‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 42 sur 303 · XIV. EXAMEN PARTICULIEU. ICI · texte numérisé non relu

XIV. EXAMEN PARTICULIEU. ICI

comme nous l'avons dit, c'est en ceb que cet cxameu est différent de l'examen général. Le général s'arrête à tous, et les combat tous : celui-ci ne s'arrête qu'à un seul, et n'en combat qu'un seul à lu fois ; il faut donc, pour le bien faire, en choisir un particulier. Or, pour réussir dans ce choix, et ne s'y point tromper, j'ai trois avis particulièrement à vous donner. Le premier que nous devons choisir surtout, le vice principal qui est en nous, le vice capital, le vice prédominant et qui est comme l'appui , le soutien et la source de tous les autres. Avis d'une extraordinaire conséquence, et c'est aussi le premier que nous donnent les saints : Ita nabis adversus vitia accipicnda sunt prœlia, ut tmusquisque vitium quo maxime infestatur, explorans, adversus illud arripiat singulare certamen. (Cassian., collât. 5, cap. \A.) Et c'est ce que saint Chrysostome disait autrefois à son peuple, mais avec d'instantes prières, tant H le jugeait important : Quemcunque vestrum rogo si non antea, saltem deinceps, quem se plus aliis vexare defe~ ctum cognoverit, hune ex animo prœcidere studeat : et pia cogitatione, quasi spirituali gladio utens, seipsum a vilio liberet. (Hom. 75 Ad pop,) 11 faut, dit Cassien (Ibid.), imiter en cela ceux qui combattaient autrefois contre les bêtes en présence des empereurs ; ils attaquaient d'abord la plus farouche et la plus forte : ainsi en devons-nous faire à l'égard de nos vices. H faut d'abord prendre le principal et le prédominant, car celui-ci étant défait, nous viendrons aisément à bout de tous les autres. Validioribus superatis, cele^ rem deresiduisfacilemque habebit victoriam; et priorum , \pugna succedens , promptiorem et proventum faciet prœliorum. (Cassian., i6td.)

Ajoutez que ce vice dominant étant comme le chef de tous les autres, si on le retranche, on dorme la mort à tout le reste. C'est un Goliath, lequel étant défait, toute l'armée ennemie est en déroute, nos vices prennent la fuite, et ne sont plus en état de se défendre. Il y a plus, c'est que ce vice e^l le lieu par où le démon nous attaque le plus souvent et le plus rudement ; car il imite, autant qu'il peut la conduite de Dieu, et tâche de suivre les mêmes démarches, pour nous perdre, que Dieu tient pournous sauver. Or Dieu, lorsqu'il veut nous attirer à lui, voit nos inclinations, il connaît notre complexion , il sait notre humeur, et il y accommode tellement sa grâce qu'il nous attire avec une incomparable suavité : Deus hominem ita vocal, prout congruerenovit, ut vocantem non respuat. (Ace, tract. 36, in Joan.) Ainsi en est-il du démon : Prius complexionem cujusque antiquus hostis conspicit, dit saint Grégoire {Moral., lib. xxix,c. i'i), et tune tentationi laqueos opponit ; lœtis moribus luxuriam proponit, trislibus poculum invidiœ porrigit, paventibus terrores intentans, elatos blondis honoribus trahit. Ce malheureux tàl:he de découvrir notre principale inclination, notre capitale passion et notre faible , pour nous attaquer ensuite par cet endroit; de sorte que, comme dans une ville assiégée on doit faire une plus par-

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liculière allcnlioii, et on doit, par-deseus tout, veiller à défendre l'endroit le plus faible de la place qui est cependant le plus rudement attaqué : c'est là où on doit rassembler ses principales forces ; ainsi en est-il de notre âme : il faut veiller par-dessus tout au vice principal où nous voyons qu'est notre faible ; et pour cela il faut le prendre d'abord pour le combattre : c'est le premier avis que nous avions à vous donner touchant le choix du vice, qui doit faire la matière de notre examen.

2° Si nous en trouvons plusieurs en nous qui soient considérables, .choisir entre tous celui qui est plus scandaleux ; car étant obligés' par notre état de'donner bon exemple, et d'édifier autant par nos mœurs que par nos paroles, ce sont ceux-là qui sont les plus contraires [à notre profession, et qui sont aussi les plus contagieux pour les peuples.

3° Afin de n'être point trompé dans ce choix, prendre'l'avis de son directeur, et le suivre en ce point aussi bien que nous le devons faire dans tout le reste. Voilà pour ce qui regarde la matière principale de l'examen et le choix que l'on en doit [faire , qui est la première préparation qui le doit précéder, et la première chose que nous avons dite y être nécessaire. La seconde, après avoir fait ce choix, il faut entrer dans un désir fervent et tout particulier de surmonter ce vice ; autrement, au lieu de le vaincre, nous serions en danger d'être vaincus. S'exposer au combat, sans un grand [désir de la victoire , c'est sans doute se mettre en péril de céder dans le combat, ou de ne combattre que lâchement.

Enfin, la troisiiîme c'est de prendre une forte résolution de "persévérer dans le combat, et de ue point quitter prise que nous n'ayons défait notre ennemi. Pcrsequar immicos tneos, et compreliendam illos, et non convertar donec deficiant, disait David (Psul. XVII, 38) ; c'est ainsi qu'une âme doit dire dans ce combat. Ainsi, ne pas changer tous les jours de matière, mais continuer plusieurs jours, plusieurs semaines sur le môme vice, jusqu'à ce que nous l'ayons vaincu, ou au moins notablement affaibli. Ici nous en changeons tous les deux ou trois jours, c'est particulièrement pour faciliter cet exercice aux personnes, et pour leur marquer en détail les moindres fautes qu'on peut faire sur chaque matière ; mais ensuite on doit prendre une autre règh;, cl .suivre ce que nous avons dit. Que si, au lieu d'un vice que l'on doit combattre, on voulait prendre une vertu à acquérir pour servir de matière à l'examen, ou quelque action particulière pour la faire saintement, jet y éviter les défauts que l'on y peut commettre, comme on le peut faire quelquefois, on pourrait suivre les mêmes règles que nous venons de vous donner. 1" En faire le choix, et choisir les plus nécessaires; entrer en de grands désirs de l'acquérir ; persévérer courageusement jusqu'à ce qu'on l'ail acquise. Et voilà les trois choses nécessaires pour se préparer à bien faire l'examen et qui regardent le temps qui le devance.

'i" Pour le temps de l'examen et les actes qu'on y doit produire, il y en a trois qu'on ne doit jamais omettre : le premier est l'adoration, où nous regardons Noire-Seigneur avec respect, considérant ce qu'il a fait et l'exemple qu'il nous a donné ; le second est la réflexion, où nous le regardons avec douleur, nous rappelant ce que nous avons fait, et combien nous nous sommes écartés de ce que nous devions faire ; le troisième est la résolution où nous nous réglons avec amour, nous proposant ce que nous devons faire à l'avenir. Trois actes qui font toule la méthode de cet examen, et qui ne sont que comme un abrégé de notre méthode d'oraison.

Premièrement nous y adorons Noire-Seigneur, et le regardons avec religion : 1° parce qu'il n'y a rien qui relève tant le courage que la présence et la vue du prince sous les ordres duquel on combat ; 2° parce que , dans celle vue religieuse et ce regard amoureux de Jésus-Christ , nous puisons la lumière , la force et la vertu qui nous est nécessaire pour bien combattre ; 3" parce que , dans celle union avec Jésus-Christ, non-seulement nous y puisons la grâce pour combattre, mais lui-même combat en nous. Secondement , nous faisons une réflexion sur nous, mais attentive, mais sérieuse, afin de découvrir toutes les ruses et tous les artifices de notre ennemi : Latebras cordis sui perlustret , dit Cassien. (Ibid.) Il faut chercher jusqu'au fond du cœur pour en découvrir tous les mouvements elles desseins; il faut considérer en quelle manière il nous attaque ; il faut faire attention à ses pensées , à ses paroles et à ses actions, et voir en quoi il nous a surpris, en quoi nous l'avons écouté, en quoi nous avons été d'accord avec lui, au lieu de le combattre. Enfip , après avoir vu en quoi nous avons manqué, nous prenons résolution de combattre à l'avenir avec une plus grande fidélité, et de faire telles et telles choses particulières, pour le vaincre dans telles et telles occasions, pendant le jour. Voilà les trois actes que l'on doit produire pendant le temps de l'examen.

Enfin il y a le temps qui le suit, et pour lors il y a encore quelques pratiques qu'il est important d'observer, pour rendre cet exercice plus fructueux, et ces pratiques nous sont marquées dans les conférences de Cassien. (Coll. 5, cap. 14.) Après avoir dit que l'on doit prendre un vice particulier pour le cond)attrc, et en avoir,représejitéirimportance, voici ce qu'il ajoute : Omnem curam mentis ac sollicittidinem crga iUius imptujnationcm observationcmqiie defujens , adversus illnd quolidiana jejuniorum diri- {icns spicula, contra itlud cunciis momentis cordis suspiria crebraquc (jemiluum tela conlorqiiens, vigiliarum labores adversus »//«d, mcditationcs sui cordis impendens, indesincntcr quoque orationitm ad Deutn fletus ftindens. Trois choses exprimées dans ces admirables paroles , qu'il faut faire ensuite de l'examen : 1" Omneni curam mentis ac sollicitudincm erga illiiis impuqnationetn obscrvalioricmqne defujens; apporter une attention particulière, et prendre un soin

tout oxiraordinairc pour conibaltre, pcndani toute la- journée et dans toutes les occasions, le vice que nous entreprenons de vaincre ; autrement , l'ayant combattu en l'une et lui cédant en l'autre , il reprendrait tous les jours de nouvelles forces, et nous

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