‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 107 sur 297 · LIVRE 1, CHAP. Î|. gi · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAP. Î|. gi

un soldat des siens pour le tuer, et ce soldat ayant essayé par toute espece d'humilité et de supplication, de l’appaiser, se resolut à toute extremité de l’attendre l’espee au poing. Cette sienne resolution arresta sus bout la furie de son maistre, qui pour luy avoir veu prendre un si honorable party, le receut en grace. Cet exemple pourra souffrir autre interpretation de ceux, qui n’auront leu la [prodigieuse] force et vaillance de ce prince là.

L'Empereur Conrad troisiesme, ayant assiegé Guelphe duc de Bavieres', ne voulut condescendre à plus douces conditions, quelques viles et 'laches satisfactions qu’on luy offrit, que de permettre seulement aux gentils-femmes? qui estoyent assiegées avec le Duc, de sortir leur honneur sauve à pied, avec ce qu'elles pourroyent emporter sur elles. Elles d’un cœur magnanime s’aviserent de charger sur leurs espaules leurs maris, leurs enfans et le Duc mesme. L'Empereur print si grand plaisir à voir la gentillesse de leur courage, qu’il en pleura d’aise : et amortit toute cette aigreur d’inimitié mortelle et capi-

Ligne 10) a, a’, b : la monstrueuse force — 13) a, a: à nulles plus

1. En 1140, dans Weinsberg. Il s’agit de Conrad III, empereur de 1138 à 1152.

2. Aux femmes nobles. — C'est probablement dans BODIN, Methodus ad facilem historiarum cognitioncm (préface), que Montaigne a pris cette anecdote. (P. V.)

tale, qu’il avoit portée contre ce Duc : et dés lors en avant le traita humainement luy et les siens. ;

L’un et l’autre de ces deux moyens m’emporteroit aysement. Car j'ay une merveilleuse lascheté vers la misericorde et [la mansuetude]. Tant y a qu'à mon advis, je serois pour me rendre plus naturellement à la compassion, qu’à l’estimation : si est la pitié passion vitieuse aux Stoiques : ils veulent qu’on secoure les affligez, mais non pas qu’on flechisse et compatisse avec eux.

Or ces exemples me semblent plus à propos : d’autant qu’on voit ces ames assaillies et essayées par ces deux moyens, en soustenir l’un sans s’esbranler, et [courber] sous l’autre. Il se peut dire, que de [rompre son ceur| à la fcommiseration], c’est l’effect de la facilité, debonnaireté, et mollesse, d’où il advient que les natures plus foibles, comme celles des femmes, des enfans, et du vulgaire y sont plus subjettes; mais ayant eu à desdaing les larmes et les [prieres], de se rendre à la seule

Ligne 2) 1505 : avant traita humainement — 6)b:et le pardon; tant 1595 : et mansuétude — 16) a, a, b: et fléchir sous — 17) 4, à’, b : que de se laisser aller à lacompassion el à la pitié, c'est — 20) a, a : celle des — 23) a, ab, 1595): et les pleurs de

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