I. DE L'OBi:iSSANCE EN GENERAL. 57D
beh existimul. (Decïarat. in vi part. Coristit.^ inc. \.) Quand nos actions, notre volonté et notre entendement seront ainsi réglés, et qu'on y remarquera cette totale conformité à la volonté de nos supérieurs, nous pourrons dire que nous sommes parfaitemen» obéissants: mais si l'une de ces trois choses hou* manque, c'est une marque assurée que cette vertu n'est encore qu'imparfaite en nous. Nous allons expliquer ces trois degrés, en rapportant ce que les saints en ont dit
Pour parler d'abord du premier, l'obéissance parfaite demande que nous exécutions tout ce qu'on nous ordonne, et que nous l'exécutions avec une grande diligence et une exacte ponctualité. Saint Basile, dans ses règles, demande comment nous devons faire ce que l'obéissance nous prescrit; et il répond que nous le devons faire avec la même diligence que ceux qui ont bien faim vont à table, et avec le même soin que ceux qui aiment beaucoup la vie, s'appliquent aux choses nécessaires pour la conserver; il ajoute que notre diligence et notre soin doivent être d'autant plus grands , que la vie éternelle promise à l'obéissance est plus noble et plus excellente que la vie temporelle (19).
Saint Bernard, dans un sermon sur l'obéissanci^ explique plus en détail jusqu'où doit aller cette exactitude. « Celui qui est parfaitement obéissant, » ditil, < accomplit fidèlement la volonté de son supérieur, aussitôt qu'il la connaît ; il n'attend pas au lendemain ; 11 ne veut point de délai ni de remise ; il ne dit point, comme le paresseux : Je ferai tantôt cz q'ion m'ordonne, ayez un peu de patience, firai tout à r heure; mais il dit sans balancer : Ty vais. Il tient toujours ses oreilles attentives à ce qu'on lui ordonne , ses pieds prêts à faire ce qu'on lui commande, ses mains disposées à exécuter ce qu'on lui dit, et il s'en acquitte si promplement qu'il semble même prévenir, par ses actions , les commandements qu'on lui fait : Fidelis obediens nescit moras, fuyit crastinum, ignorât tarditatem, prœvenit prcpcipientem, parât ocutos visui, aures auditui, liuyuam voci, manus operi, itineri pedes; totum se col'Jgh , ut imperantis colligat voluntatem. (Serm. 41, De virt^ obed., et 7 ej. grad. n. 7.)
~ Un grand saint , fondateur d'un des ordres les. plus célèbres de l'Eglise, parlant de cette parfaite obéissance, et marquant jusqu'où elle doit aller, dit, que dès le premier son de la cloche ou de la voix du supérieur, nous devons tout quitter pour aller où nous sommes appelés. < 11 faudrait, t dit-il, < considérer alors que c'est la voix de Jésus-Christ même qui nous appelle : Tune versari débet ob oculos Deus Creator, et Dothinus noster, propter qucm liomini obedientia prœstatur, et ad superioris vocem, pcrinde ac si a Christo Domino egrederetur, quam promptissimi sitnus, re quavis inchoala , necdum pcrfecta, reli-
vitam necessarias largienti obedit : imo vero, longe ctiam majore, quanlo scilicet alterna vita pricseuii praestanlior est. (Reg. brev., inlcrr. i66.J
cta. i (S. Igxat., Constit., part, vi, c. l.)Que si une
exaclitiide si parfaite nous paraît ilifTicile, en égard à
notre infirmité, cette vue de Dieu nous la rendra
certainement facile ; et nous y trouverons même une
si grande joie, qne nous dirons alors de tout notre
coeur, comme les mages : Hoc sicjntim macjni Régis
est ; eamus et offeramus ci mnnera, auriim, tlius et
myrrlium. Voilà le moyen de porter notre. obéis-
achever, pour se rendre plus fidèle à l'obéissance. Litleram o faciebal, dit riiisloirc. et audita voceseiiis, 7ion fiuivU ; nec (jijravii cnlamum ultra, ut implerct et claiideret litleram quam in manu liabebat. Ce qui édifia tellement ces bons religieux , qu'ils s'en retournèrent pénétrés d'une estime singulière pour ce parfait obéissant, et pleinement persuadés que l'abbé Sylvain avait raison de l'aimer plus que les autres ; sance jusqu'à ce point de fidélité que désirait ce ils témoignèrent eux-mêmes qu'ils ne pouvaient
même saint, lorsqu'il disait que, quand il est question d'obéir, il ne faut jamais différer d'un seul moment, (juand ce ne serait que pour achever une lettre commencée : Signo campanœ constitutis horis audito, omnes statim, vcl impcrfecta liltera relicta, ad id ad quod vocantur sese conférant. {Constit. Soc. /., declar. in cap. 10, part, iv, § 9.) Les saints solitaires de l'Egypte, dont parle Cassien, estimaient tellement cette obéissance ponctuelle, qu'ils la mettaient au-dessus de tout le reste. Les uns étaient occupés aux exercices de dévotion , les autres à méditer, d'autres à copier ou à traduire des livres, quelques-uns à des œuvres manuelles ; mais, quelque occupation qu'ils eussent, aussitôt qu'ils entendaient la voix de leur supérieur, et qu'on les avertissait pour se rendre à quelque exercice , on les voyait sortir de leurs cellules à l'envi, les uns des autres, eerlatim, et comme dans un saint débat à qui arriverait le plus tôt et serait le premier aux exercices ; jusque-là que celui qui avait commencé une lettre, n'aurait pas voulu s'arrêter un seul moment pour l'achever : Ita ut qui opus scriptoris exercet , (}uam repertus fucrit inclioasse lilternm, pnire non uadeat, sed in codem puncto qno ad aures ejtts soni- ' tus pulsantis advcncrit , sumtna velocitate prosiliens, nec tanlum rjuidem merœ interponat, quantum cœpli operis consummct cffujiem. ( De instit. , lib. iv , c. 12.)
C'est ce qui rendit autrefois si célèbre le saint disciple de l'abbé Sylvain , nommé Marc , dont il est parlé dans les Vies des Pères. Comme il était plus obéissant que tous les autres avec qui il demeurait, son abbé l'aimait davantage ; ce qui leur donna une telle jalousie , qu'ils ne purent s'empêcher d'en témoigner leur peine, et d'en porter même leurs plaintes aux Pères des monastères voisins. Celte préférence (le la part d'un homme si saint fut cause que l'abbé Sylvain leur déplut; et ne pouvant s'imaginer (|u'elle vînt de Dieu, ils résolurent de l'aller trouver et de lui en dire leur sentiment. Sylvain , ayant écouté humblement leur remontrance, les conduisit aux cellules des religieux; et ayant frappé à leur porte , il les appela tous l'un après l'autre ; mais il ny eut que Marc qui sortit à l'instant même où il entemlit la voix de son supérieur: ce que Sylvain ayant fait ntnianiuer à ces Pères, il les fit entrer dans la cellule de ce fidèle disciple, où ils trouvèrent un papier sur lequel il écrivait, quand son supérieur
s'empêcher d'aimer singulièrement celui qui , par une aussi parfaite obéissance, méritait d'être particulièrement aimé de Dieu.
Cette obéissance exacte, même en de petites choses , est si agréable à Notre-Seigneur , qu'il a fait quelquefois des miracles pour montrer combien il l'approuve, et quelle estime par conséquent nous en devons faire. Sainte Catherine de Sienne en rapporte, dans ses dialogues, un exemple remarquable. Elle dit qu'une personne entendant donner le signal pour quelque exercice pendant qu'elle écrivait , et ayant laissé, pour s'y rendre ponctuelle, une lettre à demi formée , elle la trouva à son retour achevée avec un trait d'or : Dieu voulant faire connaître, par ce miracle, le mérite de la parfaite obéissance.
Nous lisons aussi dans les Chroniques de saint François, qu'un saint religieux, à qui Notre-SeigneuF avait apparu sous des traits d'une beauté ravissante, entendant sonner la cloche pour quelque exercice ,. pendant qu'il jouissait de la présence et des caresses de ce divin Sauveur, le quitta de suite , pour aller où l'obéissance l'appelait, sans que les douceurs d'une si sainte conversation le pussent arrêter un seul moment ; ce ijui fut si agréable à Notrc-Seigueur, qu'il attendit le retour de ce religieux pour lui dire ces aimables paroles : Parce que tu as été fidèle à robéissance, je t'ai attendu, et tu m'as retrouvé : mais si lu y avais manqué pour demeurer avec moi, je in en serais allé, et lu ne jouirah plus eu ce luomcnt de la faveur que je te fais.
Rusbroch, auteur des plus considérablesentrc ceux qui ont écrit de la théologie mystique, raconte dans son Traité des vertus, qu'une personne ayant ainsi laissé le petit Jésus, qui lin était apparu sousia forme d'un enfant, le trouva à son retour de la grandeur d'un très-beau jeune houune, qui lui dit : Autant que tu me vois accru extérieurement, autant je suis accru en ton àme par ta ponctualité à l'obéissance.
Mais si Notre-Seigneur témoigne ainsi approuver cette ponctualité, il n'y a rien aussi à quoi le déniou s'oppose davantage ; car il fait tout ce qu'il peut , afin de nous en détourner, voyant (luc c'est le moyen assuré d'obtenir la llenr de nos actions, et d'en ravir à Dieu les prémices. C'est pour cela, comme remar- (|uent les Pères, ([ue dès le matin, aussitôt qu'on .sonne le lever, il s'ellorce de nous amuser vl do nous retenir encore quelque tentps au lit contre l'obéissance. C'est pour cela aussi que , durant tout le
I avait appelé ; ils virent «|u'il en était à un o , qu'il jour, il s'applicpie à nous suggérer, dans chacune de avait conunencé à former, cl qu'il n'avait pas voulu nos actions, des prélcMcs pour nous arrêter contre
73 TRAITE DE L'OBEISSANCE. — PAKT
ce «jue deiuanilenl l'ordre et le règleineul de nos supérieurs. Si nous écrivojjjà, il nous insinue qu'il n'y a pas tant de mal à ne pas quitter au premier signal ; que pour achever quelques lignes ou quelques mots , il n'y aura pas pour nous beaucoup de ptM-te, et que nous n'arriverons pas pour cela beaucoup plus tard aux exercices. Si nous ('ludions, et que la cloche vienne à sonner, il nous dit qu'il ne faut plus qu'un moment pour éclaircir la question qui nous occuoe ; que si nous remettons à un autre temps, nous pourrons oublier une partie de ce que nous venons d'apprendre ; qu'il faudra recommencer à étudier tout de nouveau ; qu'il vaut bien mieux, pour g-agner du temps, prendre encore un moment avant que d'aller à cet exercice. Si nous composons, il nous met dans l'esprit que , quand même nous achèverions une période commencée , nous serons encore au lieu où la communauté s'assemble , aussitôt que pliisieurs autres : Et sic, dit Cassien , primiliarum tuarum opînia dcflorans , priinus ipse decerpit. En vérité, agir de la sorte , n'est-ce pas donner à Dieu rfes œuvres flétries , mutilées et tout à fait indignes de lui?
t C'est un excellent mets que l'obéissance fdiale, > disait autrefois saint Bernard : i Primiim ferculum, obedicntia filialis. » (S. Bern., Sfrm. inCœna Dom.,n. 2.) Ne permettez donc pas que le démon en goûte le premier ; quittez tout, et promptement , pour accomplir sans délai ce qu'elle demande ; et puisque Notre-Seigneur vous a conduit dans cette maison , comme dans une sainte milice, gardez les lois d'une bonne discipline : Sicut bonus milcs^Çliri&U. {II Tim. Il, 5.) Nous lisons dans l'histoire profane qu'un {.«.'■and capitaine reprit fortement ses soldats de ce qu'ils ne s'étaient pas arrêtés tout court , lorsqu'ils avaient entendu sonner la retraite ; et nous voyons, au contraire, un soldat loué hautement de ce que, -la trompette sonnant , il se retira sans donner un seul coup, quoiqu'il eût déjà le cimeterre à la main et le bras levé pour frapper un ennemi , estimant qu'il valait mieux obéir à son chef que de faire un acte de courage. C'est aussi la disposition où se trouvait cet autre soldat, qui, s'élant arrêté de môme au premier signal de la retraite, et étant interrogé pourquoi il en avait usé de la sorte , puisqu'il aurait pu iC retirer assez tôt, après avoir tué son ennemi, réj/O/^dit: Obéir à son capitaine vaut mieux que de se défaire de ses ennemis. C'est ainsi que nous devons nous comporter , quand nous entendons sonner la cloche : nous devons nous lever promptement et avec toute la diligence possible , pour accomplir le commandfmenl du Roi des rois, en nous représentant que c'est notre capitaine et notre empereur, ou qn('l(|u'un de sa part qui nous appelle : Quodcunqne siqnum insonnerit , mox cum siimma festinatione itisurgendum est, ac si prœco régis insonct. (S. Marag.,
(20) Verus obediens nunquam pnxîcoptum exspeclal, sed soliim voluntalcm pra'lali scieiis vel credens, ferventer cxsecpiitur pro urioccyt} ■ cxcniiity