‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 94 sur 303 · I. DE L'OBEISSANCE EN GENERAL. oli · texte numérisé non relu

I. DE L'OBEISSANCE EN GENERAL. oli

in c. 4 Requl. S. Benedict.) Voilà ce que faisaient ces» grands serviteurs de Dieu, dont parle Cassien : Sic uuiversa complere qua'cunque fuerint prœcepta , tanquam a Deo siut cœlitus édita, sine vlla discussione festinant. (L.iV IustU.,c. 10.) C'est ainsi qu'Abraham obéit autrefois au connnandoment de Dieu, lorsqu'il lui ordonna de sacrifier son fils: Igitnr, dit l'Ecriture, Abraham de nocte consurgcns. {Gen.wn, 5.) Remarquez qu'il n'attendit pas que le jour fût venu : mais aussitôt que Dieu lui eut parlé , avant le soleil levé, au milieu de la nuit, dans l'instant même qu'on lui commande , il se met en devoir d'accomplir ce ([u'on lui ordonne, quoique ce fût la chose du monde la plus dilficile.

Non-seulement nous devons obéir exactement et sans le moindre délai aux ordres de nos supérieurs, mais encore aux moindres signes de feur. volonté, c'est ce que les saints demandent pour la perfection de cette vertu : Obedicntiam observent, dit saint Ignace, licct niliil aliud quam signum voluntatis superioris , sine ullo expresso prœcepta, videretur (S. Ignat., Summar. Constit. Soc. Jesu , 55.) « Celui qui est vraiment obéissant, n dit Albert le Grand, « n'attend jamais le commandement du supérieur; il se contente de connaître sa volonté, et il ne lui en faut pas davantage pour l'exécuter; la volonté de son supérieur lui tient lieu de commandement; il met toute sa gloire à imiter Jésus-Christ, qui regarda comme un commandement de mourir pour les hommes, la volonté et le bon plaisir de son Père qui lui proposait de donner sa vie pour leur salut (20). »

C'est encore ce qui se pratiquait, selon Cassien, parmi ces anciens solitaires, dont nous avons déjà rapporté de si touchants exemples. Leur obéissance était si parfaite, que non-seulement ils obéissaient à la voix de leur supérieur, mais encore au moindre signe qu'il leur faisait ; en sorte qu'on eût dit qu'ils lisaient dans son cœur et qu'ils pénétraient le fond de ses pensées, tant ils étaient exacts à faire ce qu'il voulait, avant même qu'il le leur eût fait connaître. C'est précisément ce que dit saint Bernard, que celui qui est vraiment obéissant prévient celui qui lui commande : Prœvenit prœcipicntem.

Voila ce que demande la perfection de ce premier degré d'obéissance : obéir exactement aux volontés du supérieur, c'est le commencement de cette vertu ; oDéir a ses ordres et à ses conseils, c'est davantage : mais obéir à un simple signe de sa volonté, sans qu'il nous l' ordonne en aucune manière, c'est ce qui plaît surtout à Notre-Seigueur. C'est ainsi que, dans le monde, le serviteur qui entend à demi-mot, et à qui il ne faut qu'un clin d'ail pour faire connaître et exécuter la voîonlé de son maître, le contente bien plus que celui à qui il faut tout dire expressément, comme Salomon le re-

Domini nostri Jesu Christi, cui voliiutas H complacenlia Palris, summum mandaliim fuit. [Parad. «nimœ, sive Libet. de virtut., c. 5.)

marque dans ses Proverbes (xiv, 53) : Acceptus est régi ministcr intelligens. C'est oe qui fait dire à saint Thomas, qu'un inférieur, aussitôt qu'il peut discerner la volonté de son supérieur, doit s'y soumettre, comme à un commandement; et que c'est en cela que l'on connaît surtout la perfection de l'obéissance : Voltintas superioris, qitocuuque modo innotescat, est quoddam prœeeplum tacitnm ; et tanto videtur obedientia promptior, quanto expressum prœceptiim obediendo prœvenit, votuntate %uperiorisinteUecta.{'i-% q. 20i, a. 2, in c.)

Ce qui nous doit porter à obéir de la sorte, est que souvent le supérieur , pour rendre sa conduite plus douce et plus suave, ne veut pas nous commander une chose expressément. Craignant de nous faire trop de peine, et ne sacliant pas de quelle manière nous prendrions ce qu'il nous dirait, il se contente de nous faire connaître ce qu'il désire. Cette bonté paternelle et cette charitable condescendance ne devraient-elles pas nous gagner le cœur, et nous obliger à prévenir ses commandements, et à répondre à ses moindres désirs ? Ne devrions-nous pas imiter l'exemple du prophète Isaïe, qui, voyant qut Dieu cherchait quelqu'un pour l'envoyer prêcher à Jérusalem, et connaissant que c'était sa volonté qu'il sfc présentât lui-même pour cet emploi, s'y offrit de grand cœur en disant : Me voici. Seigneur; envoyez-moi : « Ecce ego, mitte me. > {Isa. VI, 8.)

Mais ce qui est ici particulièrement à remarquer, c'est que, quand même nous nous serions quelquefois mépris , en nous présentant de la sorte , et que le supérieur nous aurait renvoyés, comme n'ayant pas bien conçu sa pensée , nous ne devrions pas pour cela nous rebuter , ni être ensuite moins prompts et moins fidèles à l'obéissance ; mais nous devrions faire comme Samuel, dont l'exemple nous est d'une grande instruction sur ce sujet. Etant encore jeune , il servait dans le temple sous le grand prêtre Iléli. Comme il dormait pendant une nuit. Dieu l'appelle par son nom pour lui révéler le châtiment exemplaire qu'il voulait faire dans la niaison d'IIéli. Samuel se réveille à cette voix; mais ne sachant pas d'où elle venait, et ignorant que c'était le Seigneur qui l'appelait, parce que jusqu'alors il n'avait encore eu aucune révélation, il s'imagina que c'était le grand prêtre Iléli qui l'avait appelé. 11 se lève donc aussitôt, et s'approchant de son supérieur : Me voici , lui dit-il : Ecce ego, quia vocasti me. Iléli, qui ne savait point ce que c'était , lui dit qu'il ne l'avait point appelé , et qu'il s'allât recoucher : Non vocavi te , fili mi : reverlcre ci aormi. A peine fut-il recouché et endormi, que Dieu l'appelle une seconde fois. Samuel, se persuadant encore que c'était la voix d'IIéli, parce qu'il ne voyait point d'autre personne en la maison qui le pût appeler, se lève et court vers Iléli aussi prompiPinciil que la pn.mièrc fois. Iléli qui ne connaissait point encore ce mystère , cl qui par consc-

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qnent ne pouvait penser autre chose , sinon que Samuel rêvait , le renvoya derechef et lui ordonna de se recoucher. A peine fut-il endormi , que Dieu l'appelle pour la troisième fois. Samuel se levant avec la même diligence qu'il avait fait auparavant, va se présenter à son supérieur : Ecce ego, quia vocasti me. Alors Héli connut qu'il fallait que ce fût Dieu même qui eût appelé Samuel pour lui révéler quelque secret ; c'est pourquoi il lui dit : Retournez-, vous-en, mon fils, recoucliez-vous et dormez ; et si on vous appelle encore, vous répondrez : Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur vous écoute : « Loquere , Domine , quia audit servus tuus. i 11 se recouche donc et se rendort. Mais Dieu l'ayant encore réveillé et appelé, Samuel, suivant l'instruction de son maître, lui répondit : Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur vous écoute : « Loquere, Domine^ quia audit servus tuus. > {III Reg. m.)

H n'y a personne qui , faisant réflexion sur la conduite de ce prophète, n'y remarque un grand exemple de soumission , et un admirable esprit d'obéissance; car, quoique Héli lui eût dit, la première fois, qu'il ne l'avait pas appelé, il ne laisse pas de se lever une seconde et une troisième fois au même signal : sa méprise ne diminue rien de s^ ferveur : toujours il se rend avec la même diligence et la même fidélité où il croit que la voix de son supérieur l'appelle; et il mérite par sa persévérance que Dieu lui révèle ses secrets et lui découvre sei volontés. Voilà le modèle d'une parfaite obéissance, et la manière dont nous devons agir envers nos supérieurs; et il est certain que, si nous y apportons cette promptitude et cette persévérance , Dieu ne manquera pas de bénir notre conduite et de nous faire sentir combien il se complaît dans les âmes parfaitement obéissantes.

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