Œuvres complètes de Michel de Montaigne
Cette édition des œuvres complètes de Montaigne est la première qui donne pour les Essais, au bas de chaque page, les variantes de 1580, 1582, 1588 et 1595, disposées de manière que le lecteur ait immédiatement sous les yeux et sans sortir de la page l’ensemble des rédactions que Montaigne avait d’abord publiées, puis retranchées par la suite. La connaissance de ces variantes offre fun intérêt qui n'est apparu qu’en ces dernières années, où l’on a poussé plus loin qu’on ne l'avait fait jusqu'ici l'étude des idées et du caractère de Montaigne. En effet, chaque fois, depuis la première édition de 1580, que Montaigne a donné une nouvelle édition, il a retranché beaucoup de phrases, et il en a ajouté davantage. Or, ceux qui ont lu attentivement les lignes supprimées ont reconnu qu’un certain nombre d’entre elles apportent plus de lumière, soit pour la connaissance de certains traits de sa nature ou de ses sentiments, soit même sur sa vie et sur ses lectures, comme sur certains de ses actes, à propos desquels on m'était jusqu’à ce jour que très peu informé. Nous signalons au bas des pages ceux de ces passages que nous avons
il AVERTISSEMENT.
rencontrés; ils ne sont pas très nombreux encore, mais ils augmenteront certainement à mesure qu’on approfondira Montaigne et son époque. Bornons-nous à rappeler ici que c’est grâce à la lecture d’un passage qui ne se trouve que dans l'édition de 1588, que nous avons rencontré, il y a quelques années seulement, un morceau que les commentateurs ignoraient, et dans lequel ils ont reconnu le plus beau trait du caractère de Montaigne!.
Les trois premières éditions (1580, 1582, 1587) n'avaient que deux livres; la quatrième, celle de 1588, en eut trois. Montaigne avait préparé, dans les quatre dernières années de sa vie (1588-1592), une quatrième édition, par des additions et des corrections très nombreuses écrites de sa main sur les marges et dans les interlignes d’un exemplaire de 1588, qui ont augmenté d’un tiers la matière du livre. Cet exemplaire — nous expliquerons, dans le volume des addenda, par quelle voie — est arrivé en la possession de la ville de Bordeaux au moment de la Révolutions. Après la mort de Montaigne, Pierre de Brach constitua le texte de l'édition nouvelle en intercalant à la place qui leur