrétien, c'est-à-dire de faire une profession publique, généreuse et constante, de ne vous point conduire par son esprit et par ses lois, de n'avoir plus de honte, mais au contraire de faire saintement gloire d'être.
courage et de fermeté pour vous départir généreusement des lois, des sentiments et inclinations du monde, et pour mépriser tous ses vains discours et ses trompeuses opinions, qu'il fait paraître de témérité et d'impiété à mépriser les lois et les maximes chrétiennes, aussi bien ceux qui les suivent.
2" Comme il est difficile d'être dans le monde, sans être du monde, résolvez -vous de bitn examiner si vous avez assez de force pour n'être point emporté par le torrent de sa corruption, et voyez si Dieu peut-être ne vous voudrait point dans une autre sorte de vie, ou dans un autre état, dans lequel, n'ayant point tant de commerce avec le monde , vous ne seriez pas dans un si grand danger de vous perdre.
5° Si vous vous sentez trop faible dans l'état où vous êtes, pour résister au monde, et condamner ses maximes, résolvez-vous d'en prendre un autre ; car c'est une marque qu'il vous veut dans un autre état, que la conviction qu'il vous donne que vous ne saunez vous sauver dans celui où vous êtes. Toutefois, ne faites rien sans consulter votre directeur.