‹ Œuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littérairesChapitre 6 sur 26 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

plus tôt bu, qu'elle s'écria qu'elle était morte; et , tombant entre les bras de madame de Mekelbourg y elle demanda un confesseur. Elle continua dans les plus grandes douleurs qu'on puisse s'imaginer, jusqu'à trois heures du ma~ tin, qu'elle rendit l'esprit. Le roi, la reine, et toute la cour, restèrent auprès d'elle jusqu'à une heure avant sa mort. Dieu veuille donner, de la patience et de la constance au roi notre maitre, pour supporter une aflliction de cette nature! Madame a déclaré , en mourant, qu'elle n'avait nul autre regret, en sortant du monde, que celui que lui causait la douleur qu'en recevrait le roi son frère. S'étant trouvée un peu soulagée de ses grandes douleurs, que les médecins nomment colique bilieuse, elle me fit appeler, pour m'ordonner de dire de sa part les choses du monde les plus tendres au roi et au duc d'Yorck, ses frères. J'arrivai à Sainte Cloud une heure après qu'elle s'y fut trouvée mal, et je restai jusqu'à sa mort auprès d'elle. Jamais personne n'a marqué plus de piété et de résolution que cette princesse, qui a conservé son bon sens jusqu'au dernier moment. Je me flatte que la douleur où je suis vous fera excuser les imperfections que vous trouverez dans cette relation. Je suis persuadé que tous ceux qui ont eu l'honneur de connaître Madame, parta-

DE MADAME HENRIETTE. IqS

geront avec moi rafflictioii que doit causer une perte pareille.

Je suis, MiLORDy etc.

Extrait éCune lettre écrite par le comte dJr- Ungton, à M. le chevalier Temple^ alors ambassadeur dt Angleterre à La Haye.

De White-Hall, le a 8 juin 1670, vieux style, MlLORDy

Je VOUS écris toutes les nouvelles que nous aTons ici , à Texception de celles de la mort de Madame ^ dont le roi est extrêmement affligé , aussi-bien que toutes les personnes qui ont eu rhonneur de la connaître à Douvres. Les brouilleries de ses domestiques , et sa mort subite, -nous avaient d'abord fait croire qu'elle avait été empoisonnée ; mais la connaissance qu'on nous a donnée d^uis du soin qu'on a pcis d'examiner son corps y et les sentimens que nous apprenons qu'en a Sa Majesté très-chrétienne, la* quelle a intérêt d'examiner cette affaire à fond, et qui est persuadée qu'elle est morte d*une mort naturelle , a levé la plus grande partie des soupçons que nous en avions. Je ne doute pas que M. le maréchal de Bellefond, que j'ap-

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prends qui vient d'arriver , avec ordre de donner au roi une relation particulière de cet accident fatal y et qui nou^ apporte le procès verbal de la mort de cette princesse et de la dissectioti de son corps y signé des principaux médecins et chirurgiens de Paris , ne nous convainque pleiiiement que nous n'avons rien à regretter que la perte de cette admirable princesse , sans qu'elle soit accompagnée d'aucune circonstance odieuse , pour rendre notre douleur moins supportable.

Lettre de M. Montaigu , ambassadeur dJn-

gleterre , au comte d'ArUngton.

A Paris, le 6 juillet 1670.

MlLORDy

J'ai reçu les lettres de votre Grandeur^ celle du 17 juin, par M. le chevalier Jones y et celle du 2i3 y pap la poste. Je suppose que M. le maréchal de Bellefond est arrivé à Londres. Outre le coinpliment de condoléance qu'il va faire an roi y il tâchera , à ce que je crois, de désabuser notre cour de l'opinion que Madame ait été empoisonnée y dont on ne pourra jamais désabuser celle-<!i y ni tout le peuple. Comme cette princesse s'en est plainte plusieurs fois dans ses

plu^ graedes douleurs ^ il ne faut pas s'étonnev que çellL fwtifiè ie peuple daus la crey^ace qu'il eu d. Toutes les foiis que j'ai pris la libet^të de la presser de me dire si elle croyait qu'on l'eu! empoisôaœSe , elle ne m'a pas voulu faire de ré-^ ponse ; voulant ^ à be que je ctois, épargner unb augmentation si sensible de douleUr au : roi nôtre maître. La ^émè raison m'a empêché d'eil (aire mention dans md première lettre ; outré que je ne suis pas assez bbn médecin pouç; jugîer si elle a été empoisonnée ou non. Jji'oii taché ici de me faire passer peur l'auteur du bruit qiii en court ; je veux, dire Monsieur^ qui se plaint que je le fais pour rompre la bonn« intelligefaee qui est établie entre les deux cour ronnes. >

Le roi et les miiiistres ont beaucoup de re-rgrets de la mort de Madame ; ear ils espéraient; qti'à sa, ccmsidération ils engageraient le ro^ nbtre maître à condescendre à des choses ^ et à contracter une £unitié atéc cette couronne » plus étroite qu'ils ne croient pouvoir Tobtenir à prér sent. Je ne prétends pas é^aiâiner cfe qui s'est fait à 6et égard , ni ce cfu'on prétendait faire ^ puisque Vbû*é Grandir n'a pas jugé à fropos d^ m'en côBMUuniquër la moindre partie ; mais je ne saurais m'em^her de savoii^ ce qui s'en dif; publiquement ^ et je suis persuadé que Ton n^

iqS histoire

refusera rien ici que le roi notre maitre puisse proposer y pour avoir son amitié ; et il n'y a rien de l'autre côté que les Hollandais ne fassent, pour nous empêcher de nous joindre à la France. Tout ce que je souhaite de savoir, milord , pen* dant que je serai ici , est le langage dont je me d(HS servir en conversation avec les autres ministres y afin de ne point passer pour ridicule avec le caractère dont je suis i^vètu. Pendant que Madame était en vie , elle me faisait rhcm-* neur de se fier assez à moi, pour m'empécher d'être exposé à ce malheur.

Je suis persuadé que , pendant le peu de temps que vous l'avez connue en Angleterre, vous l'avez assez connue pour la regretter tout le temps de votre vie : et ce n'est pas sans sujet; car personne n'a jamais eu meilleure opinion de qui que ce soit , en tous égards , que celle que cette princesse avait de vous : et je crois qu'elle aimait trop le roi son frère , pour marquer la considération qu'elle faisait paraître en toutes sortes d'occasions pour vous , depuis qu'elle a vécu en bonne int^ligence avec vous , si elle n'eût été persuadée que vous le serviez très-^en et très-&ièlement. Quant à moi , j'ai fait une si grande perte , par la mort de cette princesse , que je n'ai plus aucune joie dans ce pays-ci , et je crois que je n'en aurai plus jamais ^i aucun

autre. Madame ^ aprés m'avoir tenu plusieurs discours pendant le cours de son mal y lesquels n'étaient remplis que de tendresse pour le roi notre maître , me dit , à la' fin , qu'elle était bien fâchée de n'avoir rien fait pour moi avant sa mort y en échange du zèle et de l'affection avec lesquels je l'avais servie depuis mon arrivée ici ; elle me dit qu'elle avait six mille pistoles dis- . persées en plusieurs endroits , qu'elle m'ordonnait de prendre pour l'amour d'elle ; je lui répondis qu'elle avait plusieurs pauvres domestiques qui en avaient plus besoin que moi , que je ne l'avais jamais servie par intérêt, et que je ne voulais pas absolument les prendre ; mais que, s'il lui plaisait de me dire auxquels elle souhaitait de les donner , je ne manquerais pas de m'en acquitter très-fidèlement; elle eut assez de présence d'esprit pour les nommer par leurs noms. Cependant , elle n'eut pas plus tôt rendu l'esprit, que Monsieur se saisit de toutes ses clefs et de son cabinet. Je demaildai le lendemain à une de ses femmes, où était cet argent, laquelle me dit qu'il était en un tel endroit. C'était justement les premières six mille pistoles que le roi notre maître lui avait envoyées. Dans le temps que cet argent arriva , elle avait dessein de s'en servir pour retirer quelques joyaux qu'elle avait engagés en attendant cette smnme:

mais le roi de France la lui avait déjà donnée deux jours avant que celle-ci arrivât , de sorte qu'elle avait gardé toute la sonlme que le roi sort frère lui avait envoyée.

Sur cela , j'ai demandé ladite sôtnine à Monsieur^ comme jn'appartebant, et que ^ l'ayant pi^ée à Madame , deut dcf mes domestiques Tavalent remise entre les mains de dent de seé femmes , lesquelles en ont rendu témoignage à ce prince; car elles ne savaient pks que c'avait été par ordre du roi notre maître. Monsieur en avait déjà emporté la moitié , et Ton m*a rendu lé reste. Jen ai disposé en faveur des do-* mestiques de Madame , ^elon les ordres qu'elle m'en avait donnés y en présetice de M. l'abbé de MoQtaigu et de deux autres témoins. Monsieur m'a promis de me rendre le reste, que je ne manquerai pas de distribuer entre eux de la même manière. Cependant , s'ils n'ont l'esprit de le cacjier, Monsieur ne manquera pas de le leiir ôter , dès que cela parviendra à sa connaissance. Je n'avais nul autre moyen de l'obtenir poilr ces pauvres gens-là , et je ne doute pas que le roi n'aime mieux qu'ils en profitent que Monsieur. Je vous prie de l'apprendre an roi, pour ma décharge ; et que cela n'aille pas plu$ loin. M. le chevalier Hamilton en â été témoin avec M. l'abbé de Montaigu. Xai cru

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qu'il élait nécessaire de vous faire cette re^ . lation.

Je suis ,

MiLOKD^ etc.

P. S. Depuis ma lettre écrite , je viens d'apprendre , de très-bonne part et d'une personne qui est dans la confidence de Monsieur , qu'il n'a pas voulu délivrer les papiers de Madame , à la requête du roi , avant que de se les être fait lire et interpréter par M^ l'abbé de Montaigu , et même que ^ de se fiant pas êMÂèreoiént à lui y il a employé^ pour cet efiet,. d'autres pecsiôn-* nés qui entendent la langue , ^ entre autres madame de Fienfiies ; de sorte que ce qui s'esl passé de pins secret entre le roi et Madabie est et sera publiquement oonhu de tout le ilK)nde. Il y avait quelque chose en chiffres qui L'etabar-^ raft$e fort ^ et qu'il prétend tk)urtant deviner^ U se pl^nl estrémeiAeiit du roi liotremaiire^ à regard de la correspondance qu'il cfitret^iail av^ M^bdàitae , et de ce qu il traitait d'affaires aviBC elle à son insu^ J'es|)ér6 que M. l'abbé^ de Mentaigu vous en dobnera une relation plus particulière que je ne le puis faire; car^ quoique Monsieur, lui ait recoinmandé le secret à l'égard de tput le monde ^ il ne saurait s'étendit jusqu'à

VOUS ^ si les affaires du roi notre maître y soni intéressées.

Lettre écrite par M. de Montaigu à Charles II, roi d'Angleterre.

Paris, le i5 juillet 1670.

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