DE LA TRISTESSE
Je suis des plus exempts de cette passion’. B
[Et ne l’aime ny l’estime, quoi que le monde aÿe prins come a pris faict de l’honorer de faveur particuliere. Ils en habillent la sagesse, la vertu, la consciance : sot et monstrueus ornement. Les Italiens ont plus sortablement babtisé de son nom la malignité*. Car c’est une qualité tousjours nuisible, tousjours fole, et come tousjours couarde et basse. Les Stoïciens en defandent le sentimant a leur sage.]
Mais le conte dit”, que Psammenitus Roy
Ligne 5) 1595 : et vilain ornement — 12) a, a’ : sage. Le conte
1. Montaigne est d'humeur gaie. Ce qu’il n’estime pas, ce ne sont pas les sentiments tristes, naturels, inévitables, qu’amènent la souffrance et les malheurs, mais la disposition naturelle à la tristesse, l’humeur triste. Car, précisément, la plus grande partie du présent chapitre est consacrée à la peinture des chagrins profonds et des grandes douleurs morales, tracée avec autant de finesse que de force. (A. A.)