‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 230 sur 303 · NEUVIEME JOUR · texte numérisé non relu

NEUVIEME JOUR

que, comme Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus, ainsi vous avez une obligation très-étroite de ne plus mourir au péché après que vous êtes ressuscité à la grâce. Adorez Jésus-Christ en sa résurrection, vivant pour jamais, qui vous donne cette instruction par son état. Sospitantis Domini verba sunl Cl docentis, cnrantis, et pariter monentis : « Ecce, inquil {Joan. v, 14), sanns factus es, jam noli pcccare, ne deterius quid tibi fiât ? » (Cvprian.) Admirezle dans la gloire de sa nouvelle vie ; remerciez-le de la grâce qu'il vous a faite de vous y donner part, et de vous donner aussi les moyens nécessaires pour vous y maintenir.

Deuxième point. Communion. — Pour vous obliger à apporter toutes sortes de précautions pour, éviter la rechute dans le péché, vous examinerez ici les grands sujets de craindre que doivent avoir tous ceux qui, s'étant relevés par une bonne pénitence, retombent ensuite dans le péché, et se laissent aller derechef à leurs premiers égarements. 11 y en a trois qui sont considérables, et que les saints nous marquent; ils regardent le passé, le présent et l'avenir.

Le premier, qui a rapport au passé, est qu'en retombant dans le péché vous perdez le fruit de toutes vos pénitences passées, vous rendez toutes les peines que vous aviez prises pour sortir du péché inutiles pour le salut, et toutes vos conversions précédentes deviennent suspectes. Ce sont les réflexions que font les saints sur les misères de celui qui retombe. A quoi vous sert la pénitence et toutes vos œuvres laborieuses, dit Pierre de Blois, si vous retournez ensuite à votre vomissement? Si l'un édifie et que l'autre détruise, dit le Sage, il n'en res:o rien que de la peine. Quid prœdicta omnia proderunt pœnitenti, si ad vomitum revertatur? Verbum Sapientis est {Eccli. xxxiv, 28) : « Vnus œdificans, et mms destruens, quid est nisi labor? »

La pénitence est inutile, dit saint Augustin, qui est ensuite souillée par le péché. Inanis est pœniteutia quam sequens coinquinat culpa. Une plaie qu'on ouvre derechef est bien plus difficile à guér'r. Ainsi , celui qui pèche après avoir pleuré son péché ne mérite plus qu'on lui pardonne. A quoi servent les pleurs et les gémissements , dit le même saint , si ensuite on retombe dans le péché? On ne peut pas bien demander pardon d'un péché, et le commettre de nouveau. Si vulnus iteratur, sanatur tardius : sic lugens et peccans veniam non meretur. Nihil prosunt lamente, si replicantur peccata ; nec valet de malis veniam petere, et mala dentio iterare. La pénitence de ceux qui continuent à commettre le péché est inutile, et c'est

Notre-Seigneur puise dans le sein de son Père, de se salir davantage que de se laver, pour retourner

toute éternité, et qu'il reçoit avec gloire en son humanité au jour de sa résurrection. Considérez que celle vie est appelée, par les saints Pères, une vie de résurrection, une vie de gens ressuscites, une vie d'éternité, pour vous apprendre que vous devez apporter tous vos soins pour ne >la perdre jamais ; et

ensuite à ses ordures, dit saint Grégoire. Qui admissa plangunt nec tamen deserunt, sciant quia flendo inanitcr se mandant, qui vivendo se nequiter inqiiinant; cum idcirco se lacrymis lavant, ut mundi ad sovdes redeant : Unde « sus Iota in votulabro luti (// Petr. H, 22), i cum lavatnr sordidior reddilur. F^a

vra'.e confession cl la vraie pciiitencc, c'est de se repentir, en sorte qu'on ne retourne plus dans les péchés dont on se repent, dit saint Bernard, et c'est là, dit saint Grégoire, ce que l'on appelle faire pénitence. Pœnitentiam agere est et perpetrata rnala plangere, et plancjenda non perpetrare... Nam qui sic alia déplorai, v.t alia commiitat, adliuc pœtiitcnliam agere aut dissimulât, aut ignorât, y oWh le sentiment des saints ; faites-y bien réflexion, et prenez bien garde de ne vous pas mettre en état, en retombant dans le péché, de douter de toutes vos pénitences passées, et de perdre le fruit de tout ce que vous avez fait.

Le second sujet de crainte, et qui regarde le présent, est que, si vous retombez dans le péché, après vous en être relevé, le crime que vous commettez en devient beaucoup plus grand, parce que vous le faites après avoir reçu plus de grâces, ainsi votre ingratitude est plus signalée; vous le faites avec plus de connaissance , ainsi il y a plus de malice ; ayant été dans le péché, et ensuite dans la grâce, ayant goûté de l'un et de l'autre, et ainsi sachant par expérience ce que c'est que le péché, et ce que c'est que la grâce, et ce que c'est que d'être esclave du démon, et ce que c'est que d'être enfant de Dieu ; si , après cela , vous retombez dans le péché, vous faites bien connaître que vous le préférez à Dieu même, et que vous l'estimez meilleur, puisque vous vous donnez derechef à lui, et que vous le faites triompher de Jésus- Christ dans votre cœur. N'est-ce pas là un crime énorme, et plus abominable que l'on ne pense? Qui admissum plangit nec tamen deserit, graviori culpœ

se subjicit, quia veniam contemnit et quasi in lu-

tosa aqua se ipsum volvens... ante Dei oculos sordidas ipsas lacrymas facit. (S. Grec.)

Le troisième, qui regarde l'avenir, c'est que si »n retombe dans le péché après en avoir fait pénitence, il est bien difficile qu'on se relève : c'est la cause de la damnation presque universelle de tous les hommes ; on en voit peu que Dieu damne pour le premier péché ; il y en peut avoir quelques-uns, cependant cela est rare , mais quand on retombe, on s'en relève difficilement, pour trois raisons : de la part de Dieu, qui ne donne plus tant de grâces, quand

un quatrième, qui est la coutume, etqui est d'autant plus difficile à surmonter que tous les autres, qu'il assoupit le cœur, qu'il cache le péril où l'on est, et qu'il donne même inclination à rendre les armes et à se laisser vaincre. L'n péché qui n'est pas aussitôt eff'acé par la pénitence, entraîne bientôt dans un autre par son propre poids : ainsi on va d'abîme en abîme, de vitio rotant in vitium ; et enfin on tombe dans la coutume, de la coutume dans la nécessité, de la nécessité dans le mépris, du mépris dans le désespoir, du désespoir dans l'enfer et la damnation éternelle. Deus prius dulciler vucat, postmodum terribiliter, et ad extremum irretractabiliter damnât. (S. Grec.) N'est-ce pas assez pour vous faire craindre la rechute dans le péché, et pour vous obliger d'apporter tous vos soins à l'éviter? Confondez-voMS devant Dieu d'avoir été si misérable que d'être retombé si souvent dans le péché, après même vous en être confessé et en avoir fait pénitence ; demandez-lui pardon du passé, et la grâce de n'y retomber jamais en toute votre vie.

Troisième poirr. Coopération. — 1° Résohezvous d'ôter les causes de la rechute. 11 y a trois choses ordinairement qui font que l'on retombe dans les maladies du corps, et qui sont cause aussi de la rechute dans les maladies de l'âme : quand on pense être guéri, et qu'on ne l'est pas tout à fait ; quand on commence à se mieux porter, et qu'on ne se conserve pas assez : on prend trop tôt l'air, on ne fait pas assez d'abstinence, on s'expose trop aux occasions ; quand on ne veut pas suivre le réunie et user des préservatifs que le médecin avait ordo-<nés. Voyez à ôter ces obstacles, et à vous dégager de ce que vous verrez en cela vous pouvoir faire retomber dans le péché.

2° Résolvez-vous de vous défier sans cesse de vousmême, et dans cette défiance, de fuir toutes les occasions du péché, et d'en éviter toutes les approches.

3° Dtmiandez souvent à Dieu la grâce de ne poini retomber, et fréquentez pour cela les sacrements.

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