‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 134 sur 297 · LIVRE I, CHAP. II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. II

Crito qui sur l'heure de sa fin luy demande comant il veut estre enterre. Comme vous voudrez, respond il'.] Si j’avois à m’en empescher plus avant, je trouverois plus galand, d’imiter ceux, qui [entreprenent] vivans et respirans, jouyr de l’ordre et honneur de leur sepulture, et qui se plaisent de voir en marbre, leur morte contenance. Heureux, qui sçachent resjouyr et gratifier leur sens, par Pinsensibilité, et vivre de leur mort.

[A peu” que je n’entre en haine irreconciliable contre toute domination populere, quoi qu’elle me semble la plus naturelle et æquitable, quand il me souvient de cette inhumaine injustice du peuple Athenien, de faire mourir sans remission et sans les vouloir sulement ouir en leurs defances, ses braves capitenes, venans de gaigner contre les Lacedemoniens la bataille navale pres des isles Arginuses* : la plus contestee, la plus forte bataille que les grecs aïent onques doné en merde leurs forces : par ce qu’apres la victoire ils avoint suivi les occasions que la loi de la guerre leur presantoit, plus tost, que de s’arreter a receuillir et inhumer leurs morts.

Ligne 5) b : qui veulent vivans

1. PLATON, à la fin du Phédon. CICÉRON, Tusc., I, 43. 2. Peu s’en faut.

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