‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 233 sur 303 · DIXIÈME JOUR · texte numérisé non relu

DIXIÈME JOUR

De l'imporlance de l'oraison mentale.

l" Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte tic foi et d'adoration.

i" Renoncez à vous-même, et donnez -vous à Notre-Seigneur

5° Demandez son Esprit, et renoncez au vôtre. Seconde partie. — Corps d'oraison.

Premier point. Adoration. — Considérez quel a clé l'amour et laitrail de Noire-Seigneur pour l'oraison.

Il ne s'est pas contenté d'y employer les jours, il y a passé même les nuits tout entières : Pernoctabat in oratione Dei. {Luc. vi, 12.) Il s'y est appliqué non-seulement dans le temps des caresses de son

son, et à la lidélité qu'il a fuil liaraître pour cet exercice pendant sa vie. H a prié Dieu son Père vooaleineni de temps en temps; et TEvangile même nous rapporte quelque chose de ce qu'il disait dans ses prières ; mais sa principale occupation était celle de l'oraison menlale, qu'il n'a jamais interrompue, et qu'il a même voulu enseigner à ses disciples au vi' chapitre de saint Mallhieu (vers. 6), selon l'interpré- (ation (les saillis Pères : T«ou/c»H, cuni oravcris, intra iu cubicnlitm, et clauso ostio , ora in abscondito. Comme celte dernière sorte d'oraison est la plus importante, celle qui est ordinairement la moins connue, et dont on s'occupe le moins , c'est celle aussi à laquelle je crois qu'il est plus nécessaire que vous pensiez à présent, pour reconnaître combien vous devez vous y affectionner par-dessus tout, et pour cet effet appliquez-vous aux considérations suivantes :

{" Considérez la nécessité de celle oraison mentale ; elle est appuyée sur l'obligation absolue qne nous avons de prier. Dieu veut que tous les hommes le prient, et il le veut si absolument, qu'il attache) ordinairement à la prière la grâce de la persévérance et du salut. Voulez-vous savoir, dit saint Grégoire de Nysse, ce qui fait que l'homme tombe dans le péché? C'est le défaut de prières ; et les saints Pères reconnaissent que la prière est la voie ordinaire par laquelle la grâce nous est communiquée. Or, le moyen de bien prier sans la méditation qui arrête l'esprit, ou (|ui l'applique à ce qu'il fait? On peut bien réciter quelques prières, et prononcer quelquefois de longues oraisons; on peut dire de temps en temps le chapelet, ou lire dans ses heures : mais avec tout cela, il est très-rare qu'on prie Dieu, parce qu'au fond, on ne pense point à ce qu'on fait ; on a une certaine routine, on se forme une certaine habitude, que de cent fois qu'on dira le Pater, VAve, le Credo, le Con-

fère, mais encore dans le temps de ses plus grands fiteor, qu'on se mettra à genoux le soir, qu'on fera

délaissements : Factns in agonia prolixius orabat. {Luc. XXII, 43.) Non-seulement il l'a continuée pendant le cours de sa vie, (jui s'est passée toute en prières, sans que ses autres occupations l'aient jamais interrompue, car il était toujours en la présence de son Père, lui rendant ses devoirs, et lui demandant ses grâces : mais même à la mort, et en ex()iranl : Cum clamore valida et lacrijmis offercns. {Hebr. V, 7.)

Enfin après sa mort même : Semper vivens ad interpellandum pro nobis. {Hebr. vu, 25.) 0 l'admirable exemple de l'assiduité et persévérance qu'on doit apporter à la prière! Adorez Noire-Seigneur qui vous le donne ; qu'il est aimable dans cet étal de suppliant, où il s'est mis pour votre amour! Mais quelles actions de grâces ne lui devez-vous poinl pour ce qu'il vous a mérité par ce continuel exerciec de l'oraison? Arrêtez-vous un peu à lui rendre ici vos devoirs.

Deuxième point. — Communion. Tâche/, de prendre pari à l'amour que Nolre-Scigueur a eu pour L'orui-

la prière avant et après te repas, à peine penserai-on à Dieu une fois bien sérieusement. Que si queh quefois on y pense, ce sera pour un moment, et aussitôt l'âme s'échappe, le cœur s'épanche, l'imagination s'en va d'un côté, l'esprit de l'autre, et on ne pense à rien moins qu'à ce qu'on fait ; dissipations i'n''quentes, distractions presque continuelles, point d'application à Dieu. En vérité, peut-on qualifier cela du nom de prières, ou plutôt n'est-ce pas une continuelle irrévérence ? ou bien si c'est une prière, ce n'est point une véritable prière de Chrétien, qui est eu exécration ; mais c'est une prière de Juif : Populus hic labiis me honorât, cor autem longe est a me. {Matlh. xv, 8.) Prière fausse et maudite, qui irrite Dieu au lieu de l'apaiser, qui attire sa malédiction au lieu de sa bénédiction ; et qui, au lieu de sanctifier, ne sert qu'à rendre coupable celui qui en use de la sorte. Et oratio ejus fiât in peccatum. <Psal. cviii, 7.) FU oraiio ejus erit exsecrabilis. (Prov, xxviii, y.) Voilà, ce (|ue nous remarquons presqu'^n tous ceux qui n'ont point Kexercice de la méditation, et

qui ne s'appliquent point à l'oraison mentale ; voilà ce que nous n'avons que trop connu par noire propre expérience, et voilà ce qui nous doit apprendre, qu'à moins que nous ne nous exercions à la méditation, et que par ce moyen nous ne nous accoutumions à la présence de Dieu, à nous tenir en respect devant sa majesté, à fixer notre esprit, notre cœur et toute notre âme : nous ne prierons même jamais bien Dieu vocalement. C'est à quoi vous devez bien penser, et ce qui vous doit servir de premier motif pour vous faire connaître l'importance de l'oraison mentale.

2° Considérez que l'oraison mentale est si utile que , quelque grand pécheur que soit un homme , quelque abandonné qu'il soit dans l'excès du désordre , quelque longue et forte habitude qu'il ait contractée dans ses crimes : s'il s'applique à cet exercice, et qu'il soit fidèle à le bien faire, il sera bientôt converti à Dieu , et si parfaitement changé , que dans l'heureux dégagement de tous ses biens, il aura du moins autant d'amour pour la vertu qu'il en avait auparavant pour le vice. Car le moyen de penser, souvent et sérieusement, à la laideur épouvantable du péché, aux châtiments terribles qui l'accompagnent, aux misères effroyables qui le suivent, h l'horreur des peines qui sont préparées pour le punir en l'autre vie, à ces siècles brûlants, cette éternité embrasée , et cette infinité de supplices qui ne seront pas capables de l'expier ; le moyen, dis-jc, deVepasser souvent sur ces matières, de les rappeler souvent dans son esprit, d'y appliquer son cœur, d'y penser et repenser tous les jours , aussi bien que mille autres non moins utiles , comme on fait dans l'oraison mentale , sans se dégager tout à fait du péché? Cela est impossible, il faut de nécessité que l'âme quitte le péché, ou qu'elle abandonne l'oraison : Qui baculum orationis jugiter lenet , non offendet : sed et si offendere eum contigerit , non peuilus cadet, (S. Joan. Climac, grad. 28.) C'est dans l'oraison mentale principalement que l'on goûte Dieu, et c'est là où l'âme fait ce que dit le Prophète: Coûtez et voyez combien le Seiijneur est doux iPs. xsxiii, 6); c'est là qu'elle est rassasiée des torrents de voluptés; c'est là, où ayant' goûté la suavité de son esprit, elle n'a plus garde de retourner aux joies de la chair, ((ui lui sont à dégoût : Custato Spivilu desipil omnis euro. Enfin, comme par la méditation elle s'élève souvent à Dieu, elle trouve en lui une force toute divine , par le moyen de laquelle elle résiste aisément au péché, elle est affermie au milieu des tentations, comme un rocher au milieu de la lonq)ète , rien n'est plus capable de l'ébranler, voilà les avantages que l'oraison mentale donne aux pécheurs pour les délivrer de leurs crimes, qui est le second motif (|ue vous devez méditer pour vous convaincre de l'obligation que vous i\ei de vous y appliquer.

5" Considérez que l'oraison mentale est le meilleur moyen (|ue vous puissiez prendre, pour conserver |3S fruits de votre retraite, pour vous aff(Minir dans

vos bonnes résolutions , et pour vous mettre en état de persévérer dans la vertu, qui est ce à quoi vous devez à présent travailler par-dessus tout. Car, par le moyen de l'oraison n)entale , vous acquerrez de la force contre les tentations ; et la grâce se trouvant en vous plus abondante pour les raisons que nous venons de dire, vous stîrez plus ferme à vous maintenir contre les attaques de l'ennemi. Ensuite la conversation fréquente que vous aurez avec Dieu dans l'oraison mentale , vous sera un nouvel engagement pour lui tenir parole, et pour ne pas manquer aux promesses que vous lui avez faites de le servir. Ajoutez que par ce moyen vous vous détacherez petit à petit des choses de la terre ; elles ne vous serviront plus de pierre d'achoppement , et vous parviendrez à un état que vous n'aurez point de plus grande joie que de vous appliquer aux exercices de piété.

Examinez-vous sur le peu d'amour que vous avez eu pour l'oraison mentale. Peut-être n'avez-vous jamais connu son excellence , et que Dieu ne vous avait pas donné la pensée de vous y exercer : mais peut-être aussi en avez-vous eu très-souvent la pensée , et que vous n'avez pas voulu vous y assujettir. Quoi qu'il en soit, regrettez d'avoir passé tant de temps sans vous être servi d'un moyen si avantageux pour le salut ; confondez-vous-en devant Dieu ; demandez-lui pardon de la faute qu'il pourrait y avoir de votre part. Priez-le de vous donner amour pour l'oraison , et fidélité pour n'y manquer aucun jour de votre vie.

Troisième point. Coopération. — 1° Résolvezvous de ne laisser passer aucun jour sans faire au moins une demi-heure d'oraison mentale ; et pour n'y point manquer, ayez une heure déterminée , et, s'il se peut , le matin aussitôt après que vous serez levé.

2° Si vous ne pouvez faire votre oraison à l'heu.e que vous aurez marquée , ne l'imiettez pas pour cela tout à fait : mais reprenez quelque autre heure, de même que vous faites pour riieiire de votre repas.

5" N'omettez jamais votre oraison pour les affaires : mais, au contraire, tâchez pour lors d'en faire davantage; car connue le corps a plus besoin de nourriture dans le temps qu'il travaille davantage : ainsi en est-il de l'ànie ; c'est ce que fit Notre-Seigneur: f'acfMS i}i agonia prolixius orabat. {Luc. xxii, .43.)

Tnoisii.MF, PARTIE. — Conclusion.

\" Uemerciez ; 2" demandez pardon ; ">" offrez.

IJouQiioT SPiuiTUKL. — Opoitct sniipcr oraïc et nuu ilcficerc. {Luc. xviii, t.)

De lu nécessité d'un directeur.

Pricmière PARTIE. — Préparation.

1 " Mettez-vous on la présence de Dieu par un acte de foi et dadovation.

RETRAITE ECCLESIASTIQUE. — DIXIEME JOUR

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2" Reconnaissez- vous indigne de paraître devaiil lui , si €e ncst en la personne de son Fils ; el pont: cela renoncez à vous-même, el donnez-vous à Jésus- Christ afm qu'il vous revête de lui.

5° Invoquez son Esprit et renoncez au vôtre. Seconde partie. — Corps d'oraison.

Premier point. Adoration. — Considérez que la conduite ordinaire de Dieu sur nous en cette vie, est que nous soyons soumis les uns aux autres, et que les hommes dépendent des hommes pour leur con»duite. Il pourrait nous diriger lui-même immédiatement,comme il conduisait Adam dans l'état d'innocence ; ou même il pourrait nous conduire par le ministère des anges ; mais, soit qu'il ait voulu punir notre désobéissance et abattre notre orgueil ; soit que, comme dit saint Augustin, il ail eu dessein par cette voie, d'entretenir la liaison qui doit être entre les hommes ; soit que, par un effet de sa condescendance paternelle, il ait pris ce moyen, comme plus conforme à notre infirmité, il veut que chaque homme ait un autre homme pour sa conduite. Admirez sa sagesse éternelle dans la suavité de cette conduite ; adorez cette même sagesse incarnée, qui, pour en donner un exemple en sa personne, a voulu être conduite par le ministère de la sainte Vierge et de saint Joseph, que le Père éternel lui avait donnés pour directeurs. Etonnez-vous de le voir tellement soumis à leur direction que, quoiqu'il fût plein du Saint-Esprit, et que ce grand et souverain directeur des âmes ait pris un soin particulier de sa conduite, il attendait néanmoins qu'il lui fît connaître par leur ministère ce qu'il devait faire, et se soumettait absolument à cette manifestation extérieure des volontés de I>ieu son Père. Oh ! qu'il est aimable dans cet étal ! Bénissez-le, louez-le, aimez-le, remerciez-le de ce divin exemple qu'il vous doime, pour ne vous peint fier à vos lumières, et pour vous soumettre absolument à la conduite de quelque saint directeur.

Deuxième point. Communion. — » Pour vous bien convaii\cre de cette obligation que vous avez de prendre un directeur, et de vous soumettre entièrement à sa conduite, considérez que la nécessité en est si grande qu'elle est absolue, universelle, indispensable. Pesez bien seulement ces trois mots, car ils vous apprendront combien il y a à craindre pour ceux qui n'ont point de directeur, et qu'en quelque état que vous soyez, vous ne sauriez vous en dispenser, sans vous exposer évideunuent à vous perdre.

1" La nécessité en est absolue, car dans l'état d'infirmité, d'aveuglement et de misère où nous sommes, il est moralement impossible que l'on puisse se sauver sans directeur. Opus est nobis auxilio prœler Ipsum Deum, opus est aliquo eliam (fui nos modcretur et gubernct (S. Douoth.) L'affaire du salut, disent les saints, est une science et des plus difficiles qu'il y ait ; il faut donc un maître qui nous l'apprenne, et qui nous préserve de l'erreur. Nec ipse le

doceas, nec sine doctore iuyrcdiaris vtam quam nunquam infjressus es. (S. IIieuon.) C'est une navigation, mais des plus dangereuses ; il faut donc un pilote qui nous dirige, et qui nous garantisse du naufrage. Consitii expers similis est navigio redore carenti. (S. Basil.) C'est un chemin, mais des plus embarrassés ; il faut donc un guide qui nous conduise, et qui nous empêche de nous égarer. Sicul cœcus sine ductorc, sic Iwmo sine doctore rectam viam vix gradilur. (S. AuGusT.) Si In qui sunt ignari locorum, cum sotertibiis viarum iter adoriri gestiunt ; quanto magis adolescentes cumsenibus debent novum sibi iter aggredi, quominus crrare possint et a veto tramite virtutis deflectere. (S. Ambr.) C'est-à-dire, en un mot, qu'il faut absolument un directeur, sans cela, dit saint Dorothée, point de salut : Nec aliter licet salvari ; sans cela, dit saint Vincent Ferrier. n'attendez pas même qu'il vous donne la grâce : Imo amplius dico quod nunquam suam gratiam ministrabit, si non hubet a quo possit institui, et deduci, et non curât alterius ductum amplecti. Et sans cela, dit Cassien, n'attendez pas aussi qu'il vous découvre jamais la voie de la perfection. Nulli a Domino viam perfectioriis ostendi, qui habens unde valeat erudiri, doctrinam seniorum et instituta contempserit, parvi pendens illud eloquium : interroga patrem tuum et annuntiabit tibi. 2° Considérez comme la nécessité d'un directeur

est universelle ; car il est nécessaire à toutes sortes de personnes, à chaque personne ; nécessaire, dans toutes sortes de temps, dans chaque temps ; nécessaire pour toutes sortes d'actions. 1» Il est nécessaire à toutes sortes de personnes, en quelque état qu'elles se rencontrent, soit qu'elles commencent, soit qu'elles avancent, soit qu'elles aient déjà fait de grands progrès dans la vertu, et qu'elles se trouvent au rang des parfaits, elles ont toujours besoin de quelqu'un qui les conduise. Les commençants, qui sont dans la vie purgative, en ont besoin pour se purifier ; car comme ils ne connaissent pas eux-mêmes toutes leurs maladies, et que tous les jours chacun se trompe en ce qui !e touche, comment pourraient-ils eux-mêmes se guérir ? Jllud (irmissime tenendum est, difficillimum esse se ipstim cognoscere et curare, proptcrea quod naturaliter quisque seipsum omet. (S. Basil.) Et quand même ils ne se tromperaient point, et qu'ils pourraient connaître leurs maladies et leurs infirmités, ils ne pourraient pas y apporter efficacement de remède, parce que, ou ils ne prendrcnt point les remèdes qui leur seront les plus propres, ou, s'ils prenrcnt les plus propres, ils ne garderont jamais le juste tempérament et la médiocrité qui y est nécessaire, mais seront toujours en danger d'en faire trop, ou de n'en faire pas assez; ou enfin ils en arrêteront l'effet par le mélange presijue inséparable de la propre volonté qui les corrompt. Qnid prodest scire valctudinis causum, si ne scis medicinam ; aut quidjuvat nosse auxilium sanilutis , si nulla sit compcsccndi cura laboris ? [S. ValeuiAN.) Pesez bien ces considérations, et vous verrez

lOîl ŒUVRES COMPLETES

couibion Icdirocleur est nécessaire à ceux qui cominenceiil, pour les purifier. Il est aussi nécessaire à ceux qui conimencenl, pour les éclairer ; autrement ils ne manqueront jamais de s'égarer et de se perdre ; car les voies du salut et de^E^angiIe sont étroites, et si étroites et si dilTiciles, dit saint Jérôme, que peu les trouvent, peu y entrent, et très-peu y persévèrent. Pauci inveniunt, pauciorcs intraul, paucissimi persévérant. Il n'en est pas du chemin de la vertu comme de ces grands cheriiins qui sont dans le milieu des plaines et des vastes campagnes ; tout le monde y marche en assurance, rarement on s'y égare, et(juand même on se serait égaré, on s'en aperçoit aisément, et aisément on se retrouve. Le chemin du salut, disent les saints, ressemble à ces petits sentiers sur le haut des montagnes : Virtus habitat in rnpibus difficilem ascensum habeniibus (S. Clem. Alex. ) : qui sont de toutes parts bordés de précipices ; Viam incedimus auijustam, et utrinque prœcipitiis obnoxiatn, pedumque simul duornm non capacem. (S. Ciirvsost.) A peine y fait-on deux.pas en îissurance, et sans se mettre en péril de la vie, et à peine y remarque-t-on au5si les traces qu'on doit y suivre : Arcta via, trames slrictœ , scopulosœ semitœ , meatns difficiles. (S. Cypr.) Ainsi les égarements y sont fréquents, périlleux et difficiles à réparer, et voilà les trois raisons qui obligent à prendre des guides dans les voyages, et qui nous montrent combien le directeur est nécessaire à ceux qui veulent avancer. Enfin le directeur n'est pas moins nécessaire pour la perfection, car la perfection consiste à faire la volonté de Dieu, et à la faire parfaitement ; or pour la faire parfaitement, il faut tacher de la faire comme les saints dans le ciel, ç'est-à-dire la faire en tout, la faire sans mélange de propre volonté, et la faire nécessairement, et c'est ce que nous trouvons dans la soumission au directeur, et ce qui nous apprend comme il est nécessaire à toutes sortes d'états. 2° 11 est aussi nécessaire à chaque personne dans toute sorte de temps : car autrement il nous en arrivera comme aux feuilles, dit le Sage, qui, après un peu d'éclat, tombent par terre et sont foulées aux pieds, c'est'-à-dire si nous n'avons point de directeur, nous ne manquerons jamais de nous perdre en quelque état que nous soyons: Dicitur in Proverbiis: Qnibus non est (jubernatio decidunt ut folia, et foliutn in principio semper est viride, semper jucundum et delectabile ; poslmodum vero paulatim languet etarescit, ac v;ox decidit, unde contcmnilnr ac conculcatur. Pari modo se habet homo qui a nemine gubcrnalur aut regilur ; principio quidem fervens ad jejnnia, ad vigi- Uas... et cœtera liujtis modi bona ; deinde vero fervore iUosensimexstinclo, si nullum habiierit qui ctmo. deretur eum et fervorem exstinctum excitet . . . is prucul diibio seu arefactus ac desiccatus cadit atque in multos errores et peccula perfacite dvlabitur, et ab hostibns snsquedeque raplatnr et ludibrio exponilur. (S. DouoTH.) Considérez ici l'exemple de ce solitaire oui, après avoir passé cinriuantc années en solitude,

dans une vie toute miraculeuse, mourut miséralde et réprouvé pour n'avoir point eu de directeur ; c'est ce que Cassien rapporte avec plusieurs autres exemples, pour nous faire connaître que le directeur est nécessaire en tout état et que sans cela, le démon fait tout ce qu'il veut d'une personne. 5° 11 est aussi nécessaire pour toutes sortes d'action. Nous n'en avons que de trois sortes : les unes commandées, les autres conseillées, les troisièmes indifférentes ; or, pour les commandées, le directeur nous encourage, et nous fait surmonter les difficultés qui s'y rencontrent ; il nous règle le temps, la manière, et plusieurs autres circonstances, nécessaires pour les bien faire. Il fait que l'action est plus excellente par le mérite de cette double obéissance. Pour les conseillées, il y a de certaines circonstances où il n'est point à propos de le's faire, où elles ne seront plus conseillées à certaines personnes, le directeur est donc nécessaire pour déterminer le temps et les occasions où il est expédient de les faire. Pour les indifférentes en elles-mêmes, elles changent tellement de face selon les diverses rencontres, (ju'étant tantôt bonnes, tantôt mauvaises, un jour utiles, et un autre nuisibles ou périlleuses, il n'y a personne de bon sens qui puisse s'assurer dans une si grande variété, ni qui puisse de soimême, et sans directeur, prendre un fondement assuré pour sa conduite.

3° Enfiji, considérez comme la nécessité d'un directeur est non-seulement absolue et universelle, mais indispensable à votre égard. C'est ce que vous connaîtrez nettement, si vous considérez ces trois principes : 1° que c'est la conduite ordinaire de Dieu, non-seulement dans le temps où nous sommes, mais dès les premiers siècles de l'Eglise, de conduire les hommes par les hommes. Ainsi les Ambroise, les Arsenne, les Jean Damascène, les Jean Climaque, les Dorothée, en un mot tous les saints, dit saint Vincent Ferrier, ont été conduits par cette voie. Hanc viam tenuere omnes sancli, et breviter omnes qui ad perfectionem tendunt. 2" Si Dieu quelquefois en a dispensé quelque personne, il ne l'a fait que rarement, et encore ne savons-nous point qu'il l'ait fait jamais qu'après avoir fait beaucoup de miracles et de prodiges, pour autoriser celte dispense ; 3° ceux même qu'il a dispensés de la sorte, il ne les a dispensés que lorsqu'il n'y avait personne pour les conduire ; ainsi, quand une personne ferait autant de miracles que d'actions, sa sainteté sera suspecte, si, pouvant avoir un directeur, elle n'en a point.

Examinez à présent si vous n'avez pas sujet de vous confondre, de vous être si souvent conduit vous-même. Demandez-en pardon à Dieu ; priez-le de vous assujettir à la conduite d'un bon directeur, sans l'avis duquel vous n'entrepreniez jamais rien en toute votre vie.

TuoisiîiMi-; POINT, Coopération. — \" Résolvezvous de prendre un Imui directeur, et celui que vous

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RETRAITE ECCLESIASTIQUE. — DIXIEME JOUR. ^^^' '

croirez vous devoir porter davantage à la pcrfeo- sainte Mère, tâchez de vous convaincre de robli^^aljy„. lion très-grande où vous êtes, d'avoir pour elle une

2" Pour ne prendre que celui que Dieu voudra, irès-pariiculière dévotion, demandez-lui beaucoup auparavant. l» Son excellence et sa dignité vous y obligent. Car

.V Quand vous en aurez pris un, ouvrez-lui votre si vous considérez son élal, elle est Mère de Dieu, et

en cette qualité, c'est la plus proche de Dieu d'entre toutes les pures créatures : rien de plus noble ; elle est épouse du Père, elle est Mère du Fils, cUe est le sanctuaire le plus achevé du Saint-Esprit : rien de plus vénérable ; elle est la souveraine du ciel et de la terre : rien de plus digne de nos respects. 2" Sa grâce vous y engage ; elle en a été tellement comblée, qu'elle en a eu elle seule mille tois plus que tous les saints ensemble ; car sa grâce était proportionnée à son état de Mère de Dieu , or il n'y en a point qui soit plus relevé et plus digne d'estime. 5° Ses vertus et sa sainteté vous y portent ; car il n'y en a pas une qu'elle n'ait eue dans un degré trèséminent, et qui ne l'ail relevée en dignité au-dessus de tous les saints ; en sorte que sa sainteté n'est pas seulement incomparable au regard des autres, Bkiis aussi en quelque façon au regard de Dieu même, dans ses œuvres ; parce qu'en qualité de Mère de Dieu, elle a été élevée à un si haut état el degré de sainteté, que Dieu entre les pures créatu- • ras, n'a jamais rien fait, et ne fera rien de plu» grand, de plus saint et de plus digne de son amour, de sa grandeur, et de soi-même : et qu'en l'ordre de la grâce, et de la sainteté des choses créées, elle est le terme des communications, des écoulements el de toutes les effusions de la puissance, de la sagesse, et de la bonté de Dieu. 4" Les sentiments de Noire- Seigneur nous y convient. 11 est certain qu'U se plaîi extrêmement à voir honorer sa sainte Mère, à cause du grand amour qu'il lui porte, et parce qu'il se tient honoré lui-même dans le culte qu'on lui rend, et que la gloire de la Mère est celle du Fils, comme nous témoigne l'Ecriture sainte. Il nous ordonne même cette dévotion, puisque étant à l'arbre de la croix, il recommanda sa Mère à saint Jean, et lui ordonna de lui rendre ses devoirs comme à sa mère, pour apprendre à tous les hommes ce qu'ils lui doivent. 11 nous en montre aussi l'exemple en sa personne par les tendresses, les soumissions, les déférences qu'il rend à sa très-sainte Mère. 5° La conduite de tous les saints nous y porte : nous voyons combien celte dévotion a été grande el utile parmi eux dans tous les siècles. 6° L'esprit de l'Eglise nous en sollicite ; car pourquoi tant de fêles instituées sidère qu'avec amour, il ne la voit qu'avec estime, en son honneur, tant d'églises el de chapelles con- 11 ne- la regarde que comme l'objet de ses plus chè- sacrées à sa mémoire, tant de congrégations et de res délices. Méditez bien ces sentiments du Fils de confréries érigées sous son invocation, tant de prières Dieu ; adorez-le, remerciez-le, louez-le, aimez-le de et d'oraisons composées pour demander son inler-

cœur, découvrez-lui votre conscience; dites-lui vos tentations, vos inclinations, vos desseins, etc. ; n'ayez avec lui aucune réserve.

4° Ne faites rien sans son avis, et obéissez-lui en tout. Quem pro Deo liabcinus tanquam Deum, in iis qittv non sunt aperte contra Deum, audirc debemus. (S. Ber.v.)

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