PREMIÈRE PARTIE
La paix était faite entre la France et TEsuagne; le mariage du roi était achevé après beaucoup de difficultés ; et le cardinal Mazarin , tout glorieux d'avoir donné la paix à la^rance, semblait n'avoir plus qu'à jouir de cette grs^de fortune où son bonheur l'avait élevé : jamais ministre n'avait gouverné avec une puissance si absolue ; et jamais ministre ne s'était si bien servi de sa puissance pour l'établissement de sa grandeur.
La reine -JBére ', pendant sa régence, lui avait laissé toute Tautorité royale, comme un fardeau trop pesant pour un naturel aussi paresseux que le sien. Le roi *, à sa majorité, lui avait trouvé cette autorité entre les mains, et n*avait eu ni la force, ni peut-être même Fepvie de la lui ôter. On lui représentait les troubles que la mauvaise conduite de ce cardinal avait excités, comme un effet de la haine des princes pour un ministre qui avait voulu donner des bornes à leur ambition ; on lui faisait considérer le minisire comme un homme qui seul avait tenu le timon de Fétat pendant l'orage qui Favait agité, et dont la bonne conduite en avait peut-être empêché la perte.
Cette considération , jointe à une soumission sucée avec le lait, rendit le cardinal plus absolu sur l'esprit du roi , qu'il ne Favait été sur celui de la reine. L'étoile qui lui donnait une autorité si entière s'étebdit même jusqu'à l'amour. Le roi n'avait pu porter son cœur hors de la fa-^ mille de cet heureux ministre; il l'avait donné, dès sa^phis tendre jeunesse, à la troisième de ses nièces, mademoiselle de Mancini ^; et, s*il
» ÀDiie d'Autriche.
'Louis XIV.
^ Depuis madame de Soissons.
le retira quand il fut dans un âge plus avancé > ce ne fut que pour le donner entièrement à une quatrième nièce, qui portait le même nom de Mancini ' , à laquelle il se soumit si absolument, que l'on peut dire qu'elle fut la maîtresse d'un prince que nous avons vu depuis maître de sa maîtresse et de son amour.
Cette même étoile du cardinal produisait seule un effet si extraordinaire. Elle avait étouffé dans la France tous les restes de cabale et de dissension ; la paix générale avait fini tou-^ tes les guerres étrangères ; le cardinal avait satisfait en partie aux obligations qu'il avait à la reine / par le mariage du roi qu'elle avait si ardemment souhaité, et qu'il avait fait, bien qu'il le crut contraire à ses intérêts.
Ce mariage lui était même favorable , et l'esprit doux et paisible de la reine ne lui pouvait laisser lieu de craindre qu'elle entreprit de lui ôter le gouvernement de l'état; enfin, on ne pouvait ajouter à son bonheur que la durée, mais ce fut ce qui lui manqua.
La mort interrompit une félicité si parfaite ;, et , peu de temps après que l'on fut de retour du voyage où la paix et le mariage s'étaient achevés , il mourut au bois de Vincennes , avec
* Depuis madame Colonne.
j6 ^ HISTOIRE
uQe fermeté beaucoup plus philosophique que chrétienne.
Il laissa par sa mort un amas infini de richesses. 11 choisit le fils du maréchal de La Meil* leraie ' pour l'héritier de son nom et de ses trésors : il lui fit épouser Hortense * , la plus belle de ses nièces ^ et disposa en sa faveur de tous les établissemens qui dépendaient du roi, de la même manière qu'il disposait de son propre bien.
Le roi en agréa néanmoins la disposition , aussi -bien que celle qu'il fit, en mourant, de toutes les charges et de tous les bénéfices qui étaient pour lors à donner. Enfin, après sa mort, son ombre était encore la maîtresse de toutes choses , et il paraissait que le roi ne pensait à se conduire que par les sentimens qu'il lui avait inspirés.
Cette mort donnait de gi*andes espérances à ceux qui pouvaient prétendre au ministère ; ils croyaient, avec appai*ence, qu'un roi qui venait de se laisser gouverner entièrement , tant pour les choses qui regardaient son état que pour celles qui regardaient sa personne, s'abandonnerait à la conduite d'un ministre qui ne voudrait se mêler que des aOkires publiques , et qui ne
■ Depuis duc de Mazarin.
* Depuis madame de Mazarin.
prendrait point connaissance de ses actions particulières.
U ne pouvait tomber dans leur imagination qu'un homme pût être si dissemblable de lui- -même, et qu'ayant toujours laissé l'autorité de roi entre les mains de son premier ministre, il Toulût reprendre à la fois et l'autorité de roi et les fonctions de premier ministre.
Ainsi beaucoup de gens espéraient quelque part aux affaires, /^t beaucoup de dames , par des raisons à peu près semblables , espéraient beaucoup de part aux bonnes grâces du roi.
Elles avaient vu qu'il avait passionnément aimé mademoiselle de Mancini , et qu'elle avait paru avoir sur lui le plus absolu pouvoir qu'une mai^ tresse ait jamais eu sur le cœur d'un amant ; elles espéraient qu'ayant plus de charmes, elle» auraient pour le. moins autant de crédit; et il y en avait déjà beaucoup qui prenaient pour modèle de leur fortune celui de la duchesse de Beaufort *.
Mais^ pour faire mieux comprendre l'état de la cour après la mort du cardinal Mazarin , et la suite des choses dont nous avons à parler, il faut dépeindre en peu de mots les personnes de la maison royale, les ministres qui pouvaient pré-
' Gabrielle d'Estrées, maîtresse de Henri IV.
yS HISTOIRE
tendre au gouvernement de l'état^ et les daaief^ qui poiivaient aspirer aux bonnes grâces du roi.
Là reine-mère^ par son rang^ tenait h première place dans la maison royale ; et , selon le» apparences , elle devait la tenir par son crédit ; mais le même naturel qui lui avait rendu Tautorité royale un pesant fardeau , pendant qu'elle était toute entière entre ses mains , Tempéchait de songer à en reprendre une partie , lôrsqu^dle n'y était plus. Son esprit avait paru inquiet et porté aux afiiûres pendant la vie du roi son mari; mais y dès qu'elle avait été maîtresse et d'elle-même et du royaume , elle n'avait pensé qu'à mener une vie douce, à s'occuper à ses exercices de dévotion , et avait témoigné une as-^ sez grande indifférence pour toutes choses* EUe était sensible néanmoins à l'amitié de ses eafans : elle les avait élevés auprès d elle avec une tendresse qui lui donnait quelque jaloutte de» personnes avec lesquelles ils cherchaient leur» plaisirs; ainsi elle était contente, pourvu qu'ils eussent l'attention de la voir, et elle était incapable de se donner la peine de prendre sur eux: une véritable autorité.
La jeune reine était une personne de vingtdeux ans, bien faite de sa personne, et qu'on pouvait appeler belle, quoiqu'elle né fût pas agréable. Le peu de séjour qu'elle avait fait en
DE M AD ImE HENRIETTE. 7^
Fitince, €t'les impressions qu'on en avait données avant qu'elle y arrivât, étaient cause qu'on ne la coanaissait quasi pas, ou que du moins on croyait ne la pas connaître, en la trouvant d'un esprit fort éloigïié de ces desseins ambitieux dont on avait tant parlé. On \k v6fait tout occupée d'une violente passion pour Iç roi , attachée dans tout le reste de ses actions à la reine sa. belle-méï*e, sans distinction dé pet*sonnes, ni d|B divertissemens, ^t sujette à beaucoup de chagrin , à cause de Vextréme jalousie qu'elle avait du roi.
Monsieur, frère unique du roi, n'était pas mokts attadié à la reine sa mérQ/ Ses inclinations étaient aussi conformes aux oecopiations des femmes ^ que celles du roi en étaient éloignées. 11 était beau et bien fait; mais d'une beauté et d'une taille plus convenables à Une princesse qu'à un prince : aussi avait-il plus songé à faire admirer sa beauté de tcAit le inondé , qu'à s'en servir pour se faire aimer des femmes, quoiqu'il fut continuellement avec elles; son amouF*propre semblait ne le rendre capable que d'attachement pour lui-même.
•- Madame de Thianges ', fdle aînée du duc de
' Mademoiselle de Rochechouart , sœur aînée de madame de Mohtespan.
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Mortemart, avait paru lut plaire plus que len autres; mais leur cemmerce était plutôt une confidence libertine qu'une véritable galanterie. L'esprit du prince était naturellement doux^ bienfaisant et civH ^ capable d'être prévenu ^ et si susceptible d'impression» , que les personnes qui l'approchaient pouvaient quasi répondre de s'en rendre maîtres , en le prenant par son faible. La jalousie dominait en lui , mais cette jalousie le faisait plus souffrir que personne ^ la douceur de son humeur le rendant incapable des actions violentes que la grandeur de son rang aurait pu lui permettre.
Il est aisé de juger^ par ce que nous vencms de dire^ qu'il n'avait nulle part aux affaires ^ puisque sa jeunesse , ses inclinati<Mis et la domination absolue du cardinal étaient autant d'obstacles qui l'en éloignaient.
Il semble qu'en voulant décrire la maison royale , je devais ccNnmencer par celui qui en est le chef : mais on ne saui*ait le dépeindre que par ses actions; et celles que nous avons vues jusqu'au temps dont nous venons de parler étaient si éloignées de celles que nous avons vues depuis, qu'elles ne pourraient guère ser-vir à le faire connaître. On en pourra juger par ce que nous avons à dire : on le trouvera sans doute un des plus grands rois qui aient jamais
DE MADAME HENRIETTE. 6l
^iéf wa des plus honnêtes hommes de soïi royaume, et Fon pourrait dire le plus parfait, s'il n'était point si avare de Fesprit que le ciel ïui a xionnii, et qu'il voulût le laisser paraître tout entier, sans le renfermer si fort dans h majesté «de son rang.
Voilà queHes étaient les personties qui composaient la maison royale. Pour le ministère, il ^tait douteux entre Mv Fouquet, surintendant des finances , M. Le Tellier, secrétaire d'état , et M. Colbert '. Ce troisième avait eu, dans les tlerniers temps, toute la confiance du cardinal Mazarin : on savait que le roi n'agissait encore que selon les senti mens et les mémoii^es de ce ministi*e; mais Fon ne savait pas précisément quels étaient fes sentimens et les mémoires qu'il avait donnés à Sa Majesté. On ne doutait pas qu'il* n'eût ruiné la reine-mère dans l'esprit du roi , aussi-bien que beaucoup d'auti*es personnes ; mais on ignorait celles qu'il y avait établies.
Kf. fouquet , peu de temps avant la mort du cardinal, avait été quasi perdu auprès de lui pour s'être brouillé avec M. Colbert. Ce surintendant était un homme d'une étendue d'esprit et d'une ambition sans bornes , civil , obligeant
* Depuis contrôleur géttéral des fioances.
Tout m. ê
pour tous les gens de qualité , et qui se servait des finances pour les acquérir et pour les embarquer dans ses intrigues , dont les desseins étaient infinis pour les afiaires ^ aussi-bien que pour la galanterie.
M. Le Tellier paraissait plus sage et plus modéré , attaché à ses seuls intérêts , et à des intérêts solides^ sans être Capable de s*éblouir du faste ot de l'éclat comme M. Fouquet.
M. Colbert était peu connu par divers^ raisons ^ et l'on savait seulement qu'il avait gagné la confiance du cardinal par son habileté et son économie.
Le roi n'appelait au conseil que ces trois personnes , et l'on attendait à voir^ qui l'emporterait sur les autres y sachant bien qu'ils n'étaient pas unis 9 et que ^ quand ils l'auraient été, il était impossible qu'ils le demeurassent.
II nous reste à parler des dames qui étaient alors le plus avant à la cour, et qui pouvaient aspirer aux bonnes grâces du roi.
La comtesse de Soissons aurait pu y prétendre ^ par la grande habitude qu'elle avait conservée avec lui , et pour avoir été sa première inclination. C'était une personne qu'on ne pouvait pas appeler belle , et qui néanmoins était capable de plaire. Son esprit n'avait rien d'extraoï^inaire , ni de fort poli ; mais il était na-
torel et agréable avec les 'personnes qu'elle èionnais^ait. La grande fortune de son oncle Tau^ torisait à n'avoir pas besoin de se contraindre. Cette liberté qu'elle avait, prise , jointe à un esprit vif et à un naturel ardent , l'avait rendue si attachée à ses propres volontés , qu'elle était incapable de s'assujettir qu'à ce qui lui était agréable. Elle avait naturellement de l'ambi-r tion, et, dans le temps où le roi l'avait aimée ^ le trône ne lui avait point paru: trop au-dessus d'elle, pour n'oser y aspirer. Son. oncle, qui l'aimait fort, n'avait pas été éloigné du dessein de l'y faire monter ; mais tous les faiseurs d'horoscopes l'avaient tellement assuré qu'elle ne pourrait y parvenir, qu'il en avait perdu la 'pensée , et l'avait mariée au comte de Soissons. Elle avait pourtant toujours conservé quelque crédit aupi^ du roi , et une certaine liberté de lui parler plus hardiment que les autres; ce qui faisait soupçonner assez souvent que, dans certains inomens, la galanterie trouvait encore plaée dans leur conversation.
^ Cependant il piaraissait impossible que le roi lui redonnât son cœur. Ce prince était plus sensible en quelque manière à l'attachement qu'on avait pour lui , qu'à l'agrément et au mérite des personnes. Il avait aimé la comtesse de Soissons avant qu'elle fut mariée ; il avait cessé
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de raimec» par Topittion qu'il avait qù» Vitts* ^er ' ne lui était pas désagtéabfe; peut*4tre Tavait-il cru sans fondement; et il y a wAm^ aasez d'apparence qu'il se trompait, puisque étant si peu capable de se contraindre, si elle Yeàt aimé, elle l'eut bientôt fait pardtre. Biais enfin , puisqu'il l'arait quittée sur le simf^ soupçon qu'un autre en était aimé, il n'avait garde de retourner à elle, kursqn'il croyait a^oîr une certitude entière qu'elle aimail k mArquis es Vardes ^.
MadeBM>iseUe de Mancini était enooiie à la cour, quand son oncle mourut. Pasdant sa viar il avait concla son mariage avec le coraëtaUe Colonne; et l'on n'attendait plus que celui qw devait Tépouser au nom de ce connétable, peur k faire partir de France. Il était difficile^ de dér méler queb étaient ses sentimens pour le foî> et quels sentimens le roi avait pour elle. H l'avait passionnément aimée , comme mam l'avons déjà dit ; et, pour (aire compReiKb*e jusqu'où cette passion Tavait mené , noifti^ dirons ea peu de mots ce qm s'était passer à la mort du cardinal.
* Depuis dac d'Aumont.
• Dnbec Crepin , marqnii de Vardes , capHaine des cent* ttriftes.
Cet «ttachemeiit avait comaiencé pi^ndant h Tofage de CSalats, «t la reconnaîssanoe Tavait fèk naître frfutot que la beauté : ^q^ademoiselle àt Manckii n'en avait aucune; il n'y avait nul clMurme dans ml per^jine» et très -peu dans s^n e^rit , qu^u'elle en eût inGni-^ ment : elle l'avait hardi » f^solif , emporté » libertin , et éloigné de toute sorte de civilité et de politesse.
Pendant nïie datigereuse maladie ■ que le rot avait eue à Calais ^ elle avait téqioigné une affliction si violenta de ^on mal , et l'avait si peu cachée» que^ lorsqu'il cooioiença à se mieux porter^ tout le monde lui parla de la douleur de mademoiselle de Mancini; peut-être ^ dana kl suite, lui en parla-t-elle elle-même. Enfin» elle lui fit paraître tant de passion , et nmipit si entièrement toutes les ccmtraintes où la reine-mère et le cardinal la tenaient, que Ton peut dire qu'elle contraignit le roi à l'aimei".
Le cardinal ne s'o)^)osa pas d'abord à cette passion ; il crut qu'elle ne pouvait être que conforme à ses intérêts : mais, comme il vit dans la suite que sa nièce ne lui rendait au^ cun compte de ses conversations avec le roi^ et qu'elle prenait sur son esprit tout le crédit
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• La petite vérole.
qui lui était possible, il commença à craindre qu^elie n'y en prit trop, et voulut apporter quelque diminution à cet attachement» 11 vit bientôt qu'il s'en était avisé trop tard : le rot était entièrement abandonné à sa passion ; et l'opposition qu'il fit paraître ne servit qu'à aigrir contre lui l'esprit de sa nièce, et à la porter à lui rendre toute sorte de mauvais services.
Elle n^en rendit pas moins à la reine dans Tesprit du roi , soit en lui décriant sa conduits pendant la régence^ on en lui apprenant tout ce que la médisance avait inventé contre elle. Enfin , elle éloignait si bien de l'esprit du roi tous ceux qui pouvaient lui nuire, et s'en rendit maîtresse si absolue, que, pendant Je temps que l'on commençait à traiter la paix et le mariage , il demanda au cardinal la permission de l'épouser, et témoigna ensuite, par toutes ses actions, qu'il le souhaitait.
Le cardinal , qui savait que la reine ne pourrait entendre sans horreur la proposition de ce mariage, et que l'exécution en eik été trèshasardeuse pour lui , se voulut faire un mérite envers la reine et envers l'état d'une chose qu'il croyait contraire à ses propres intérêts.
Il déclara au roi qu'il ne consentirait jamais ' à lui laisser faire une alliance si dispropor-
tionnée; et que» ,s*il la faisait dé son autorité absolue » il lui demanderait à l'heure même la permission de se retirer hors de France.
La résistance du cardinal étonna le roi» et lui fit peut-être faire des réflexions qui ralentirent la violence de son amour» L'on continua de traiter la paix et le mariage; et le cardinal» avant que de partir pour aller régler les articles de l'un et de Tautre, ne voulut pas laisser sa nièce à la cour : il résolut de Tenvoyer à Brouage. Le roi en fut aussi affligé que le peut être un amant à qui l'on ôte sa maîtresse; mais mademoiselle de Mancini»^ qui ne se contentait pas des mouvemens de son cœur» et qui aurait voulu qu'il eût témoigné son amour par des actions d'autorité , lui reprocha » en lui voyant répandre des larmes» lorsqu'elle monta en carrosse» qu^il pleurait et qu'il était le maître. Ces reproches ne l'obligèrent pas à le vouloir être : il la laissa partir» quelque affligé qu'il fût» lui promettant néanmoins qu'il ne consentirait jamais au mariage d'Espagne » et qu'il n'abandonnerait pas le dessein de l'épouser.
Toute la cour partit quelque temps après pour aller à Bordeaux, afin d'être plus près du lieu où l'on traitait la paix.
Le roi vit mademoiselle de Mancini à Saînt- Jean-d'Angely : il en parut plus amoureux que
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jamais y dans le peu de momens q^'il eut à Mre^ avec elk, et. lui promit toujours la même fidélité. Le temps, l'al^sence et la rai^u le firent enfin manquer a sa promesse; et, quand le traité fut achevé , il Talla signer à Vile de la Conférence , et preiidre l'infante d'Espagne , des mains du roi son père,, pour la faire reipe de f rance dès le lendemain.
La cour revint eixsuîte à Paris. Le caitlinal » qui ne craignait plus rien , y fit aus^i revenir ses nièces.
Mademoiselle de Mancini était outrée de rage et de désespoir : elle trouvait qu'elle avait perdu en même teoEips. un amant fort aim^le et la plus belle couronne de l'univers* Un e^rit plus modéré que le sien aurait eu de la peine à ne pas s'emporter dans une semblable occasion; aussi s était-elle ^b^ndonnée à la K^ ^^ ^ 1^ colère.
Le roi n'avait plus la même passion pour elle : la possession d'une princesse b^lle et jeune ^ comme la reine sa femme , l'occupait agréablement. Néanmoins, c<>mme l'att^hement d'une femme est rarement un obstacle ^ l'amour qu'on a pour une maîtresse, le roi serait peutrétre revenu à mademoiselle de Mancini, s'il n'eût connu qu entre tous les partis qui se présentaient alors pour l'épouser, elle souhaitait ar-x
âemmeiit le due Ghtrles^ neveu du due de Lors rawe^ et «'il ii*avait été fiersuadé que ce prince avait su toucher son cœur.
Le mariage ne s'en put faire par plusieurs raisons : le cardinal eondut celui du connétable Ciolonne y et mourut ^ comme nous avons dit , avant qu'il fik achevé,
Mademoiselle de Mancini avait une si horrible répugnance pour ce mariage , que y voulant l'éviter, si elle eût vu quelque apparence de regagner le cœur durd, malgré tout son dépit, elle y aurait travaillé de toute sa puissance.
Le public ignorait le secret dépit qu'avait eu le roi du penchant qu'elle avait témoigné pour le mariage du neveu di4 due de Lorraine ; et ^ comme on le voyait souvent aller au palais Ma-* zarin, ou elle logeait avec madame Mazarin»
$a sœur, on ne savait si lé roi y était conduit par les restes de son ancienne flaoune , ou par les étincelles d'une nouvelle, que les yeux de madame Mazarin étaient bien capables d'allumer.
C'était , comme nous avoi^ dit , non- seule* ment la plus belle des nièces du cardinal , mais aussi une des plus parfaites beautés de la cour. (1 ne lui manquait que de l'esprit pour être accomplie , dt pour lui donner la vivacité qu'elle 9'avait pas^ : ce défaut même n'en était pas un
go HISTOIRE
pour tout le mohde , et beaucoup de gens trouvaient son air languissant et sa négligence capables de se faire aimer.
Ainsi les opinions se portaient aisément à croire que le roi lui en voulait, et que Tascendant du cardinal garderait encore son cœur dans sa famille. Il est vrai que cette opinicm n'était pas sans fondement : l'habitude que le roi avait prise avec les nièces du cardinal lui donnait plus de dispositions à leur parler qu'à toutes les autres femmes ; et la beauté de madame Mazarin , jointe à l'avantage que donne un mari qui n'est guère aimable à un roi qui l'est beaucoup , l'eût aisément porté à l'aimer, si M. de Mazarin n'avait eu ce même soin que nous lui avons va depuis , d'éloigner sa femme des lieux où était le roi.
Il y avait encore à la cour un grand nombre de belles dames , sur qui le roi aurait pu jeter les yeux.
Madame d'Armagnac , fille du maréchal de Villeroi , était d'une beauté à attirer ceux de tout le monde. Pendant qu'elle était fille , elle avait donné beaucoup d'espérance à tous ceux qui l'avaient aimée , qu'elle souQrirait aisément de l'être , lorsque le mariage l'aurait mise dans une condition plus libre. Cependant, sitôt qu'elle eût épouséM.' d'Armagnac, soit qu'elle
eût de la passion pour lui y ou que Fâge l'eût rendue plus circonspecte , elle s'était entièrement retirée dans sa famille.
La seconde fille du duc de Mortemart % qu'on appelait mademoiselle de Tonnay- Charente, était encore une beauté très-achevée, quoiqu'elle ne fût pas pai^faitement agréable. E^lle avait beaucoup d'esprit, et une sorte d'esprit plaisant et naturel, comme tous ceux de sa maison.
Le reste des belles personnes qui étaient à la cour ont trop peu de part à ce que nous avons à dire , pour m'obliger d'en parler ; et nous ferons seulement mention de celles qui s'y trouveront mêlées, selon que la suite nous y engagera.
' Madame de Montespan.