CONSIDÉRATION SUR LA TIÉDEIR
Premier poi.m. — Mettez-vous eu la présence de
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Dieu, cl vous unissant à Jësus-Clirist, doniandezlui son Saint-Esprit, pour vous faire connaître ce que c'est d"étre tiède à son service, et ce que vous devez faire pour éviter la tiédeur, qui est le plus dangereux état qu'il y ait pour le salut.
Deuxième point. — Considérez que comme l'eau tiède est celle qui n'est ni froide, ni chaude : celuilà est tiède en l'aflaire de son salut, qui n'est ni bon ni mauvais ; qui n'est pas assez bon pour être dans l'état de vertu, où il doit être selon sa condition, et selon les grâces o/ie Dieu lui fait : et qui n'est pas assez méchant que d'avoir perdu la conscience, et de vouloir penser aux crimes, et aux malices que font les autres. On dirait qu'il est bon, parce qu'il n'est pas bien mauvais : mais il est assez mauvais pour ne pas aspirer toujours à ce qui est de meilleur. C'est celui qui ne jure point, qui ne dérobe point, qui ne ment pas impudemment, qui ne voudrait ni tuer ni oflenser notablement personne, qui abhorre les crimes d'ivrognerie et d'impudicité : mais qui ne fait pas grand scrupule des imperfectioas légères, et des péchés véniels, et qui s'y laisse aller assez aisément, pour ne se pas contraindre. C'est une honnête personne qui vit bien, qui entend tous les jours la sainte Messe, qui communie même souvent, qui est, si vous voulez, ecclésiastique, et qui peut-être vit dans une communauté, qui fait quelquefois les huit ou dix jours d'exercices ; qui est assez exact, quand elle veut, à son règlement ; qui use souvent de méditations, qui a de temps en temps de grandes consolations, qui y fait de belles résolutions, et qui s'en acquitte même assez bien, quand elle est en bonne humeur ; mais, au reste, c'est une personne qui a ses fantaisies et ses inclinations naturelles qu'elle suit assez volontiers, sans s'étudier à les mortifier entièrement, sinon quand il y va d'un péché manifestement mortel.
C'est une personne qui aime ce qu'elle aime, qui désire tellement ses commodités, son honneur et ses aises, que quaiiA le contraire lui arrive, elle n'est pas contente ; elle croit beaucoup perdre, quand elle perd quelque chose de ce qui la satisfait, quelque bien temporel, ou quehiuc part de la boime opinion qu'elle pensait avoir parmi les hommes. C'est une personne qui ne voudrait souffrir aucune affection criminelle; mais pour les petites attaches, elle en conserve toujours quelques-unes qui la contentent, non pas qu'elle ait dessein en cela d'offenser Dieu, elle n'aurait garde, elle craint trop le péché : mais c'est qu'elles lui plaisent, et elle ne veut pas prendre la peine de les rompre; il faudrait qu'elle fît pour cela trop d'efforts et une trop grande violence. Au reste, c'est une personne qui est liumble, quand on ne la méprise point ; (pii est <loucc et affable parmi ceux (lu'elle aime naturellement et qui revieniuMit à son humeur; qui est extrêmement patiente (piand elle n'endure rien, qui est tout à fait obéissante, pourvu qu'on no lui dise
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que ce qu'elle veut ; ([ui est dévote quand elle ht un beau livre, quand elle fait une belle méditation, ou qu'elle a quelque tendresse de piété ; qui aime Dieu par des soupirs, de belles conceptions, et de beaux mots. Mais si on la méprise, si on lui résiste, si elle est incommodée, si elle a quelques dégoûts, s'il faut témoigner son amour par de véritables effets, elle ne sait ce que c'est qu'humilité, douceur, patience, charité, dévotion ; en un mot, elle est de ces personnes, dont parle saint Paul, qui ont la réputation d'être dévotes et spirituelles, mais qui n'en ont que l'apparence et nullement l'effet.
Ce n'est pas qu'elles soient hypocrites, ou dissimulées ; mais elles font, ce leur semble, le mieux qu'elles peuvent, et n'ont même pour l'ordinaire que de bonnes intentions, et elles ne se persuadent pas qu'il en faille davantage, ou qu'elles puissent faire ce qu'elles trouvent difficile, dans la craints de devenir scrupuleuses, ou trop mélancoliques, ou de changer leur mal en un plus grand ; au lieu de s'en défaire, elles se tiennent dans l'état où elles sont, et voudraient être saintes sans vertus, ou avoir les vertus sans se mortifier, et sans régler leurs inclinations, ou ne les régler que quand il nj aurait point de répugnance et de dilficulté.
C'est être tiède que cela, et c'est être dans un état plus dangereux que d'être froid, comme Icf sécuhers qui ne s'adonnent pas tout à la dévotion, ou (jui font même quelquefois de grands péchéo. Rentrez en vous-même, et considérez bien si ce n'est pas là votre état.
Troisième point. — l\Ion Dieu, puisque être tiède à votre service, c'est être dans un état qui vous e»i si odieux, qui est si périlleux à l'àme, qui esit U source de toute sorte de malheurs, connue vous m'avez fait la grâce de m'en convaincre dans l'oraison : je me résous, moyennant votre assisLince, de combattre puissamment contre moi-même pour vaincre ma lâcheté et ma langueur, et pour sortir, et ne retomber jamais ensuite dans la tiédeur. Je me proposerai souvent celte grande perfection où Notre-Seigneur m'appelle, lorsqu'il me donne un modèle de sainteté , où il n'y a point de bornes : Sutjcz parfait comme votre Père céleste est parfait. ( Mutlli. V, 48. ) Je rappellerai souvent dans nu pensée, ([u'étant au nombre de ceux (pii, dans le langage des saints, nidlam deificationis mensuram ufjuoscunt, je ne dois jamais mettre de bornes à ma pcM-feclion.
Que cela étant ainsi, je dois éviter toutes sortes d'imperfections et de péchés , pour petits qu'ils soient, et me rendre fidèle à toutes les pratiques et à tous les avis qui me seront donnés pour mon avancemeiil.
Que de dire : cela nesl qu'un petit péch»^, et se laisser aller ensuite à le commettre ; cela n'est que lie conseil, et ainsi ne le point faire, iiuoiqu'oii sache que i>icH le désire, sous ombre qu'on ne sera
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RETRAITE E(XLESIAST1QUE. — DIXIEME JOUR
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pas damné pour cela ; c'est met ire des bornes trèsétroites à ses obligations, et c'est une marque corlaine d'une âme tiède, qui certainomcnl ne manquera point de se perdre. Ainsi, à l'avenir, je dois nie rendre fidèlo, et aux préceptes et aux conseils qui me seront donnés de la part de Dieu.
Comme il faut être ou fervent, ou tiède, ou froid, je chercherai par toutes sortes de voies la ferveur. La ferveur fait faire tout promptement, exactement, facilement, saintement; je lâcherai donc de faire ainsi toutes mes actions.
El parce que la charité seule est ce feu divin que Jésus-Christ a apporté en ce monde, pour embraser les cœurs, et que c'est elle seule qui peut dissiper nos langueurs, et chasser la froideur et la tiédeur qui m'arrèieut : je la demanderai à Dieu sans cesse, et je lâcherai, pour la rendre plus ardente en mon cœur, de ne rien faire dorénavant qu'avec tout l'amour de Dieu qui me sera possible.